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(CUm of 1830) ^ 

SENATOR FROM MASSACHUSETTS 

' For books relating to Politics and Fine Arts.** 






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REVUE 



ARCHÉOLOGIQUE 



JUILLET-DÉCEMBRE 1908 



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cr: 



DroUs de traduction et de reproduction réservés. 



AN0BR8. — IMP. ORIENTALB A. BOROIN ET C'^, 4, RUE OARIflER. 



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REVUE 



ARCHÉOLOGIQUE 



PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION 



DE MM. 



G. PERROT ET S. REINACH 

MEMBRES DE L*1NSTITUT 



QUATRIÈME SÉRIE. - TOME XII 

JUILLET-DÉCEMBRE 1908 



PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1908 



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vAvc I9r.| 



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REVUE 



ARCHÉOLOGIQUE 

PUBLIÉE SOUS Lk DIRECTION 

DE MU. 

G. PERROT ET S. REINACH 



IfKUBRBS DB LINSTITUT 



QUATRIÈME SÉRIE. — TOME XII 

JUILLET-AOUT 1908 



PARIS 
ERiNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28| RUB BONAPARTB (Vl«) 

1908 

Tous droits réservés. 



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SOMMAIRE DE LA LIVKAISOIN 



TEXTE 



Deux chapelles souterraines en Cappadoce, par M. Guillaume de Jerphamon. . i 

Nicopolis ad Istrum, étude historique et épigraphique, par M. Georges Sèche . 33 

Le tombeau du cardinal François de La Rochefoucauld, par M. A. Boinet . . 96 

Sculptures inédites ou peu connues, par M. Salomon RKhNACH 107 

Bulletin mensuel de l'Académie des Inscriptions 255 

Nouvelles archéologiques el correspondance 134 

Bibliographie : Ouvrages de MM. Daniel Bald-Bovy et Fred. Roissonnas, Arthur J. 
Evans, L. W. Kîng et H. R. Hall, J. de Saint-Venant, Chr. Hublsen, G. Macdonald 
et Alex. Park, Th. A. Abele, Otio Hirschfeld, Michèle Jatta, G. H. Chasr, 
F. NlCOLARDOT 141 



PLANCHES 

XII. — Tombeau du cardinal de La Rochefoucauld à l'hospice d*Ivry. 

XIII. — Tombeau du cardinal de La Rochefoucauld (Dessin au Cabinet des Ëstaq^pes). 

XIV. •— Chapelle Sainte-Barbe à Soghanle. 

XV. — Chapelle Sainte-Barbe (Partie supérieure de la voûte, côté gauche el côté 

droit). 

XVI. — Chapelle de TAscension. Arceaux et voûtes. 



CONDITIONS DE L'ABONNEMENT 



Pour Paris. Un an 30 fr, 1 Pour les départements. Un au. . 32 fr. 

Un numéro mensuel 3 fr. | Pour l'Etranger. Un an 33 Ir . 

On s'abonne également chex tous les libraires des Départements et de l'Etranger. 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES 

EN CAPPÀDOCE 

(Planchm XIV-XVI) 



Dans une communication à l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres*, j'ai présenté quelques observations sur les prin- 
cipaux groupes de chapelles souterraines en Cappadoce, ceux de 
Soghanle et Gueurémé. Pour donner une idée plus précise de 
ces monuments et des fresques qui les décorent, j'en offrirai ici 
deux spécimens : ils seront empruntés à chacun des groupes, 
et je les choisis d'époque et de style différents. 

I. — L'ÉGLISE Sainte-Barbe À Soghanle. 

Le ravin de Soghanle, aujourd'hui presque désert, mesure 
environ cinq kilomètres de longueur". Situé entre Dévéli Kara 
Hissar et Melegopî, au sud-ouest du mont Argée, il se dirige 
dans l'ensemble d'ouest en est et débouche en face de Zindjibar- 
kalessi dans une vallée plus importante venant du nord-ouest 
où s'abritent les villages de Bach-Keui, Orta-Keuî et Mavroud- 
jan. 

Les monuments souterrains occupent la moitié supérieure de 
la vallée, à partir du point où se jette, au sud, dans Soghanle le 

1. C. R. 1908. p. 7 sqq. 

2. V. Kiepert : Carte d'Asie Mineure au 4 : 400 000, feuille C [VKaisa- 
rijé, La dimension et la conûgurattoa de ces vallées ne sont pas exaclement 
rendues. L'auteur n'avait, semble-t-il, pour se guider que les renseignements 
fort peu précis d'Ainsworth {Travels in Asia Minor^ vol. I, p. 209) et l'itiné- 
raire de Sterrett, lequel présente justement une lacune enlre Mavroudjan et 
Soghanle (An epigraphical journey in Asia Minor, p. 230). A mon tour, j'ai 
relevé l'ensemble de la région et donnerai quelque jour les résultais topogra- 
phiques de cette excursion . 

IV« SIÇRIE, T. xu. 1 



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Z REVUE ARCHEOLOGIQUE 

vallon de Balleq-dépessî*.Ce dernier renferme plusieurs chapelles 
monolithes, mais non les plus nombreuses de ce premier groupe. 
Un peu plus haut, la vallée s'étrangle entre deux murailles 
élevées : celle de droite', verticale sur une hauteur qui varie de 
20 à 50 mètres, est percée d'ouvertures donnant la lumière à 
dix ou quinze étages de pièces taillées sans ordre les unes sur 
les autres dans le rocher. Au pied des murailles coule un mince 
fllet d'eau ; un barrage dont les assises inférieures sont encore 
visibles alimentait d'eau la population de cette ruche étrange. 
Encore un peu plus loin la vallée bifurque : là, au confluent 
même des deux ravins, se dresse la jolie église en ruines d'Ak- 
kilissé» (l'Eglise blanche). 

Dans les deux branches qui se réunissent en ce point se voient 
de nombreuses églises souterraines. La chapelle de Sainte-Barbe 
est située à l'extrémité de la branche sud, à un quart d'heure 
d'Ak-kilissé. Elle se creuse dans un rocher adossé à des pentes 
très raides, hautes d'environ 200 mètres. L'ouverture toutefois 
ne regarde pas la vallée, car on a tenu à orienter l'église. 

Pour trouver la porte, il faut faire le tour de la roche : face 
à la montagne, nous découvrons deux ouvertures très simples, 
dépourvues de tout ornement. Celle de droite est cintrée, mais 
le demi-cercle qui la surmonte, trop large, dépasse à droite et 
à gauche les montants de la porte. Cette double entrée conduit 
à deux chapelles semblables par le plan, mais d'inégale grandeur 
(fig. 1). A l'origine, isolées l'une de l'autre, elles ont plus tard 
été réunies par un étroit passage. 

La chapelle de gauche, la plus petite, comprend, après un 
narthex, une nef rectangulaire de 3°*, 30 sur 2 mètres, et un chœur 
large aussi de 2 mètres, profond de 1^^,50, Dans le chœur, un 
autel appuyé à la paroi ; à droite, un siège taillé dans le rocher. 
Cette chapelle ne présente d'autre décoration que de grandes 



1. Kiepert : Ballak déré. 

3. En supposant que nous remontions la vallée d'est en ouest. 

3. Kiepert : Tcharink KUissa. 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 3 

croix sculptées à la voûte et sur le fronton qui surmonte l'ar- 
ceau du chœur. Il n'y a donc pas lieu de s'y arrêter. 

L'autre, au contraire, est ornée de fresques. Appliquées 
sur une couche de plâtre, les peintures recouvrent tout : parois, 
voûtes, niches et autel. Par malheur, l'enduit est tombé en 



Fig. 1. ^ Ëglise Sainte-Barbe. 

plusieurs endroits; ailleurs il a été gratté et maltraité. Cepen- 
dant, dans l'ensemble, l'état de conservation est bon et, fait 
remarquable, nous avons là des peintures datées. 

En effet, à l'intérieur de l'église, au-dessus de la porte, se lit 
une inscription de trois lignes dont la moitié gauche est, 
malheureusement, très endommagée. M. Pridik, qui s'est efforcé 
de la restituer d'après une copie faite en 1895 par M. Smirnov, 
en propose la lecture suivante* : 

1. Journal du Ministère de Tlnstruction publique (russe) 1900 : Inscriptions 



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4 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

[a)xo5op.r|6Y; OU àvexatviorOï; à icàvaeicTOÇ vajoç [-rîiç] àytaç Ba[p6i]paç 
exl PaffiXi^aç KfcovffTavjTi^vou [xa\ BJaaftjXeiJou [tôv] 

e[ù](ye[6eTcàT(i>v xal çiXo^^piaTwv t^j^aûv gadtXswv] l[v]B[....] [xr,(voç) 
Maiou f/[ç T]iç] OU i^[|Aép]aç e' 8ti ffuv5pcp.fjç Pa^tXebu 8[o 

[xJeaTftxou 3cal àv]6u[:càT0u o) i]vaYr|[vwc]xovTeç evi^e^^e ^tî^P aifoO tov 
x(upio)v. 

Je n'ajouterai que peu de chose aux observations de M. Pri- 
dik. Entre les deux hypothèses proposées pour le premier mot, 
il n'est pas facile de choisir. Je préférerais cependant la lecture 
J)Ao5o[jLi^ôrj. Il semble, en effet, que les plus anciennes chapelles 
aient toujours été décorées dès Torigine. Quand, plus tard, on 
les a restaurées — c'est-à-dire, en général, ornées de peintures 
nouvelles — aux endroits où le stuc est tombé reparaissent les 
traces de la décoration antérieure. J'en ai eu de nombreux 
exemples à Soghanle et à Gueurémé*. Ici, au contraire, il m'a 
été impossible d'en reconnaître le moindre vestige. Chapelle et 
peintures, tout remonterait donc à l'époque mentionnée par l'ins- 
cription et, dans la suite, le monument n'aurait plus subi que 
des retouches insignifiantes : des niches ou des ouvertures prati- 
quées dans les parois. Les fresques elles-mêmes semblent n'avoir 
plus été ravivées ni complétées ; tout ce qui subsiste doit être 
attribué à la même époque sinon à la même main. 

M. Pridik reconnaît qu'on pourrait encore lire à la première 
ligne le nom de Constantin Doucas. Avec lui je préfère l'autre 
hypothèse. Nos copies, il est vrai, n'apportent aucun nouvel 
argument; elles confirment seulement le nom déjà certain de 
Constantin par la lecture de deux lettres de plus. Mais, malgré 
l'interversion rare du nom des deux empereurs Basile et Cons- 
tantin, l'hypothèse de Doucas se trouve exclue par la grande 
difficulté qu'elle apporte à la restitution des mots suivants. 

M. Pridik fait encore observer que, si l'on adopte sa lecture, 

(TAsie Mineure, n^ 54. Autre lecture très incomplète (réduite à la fin de la 
seconde ligne), avec description sommaire des fresques, dans Levidis ; Al ev 
(lOvoXiOoic itovai TYj; Kanicafioxtac xal Avxaovîa;, p. 138. 
1. V. infra : la chapelle de PAscension. 



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DEUX CHAPELLES SOUTERKAINES EN CAPPADOCE 5 

le Basile de la seconde ligne pourrait bien être le célèbre para- 
kimomène*. On connaît cet extraordinaire personnage. Fils 
bâtard de Romain Lécapène, eunuque dès son enfance, bientôt 
après comblé de dignités, patrice et parakimomène, homme de 
guerre et homme de gouvernement, il remporte des victoires 
dans les guerres Sarrasines, puis, sous les règnes de Nicéphore 
Phocas et de Jean Tzimiscès, tandis que les basileis dirigent 
contre l'héréditaire ennemi des expéditions immortelles, c'est 
lui qui commande à Constantinople. Aussi puissant dans la 
ville que l'empereur l'est à l'armée, plus puissant même, puis- 
qu'il y fait des basileis et qu'on peut, à tort ou à raison, mais 
avec des apparences de vérité, lui imputer la mort de l'un d'eux. 
J'ajoute que l'hypothèse me séduit par les intéressantes con- 
clusions que nous pouvons en tirer. D'abord les dates se préci- 
sent : il faut placer la fondation de l'église entre les années 976 
et 985 qui marquent, d'une part, l'époque où Basile et Constan- 
tin régnèrent seuls, et, d'autre part, la chute du tout-puissant 
ministre. On sait, de plus, à quel point les richesses territoriales 
du parakimomène avaient excité la colère de Jean Tzimiscès*. Si 
bien que la mort mystérieuse de cet empereur survenue bientôt 
après fut considérée comme une vengeance du perfide Basile. Or, 
parmi les domaines impériaux qu'avait envahis le grand acca- 
pareur, se trouvait justement celui de Drizion ou Drizé situé 
entre Tyane et AndabaP, à quelque quarante kilomètres au sud 
de Soghanle. Le fait que Basile aurait choisi cette vallée pour 
y fonder une chapelle nous porterait à croire que jusque là 
s'étendaient les dépendances de ce riche domaine. 

L'âge du monument ainsi fixé de façon probable, il est temps 
de le décrire : 



i. A la fin de la seconde ligne nous lisons les trois lettres AIO, mais je 
n en toîs pas d*autre interprétation que celle donnée par M. Pridik. 

2. Cf. Schiumberger, Epopée byzantine^ toI. I, p. 309. 

3, Ramsay, The hislorical geography of Asia Minor, p. 348. 



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6 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

A travers une paroi rocheuse, épaisse de 0'",52, s'ouvre la 
porte dont j'ai parlé tout à l'heure. Elle n'a que 0'°,80 de largeur 
et une hauteur de 2 mètres à peine. Elle donne dans un narthex 
rectangulaire de 1"*,40 sur 0™,70. Puis une seconde porte de 
mêmes dimensions, percée dans une muraille de 0"*,26 d'épais- 
seur, conduit à la chapelle. 

Le narthex est orné de peintures. A la voûte, un buste de la 
Mère de Dieu portant son fils; deux anges slnclinent vers eux 
de part et d'autre. Ce groupe se voit au-dessus de la porte 
d'entrée; en face, sur l'autre porte, deux saints dans la même 

attitude : Nikiphoros (NiQxigçopoç) et, peut-être, Photios (^o ). 

Sur les parois latérales, à droite les saints Tarachos (Ta[p]axo;) et 
Probos (ripo6oç) les deux martyrs de Mopsueste*; à gauche, les 
saints Menas (Mr^[v]aç), Vincentios (Brj[...]vtTio;) et Victor (By;xt5p), 
trois martyrs de pays différents, mais fêtés le même jour, 
11 novembre". 

La chapelle, comme celle qui est creusée tout à côté, se 
compose d'une nef rectangulaire et d'un chœur. Ici les dimen- 
sions sont plus vastes. La longueur de la nef est 4°»,75 et sa 
largeur 3 mètres. Le chœur a 2™,45 de large sur 2°»,10 de 
profondeur ; la surface qu'il recouvre dépasse donc de beau- 
coup un demi-cercle. Le fait, d'ailleurs, n'est pas isolé ; il se 
retrouve partout, à Gueurémé comme à Soghanle. 

La nef, au contraire, offre une particularité assez rare : aux 
deux cinquièmes de sa longueur, un arc en saillie, une manière 
d'arc-doubleau, la divise en deux travées, la plus proche du 
chœur se trouvant être la plus petite. 

La voûte est un berceau assez régulièrement taillé. Il ne 
s'appuie pas sur les parois latérales ; celles-ci sont en retrait 
d'environ trente centimètres, et l'arête qui marque la base du 
berceau leur est reliée par une surface surplombante. Cette der- 
nière disposition est fréquente dans les chapelles souterraines de 
la région. 

i. Ménologe de Basile II, I, 113. 
2. MénoL, I, 180, 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 7 

La décoration à fresques comprend plusieurs motifs. 

Dans la nef, les parois (hauteur : 1™,80 à 2 mètres) et les 
pilastres qui supportent les arceaux sont ornés de personnages. 
Ce sont, à droite, sur la face latérale du pilastre qui soutient 
l'arceau du chœur, sainte Barbe (Bap6apa), la patronne de la 
chapelle (pi. XIV). Sur la première partie .de la paroi (lon- 
gueur : 1™,90), la scène connue de la Déisis, le Christ entre sa 
mère et saint Jean, puis saint Michel. Le bas de cette peinture 
a été détruit par une niche ouverte après coup pour abriter une 
tombe. Le pilastre central, décoré sur ses trois faces, présente, 
vis-à-vis de sainte Barbe, une sainte, probablement Théodora 
(06ô3o...), sur la face antérieure saint Georges à pied (rewpYwç) 
et sur la troisième un martyr inconnu. La seconde partie de 
cette paroi (longueur 2"*, 50) porte six personnages. Un soldat, 
puis quatre saints qui paraissent devoir être groupés : les 
deux derniers de la série sont Théopisté (©eoictonr)) et Agapios 
(Aya^oç), la femme et le fils de saint Eustathe. Les deux autres 
sont probablement Eustathe et son premier fils Theopistos; 
nous avons les deux enfants entre les deux parents. La dernière 
figure du panneau est saint Christophe ([XpJKjToçopoç), tenant de 
la main droite un rameau qui figure son légendaire palmier. 
Là encore une niche mord sur une partie des personnages ' . 

Au fond de la nef, de part et d'autre de la porte, à droite 
saint Georges à cheval perçant le dragon de sa lance, et à gauche 
les trois saintes Parascévé (IlapaaxsSr^), Catherine (Exorepvjvi) et 
Anastasie (AvoKrroKnQa). Sainte Catherine est couronnée. 

Sur la paroi gauche, dans la partie inférieure, cinq person- 
nages : d'abord le jeune et glorieux médecin de Nicomédie, Pan- 
téleimon (navTeXet|i.ov), avec son maître et compagnon de martyre 
Hermolaos' (EpjjioXaoç). Puis trois soldats, semble-t-il; mais le 
passage ouvert pour faire communiquer les deux chapelles, n'a 
laissé subsister de ces derniers que la tête. Le premier est peut- 



1. Cette niche où se voient des traces de peintures semble primitive. 

2. MenoL, I, 182, 



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« REVUE ARCHEOLOGIQUE 

être Nicétas (Ny;x....); les autres sont Théodore (TecoSopoç) et 
Mercure (Mspxouprioç). 

Le pilastre central présente, en arrière, saint Léontios 
(AeovTtoç), sur la face antérieure, donc' vis-à-vis de saint Georges, 
le mégalomartyr Procope (IIpoxoiuYjoç) et, sur la troisième, sainte 
Théodoté (©eoîoTY;). C'est une décoration toute semblable à celle 
du pilastre de droite. 

Au panneau supérieur, la symétrie entre les deux parois se 
trouve rompue. Il est divisé en deux parties : la première porte 
Constantin et Hélène tenant la croix (KovTcavTTiVoç, EXevTj); la 
seconde, décorée d'entrelacs, est percée d'une petite niche, où 
se voient, au fond, dans une attitude d'orant, le buste de saint 
Sabas (Saôaç) et, sur les côtés, les deux saints anargyres Côme 
et Damien (Koffjjiaç, Aa|xr|avcx;). 

De ce côté le pilastre qui soutient l'arceau du chœur ne porte 
aucun personnage. Seul, un dessin fait pendant à la sainte Barbe 
de droite. Ainsi la patronne de la chapelle se trouve occuper 
une place à part et bien en évidence. 

Au-dessus de cette première série de peintures, entre les parois 
et la voûte, court un bandeau portant une décoration grossière. 
Le dessin qui la constitue, formé d'un assemblage confus d'en- 
trelacs, de triangles et de losanges, n'est pas le même à droite 
et à gauche. Sur la paroi du fond, au-dessus de la porte, le ban- 
deau se continue, mais là, le dessin est interrompu et fait place 
à l'inscription que nous avons mentionnée. 

La voûte est divisée en quatre parties par l'arc-doubleau et 
par une série de médaillons marquant le sommet du berceau. 
Elle présente des scènes de la vie du Christ empruntées, sauf la 
dernière, au cycle de l'enfance. Comme toutes sont traitées con- 
formément à la tradition et aux règles bien connues que formu- 
lera plus tard le Guide de la peinture, je me contenterai de 
quelques indications sommaires. 

Commençant près du chœur, du côté droit, elles se déroulent 
dans le sens habituel, de gauche à droite. Dans la première des 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE Vf 

quatre parties, TAnnonciation et la Visitation (pi. XV). L'ange 
(FaôptTjX xepentjfxoç) s'avance vers la droite d'un mouvement 
rapide, le pied gauche en avant, ce qui est l'attitude la plus 
naturelle ; la Vierge est debout devant une maison avec une 
corbeille à ses pieds. La Visitation se réduit, suivant l'usage, à 
l'embrassement de Marie et d'Elisabeth ; ici, aucune architec- 
ture, et, faute de place, le peintre n'a montré que la tête de la 
servante à l'angle supérieur de la peinture*. 

Au quartier suivant, l'Eau de l'épreuve et les Reproches de 
Joseph. Un bâtiment orné de colonnes et d'arcades forme le 
fond ; à gauche le grand-prôtre tient la coupe où boit la Vierge, 
tandis que Joseph, un peu à droite, vide la sienne d'un geste 
décidé. Puis Joseph et Marie vis-à-vis l'un de l'autre, le premier 
levant la main dans un geste de reproche, la seconde baissant 
le front modestement. La logique aurait voulu que les deux 
scènes fussent interverties : peut-être est-ce par raison de 
symétrie que le peintre a placé, comme dans le premier 
tableau, à gauche, le groupe le plus complexe, à droite celui 
qui demande moins de place. 

La paroi du fond présente, au-dessus de la longue inscription, 
un tympan encadré par le cintre de la voûte. Là se voit une 
scène qui fait suite aux précédentes : le Voyage à Bethléhem. 
La Vierge est assise de côté, face au spectateur, sur un âne 
blanc au cou très long. Le serviteur (Haxoôoç) conduit l'animal 
par la bride, et Joseph suit, une main tendue en avant. 

Sur le côté- gauche de la voûte, chacun des quartiers ne con- 
tient plus qu'une scène. D'abord la Nativité, peut-être la 
meilleure fresque de la chapelle (fig. 2). Le peintre, avec beau- 
coup d'art, a su grouper les parties accessoires autour du per- 
sonnage principal : en haut, la crèche et l'ange ; en bas, Joseph, 
le bain de l'Enfant et les bergers. Il a donné aux attitudes une 
réelle expression : la Vierge, couchée et à demi retournée sur le 
côté gauche, la tête tombant sur l'épaule, la main et le regard 

I • Cet angle ne se voit pas sur la figure. 



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10 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

tendus vers l'Enfant, a beaucoup d'abandon et de tendresse. 
Joseph, assis dans cette pose indifférente que les Byzantins, au 
nom de la modestie, se croyaient obligés de lui donner, n'a 
pas le mouvement contourné et disgracieux qu'on lui voit si 
fréquemment. Le bain de l'Enfant a de grosses fautes de pers- 
pective* ; par contre, les bergers (u ictjjieveç), un vieillard aveugle 
conduit par un jeune homme qui lève la main vers l'ange, avec 



Fig. 2. — Chapelle SaiDte-Barbe : la Nativité. 

leurs moutons, forment un tableau plein de grâce et de vie. 

A la dernière partie de la voûte (pi. XV) est peinte la descente 
aux Limbes appelée, suivant l'usage, TAnastasis (iq avaaTaar^). 
On sait qu'il existe deux conceptions de cette scène. Tantôt le 
Christ sort des Limbes, entraînant avec lui Adam arraché à 
l'abîme : le mouvement est celui d'un triomphateur; mais 
souvent le bras tendu en arrière, pour tirer Adam, a quelque 

1. Défaut commun à toutes les peintures de la région qui représentent cette 
scène. 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 11 

chose de disgracieux. L'autre conception, qui a sa plus belle 
expression dans le chef-d'œuvre de Daphni*, fait ressortir, au 
contraire, la bonté et la condescendance du Rédempteur : il 
nous est représenté s'avançant vers Adam qui fléchit le genou. 
Plus rare, semble-t-il, dans les miniatures et les mosaïques. 



Fig. 3. — Chapelle Sainte- Barbe : arceau du choeur. 

cette dernière conception l'emporte de beaucoup sur l'autre 
dans les peintures de Cappadoce. C'est elle que nous trouvons 
ici : le Christ, debout sur l'Enfer (ABr,ç) terrassé, se penche et 
tend la main à Adam (ASafx) ; un peu en arrière apparaît Eve 
(E6a), levant les mains recouvertes par les plis de son man- 
teau. De l'autre côté, David et Salomon (AAA, SoXop.ov), témoins 

i. Millet, le monastère de Daphni, pi. XVII. 



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12 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

immobiles de la scène et, en dessous, un motif que je n'ai pas 
retrouvé dans les autres peintures de la région, je veux dire ces 
quatre morts qui sortent du sépulcre, enveloppés de leurs 
suaires : le premier a les bras pendants, les autres les élèvent 
dans un geste de prière qui copie celui d'Eve. Ils sont encadrés 
de l'inscription : 

t vexpu ex tov pLvrjpiaTov ovurayTO). 

A l'arête de la voûte, six bustes de prophètes dans des mé- 
daillons ; les trois plus voisins du chœur sont assez bien con- 
servés, sauf les noms ; l'un d'eux cependant, un roi -prophète, 
paraît être nommé Ezéchias. 

Les deux arcs-doubleaux portent une décoration analogue. 
Celui qui ferme le chœur (flg. 3) est orné, au revers, de cinq 
médaillons : à droite, Isaïe et Salomon (Haataç, SoXojxov) ; à 
gauche, Élie et David (IXTf;...AAA) ; tout en haut une croix 
entourée des quatre lettres* : 

o W 

A l'arceau central, les têtes ne sont pas auréolées ; au lieu 
d'un médaillon, c'est un encadrement rectangulaire qui les con- 
tient (v. fig. 2). Le nom n'est pas écrit sur le fond de la peinture, 
mais en dehors du cadre. Manifestement l'artiste a voulu simu- 
ler des tableaux accrochés à la voûte ; il a même pris la peine 
d'imiter le clou et l'anneau qui servent à les suspendre : nous 
avons affaire à des portraits, peut-être ceux des donateurs. On 
voudrait pouvoir établir une relation entre ces images et les 
personnages mentionnés dans l'inscription. Malheureusement, 
des huit portraits qui devaient orner cet arceau, trois seule- 
ment sont conservés, tous trois à gauche, et les noms ne rap- 

1. ^fi>c XpiffToO 9a{vet ic&(nv, formule fréquente sur les lychnaria chrétiens 
(cf. ▼. g. Clermont-Ganoeau, Recueil (T Archéologie orientale, t. I, p. 17i ; 
t. Il, p. 89). Rapprocher de cette formule, Jo., I, 9 et VIII, 12, et surtout la 
liturgie grecque des présanctifiés d*où elle semble tirée (cf. Revtte biblique, 
1902, p. 152, citant Echos tTOrient, 1901, p. 47). 



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DEUX CHAPELLES SOtJTEllhAlNES EN CAt»t>AbOCE 13 

pelient aucun souvenir connu. Ce sont : Map-oîvoç, Ar^oixiSr^o;, 

Le chœur de la chapelle n'est pas fermé par une iconostase 
élevée. Deux cancels hauts de l'^jSO et percés d'un passage 
étroit (0™,60) le séparent de la nef. Sur les faces antérieures 
des cancels étaient peints deux bustes d'anges identiques. Celui 
de gauche a presque entièrement disparu. 

Au-dessus des cancels, avant la naissance de Tarceau orné de 
médaillons, les pilastres présentent deux champs rectangulaires 
se faisant vis-à-vis, où sont peints, à droite saint Romain 
(Pojjiavoç), à gauche saint Etienne (Sreçavoç). 

Vers le fond du chœur se dresse Fautel isolé de la paroi 
(v. pi. XIV). Il n'a que 0«^,60 de côté et 0™,80 de hauteur. Un 
buste du Christ, aujourd'hui fort endommagé, en décorait la 
face antérieure. 

Comme dans la chapelle, l'ornementation comprend deux 
parties : la paroi semi-circulaire et la voûte. Sur la paroi, tout 
au bas, une série de docteurs. Quatre occupent la partie cen- 
trale, derrière l'autel; les noms sont (de gauche à droite) : [....], 
A6Y^0Yev[r|]ç, Aeovrrioç, Ba(rir)Xr|Oç. A droite, quatre autres de taille 
un peu plus grande : I£i o xP^^yoffxopwç, [BX]affr|Oç o TtZpxpxn^, 
NiQxoXaoç, OeoçuXaxTcç. A gauche devait se trouver un groupe 
analogue ; mais l'enduit est tombé et il ne reste rien des pein- 
tures. Probablement il n'y avait là que trois personnages, car 
une niche creusée à côté du groupe central réduit le champ que 
présentait cette partie de la paroi. 

Au-dessus de cette théorie de docteurs, mais toujours sur la 
paroi, nou§ trouvons d'autres sujets : sur les groupes latéraux, 
des médaillons contenant les bustes des évangélistes, à gauche, 
saint Luc et saint Marc, à droite, saint Jean et saint Mathieu. 
La niche, ornée dans le bas de simples dessins, se termine par 
on cintre qui porte, au fond, un saint dans l'attitude d'un 
orant, et sur les côtés deux autres bustes, dont l'un est saint 
Jean leCalibite ([Iwjavtjç o xaXiôti-nj). Au-dessus de la niche, un 



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14 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

autre saint, dans la même attitude d'orant : saint Siméon, peut- 
être le Stylite (Stjjieov). 

Derrière Tautel, nous Tavons dit, les docteurs sont plus petits. 
Le champ qui s'étend au-dessus de leur tête est donc assez 
élevé. Une partie en a été détruite pour percer une sorte de 
fenêtre par laquelle le chœur prend jour sur une pièce voi- 
sine. Cet espace est occupé tout entier par les symboles em- 
pruntés à la vision d'Ézéchiel : à droite, le Tétramorphe 
(o TSTpajjiop«>o<;), tête entourée de quatre ailes, surmontée de la 
tête d'aigle affrontée à droite de la tête de bœuf, à gauche de la 
tête de lion. De Tautre côté, en vis-à-vis, une image semblable, 
moins les trois animaux : le visage humain entouré de quatre 
ailes. Le titre d'hexaptérige (eÇauT[6p]uYov) * qui se lit auprès de 
cette figure désignait probablement une autre peinture détruite 
par la fenêtre dont je viens de parler. Enfin, au-dessus de cette 
fenêtre, se voient les quatre roues couvertes d'yeux avec le titre : 
If) Tpoxu. 

Dans la voûte de l'abside nous trouvons la peinture habi- 
tuelle : sur un trône incrusté et orné de perles, couvert d'un 
coussin aux riches broderies, le Pantocrator est assis, bénis- 
sant de la main droite et présentant un livre de la gauche. Ici, 
contrairement à l'usage ordinaire de la région, le livre est fer- 
mé. Aux quatre angles du trône se voient de nouveau les ani- 
maux symboliques : l'aigle et l'ange, ailes déployées, aux 
coins du dossier; le lion et le bœuf, sans ailes, aux pieds du 
siège. Toute cette image est entourée d'un grand nimbe en 
dehors duquel Adam et Eve (A8a|x, E6a), aux extrémités de la 
voûte sont prosternés le front contre terre. 

Tel est l'ensemble des peintures qui ornent cette chapelle. On 
peut en indiquer en quelques mots les principaux caractères. 

Les personnages peints sur les parois, dans la nef comme dans 
le chœur, présentent un hiératisme très prononcé. Les attitudes 

1. La confuBÎoa de u avec ic s'explique facilement étant donnée la forme des 
majuscules ici employées. 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 15 

sont absolument rigides, les jambes parallèles : aucun fléchis- 
sement du genou, aucun souci de donner à la pose grâce ou 
aisance. Le phénolion des docteurs, la robe et le manteau des 
saintes, tombent en' plis droits; chez les soldats la tunique 
courte, la chlamyde rejetée en arrière, dégageant bien le per- 
sonnage, font ressortir la raideur des membres; enfln la chla- 
myde des martyrs agrafée sur l'épaule découvre le bras et le 
côté droits, mais chargée de broderies, sans pli aucun, elle 
emprisonne tout le reste du corps et ne laisse même pas devi- 
ner le bras et la main gauches qu'elle recouvre. 

Les gestes sont peu variés : une main est ramenée sur la poi- 
trine, quelquefois derrière le dos. Chez les saintes, l'autre est 
légèrement élevée dans un geste d'allocution. Les docteurs sou- 
tiennent un livre de leur main gauche cachée sous le phéno- 
lion, la droite montre le livre ou fait le geste de la bénédic- 
tion. 

Les visages de cette série ont presque tous été détruits de 
parti pris. Maîtres et modèles des Iconoclastes, les Musulmans 
n'ont rien perdu de leur aversion pour l'image de la figure 
humaine. Elle se retrouve à demi superstitieuse, très vivace, 
jusque dans le peuple. A sainte Sophie les sultans Ottomans 
remplaçaient par des étoiles la face des chérubins; ici, les 
pâtres kurdes et turcomans ne cessent de gratter les visages des 
saints. De tous ceux qui ornaient les parois, deux seuls sont 
encore reconnaissables, ceux de sainte Hélène et de sainte 
Barbe : on les devine réguliers, le premier ovale, le second 
presque rond sous d'abondants cheveux noirs; le nez est droit 
et fin, la bouche petite; des yeux il ne reste presque rien. 

Le buste de saint Michel, qui orne le cancel droit du chœur, 
doit être rattaché à cette série : la pose est grave, mais non 
point raide, les proportions sont justes; les ailes encadrent bien 
les épaules ; la main droite tenant le sceptre s'élève dans un 
geste large, tandis que l'autre soutient un globe (pi. XIV). 

En résumé, dans les peintures inférieures les poses sont 
rigides sans être grimaçantes; la draperie est d'une extrême 



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16 HEVUË ÀtlCHÉOLOGIQUÉ 

sobriété, les plis droits et peu nombreux sont indiqués d'un 
simple trait. 

Si nous levons les yeux vers la voûte, nous sommes surpris 
d'y rencontrer, au moins en certains personnages, des carac- 
tères notablement différents : quelques attitudes semblent for- 
cées et disgracieuses, le costume se brise en une multitude de 
plis tourmentés : qu'il suffise de citer le Christ dans TAnastasis 
ou dans l'abside, la Vierge dans l'Annonciation. Cependant, à 
côté, se voient des parties traitées de façon plus sobre et plus 
grave. Dans cette même Annonciation, le mouvement de l'ange 
— sauf l'aile gauche qui pend, comme brisée — est juste et son 
vêtement plus simplement drapé. L'embrassement de Marie et 
d'Elisabeth nous présente des poses dignes; les draperies, quoi- 
qu'encore assez compliquées, rappellent par leurs lignes longues 
et verticales celles de la première série. En face, dans l'Anas- 
tasis, Adam porte le même costume que l'ange de l'Annoncia- 
tion, et traité de la même façon ; les autres personnages, sauf 
le Christ, ne s'écartent guère du faire simple et rude des pein- 
tures inférieures ; David et Salomon ont le même diadème à 
pendeloques que Constantin. 

Si, dans la scène des Reproches, Joseph grimace d'étrange 
sorte, c'est que le peintre a voulu, suivant la formule, lui don- 
ner un air courroucé, tâche supérieure à son talent. Il reparait 
plus naturel au tableau du Voyage, tandis que nous retrouvons 
le hiératisme dans la Vierge assise sur l'âne. 

Mais c'est dans la fresque de la Nativité que se font plus nom- 
breux et plus frappants les traits communs avec les peintures 
de la première série. Là, il est vrai, nous n'avons guère que 
des attitudes au repos. J'ai déjà fait remarquer que, dans ce 
tableau, les personnages unissaient une réelle expression à une 
grande simplicité de lignes poussée presque jusqu'à la raideur. 
La draperie est réduite autant que possible : le vêtement de la 
Vierge ne présente que des plis très rares : un simple trait pour les 
marquer sans demi-teintes. A part quelques jeux de lumière sur 
le manteau de Joseph, le procédé est le même dans les autres 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 17 

figures. Les personnages debout rappellent fort ceux des parois ; 
leurs pieds ont en particulier le même défaut qui les fait paraî- 
tre soulevés au-dessus du sol. C'est aussi le défaut de TEnfant 
dans le bassin. 

Une remarque est à faire sur les médaillons et les portraits. 
Ces derniers nous présentent les types et le costume de l'époque : 
visages imberbes, cheveux longs couvrant les oreilles, bustes 
drapés dans un manteau qu'une fibule rattache sur l'épauïe 
gauche. Identique est le costume de David et de Salomon sur 
l'arceau du chœur (comme aussi dans l'Anastasis), tandis que 
TEzéchias de la voûte est un roi antique. Mais portraits et 
médaillons ont un bien autre intérêt. Là en effet, et là seulement 
nous trouvons des figures presque intactes : leur position élevée 
les a garanties. Les traits sont accentués, témoin Ezéchias dont 
le visage osseux, le nez long et mince, la barbe en pointe, se 
détachent avec un relief vigoureux. La note la plus caractéris- 
tique se trouve dans la façon dont les yeux sont traités. Non 
content de marquer d'une ombre forte le dessous de l'arcade 
sourcilière, le peintre a continué cette ombre tout autour de 
l'orbite, jusque sous la paupière inférieure*. Bien que moins 
apparent (sauf chez David dans l'Anastasis où il est très visible), 
le même cerne noir se voit encore dans les scènes de la voûte ; 
et en y regardant de très près on peut en saisir quelques traces 
sur les visages si dégradés des parois. Indice nouveau que le 
faire est bien le même dans les diverses parties de la décora- 
tion. 

Aussi, en dépit de quelques contrastes, il n'y a pas lieu de 
faire remonter à des époques différentes les deux séries de pein- 
tures, celles de la voûte et celles des parois. Outre que le 
coloris est uniforme, nous trouvons de part et d'autre assez de 
caractères communs pour rejeter cette hypothèse : les diver- 
gences s'expliquent par la distinction entre les attitudes au 



1. Même caractère dans les mosaïques de la coupole du chœur à saint Marc 
de Venise. 

IV« SÉRIE, T. XII. 2 



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18 REVUE ARCHÉOLOGIQdÉ 

repos, surtout les poses debout ou les bustes, et les attitudes en 
mouvement. Ce que j'ai dit le prouve, semble-t-il, abondamment. 
De cette trop longue analyse nous pouvons conclure que Tar- 
tiste ou les artistes qui décorèrent la chapelle avaient sous les 
yeux des modèles d'une incontestable beauté : les traits distinc- 
tifs en étaient la simplicité grave et austère, la rigidité des atti- 
tudes et, dans les scènes complexes, l'heureux agencement des 
parties. D'autre part, le peintre était manifestement inexpéri- 
menté. De là vient l'extrême disproportion que nous voyons, 
au point de vue de l'exécution, entre les parties même d'une 
peinture unique. Là où le modèle est facile à suivre, et c'est le 
cas des personnages immobiles, de ceux qui expriment des sen- 
timents calmes, le peintre s'en tire honnêtement; mais dès qu'il 
doit rendre la vie ou la passion plus violente il est désorienté, il 
force les attitudes, il fait grimacer les visages. Ainsi dans l'exé- 
cution se trahit une main barbare. Les fresques de cette chapelle 
n'ont donc par elles-mêmes qu'une valeur médiocre ; elles nous 
intéressent cependant comme témoins presque uniques* de la 
peinture byzantine à l'époque macédonienne et comme des 
reflets lointains, aflaiblis, de ce qui fut un grand art. 



IL — Chapelle de l'Ascension a Gueuhémé. 

La chapelle que je vais décrire maintenant appartient au 
second groupe, celui de Gueurémé, situé entre Matiane et Ur- 
gub. Tout ici diffère de Soghanle, l'aspect du pays comme celui 
des églises. Les monuments souterrains, en effet, ne sont plus 
resserrés dans une étroite vallée; ils sont répandus sur un vaste 
espace de terrain extrêmement mouvementé, présentant une 
série de ravins et couvert de pics, d'aiguilles et de murailles de 
tuf volcanique. Ils se font cependant plus nombreux dans le 

1. Eq dehors des fresques de Cappadoce on ne connaît guère de ceUe époque 
que quelques peintures dans les cryptes de Tltalie Méridionale. Cf. Diehl, 
UArt byzantin dans lltalie Méridionale, 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOGE 19 

vallon qui porte proprement le nom de Gueurémé, nom que 
nous avons étendu à tout cet ensemble. 

A Soghanle, les plans des monuments sont peu variés, les 
peintures offrent des caractères presque uniformes. A Gueu- 
rémé, au contraire, il est difficile de réduire les chapelles à un 
petit nombre de types : d'un monument à Tautre, ou plutôt 
d'une série à l'autre, l'architecture et la décoration présentent 
les divergences les plus tranchées. Les limites de cet article ne 
me permettant pas de donner des exemples des différents types, 
je me bornerai, comme je l'ai fait pour Soghanle, à décrire 
une seule chapelle. Elle est représentative d'une série qui com- 
prend plusieurs monuments très semblables, remontant tous à 
la même époque. 

La chapelle — sans doute dédiée à l'Ascension, si l'on en juge 
par la place privilégiée qu'y occupe cette scène — donne 
aujourd'hui, par sa porte principale, sur un précipice. On ne peut 
y accéder de ce côté et on doit descendre par une sorte de puits 
encombré de ronces jusqu'à une ouverture pratiquée dans 
la paroi gauche. Peut-être les peintures doivent-elles à cet accès 
difficile leur état de conservation relative. Le plan de la chapelle 
présente une disposition bien connue : c'est une croix grecque, 
à branches sensiblement égales, inscrite dans un rectangle*. Au 
centre de la croix, une coupole supportée par quatre colonnes 
et quatre grands arcs. D'autres arceaux plus petits, reposant par 
une de leurs extrémités sur les colonnes et par l'autre appuyés 
contre les côtés du rectangle, dessinent les branches. Celles-ci, 
dans plusieurs monuments de la même série, sont voûtées en 
berceau, disposition qui met en relief le plan général. Ici les 
branches portent aussi des coupoles. Restent les quatre coins du 
rectangle, espaces limités par deux petits arceaux et deux parois : 
eux encore sont couverts par des coupoles. Mais tandis que les 
cinq premières ont leur naissance à la hauteur du sommet des 

1. V. Rev, arch. 1907, 1, p. 25, la chapelle très semblable, mais plus petite, 
décrite par Miss Lowtbian Bell. 



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20 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

grands arcs, ces dernières ne dépassent guère le niveau des 
petits. Ainsi malgré l'uniformité dans le système des voûtes, le 
dessin de la croix reste bien évident. 

Il suffit de jeter les yeux sur le plan (flg. 4) pour se rendre 
compte que le monument peut encore être considéré comme une 
chapelle à trois nefs séparées entre elles par deux rangées de 
colonnes. Une abside termine chacune des nefs, l'abside centrale 
étant la plus grande. Cette idée n'est certainement pas celle qui 
présida à la construction de l'édifice, car, abstraction faite des 
absides, la symétrie du monument est toute par rapport à un 
point central et nullement par rapport à un axe. Cependant, 
pour plus de commodité dans la description, on me permettra de 
considérer l'église de ce dernier point de vue : bien que les 
expressions soient inexactes, je parlerai de nef centrale et laté- 
rales et dans chacune je distinguerai trois travées. 

Les dimensions de la chapelle sont médiocres : le rectangle, 
qui n'est pas tout à fait régulier, mesure 5™, 30 de longueur et 
5™,80 de largeur ; l'abside centrale a 1™,60 de diamètre et 1™,45 
de profondeur; les absides latérales, larges de 1™,10, ont une 
profondeur proportionnée. Toutes trois, comme nous l'avons 
remarqué à Soghanle, dépassent un demi-cercle. Elles étaient 
fermées par des iconostases élevées, aujourd'hui détruites, et 
l'arc qui les entoure est outrepassé. 

Les colonnes sont rondes et unies, de 40 à 50 centimètres de 
diamètre et 2 mètres de hauteur. Un faible socle carré, mais 
point de chapiteau : les arcs s'appuient sur les colonnes par 
l'intermédiaire d'un double abaque qui, dans la partie gauche de 
la chapelle, est resté à l'état d'épannelage. A l'autre extrémité, 
les arcs retombent sur des pilastres qui, aux quatre coins de la 
chapelle*, sont réunis par des arcatures aux pilastres d'angles. 

Tout est taillé à même le rocher, les colonnes ne forment 
qu'un bloc avec les arceaux ; aussi l'une d'entre elles a pu dis- 

1. Exception faite pour Tangle ouest. 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 21 

paraître, et, sans que la voûte en ait subi le moindre dommage, 
la retombée, en ce point, porte dans le vide (pi. XVI). 

Une dernière particularité est à noter : je veux parler des 
coupoles. Elles ne s'élèvent pas au sommet d'un tambour circu- 
laire ou polygonal comme cela se voit dans une série nombreuse 
de chapelles souterraines ; elles ne reposent pas non plus direc- 
tement sur les grands arcs et sur des pendentifs. Dans chacune 
de ces dispositions, le diamètre de la coupole est, à peu de 



Kig. 4. — Chapelle de rAscension à Guéméné. 

chose près, le côté de l'espace qu'elle recouvre. Ici, au con- 
traire, entre ce diamètre et le côté, il y a une différence 
considérable : si nous exceptons la coupole centrale, le rapport 
de l'un à l'autre ne dépasse guère un demi*. Reliées aux arcs 
et aux parois qui les supportent par des surfaces horizontales, 
les coupoles rappellent les ciels ouverts percés dans certains 

i. Disproportion encore exagérée par le fait que plusieurs de ces espaces 
présentent la forme de rectangles très allongés. 



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22 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

plafonds. Le constructeur aurait pu adopter franchement cette 
dernière conception; pour racheter les différences de niveau, 
il aurait pu, au-dessus des petits arcs, tailler des pans nette- 
ment verticaux et dessiner ainsi un plafond rectangulaire au 
centre duquel il eût creusé la coupole. Mais craignant avec rai- 
son de heurter les lignes, il s'est ménagé, entre la retombée 
des arcs, des raccords triangulaires que nous pouvons considé- 
rer comme des pendentifs. Ainsi les pans verticaux qui surmon- 
tent les petits arcs affectaient la forme de croissants ou de 
lunules, et le rectangle supérieur se trouvait transformé en un 
octogone encernant à une certaine distance le cercle de base de 
la coupole. 

Il est naturel de se demander si une telle disposition s'inspi . 
rait de quelque monument. La chose est peu probable, car outre 
qu'aucun exemple ne m'en est connu, on peut douter que 
ce genre de voûte soit réalisable en maçonnerie, du moins dans 
les édifices de quelque dimension : la coupole placée en porte à 
faux ne manquerait pas de s'effondrer. Nous n'avons pas là un 
type de l'architecture byzantine, mais bien une disposition de 
rencontre adoptée parce qu'elle était facile à exécuter dans les 
églises souterraines et qu'elle offrait le double avantage de 
diminuer la dimension des coupoles et de rendre moins délicat 
le travail des raccords. 

Les peintures qui ornent actuellement l'église ont été précé- 
dées par une première décoration. Les traces en reparaissent en 
plusieurs endroits au-dessus de la porte d'entrée, autour de l'ar- 
ceau du chœur et sur les parois latérales. Elle se composait de 
filets, de zigzags, de croix nimbées, le tout peint sur le roc en 
rouge. Plus tard, un enduit et des fresques ont recouvert l'an- 
cienne décoration. A part les colonnes, stuquées mais non 
peintes, l'artiste n'a laissé aucun espace vide. Rien, malheureu- 
sement, ne nous révèle de façon certaine la date de ces pein- 
tures; nous serons réduits tout à l'heure à faire des hypo- 
thèses. 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 23 

Passablement endommagées, moins peut-être que celles de 
bien des chapelles voisines, elles gardent leurs teintes encore 
fraîches. Les couleurs qui dominent sont le rouge, le bleu et le 
brun. Toutes sont claires ; elles n'ont pas les tons sombres de 
Soghanle, de sorte que cette chapelle, qui ne reçoit pourtant le 
jour que par la porte, nous parût, quand nous y entrâmes, avoir 
quelque chose de gai et de lumineux. Il est vrai que nous sor- 
tions de travailler dans une véritable cave. 

Dans la décoration nous distinguerons trois parties : les 
absides, les parois et la voûte. 

L'abside centrale offre un ensemble pareil à celui de So- 
ghanle : à la voûte, le Pantocrator, assis et bénissant, pré- 
sente de la main gauche un livre ouvert. De part et d'autre, 
se tiennent debout, dans l'attitude de la Déisis, la Vierge et 
saint Jean. En dessous, dans une série d'arcatures peintes sur 
la paroi, cinq docteurs debout, en phénolion et pallium. Les 
noms des quatre premiers sont : rpr^yopr^oç o OeoXcYoç, BainjXeioç, 
IQ xpwoŒToixoç, [NJr^xsXaoç. S'il nous est permis de juger par 
des groupes semblables dans les chapelles voisines, le cin- 
quième serait saint Hypatios. 

L'autel ne porte aujourd'hui d'autre ornementation que des 
filets rouges appartenant à la première décoration. Il est 
appuyé contre la paroi, ce qui a obligé le peintre à diminuer la 
taille du docteur central. 

Dans les absides latérales, la voûte est basse et un sujet suffit 
à l'orner : à droite, un buste de saint Michel, à gauche, une 
Vierge assise, tenant son fils sur ses genoux ; la tête de la mère 
se penche vers celle de l'enfant. Le peintre semble lui avoir 
donné le titre de Périblepte. 

La décoration des parois comprend deux parties : le bas fort 

dégradé, jusqu'à la retombée des arceaux ; puis, au-dessus, une 

série de tympans et de champs dont la forme est voisine du 

demi-cercle*. 

1. Les tympans De se trouvent qu*aux angles de la chapelle. Dans les tra- 
vées centrales et à Tangle ouest, il n*y a pas d*arcatures le long des parois. 



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24 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

De la première série de peintures nous ne pouvons citer que 
les sujets suivants : 

Au bas de la nef gauche, sur la paroi du fond, les trois 
enfants dans la fournaise (r; xp-yj; r^eltç ev vq y.a;j.vo). Un grand 
ange est debout, les ailes éployées; et devant lui, sous la pro- 
tection de ses bras étendus, se tiennent les trois enfants, 
nommés une seconde fois (r^ xpYjç xeîeç). 

Dans la nef centrale, de part et d'autre de la porte, figu- 
raient deux saints sur la paroi, et deux autres sur les pilas- 
tres. A gauche de la porte les peintures ont disparu; à droite, 
on reconnaît deux personnages féminins dont l'un est peut-être 
sainte Irène (y; avrja ....tjvy;). 

Toujours sur la même paroi, dans la nef de droite, sainte 
Kuriaké (xuptexr,), dans une attitude d'orante, accompagnée 
d'une autre sainte qui ramène les mains sur la poitrine. 

Sur la paroi droite, dans la travée du fond, Constantin et 
Hélène ; dans la seconde, un ange aux ailes éployées, debout 
et tenant un sceptre de la main droite. Le nom paraît être 
Ochoniates*. Les pilastres qui encadrent cette travée portent 
saint Georges et saint Dimitrios (Fe^pYr^cç, Ai{/.r<tpr^oç). Sur toute 
cette paroi les figures ont presque entièrement péri : de plu- 
sieurs des saints que je viens de nommer, il ne reste que le 
nom. 

Au-dessus de ces peintures se voit une série de tableaux em- 
pruntés à la vie du Christ : ils forment un cycle plus complet 
que celui de la chapelle de sainte Barbe, mais en vain cherche- 
rait-on un ordre régulier dans la suite des scènes. Le peintre 
s'est préoccupé surtout de réserver pour certains tableaux les 
places principales qui sont les travées centrales à droite et à 
gauche et le fond de la grande nef, c'est-à-dire les points où 
s'appuient aux parois les branches de la croix dessinée par la 
chapelle. Toutefois on peut dire que, dans l'ensemble, les 
scènes commençant à gauche, près du chœur, se déroulent de 

1. Cet archange occupe la même place dans une chapelle de la même série. 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 25 

droite à gaucho dans un ordre inverse à celui de Soghanle. 

Dans la nef gauche, à la première travée, une nouvelle pein- 
ture de Constantin et Hélène, debout, tenant la croix ; à la 
seconde, une Adoration des bergers qui sans doute accompa- 
gnait une Nativité. Cet ensemble important a beaucoup souf- 
fert. A la troisième, une Entrée à Jérusalem (yj ga^rjo^opoç) : le 
Christ, bénissant de la main droite, est assis sur un âne blanc 
qui s'avance le cou tendu, la tête baissée. Deux apôtres seule- 
ment le suivent, Thomas (©opia;) et Pierre*. En avant, deux 
enfants (u wsBe; tov eSpesv) étendent leurs vêtements à terre, tan- 
dis qu'un troisième monte sur un arbre au feuillage étalé. 

A côté, au fond de cette même nef gauche, la Résurrection de 
Lazare (v) evepTïjç tou AaÇafou) : le Christ s'avance rapidement 
suivi du seul Thomas; Marthe et Marie (MapOa xe Mapia) sont 
prosternées très bas à ses pieds ; en arrière un homme écarte la 
pierre du tombeau qui apparaît creusé dans un rocher sem- 
blable aux pyramides de Gueurémé et un autre personnage 
soutient le mort dressé debout dans son suaire à l'ouver- 
ture du sépulcre. Tout en haut se lit la parole du Christ : AaÇape 
8s6p9 eço. 

Je passe la scène suivante, une Ascension au-dessus de la 
porte principale. J'y reviendrai tout à l'heure. 

Dans la nef droite, au fond, le Baptême (v) gaTCTTgar,;) : le Christ 
est debout dans un Jourdain tout de convention, fait d'un gros- 
sier quadrillage bleu et blanc; à ses pieds, dans l'eau, une per- 
sonnification du fleuve; au-dessus, une colombe dans un rayon 
lumineux. A gauche, saint Jean verse l'eau et, à droite, deux 
anges portent en leurs mains les linges brodés qui vont essuyer 
le Christ (pi. XVI). 

Au tympan suivant, le premier de la paroi droite, se voit la 
transfiguration (y) iJ.£Ta|jLcp©o<jr|ç) : sur une colline à trois pointes, 
le Christ au centre d'une gloire traversée par six rayons, entre 

1. Le nom ici eiïacé nous est donné par les peintures semblables dans la 
même série de chapelles. 



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26 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Elie et Moïse. Un peu plus bas les trois apôtres prosternés, deux 
d'entre eux presque couchés, la tête violemment tournée vers 
le haut. 

La travée centrale est occupée par les scènes de la Passion. 
J'ai fait observer qu'au-dessus des petits arceaux se présentent 
des surfaces en forme de lunules. Si, nous plaçant au centre 
de la chapelle, nous regardons cette travée, nous apercevrons 
à droite et à gauche deux de ces lunules : sur celle de gauche 
est peinte une trahison* {TzpooocTiJ. ) et, sur celle de droite, le 
Christ enchaîné entre deux soldats. Au fond, c'est-à-dire, sur la 
paroi, nous voyons le crucifiement (r< ffTa6pocr,ç). Nous ne trou- 
vons pas ici, comme dans une autre série de monuments, la 
peinture des deux larrons : seule se dresse la croix du Christ entre 
le groupe des saintes femmes, la Vierge et les myrrhophores 
(e iJLupoçope) à gauche, et à droite celui qui comprend saint Jean 
(Iû),le centurion (o ey-aTcviapyoç) et un personnage féminin, pro- 
bablement l'Eglise. Il y a encore de part et d'autre de la croix 
deux tout petits soldats ; l'un (o Xcvyr^vcç) élève sa lance vers la 
poitrine du crucifié, l'autre (o eco^cç) présente l'éponge au bout 
de la tige d'hyssope : c'est une sorte de jeu de mot qui lui a valu 
son nom. Au-dessus de la croix se voient le soleil et la lune. 

Ici les peintures de la voûte se rattachent à celles de la paroi : 
le haut de la croix s'engage jusque sous la coupole où est peint 
un essaim d'anges volants. Le peintre a réuni les deux parties 
de la scène dans un encadrement fort simple mais dont les 
lignes présentent à l'œil un dessin gracieux. Au bas de la 
coupole, il a écrit sur deux lignes semi-circulaires le texte 
suivant coupé par la tête de la croix : 

Ftq x^ovr^Te x(e) 'juada xttqotqç TpejAv; [Lfivqp îe ôpr^VTj 

x€ pi.a6r)Tr|Ç Baxpuov opovreç eTCYj (jTa6pcu tqç îo^iqç tov x(upto)v 

Reste la travée supérieure : c'est là que sont figurées les deux 



1. Cette peinture copie celle qui est reproduite dans les Comptes rendus de 
VAc. des Inscr. pour 4908, p. 48, fig. 5. 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 27 

dernières scènes, et, si mes souvenirs ne me trompent, dans 
Tordre suivant : sur la paroi latérale, la Mise au tombeau : 
Joseph d'Arimathie et Nicodème portent le Christ et saint Jean 
les suit en pleurant. Puis, dans le tympan qui surmonte la petite 
abside, la Cène (o Svixvoç) : onze apôtres sont vus de face, tous 
très serrés sur un même côté d'une table rectangulaire; aux 
extrémités, le Christ et Judas se font vis-à-vis ; ce dernier porte 
le nimbe comme les autres apôtres. 

Revenons à la scène de l'Ascension qui termine naturellement 
le cycle. Elle a été réservée, comme je l'ai dit, pour la travée 
inférieure de la nef centrale. De même que la scène du crucifie- 
ment, elle occupe un espace complexe où le peintre a su distri- 
buer fort habilement les différentes parties de la composition. 
Dans trois chapelles de la même. série nous retrouvons cette 
scène, presque identique mais chaque fois représentée à des 
places très diverses; et toujours avec le même bonheur l'artiste 
a tiré parti de la surface qu'il avait à décorer. Dans la première 
c'était la voûte en berceau d'un narthex ; dans la seconde (une 
chapelle en forme de croix) le fond d'une branche : la peinture 
couvre un tympan et un berceau appuyé d'un côté sur une paroi 
pleine, de l'autre contrebuté par un arceau. Ici s'offrait au 
peintre un pan de paroi, une coupole et deux de ces lunules que 
j'ai déjà mentionnées. Sur la paroi, au-dessus de la porte, il a 
représenté la Vierge et les apôtres ; malheureusement, dans la 
plus grande partie de cet espace, le stuc s'est détaché, laissant 
apparaître la décoration primitive. De la Vierge debout au centre 
dans une attitude d'orante, il ne reste que le visage ; deux anges 
devaient l'encadrer : on devine quelque chose de celui qui se trou- 
vait à sa droite. De ce même côté se voit encore un groupe de six 
apôtres, massés, faute de place, en profondeur. Dans la coupole 
le Christ est assis bénissant d'une main, et de l'autre tenant un 
rouleau fermé, au centre d'un nimbe que portent quatre anges 
volants. Là est inscrit le titre de la scène : y) avaXYjdflrjç. Enfin sur 
les lunules sont peints deux anges descendant du ciel vers les 
apôtres : ils s'encadrent fort bien dans l'espace qui leur est des- 



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28 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

tiné (pi. XVI). A côté d'eux se lisent les paroles des Actes des 
apôtres (I, H). 

La description de cette scène m'amène à parler de la voûte. 
On a pu se rendre compte déjà quel ensemble compliqué elle 
présentait : le peintre y trouvait à décorer trois sortes de sur- 
faces : des coupoles, les divers raccords (pendentifs, lunules, etc.) 
entre les arcs et les coupoles, enfin le revers des arceaux. Là 
où le champ était trop restreint, il s'est contenté de purs orne- 
ments : c'est le cas de ces petits pendentifs bâtards qui se voient 
dans les travées de moindre dimension, et surtout de ces plans 
polygonaux qui entourent la base des coupoles. Mais partout 
où s'offraient des espaces suffisants, il a peint des figures. 

Les coupoles, sauf les deux déjà décrites et celle du milieu, 
portent un buste d'ange aux ailes éployées, tenant d'une main 
le sceptre et de l'autre le globe. Aux quatre angles ce sont : en 
haut, Gabriel et Michel (FaépYîX, MuxaTjX); en bas, Uriel et 
Phlogothiel (OpYîtÀ, ^Xo-xo^erik) . A gauche, faisant pendant aux 
anges du crucifiement, Raphaël (Pa^x/jA). Au sommet de la nef 
centrale, un nouveau buste de saint Michel (le nom est ici écrit 
en abrégé). Dans la coupole centrale beaucoup plus vaste, est 
représenté un grand buste du Christ bénissant et le livre en 
main. Le monogramme |C XC l'accompagne, peint dans deux 
médaillons, de part et d'autre, en gros et beaux caractères. 

Sur les pendentifs (je rappelle que le terme est impropre) qui 
supportent cette coupole, quatre médaillons renferment les 
bustes des évangélistes (Maxôeoç, Mapxov, Aouxaç, lû). A la même 
place, dans la travée supérieure, quatre saints, parmi lesquels 
nous reconnaissons Oreste et Eugène (OpecTYjoç, Euyêvyjoç); et sur 
chacune des lunules qui surmontent les arcs latéraux dans cette 
travée, un autre buste (à droite : Puottqxoç) accolé de deux petits 
médaillons avec des têtes d'anges. 

A part celles que j'ai décrites précédemment les autres sur- 
faces de raccord ne présentent que de simples ornements. 

Les arceaux portent tous, à leur revers, deux personnages 
figurés en pied. Ce sont, sur les petits arcs, des saints vêtus 



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DEUX CHAPELLES SOUTERRAINES EN CAPPADOCE 29 

du costume des diacres : tunique claire qui laisse déborder, aux 
poignets et aux pieds, la dalmatîque; par dessus, un manteau. 
Tous tiennent de la main droite une petite croix et la gauche est 
ramenée sur la poitrine. Des seize noms, nous avons noté les 
quatorze suivants : Touprjaç, A^r^Scç, i2£p-pjoç, Baxcç, <E>Xopoç, Aa6pcç, 
Hpoéoç, Tapa^oç, NtxT)T»;, AvBpovtxoç, MapSaptoç, Mapiaç, AvtxtjTOÇ, 

Aux revers des grands arceaux le peintre a figuré des pro- 
phètes : David et Salomon sont vêtus en basileis, Daniel porte 
le costume oriental, le manteau brodé et la petite tiare sur la 
tête (pi. XVI); les autres ont le vêtement antique et tradition- 
nel. Tous tiennent de la main gauche un parchemin déroulé 
portant un texte et, de la droite, font le geste de la bénédiction. 
Ces derniers gestes sont dirigés vers le centre de l'Église, ce qui 
donne à certains, obligés de bénir à gauche, une attitude légère- 
ment forcée (v. pi. XVI : Habacuc); mais ce détail accentue la 
symétrie autour d'un point central dont j'ai parlé. A part ce 
défaut, minime en somme, les poses sont bonnes; le corps 
appuie sur la jambe gauche, et la droite portée en avant fait 
saillir le genou sous le vêtement. 

Les textes inscrits sur les rouleaux sont les suivants : je les 
donne en commençant par le premier pilier à gauche, et en 
parcourant les quatre côtés du carré de droite à gauche : la po- 
sition de chaque prophète se trouve indiquée par le fait même : 

Salomon (SoXoiJiov) : uoç aoooç eçpsvr; zatepav uoç Ss aç pov Xutcyj 
jwTpi} (Prov. x, 1). 

Élie (HXïjaç) : Çtq xupioç* xe Çtq yj d^u^i l^ow iQ scrce uetoç einj -p; tj \l[t] 
iia(nG[Lttxoç iJiou (cf. III Reg. xvii, 1). 

Moïse (MooTçç) : ev «px^^* eicuriaev o) 6soç tov oupavov xe Tr|V yV (Gen., 

1,1). 

Isaie (Hffoïjaç) : iqSou r^ 7:[ap6]£voç (vil, 14). 

Daniel (AavrjTjX) : avaotTjor) o ôeoç xou oupavou pajtXYjav Tj-ctj^ tjfç tou]ç 
Uèy[a]q ou 3[ca]9Ô(x[pY]]a€[Te] (il, 44). 

1. Les abréviations KC> K€* OC sunt résolues dans ia transcription. 



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30 ftEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Habacuc (Avôaxuv) : c Ôeoç evyr^Çov eyo) r^djjii* Xeytq xuptoç ou^t 6eo^ 
i:opoSev (L'attribution est fausse, le texte est de Jérémie : xxiii, 
23). 

Jonas" (H(i)vaç) : w xupie ou^r outu u Xoyu [jlcu enr; ovtoç ev tyj y/J l^^^^ 
K2). 

David* (AAA) : ay-oujov o'JYa"fe(p) >^s "rfios y.e xXr^vov to oj(ç)* œou xs 
6XY)Xaeou Tou (Ps. XLÏV, H) 



Pour résumer notre impression, ces peintures, qui ont été 
exécutées à la même époque et presque certainement par la 
même main, nous offrent l'exemple d'un art moins inexpéri- 
menté qu'à Sainte-Barbe. J'ai noté le naturel, l'aisance dans la 
pose des prophètes ; on trouve le môme caractère, soit dans les 
scènes, soit dans les anges et les saints peints sur les parois : le 
groupe des myrrhophores dans le Crucifiement est parfait ; les 
anges du Baptême, ceux de l'Ascension, ont un mouvement 
exact. Dans les scènes plus animées le peintre a fait effort pour 
donner à ses personnages de la vie et de la variété : les apôtres, 
dans l'Ascension, sont intéressants à étudier de ce point de vue : 
celui-ci lève les yeux et la main vers le Christ, celui-là se 
tourne vers la Vierge, d'autres s'interpellent entre eux. Il est 
vrai que l'artiste n'a pas su éviter toute exagération, et que, 
dans ce même groupe, le plus en vue de ses personnages a 
une attitude contournée et disgracieuse. 

Les draperies assez tourmentées sont, en général, harmo- 
nieuses et justes ; les plis ne s'indiquent plus par un simple 
trait; mais le peintre a recours aux demi-teintes. 

C'est dans la manière de traiter le nu que l'inexpérience se 
fait le plus nettement sentir. Par une anomalie — générale, on 
le sait, dans l'art byzantin — le Christ, qui a les reins ceints 

1. Le C est ajouté au-dessus de la ligne, en petit caractère : peut-dtre ne 
faut-il pas le lire. 

2. Cheveux blancs, presque chauve. Le Guide de la peinture le veut jeune. 

3. Sur le môme arceau que Salomon, lui faisant vis-à-vis. 

4. Le peintre semble avoir écrit d*abord CC ; puis croyant à une faute, il 
aura effacé pour n*écrire qu*un seul C- 



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bEUX CHAPELLES SOCTERHAINES EN CAPPADOCE 31 

au Crucifiement, est entièrement dépouillé au Baptême; mais 
le peintre s'arrête là où il ne peut interpréter sans s'offus- 
quer. Dans les deux scènes nous trouvons la même anatomie 
primitive et étrangère à toute observation de la nature. Quel- 
ques muscles, tels les radiaux et les biceps, sont indiqués, mais, 
privés de leurs attaches, ils se réduisent à la forme de renfle- 
ments circulaires ; les pectoraux, démesurément exagérés, ne 
font qu'une masse avec les deltoïdes ; enfin l'abdomen se stylise 
en une ligne de pure convention. Dans le Crucifiement les bras 
sont raides et ne fléchissent pas sous le poids du corps ; les 
épaules s'élèvent au-dessus de la ligne des mains ; par contre, la 
tête qui retombe à droite et le mouvement sinueux du corps 
trahissent une observation plus exacte. 

Les visages, eux aussi, se rapprochent de la nature : les traits 
sont fins, les yeux bien fendus, le nez long; et dans les figures, 
vues de trois quarts, il est légèrement arqué, ce qui est un trait 
du type oriental. 

En somme, tous ces caractères nous ramènent à cette seconde 
période de l'art byzantin où la liberté et la variété deviennent 
plus grandes, où le pittoresque commence à l'emporter sur le 
hiératisme et l'observation directe sur la copie des modèles 
antiques*. 

Si nous voulons préciser les dates des peintures que nous • 
venons de décrire, nous sommes réduits à raisonner sur des 
indices. Rappelons d'abord qu'entre les années 1068 et 1071 
toute la région qui s'étend de Césarée à Konia tomba aux mains 
des Seldjoukides. Ramçay, à propos de Bin-bir-kilissé, pose 
comme un axiome qu'on ne peut dater aucune église postérieu- 
rement à la conquête". L'affirmation me paraît un peu trop 
catégorique. Il reste néanmoins que l'invasion, bien qu'elle ne 
détruisît pas le Christianisme autour de Césarée — il s'en faut 
de beaucoup — dut porter aux monastères et aux églises un 

1. V. Millet, Vart byzanHn (dans VHistoire de Cari d'André Michel). 

2. W. Ramsay, Siudies in the history and art of the Eastem provinces of 
ike Jtaman Empire^ p. 264. 



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32 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

coup funeste et qu'elle rend singulièrement improbable la fon- 
dation d'un ensemble aussi important que celui des chapelles 
— contemporaines les unes des autres — appartenant au type 
que nous étudions. D'autre part, la seule inspection des fres- 
ques nous interdit de les faire remonter à une époque anté- 
rieure à l'an 1000. Elles offrent au contraire dans les draperies, 
les traits du visage, les attitudes, des caractères qui les rappro- 
chent des belles œuvres du xi® siècle*. Les anges qui portent 
le nimbe où siège le Christ, dans l'Ascension, sont exactement 
ceux de sainte Sophie de Salonique : même mouvement des 
pieds rejetés en arrière; nous retrouvons jusqu'au détail gra- 
cieux de l'ange qui soutient par l'extrémité des doigts le pied 
du Christ. La Nativité, la Transfiguration et le Baptême de toute 
cette série de chapelles copient de près les scènes de l'Évangé- 
liaire d'Iviron. Dans les textes peints la paléographie est la 
même qu'à Daphni*. 

Nous ajouterons un dernier indice tiré du nom de la Vierge 
dans l'absidiole gauche. On connaît l'église de la Périblepte 
édifiée par Romain Argyros : est-il trop hardi de supposer que- 
la peinture de Gueurémé nous reporte à l'époque où la magni- 
fique construction impériale avait mis ce titre à la mode? 
Ainsi les fresques que nous étudions se trouveraient avoir pré- 
cédé de vingt à quarante ans seulement la conquête seldjoukide. 

Guillaume de Jerphanion. 



1. M. Millet veut bien m'écrlre à ce sujet : << Le modelé des draperies rap- 
pelle assez celles de saint Luc, mais elles sont plus souples ; les lignes du corps 
en certains personnages sont onduleuses comme à Daphni ; Tornement qui 
revient le plus souvent se retrouve dans une église de Castoria avec des traits 
de style qui indiquent nettement le début du xi« siècle. » 

2. Mais non Torthographe qui, on a pu s'en rendre compte, est d'une barbarie 
toute cappadocienne. 



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NIGOPOLIS AD ISTRUM 

ÉTUDE HISTORIQUE ET ÉPIGRAPHIQUE 

{Troisième article^.) 



Ici commence la série des textes nicopolitaîns déjà connus*. 

22 à 25. Quatre bornes frontières {CIL, III, SuppL, 749, 
7434, 7435, 12345, 12407 = Sbornik, 1904, art. de M. Diako- 
vitch, p. 52 et 53, fig. 19 et 20). 

Texte reproduit dans le premier article, p. 211. 

Variantes : nombre des lignes différent ; dans deux textes, 
mélange du génitif et du datif ; dans l'un, le prénom est ajouté. 

26. Base de statue (Kanitz, III, p. 342, n° 13 = AEMOE, 
1886, p.243, nMl). 
Texte identique au n'' 6 (second article, p. 418 et hors texte). 
Variantes : 13 lignes, abréviations et iotacismes. 

1. Voir la Revue archéologique de novembre- décembre 1907. 

2. Je veux dire légitimement connus. Car il se trouve que les précédents, 
qui constituent le second article de la présente série, sont connus aussi, à la 
suite d*une publication hdtive, souvent insufBsante, et en tout cas illégitime. 
Je rappelle en effet que j*ai signalé (p. 413 dudit article) qu'ils proviennent 
tous de mes recherches personnelles. Les usages internationaux et les règles 
élémentaires de la courtoisie veulent que, dans ce cas, la publication des textes 
découverts soit réservée à Tinventeur. On comprendra donc à quel sentiment 
j*ai obéi en les déclarant inédits : i'épithète est vraie en droit, sinon en fait. 

On ne sera pas étonné non plus que je me sois dispensé de me référer à Tes- 
sai de publication que M. Dobrusky, directeur du Musée de Sofia, s'est cru le 
droit de tenter dans le tome XVIII du Sbomik» Mais j'ai le devoir de signaler 
que ses lectures ont passé dans la Revue des puhlirations épigraphiques {RA, 
1902), et, partiellement, dans le Corpus Inseriptionum graecarum ad res rama- 
nas pertinentium (Mésie, n»» 569 à 573, 575 à 578, 580, 585 à 587). La com- 
paraison de ces lectures avec les miennes, auxquelles on voudra bien ajouter 
les observations faites dans un paragraphe suivant (X, Addenda et Corri- 
genda, p. 487-489), montrera comment les textes doivent être définitivement 
établis. 

iv« SÉBIB, T. xn. 3 



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34 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

27. Pierre rectangulaire {Sbornik, 1901, p. 719, n" 7 - 
CIGRRP\ 574). 

Dimensions indiquées : 0,93 X 0,28 x 0,60. 

ô S^fiioç NeixoicoAiTwv xpoç — "Icipto ttôXeo); àvÉair^ffev. — Euxu^^oiç. 

L'oubli du nom de Domna est singulier. Remarquer l'ortho- 
graphe de NewoTCOAiTwv et Tabsence de Tarticle; mais il convient 
d'observer que les négligences mêmes de la transcription ren- 
dent douteuse la prétendue copie en caractères épigraphîques 
qui a été publiée*. 

28. Pierre du même genre {Shomik, 1901, p. 720, n«» 8 = 
CIGRRP, 579). 

Dimensions indiquées : 0,77 X 0,27 X 0,57. 

ïov ÔsiôxaTOv a'jTOxpàTopa Kaiaajpa Mapxov Aupi^Xiov iJégr^pov — 
'AvTwvsïvov Se6affTov, OsoO 'AvTa)]v6(vou Ixvovov, Osou SeÔT^pou — 
ulov, Vj ôouXy) y.al 6 îfjfxoç NeixoxoXsixJwv -îcpoç "lorpo) xoXeu)? avéffTY;ffev. 

J'ai adopté pour la ligne 3 la restitution de l'éditeur, calquée 
sur la formule de l'inscription précédente ; les restitutions des 
deux premières lignes m'appartiennent. Elles donnent à Cara- 
calla ses noms dans l'un des ordres ordinairement usités sur les 
textes épigraphiques, et attribuent à chacune un nombre de 
lettres (28 et 26) très voisin du nombre des lettres de la dernière 
ligne (29 ou 30). Il semble résulter du fac simile du Sbornik 
que les lignes sont complètes à droite; mais rien ne l'indique 
expressément, et même l'éditeur dans sa restitution de la 1. 2 
semble supposer qu'elle est incomplète. Il convient donc de 
faire ici les mêmes réserves que pour le texte précédent. 

i. Cette abréviation renvoie au Corpus cité dans la note 2 de Ja page précé- 
dente. 

2. Je ne connais pas ce texte par ailleurs, non plus que le suivant : ils ne 
proviennent pas de mes fouilles, comme on pourrait le croire par la place qu'ils 
occupent dans l'article du Shùmik. 



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NICOPOLIS AD ISTRCM 35 

29. Base de statue {AEMOE\ 1894, p. 181, n. 28 = 
C/Gft/?P,581). 

AiT(oxpdtTopa) [Kaiaapa] M(dtp)cov) 'Avxwviov — TopStovov, xai Sa6t- 
viov Tpay — xuXXeivav S66(a(rrr;v), ■/) ^ouXy] xal o — UpciiaToç SfJixoç 
Netxo'xoXehwv -^ 5 [xfjç wpoç "laTpov NeixoJxoXewç — àvécTr^aav euiu^wç ' 
— u'::aT6i5ovToç Ilpoaiou Tep — TuXXtavou icp6a6(6'jTou) or/Ti(rrp(a'n^ou). 

L. 4. — Le titre de UpwxaToç est appliqué, non à la ^o\)\ri 
comme c'est l'usage, mais au ^^[loç (cf. ci-dessous, n°» 30 et 31). 

L. 5. Les éditeurs ont restitué : [OiX^taç NetxpjTCÔXewç. On 
pourrait songer aussi à lire [^pcç "lorpov] -tcoXeqç, d'après les 
. n°» 27 et 28 ci-dessus, ce qui introduirait l'épithète usuelle et 
obligatoire. Mais les lignes précédentes ayant de 19 à 27 lettres, 
selon les ligatures, la longueur de l'une ou l'autre de ces resti- 
tutions est insuffisante, puisqu'elles ne fournissent que 18 ou 
même 16 lettres. J'ai donc cru devoir proposer une restitution 
qui comporte 24 lettres : je reconnais toutefois qu'elle diffère, 
comme les autres du reste, de la formule protocolaire la plus 
habituellement employée. 

Date : après 241 (Liebenam, n° 49. — Pick, p. 81). — Pour 
l'orthographe du nom du légat, voir V Index de la publication 
de Kalinka. 

30. Base de statue [AEMOE 1892, p. 212, n« 86 =: CIGRRP, 
582). 

Provenance : Dolna Lipnùza. 

A rapprocher de la suivante qu'elle sert à compléter : 

31. Base de statue {AEMOE, 1894, p. 188 ~ CIGBRI\ 591). 
Provenance : Gostilùza. 

Je confronte les parties analogues des deux textes, pour que 
les restitutions réciproques apparaissent clairement : il en rçsulte 
dans l'un des textes des interlignes qui, bien entendu, ne se re- 
trouvent pas sur la pierre. 

1. Cette abréviation renvoie aux Arch.-Epigr, Mittheilungen von (JEslerr.^ 
Vngam, continués depuis i898 par les lahreshefte. 



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36 



REVUE AHCHEOLOGIQUE 



N» 31 
Tov Y^Ç >tat 6]jXdtGJT}ç xal xà[cr|ç] 

olxOUJJlé^/YjÇ OSœItcOTTQV [AuTOXpCCT.] 

Katj. A. AoiJLtTtov] Aipr^Xiavov, 

siffeôfj eifu^Ti ^^^-f '^ ^tpariorri 
[PouXy) xal ô îepwTaToç SfJixoç] 
Tijç NetxoxoXletTÛv [xôXeox;.] 

'TxateùovTOç Tfjç èicap/eiaç 
Tou âtaoYiixOTOTOu Aup. S66aa. 

*E[7:i]ii.[6Xou]p.é[v]ou KX. Aip. TeX[6ja, 



L. 2-3. J'ai restitué hypothé- 
tiquement les noms impériaux, 
avec des abréviations peu 
usuelles, mais autorisées par 
les autres abréviations des 
deux textes, notamment dans 
les noms propres. 

L'éditeur autrichien écrit : 
T^ç olxouii.£vr,ç, tournure plus 
habituelle, mais il laisse après 
SeijTCÔTTîv une lacune injustifiée, 
et de plus il indique lui-même 
par sa restitution des titres 
impériaux qu'il faut bien sup- 
poser quelque chose avant le 
nom d'Aurélien. Alors pour- 



N»30 
Tov Yfjç xal 6aXàaar,ç îeg- 

XOTT^V 

[A'jpr^Xta vov] ? eia. 6[yT. «6.] 
Y]£tixov jjiéYiffTov, [7:]ap[6]txcv 
5 jJiéYtCTOV, [-1^ xpjaTioTTj ^o\)kr^ 
xal 6 îspwTaToç Zf^]^o^ 
TfJ; NeixoxoXeiTcoLV 'Kpo'lii ''Iff- 
Tpov xôXewç [av]é(jTYî(jav. 
EuTu^t^Ç- *TicaTey[oyTOç] 
10 KXau Ci N[aT]aXiavou 
xpeffô. ffe6<6>. àvTiarp. 
'Ez[t]iJL6XouiJiévou 'AœxXy)- 
•:î'.oS[(ip]ou 'AffxXYjxi- 
aSou ap^^tepaxtxou. 

La présence probable sous 
le martelage du nom d'Auré- 
lien, sans prénoms ni titres, 
ne se justifie donc plus par 
l'autre texte. Or les titres de 
Gothicus maximus et Parthicus 
maximus conviendraient aussi 
à Claude II dont les noms, 
M. A'jp. KXaySiov, tiendraient 
dans le martelage*. Il est vrai 
qu'il est douteux que le nom de 
cet empereur ait été martelé", 
mais la chose est toujours pos- 
sible, et de plus nous sommes à 
Nicopolis, qui tomba sans dou- 
te* au pouvoir des Goths sous 



i. Frankfurter (R^gister zu den AEMOÊ, p. 125) a proposé de restituer 
M. Aû{>. IlpoSov. Ces noms aussi tiendraient dans le martelage, et de plus nous 
savons qu'ils ont ét6 ordinairement martelés. Je repousse pourtant cette hypo- 
thèse, parce que nous ne savons pas que Pro6us ait porté les titres de Gothicus 
et de Parthicus. 

2. Pas d'exemple dans les manuels de Gagnât et de Ricci. 

3. Premier article, p. 205, notes 3 et 5. 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 37 

quoi pas la forme usuelle? Claude II, leur grand ennemi. 

L. 4. Date : 270-275 si Tautre —270 s'il s'agit de Claudell, 

texte ne se rapporte pas à Au- 272 s'il s'agit d'Aurélien. L'un 

rélien ; plutôt avant 272, dans et l'autre portaient aussi le 

le cas contraire, à cause de titre de Germanicm maximus 

l'omission de Gothicus maxi- qui ne figure pas ici. 
mus et Parthicus maximus, 

L. 7. Pas de place pour l'or- 
dinaire ^poç "larpcv, même en 
le supposant abrégé. 

L. 8. Aurelius Sebastianus : De même Claudius Natalia- 

légat inconnu. nus, 

L. 12. Mention des épimélètes. 

La dernière ligne du n*^ 31 est d'une lecture presque impos- 
sible. 
L'éditeur autrichien traduit par : 

èv è;A[7:jop{(i) [N]et0xo. AoupÔTeXiç 
sa lecture : 

6N€M|oP|WEI6K«>A*YPoTEAIC 
Je propose de lire plutôt : 

€IIIMI • MEKSK A K PoTEAlC 
d'où je tire : 

£[x]tiJL[eXou]ii.£vou KX. Aup • T6X[e](j(çopou) 

Sans prétendre à la certitude, je crois la mention de l'épimé 
lète indiquée par la similitude des deux textes; de plus la lîga 
ture 8 s'explique mieux que la feuille de lierre, surtout au 
milieu d'un mot qui lui-même serait coupé de façon bien 
étrange. Les c , si petits, me semblent des trous de la pierre ou 
des points. Enfin je ne vois pas ce que pourrait être cet èiA-jropiov 
Neixo(7:oXetTo)v). Quant à Aoupo-ceXiç, malgré sa forme possible de 
nom de lieu thrace (cf. Durostorum), la grammaire interdit 
d'en faire ici un nom de lieu, puisqu'il faudrait un datif, et la 
vraisemblance ainsi que l'analogie interdisent d'en faire un 



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38 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

nom d'homme*. 11 faut donc renoncer certainement à la lecture 
proposée par le précédent éditeur. Dans celle que je propose, 
l'abréviation TeX6(7(ç6pcu) est justifiée par le ^eôa(j(TiavoO) de la 
ligne précédente. Je reconnais que Tordre des noms Claudius 
Aiirelius est rare; cf. cependant CIL, III, 2712. 

32. Base de statue : {AEMOE, 1892, p. 215, n« 96 = CIGRRP, 
583). 

Provenance : Resen, 

kl i\\j t 1 1 /\ 1 1 
TON©ECdSEN0AI€CTATONPA'TAE 

ïnficAOYRCNoroTAI^ 

Lecture plus probable des lignes 2 et 3 : 
TON0EIO«ni0At€CTATONKAICAP 

mMmmmmmmÊmmmm\H\\}<OT\Qk^\yH3ik 

Tov 66Ï0V x(à) èxtçavÉŒTaTOv Ka(ffap[a] 

ifj NaoxoXeiTwv x6A[tç] 

è-njL6Xou[X£vo[u] 'louXiou .... apxi^p£(i>? to [6' ou y] 

L. 2. La lecture tcv ôewv àv^avéaiaTov OU ewçavéffTatov n'est pas 
absolument impossible. 

L. 4. Le premier éditeur propose de lire, pour le nom de l'épi- 
mélète : TouX». OùX-icfiavou]. Les lettres de sa propre copie ne 
se prêtent pas à cette lecture; elles se prêtent mieux à celle 
de *IouX. 'IouX[ta]vc[j], laquelle serait tentante, car nous avons 
rencontré (n^ 9) le nom d'un Juliiis Julianus qui fut àpxiepeùç et 



1. Pour la première partie du mot, on peut comparer les noms Durazis 
[AEMOE, 1892, p. 154, n. i3, Mésie) = Durises (Bonner lahrb.^ 1902, p. 94, 
27); cf. Dorizon (CIL, III, 4369^, et aussi, outre burostorum, les localités appelées 
Aoûpieç et 'OXoîopiç (Procope). — On ne connaît pas actuellement en langue 
tbrace de finale analogue à xeXic. Cette dernière remarque explique pourquoi je 
n'ai pas supposé un nom d'épimélète dont le génitif pût se rapprocher de la 
forme teXi;, 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 39 

contemporain de Gordien, un empereur dont le nom est sou- 
vent martelé. 

Mais si, ce qui n'est pas impossible, il s'agissait ici du même 
Julius Julianus, le nom de l'empereur martelé ne serait pas 
Gordien, car, au début du règne de ce dernier, Julianus était, 
avons-nous vu, ancien ip^tepeùç et «px^v. Il s'agirait alors d'un 
des prédécesseurs de Gordien, Maximin ou Balbin*. 

33. Base de statue {DH, n« 62", p. 364 = CIGRRP, 593), 
Provenance : Pcii&rac/ile. 

èfx'.J^avéffraTov xal euae. — Seô. 'YxaxeuovTOÇ è — izoLçr/ioiç 

OutTSvviou — 5 'Iou6ev(ou àvTtarp. — 'ETC'.iJLeXouii.ivoj — 'louXiou 

10 XoTtiJLiaç. 

Ce texte a fait faire beaucoup de suppositions aujourd'hui 
prouvées fausses. Le légat VitenniusJuvenius dont i\ est question 
ici n'est pas le même qu'un légat de Thrace appelé Vetiius 
Jubens ou Juvenis qui est connu par un autre texte*. En effet, les 
raisons de l'identification proposée étaient les suivantes : 1« iden- 
tité du nom, 2** lecture douteuse du prénom, légèrement diffé- 
rent, 3*^ martelage du nom impérial, 4<^ identité du titre ((ixa-coç). 
Or, depuis la publication définitive" de l'inscription sur laquelle 
on s'appuyait, il est évident : 1» que le nom diffère, 2^ que le 
prénom diffère, 3° que le nom de l'empereur est encore lisible : 
c'est Balbin. Or, en 238, Nicopolis a cessé depuis longtemps de 
faire partie de la Thrace, ainsi que nous l'avons vu ailleurs. 
L'inscription n'a donc pas pour la frontière thraco-mésienne 
l'importance que l'on supposait. Reste, il est vrai, le titre d'Jxaxoç 

1. Le nom de Balbin a été martelé en Tbrace (cf. commentaire du n* suivant). 

2. Dtf , n^ 60, p. 345, et commentaire du n» 62 ". 

3. La pierre, qu'on disait perdue (DH) est au Musée de Sofia (n* 469). Elle 
a été republiée par M. Dobrusky {Sbomik, 1900, p. 106, n. 10) et, de manière 
définitive, par Kalinka (op. cit„ n®57) dont le texte coïncide exactement avec 
la copie que j'en ai prise. On lit, 1. 8-9 : OjraTsuovToç A. Guetxiou 'louêévwç. — 
'Iou6év(i>; = 'louSévo; (en Thrace a> = o, cf. DH, note p. 492), gén. de 'lou6r)ç = 
Jubens ou de 'Iov6évic = Juvenis, 



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40 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

donné au légat, et qui, habituel en Mésie, est exceptionnel en 
Thrace : il y en. a cependant des exemples*. 

34-35. Deux fragments d'entablement qui pourraient avoir 
fait partie d'un même ensemble— A E M OE, 1892, p. 214, n« 1)1 
(Nikiup), p. 215, n« 95 (Resm). 

Le premier fragment est republié et dessiné par Kalinka, 
n® 9, le second a été revu et complété par M. Dobrusky, qui a 
cru y lire le nom du légat {Sbomik, 1901, p. 724, n. 12 zz 
CIGRRP, 584). Cette lecture paraît douteuse, car M. Diakovitch, 
qui a depuis republié le texte {Sbornik, 1904, p. 55) n'a pas 
aperçu toutes les lettres que M. Dobrusky avait transcrites, du 
reste fort inexactement, d'après sa propre copie. 

N« 34 N« 35 

)caTe7y.£(3]a?sv ex t[wv Btwv fjvepLOve'jJovTOç Tfjç kizapytixç T({tou) SsusXXficu. 

Nous connaissons un 5?/^//m5 Marcianus, sousCommode»;Vest 
lui qui est nommé sur des monnaies de Philippopolis, lues jus- 
qu'à présent de manière imparfaite'. La légende HTCOVEA 
MAPKIANOV0IAIT7T7OT7OAEITnN permet de retrouver, non pas, 
comme on a cru, le nom de Sulpicius, mais celui de Siielitus, 
dont nous aurions ici le prénom, Titus, 

36. Fragment analogue (Kalinka, n°10). 
Provenance : Nikitip. 

Se6. {ornement en forme de croissant) Sr^{x[ap^txî;ç è^OUfflOÇ. ..•] 

37. Autel [ÀEMOE, 1894, p. 184, no 35). 
Provenance : Nedan. 

I{ovï) O(ptimo) M{aximo) — pro sainte lmp{eratoris) T(itt) 
jElii Hadria — ni Antonini Aug(ustt), p(atris) p(atria€), — el 
M{arci) Aur[elii) Caes[aris),.. 

1. Pour Satuminus Fidus, sous Maximin (Kalinka, n^ 56); pour Fabius 
AgripninuSy sous Ântonin (Br, Mus. CoinSt p. 15^^). 

2. Prosopoqr. imp. Hom,^ III, 277. 

3. Br, A/u:*., Thrace, p. 117, n» 8; 163, n« 17. Cf. Liebeiiam, p. 393, n. 17, 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 41 

Date : vraisemblablement 139, année où Antonîn accepte le 
titre depaterpalriae{CIL,lll,SiippL, 12405 litpnaulieudep.p.) 

38. Autel de granit {AEMOE, 1890, p. 242, n° 7 - CIGRRP, 
563). — Revu par moi au Musée de Sofia. 

H. : 0™,72; larg. : 0"^,37; op. : 0"^,60; lettres : 0'°,045. 

^^^^ fff ÊmmmmM m^ hI TYXhI 'AyaS]?!'. '^<^yLr,^. 

Ail K E P A Y N I W - Ait Kepauy{a)(t) 

EYXAPICTOTCA six^P^^'^o^^^ 

KT O A l_C ANE C T HZ E N V; tcoXiç (ivé(rnr,ff6v 

Cî TPO < I B < K < AYrO YC"RN 5 xpo t6 ' K(aXav8wv) Auvou^tûv 

<MAII^VK^ATP^MY^ Ma?t>w /.è naT[£]pvo) ux(aTOt<;). 

Date: 17 juillet 233. 

A la 1. 5, M. Diakovitch, dans une récente copie {Sbornik, 1904, 
p. 51 et fig. 17), donne, pour la date, ÏR, qu'il traduit par t;' 
(lire sans doute iÇ) et pour la fin, AYTOYCT^A, ce qui fourni- 
rait le prénom, jusqu'ici inconnu, de Maximus. De même à la 
1. 6, il lit K (~ Ka.), forme insolite, qui serait le prénom de Pa- 
tprnifs (appelé à tort Patronns par les précédents éditeurs). Ma 
copie permet de douter de ces lectures, que rendent encore 
plus suspectes les erreurs et inadvertances dont fourmille tout 
Tarticle. 

39. Autel {CIL, 111, SuppL, 6143 et 12341). 

Provenance : Timovo (mosquée désaffectée de Hissar, où je 
l'ai revu). 

SUvano do [mi]?2o T. On — tavius — Fronto pos{uit), — 

5 An[t{\och[ia7io) [l]l — [et] Or\fito cos.] 

Date : 270. 

40-41. — Deux dédicaces à Zeus. 

L'intérêt consiste dans l'ethnique, qui se lit '0)C7.cvy;voç ou 
'Oy.ovY)vo<;, peut-être même 'OxoXyjvoç*. Cet ethnique est inconnu 

1. Telle a été ma première lecture, sur place, du no 40. Le CIGRRP Ta 
adoptée : elle est donc acceptable et confirmerait le rapprochement hypothé- 
tique que je signale ci-après entre les langues thrace et bulgare. Il ne faut pas 
attacher trop de valeur a la copie donnée ci-contre en caractères épigraphiques : 



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42 REVUE ARCHÉOLOGIQL'E 

par ailleurs; maïs la fin de Tiin des textes, si je la lis bien, 
semble en donner la traduction grecque : ixovt^cç ou oxolr^ôq 
serait en thrace l'équivalent de veiTwv en grec. Or, sans oser tirer 
de là aucune conclusion, il convient de faire remarquer que 
voisin se dit en bulgare okolen\ Si ce n*est qu'une coïncidence, 
elle est curieuse. 

\« 40. Dalle {AEAtOE, 1894, p. 176, n« 15; Sbornik, 1900, 
p. 4G = CIGRRP, 5G0). — Revue au Musée de Sofia. 

Provenance : Kamenetz. 

Dimensions : H. l™,31;larg. : 0'",81,ép.0™,18. — Inscription 
placée sur l'épaisseur du grand côté ; lettres : 0™,025 et 0,08. 

ArA0HI TYXHI 
AI|oOKKo>«WCÎEY^''ÎtPIK foAtowf tAloZ 

Ait 'Oxxo*/r|Vw 6uxapiffTrjpt[ov] r(aïcç) 'Avrcivioç AwvaTÔç. 
{ou 'OxxoXrjVw) 

N« 41. Autel [Kanitz, III, p. 341, n^ 11). 
Provenance: Timovo. 



J'imprimerie ne possède pas les caractères Décessaires pour en rendre Taspect, et 
cette écriture contournée et bizarre ne pourrait être reproduite exactement que 
par uD foc simile. 

1. Les adjectifs bulgares se terminent ordinairement en en, et les ethniques 
tbraces en yiv6c. (Sur cette terminaison, cf. Saussure dans Chantre, Mission en 
Cappadoce, p. 185*191). — J'ai cherché si quelque autre ethnique thrace se rap- 
prochait graphiquement d'un adjectif bulgare terminé par en; je crois en avoir 
trouvé quelques-uns; mais mes connaissances en slave sont fort petites, et je n'ai 
cherché que dans des dictionnaires de la langue usuelle, et nullement dans le vieux 
slave : or c'est là, s'il existe quelqu'une de ces analogies que j'espère étudier 
ailleurs, qu'on aurait le plus de chance de les apercevoir. Je me contente ici, 
a6n de marquer quel pourrait être l'intérêt d'un problème si gros de consé- 
quences, de signaler le fait suivant, tout à fait semblable à celui qui nous 
occupe. On trouve dans Dfl, n*» 62**, p. 376, un texte thrace de Kirk-Kilissé 
placé sous l'image du dieu chasseur et ainsi conçu : 'A7c6XXci)vt 'AXa7)vfi> H& 
lupiytovt. L'éditeur, et avant lui M. Perrot (Afém. d'Arch,, p. 273), ont déclaré 
ne pas saisir le sens de ce dernier mot, qui n'est pas grec. Or, en bulgare, pro- 
gonen est le participe présent du verbe progoniam = chasser. 



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NICOPOLÏS AD ISTRUM 43 

Al€IOKONHNO Aiei 'Oxovr,v[(o] 

CTXAP€IC"FPINA lA [e]'Vpet(jTiipi[o]v 'A[ay.]A[v] 

nCIAAHCACCKAII C T:[e]ii^rfi 'AG<^>[Xr,7wei-] 

OAOTOYArA©C0 oSoxou aYaSû 

rtlTONCI Y6{Tov[e]t. 



On pourrait songer, à la 1. 5, à compléter par quelque chose 
comme YeiTovg{[aç evexa], à condition de lire aussi à la 1. précé- 
dente un autre mot, par exemple 'ÂYaOwfvoç]; mais la supposi- 
tion paraît fort improbable : le sens en souffrirait, la construc- 
tion aussi. De plus aucune lacune n'est indiquée et la place 
serait sans doute insuffisante à la dernière ligne. 

42. Plaque, ex voto {AEMOE, 1892, p. 218, n« 105). 

Ati AijjLspavw — Xpuffiwv ù-yy\^ oai^Yixvf. 

Sur Zevs Dimeranos, cf. Le Bas, 1572; BCfl, 1891, p. G26. 

43-44. Deux ex voto à Zeus Sabazios : 
N° 43. Autel (CIL, III, 12429). 
Provenance : Pavlikeni. 

lovi — Saba — î] dio (H — et Mercur{t)o — 5 M{arcus) Servili 
— us Verecun — dus pro se et suos — votum posait l{ibens) 
m{erito). 

N« 44. Autel (1°" X 0"',48 X 0™,46) ; une coupe est représentée 
à la partie supérieure. [Sbornik, 1900, p. 79; 1904, p. 55 et 
flg. 23 de l'article de M. Diakovitch, copie plus mauvaise. 

ArA0HITYXHI 'AYaOfJi -zùyr^i. 

M8KAZErtXA8 MouxaÇÉviç Ai acu- 

KEN©8ŒWEnH xéveou Oew hzrr 

KOWIABAZIWAP xow SaôaÇla) 'Ap- 

IlAHWrrEPEXT» 5 aiAT^vw Oxèp lauxoO. 

AjAouxév6r|Ç est déjà connu sous les formes latinisées Aulucen- 



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44 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

tus (CIL, III, 4378, où il n'a pas été reconnu : les éditeurs ont 
lu AVIVCCNTVS et n'ont pas transcrit ce nom) et Aidicentius 
(CIL, V, 940). L'ethnique 'Ap(jtXr,vc- correspond sans doute à un 
nom propre 'ApatXaç*. On peut le rapprocher des noms de lieux 
''ApÇoç et ''Apceva, châteaux-forts de Thrace*, et surtout de la 
forme latine Ardilenus, donnée par une inscription'. 

Notre texte permet d'en reconstituer deux autres, consacrés 
aussi à Sabazios, l'un provenant de Kispetli^ et dans lequel l'eth- 
nique avait été lu APZE • HNfl; le second, qui est le numéro 
suivant, dans lequel la syllabe finale de l'ethnique avait seule 
été lue jusqu'à présent. 

45. Autel, ex voio à Zeus Sabazios et à la Mère des Dieux*. 

Provenance : ce texte, publié dans AEMOE, 1886, p. 241, 
n° 6, serait de Nicopol sur le Danube, d'après Sbomik, 1900, 
p. 79. Cette attribution semble un reste de la confusion si fré- 
quente entre les deux Nicopolis *. La rédaction en langue grecque 
et la similitude avec les textes qui précèdent et suivent justi- 
fient l'attribution à Nicopolis ad Istrum. 

...6ea;] 'ISetaç |jL6YaXY)ç — '^r^z^hq. Au *HX{a) ^t^i\iù — xupiw SeôaÇiw 

àyicj) — ['ApatXrJvo), <ï>X(a6ioç) 'Acjtavàç — 5 ou, PouA(€ÛTr|ç), uirèp 

Tfjç — èauTOu ŒWTTjpiaç To — eO^aptffTT^picv — oviffTYjaev. 

Au début de l'inscription, le génitif semble dépendre d'un 
datif disparu, puisque le reste du texte est au datif. 

\ . Inconnu jusqu'à présent. Mais la forme Ardilenus^ citée plus loin, permet 
de supposer plusieurs variantes orthographiques, et je rattacherais au môme mot 
les formes déjà connues 'ApT;5Xa« (Paus., VIII, 27, 11) et Ariila {CIL, VI, 2799). 

2. Cf. références dans BCH, 1898, p. 473 sqq, et dans Procope. 

3. CIL, VI. 2799. 

4. AEMOE, 1895, p. 119 : lire Au SegaÇiw 'Apas^Yivû. 

5. Cultes ordinairement associés (Slrab., X, 3, 15,; cf. Perrot., H. de VArt, 
V, 31-32; Heuzey, Macéd,, 30 sqq.). — Sabazios avait un temple à Zilmissos 
dans le Pangée (Macrobe, Saturn,, I, i8), et c'est probablement lui qui est 
nommé sur plusieurs monnaies d'Odessos (Dieu barbu, coiffé du polos; dans le 
champ, KTPiA, que je lis K\5p(io;) 2a(6â<jio;) ; cf. Mionnet, Pick, etc., qui 
songent à un dieu local K\Sp(ja?) Les Thraces identifiaient Sabazios avec leur 
roi légendaire Lycurgue (Strab., X, 3, 16). — Voir encore : Lenormanl, Sa5a- 
zius (i875); Perdrizet, Zeus Sabazios (REA, 1898). 

6. Cf. premier article, p, 201-202. 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 45 

46. Autel, ex voto à la Mère des Dieux [AEMOE, 1892, p. 214, 
no 93 =Sbomik;\mi, p. 94, n. 3). 

Myjtyjp OswvSxsXevTTjVT^. — 'Ayaôfj xu^TÎ — Mr^-cpl ôewv — 'AxuXeTvoç 
— 5 IIoTCAtou iv£ — Oyjxs tov PôjjLOv — xà TTjv Tpaîcs — Çûr/ eùx^ç X*P^^- 

SxsXevTTjvoç : rapprocher cet ethnique, soit de SxéXyjç ou SksXtqvoç, 
noms propres, soit de SxeXXr^voç, ethnique S soit de SxeXévai, 
localité dans rHémimont*, soit de SxeXévra, ville de Troade" : 
ce dernier rapprochement plus probable, puisqu'il s'agit d'un 
culte asiatique. 

47 à 50. Quatre ex volo à Zeus Olympios, Héra Zygia et Athéna 
Polios. Trois d'entre eux citent des ujjlvwîoi, membres d'une 
yepoudta constituée sans doute à l'imitation de l'Asie* : deux des 
dédicants sont du reste d'origine asiatique*. 

N« 47 {AEMOE, 1886, p. 242, n«> 9 = CIGRRP, 564). 

Ait 'OXoixicio) xal^Hpaxal 'A^v(x — Tt6(éptoç) KX(au8toç) IIpetaxeTvoç, 
ipYupoTaii.{aç xal ^' oip — çaç ty;v ip^i'î^, 'ci àYiXfjiaTa ûxàp Tfjç icoXewç — 
èx TÛv iBtwv àvioTTiffa. 

TtA. C/. Priscinus était argyrotame * et avait été ^er ditumvir. 

No 48 {Monatsb., 1881, p. 459; AEMOE, 1892, p. 220 =r 

C/GRMP, 565). — Revu au Musée de Sofia; copie de M. Laurent. 

Autel. — H. :0",79; larg. 0"»,42; ép. : 0™,53; lettres : 0°^,04. 

AfAGHI TTXHI 'Avaefit tuxtji. 

AllOATMliniKAlHPAtEYnA Au 'OXuix^io) xal "Hpa ZjY{a(t) 

1. Les deux derniers douteux, cf. BCH, 1898, p. 556, et la note. 

2. Procope, de Mdif., 306, 29. 

3. Hiéroclès, Synecd,, 662, 16. 

4. Voir Dict. des Anliq., s. v. Hymnodoi. Cf. Mommsen, V, 326, et C/G, 3148, 
3160, 3170, 3201, 3348, 3370 (à Smyrne et Ephèse). — A Ephèse ils se divisent 
en àvîpt; veot et ôEvipeç «pea6\5TEpot (Ménadier, Qua condit, usi sint Ephesii, etc., 
p. 20), ce qui explique le n» 50. — Sur les lepovUai du n« 49, cf. Ménadier, 
et C7G, 2963, 3061. 

5. Sur leur double ethnique, voir premier article, p. 218-219, 

6. Sur celte fonction, cf. BCH, 1886, p. 373 suiv. et surtout le Dict. Épigr, 
8. V. Calendarium. 



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46 



l^EVUE ARCHEOLOGIQUE 



KAlAemAnOAlAAIAOTKAZ 
Z^NONOZNEIKAKrZKAI 
NEIKOnO/EmiTM^nAOlZ 
<|)IAOI€BAITOIITONBn 
MON€KTnNIAinNAI€eH(€N 



%x\ 'AOr|Va(i)noXtaoi-Ao'j)CJt^ 
Zévwvoç, Netxateiç xal 
5 Neixo7:oXe{Tif)î, OpLVwBoïç 
çiXoaeôaoToTç tcv gû- 
[jLov èy. Twv i8t(ov ovsÔrixev. 



L. 4. Z^vwvoç - Zi^^vwvoç, fréquent en Thrace. 

N« 49 {Monatsh., 1881, p. 459). — Revu au Musée de Sofia, 
copie de M. Laurent. 
Autel. H. :0™,83; larg. : 0"^,43 ; ép. : 0"^,41 ; lettres : 0'",035. 



AlOATNniCOKAI 
HPAZrr^lAAIKAA 
TA€KICN€IKA€YC 
YMNC0AOICI6PO 
N€IKACKAI<|)IAO« 
BACTOiaKTCONlAI 
CONAN^CTHCAI 
X HX 

T 



At[î] *OXuvtc{(«) xai 
"Hpa Zuyeia • Ar(Xioç) KXa- 
uBet[o]ç Neixaeùç, 
OjjlvcdSoTç Upo- 
5 veixa[T]ç xal ^iXogê- 
ôaffToTç ex twv IS{- 
(i)v ovsffTr^ffa. 



A la dernière ligne, lettres peut-être modernes (?). On peut 
aussi songer à y retrouver le mot ts/vk;. Cf. à ce sujet le texte 
suivant. 

N« 50 (AEMOE, 1892, p. 219, n^ liO = Sbornik, 1904, p. 53 
et fig. 21 de l'article de M. Diakovitch). — Revu au Musée de 
Sofia. 

Provenance : Radanovo. 

11. : 0'",82; larg. : 0"^,53 ; ép. : 0"™,47; lettres : 0^,025; 
l'« ligne : 0'",035. 

Autel quadrangulaire, cassé en haut : 



ArAGHTYXH 
AIEIKAIHPAKAI 
A0WATn€PTHITCON 
AYTOKPATOPÛONTY 
XHIKAlAlAMOrWiY 
MNÛOAOïnPEIBYTE 



Aiel xal "Hpa xat 

*A6T^|Va UX£p T^Ç TWV 

AuToxpaTopo)-; tù- 
•/Y]ç xat O'.ajjiovfjç, 6- 
|xva)8oi icpeffS'jie- 



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NICOPOLIS AD IStHuM 47 

PûIXOPOITATOTNTOE po., ycpoffTaToOvioç 

eEAfENOYEKTCONlAl esay^vou, ex twv IS{- 

Ca)NANE2THZAN (*)v ivéd-nQdav. 

AEMOE, 1. 8 : Weavivouç, par erreur. 

Le fac-similé de M. Diakovitch indique la 1. 2 comme plus 
courte, et une lacune de quelques lettres à la fin de la 1. 9, ce qui 
permettrait de lire aux 1. 9-10 soit [Eutu/ôJç, qui est le mot 
attendu, soit plutôt la fin d'un mot comme xiyvY;? (s. ent. îwpov? 
comme dans le texte reproduit ci-dessous en note). Rien toute- 
fois ne prouve que les ùijlvwBoI aient pu se dire membres 
d'une T^x^Yj, car ce sont plutôt des artistes que des artisans*. 

On peut songer aussi à la formule [(l;Y)ç(t{JiAaT'.) PouJXfjç. Cette 
dernière hypothèse n'est toutefois pas valable pour les lettres 

1. Autres Téx^ai connues en Thrace ; à Périnlhe (Dff, p. 378, n. 65 et 66) 
iailUurs de pierre (Xiôoupyot) et portefaix ((raxxo^épot : sens rare du mot, qui 
signifie porteur d'habits grossiers : cf. Plut., Mor,, 239 c). — A Philippopolis, 
tailleurs de manteaux (ovpoicoToi, mot qui n^est pas dans les Dicty mais semble 
expliqué par cette glose d'Hésychius : dvpta • ^ izaxtTa yXaX^oL. — Cf. Kalinka, 
n«79) et tanneurs, dans un texte que je donne ici, car il ne se trouve que dans 
le Sbomik (i901, p. 771, n» 77). 

Autel quadrangulaire, avec corniche et acrotères; copie de M. Atl. Tacchella, 
ancien directeur du Musée de Plovdiv. 

ATAGHI TTXH I 'AYaO^Jt tj/t;.. 

rncprrçiAC Txèp uys-aç 

K A I N € I K H C M Y.a\ veixTQç M(àpKou) 

ATPANTCON€l Aup(y)a{ou) 'AvtwvsC- 
NOYKATAK€A€T 5 vou, xaxi y.éXeu- 

CINTOYAAMTFO ctv toj Xa[jL^po- 

TATOYTnATI KOT xaTou ir.azvAOJj 

K • ATPIOT • KAO K(o(vtou) ^ATpiou KXo- 

NIOTT€XNHC vîou, té^^vy;; 

Brmc&mm^m^.;^mm lo gu[p](j[oS£a^wv]. 

S.-ent. : S&pov. Le dernier mot peut être lu pupaoôs+tov, pupaoïtotwv, 
PvpffoiccdXcàv ou même ^upaleov. 

Q. Atrius Clonius est déjà connu comme légat de Thrace (Liebenam, p. 394, 
n. 25). Ce texte semble prouver qu'on doit le placer vers 213, au moment où 
Caracalla est seul empereur. 



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48 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

finales du n** 49, et c'est pourquoi, tout compte fait, j'incline- 
rais à préférer la seconde ; mais en rapportant plutôt le mot 
Téx^/TQç à une société d'artisans comme celles des tailleurs de 
pierre ou des graveurs chargés de l'exécution du monument, 
et dont c'aurait été comme l'emblème ou la marque de fabrique, 
écrite en abrégé (n« 50) ou même inversée (n« 49). Il faudrait 
alors lire xéxvrjç (IpYov), et ne voir aucun lien entre le texte de 
l'inscription et cette indication de provenance ou de fabrication. 

51 . Autel à Apollon AiXapiV/oç {AEMOE, 1892, p. 153, n^ 26 = 
CIGBBP, 592). 

Provenance : Timovo. 

L'épithète est obscure. On a voulu rattacher aiXapio/sç à xjXyj 
en le comparant à auX(i)poç = owoçyXaÇ (Hésychius). S'il s'agit de 
mines, comme on semble devoir l'admettre, malgré des incer- 
titudes provenant du mauvais état du texte, ne pourrait-on son- 
ger à le rattacher à auXoç ou aBXwv, tuyau, conduit, galerie? 
AiXapiov en serait un dérivé créé sur le modèle du latin* et 
aiXapioxo; signifierait : qui habite ou protège les galeries (??). 

De quelles mines est-il question? Les Romains exploitaient 
certains gisements dans les pays thraco-mésiens, et, dans la 
région balkanique, les ferrariae Dalmatiae, Noricae, Panno- 
niae^ etc., sont fort connues {Tables du CIL, III). Blûmner 
{Technologie, IV), qui fait autorité en la matière, ne donne 
aucune indication précise; mais M. Ardaillon {Dict. des Antig., 
s. V. Metallum) fait allusion à des mines d'or et de cuivre ; la 
carte qu'il a dressée signale même deux gisements placés, un 
peu au hasard peut-être, dans la région du Balkan central (c'est- 
à dire au voisinage de Nicopolis). Voici dans quelle mesure 
je puis préciser ces renseignements, dont la source n'est pas 
indiquée. 

Une curieuse monnaie d'Ulpia-Pautalia (la ville bulgare 
appelée Kustendil) porte une inscription qui célèbre les richesses 
naturelles du pays : poxpjç, àp^upoq, xp^^°?> ^-zayùç (Mionnet, 

1. Cf. la forme ffTY)XXàptov {DH, 74 z«, p. 394), tirée de (srfikri. 



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NIGOPOLIS AD ISTRUM 49 

II, SuppL, H08). L'or dont il est question est, ou bien celui que 
roule en paillettes le Strymon, ou bien celui qu'on exploite, 
plus au S., dans les massifs du Pangée. Les mines d'argent 
sont yraisemblablement celles qui ont donné leur nom à une 
localité appelée par Procope 'ApYevTapeç = argentaria. Cette 
localité est située dans une région dont malheureusement nous 
ignorons la ville principale (Ttto icoXtv.., le nom est perdu); 
mais qui est géographiquement placée à la suite de la x^pa 
'P£|jLs<juv£{jia, laquelle contient aussi une localité minière : 
<ï>pcppap'.a, faute d'orthographe manifeste pour ferraria. Nous 
ignorons où se trouve cette yj^ç^x 'PejjLsa'.aveff-a : Pape la place en 
Illyrie, je la préférerais voisine de la ville appelée Ulpia Berne- 
siana en Mésie Supérieure, et cela à cause de la similitude des 
noms : c'est aussi, semble t-il, l'avis de M. Jirecek (AEMOE, 
1886, p. 82), qui la place dans la Dacia Ripensis, province 
formée, autour de Serdica, par les portions limitrophes de la 
Thrace et de la Mésie Supérieure. 

Quoi qu'il en soit, elle n'est assurément pas très éloignée 
de Pautalia, dont elle n'est séparée dans Procope que par 
une seule liste de villes, parmi lesquelles encore une localité 
minière : *Epipia = aeraria. Toute cette région minière, bien 
que vaguement définie à cause du manque d'indications pré- 
cises, doit être celle dont parle M. Ardaillon, puisqu'on y trouve 
de l'or et du cuivre (et même de l'argent et du fer, dont il n'a 
pas fait mention je ne sais pour quel motif). Il résulte du texte 
de Procope qu'elle est plus proche, en tout cas, de Pautalia que 
de Nicopolis, c'est-à dire située plutôt à l'O. de la Thrace qu'au 
N. Donc, si tenté qu'on puisse être de rapprocher les ai^Yîpeïa de 
notre texte des ^psppapta de Procope, on s'expliquerait fort mal 
la présence à Nicopolis d'un ex voto mentionnant des mines 
aussi éloignées. 

Mais Procope cite une quatrième localité minière, qu'il nomme 
d'un terme vague : MéxaXXa. Celle-là se trouve parmi les 
ôvjevecoOivTa xapi luoxapLov laipsv, c'est-à-dire dans la même liste que 
Nicopolis : elle y occupe le 16® rang, et Nicopolis le 10®. Les loca- 

IV" aBKlK, T. xu. 4 



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50 HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

lités intermédiaires, étant inconnues, ne nous apprennent rien 
de leur position réciproque ; mais peu importe, caria liste, ainsi 
que j'ai déjà eu occasion de le signaler *, n'est pas établie suivant 
un ordre déterminé. L'essentiel est qu'elle réunit les deux noms 
dans la même région, sinon dans les mêmes parages : cela suffit 
pour justifier la présence à Nicopolis d'un texte relatif à des mines. 

Toutefois Procope dit MéTaXXa^ le texte semble dire GiQT^ptXx. 
Les deux termes ne s'excluent pas, je crois, malgré l'avis des 
Etymologica [Magn., 580, 47, s. v. MsTaXXû; Gud., 388, 39, id.), 
qui prétendent que [Aé-caXXov signifie exclusivement mine d'or ou 
sable aurifère ([jLfTaAXov GYî;j.aiv£t tov toiuov âv w 6 xP'^^^ç TixTexa'., î; tyjv 
Xp'jffiTtv vîjv) ; mais sont contredits par des textes où il s'agit de 
métaux divers et même de sel (cf. Thésaurus, s. v., où l'on 
explique la cause de cette erreur). Peut-être, ici, le second pré- 
cise-t-il le premier, qui, étant un nom de ville, admet tout 
naturellement un sens vague et général encore habituel aujour- 
d'hui (cf. en français, Largentière, nom précis; Montceau-les- 
Mines, Sainte-Marie aux Mines, etc., noms vagues). Peut-être 
aussi aiSr^peia peut-il, par extension du sens, signifier « mine » 
en général ; mais je n'en saurais pas citer d'exemples, et le fait 
est beaucoup moins probable. La question ne sera résolue que 
le jour où on connaîtra, de façon certaine, dans le Balkan cen- 
tral, des pyrites ferrugineuses : c'est un pays encore presque 
complètement ignoré au point de vue géologique*. 

Une autre difficulté du texte, que j'ai essayé de résoudre, est 
l'indication accessoire : ol etcI xfjç 'AvTwvetvou gaaiXsiaç. Car bien 
que le seul nom d'Antoriinus sans épithète ou autres noms 

1 . Premier article, p. 206, note i . 

2. Je dois signaler, pour être complet, que M. Jireôek, dans l'article men- 
tionné plus haut (AEifOfi, 1886, p. 80-82) conclut des textes anciens et de 
ses voyages à travers le pays à Texistence dans l'antiquité d'une exploitation 
de cinq groupes de mines de fer : 1* dans le N.-O. de la Macédoine; 2o entre 
la Morava et le Strymon; 3o dans le massif du Rilo; 4o dans le Baikan 
central aux environs de la passe de Troian; 5* dans le Baikan maritime, 
près de la mer Noire. — Si ces déductions sont justes, il s'agirait ici des 
mines du quatrième groupe : la passe de Troian est située à environ 80 km. à 
vol d*oiseau au S.-O. de Nicopolis, non loin des sources de la Rositza. 



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NICOPOLIS AI) ISTRUM 51 

puisse suffire à la rigueur pour désigner un empereur, Anionin^^ 
Caracalla* ou Elagabale\ toutefois je ne connais pas 
d'exemples de pajtXefa signifiant V empire''. L'expression cX 
èicl Tî!ç ^aatXeCaç signifie bien aussi les fonctionnaires d'un 
royaume, mais en Scythie*, et nous ne connaissons de roi 
appelé Antonin qu'à Edesse*. Il ne semble donc pas possible de 
voir dans ces mots la mention d'un empereur ou de fonction- 
naires publics. L'explication la plus acceptable serait de rap- 
procher le mot paotXeia du mot âpx*^ contenu dans àpiaç à la 
ligne précédente. Le personnage qui fait la dédicace a été olp^ju)^, 
ou a occupé une fonction dont le titre se termine par ...âpxYjç. 
On songe aussitôt à ixeTaXXdtp^iQç = praefectus a metallis, selon 
l'interprétation de CIGRRP, 1236 (Egypte). On pourrait aussi 
penser à voir, dans le personnage cité, soit Vip'/iY.oL\t.i>ie\)Tttç 
=z chef forgeron (dans la fonderie ordinairement annexée à 
la mine), soit l'âpxwvTjç = entrepreneur, fermier de la 
mine. Justement, dans un texte' où se trouve le mot 
ipXwvTQç, celui-ci offre un ex voie à Héraclès en son nom 
et au nom de l'association d'ouvriers (ouvepYaffia) qu'il dirige. Il 
y a un parallélisme remarquable entre ce texte et le nôtre : 
aussi me suis-je appuyé sur lui pour proposer les restitutions 
èTJC'.peia et auvep^ayia (1. 4-5) au lieu de dwir^pia et e\)Ttpytd<x prO' 
posées par les premiers éditeurs. J'entends par là qu'il s'agit 
d'une association d'ouvriers mineurs libres" et de nationalité 
grecque : alors, si l'un des chefs de cette association s'appelle 
ôipX'^f àp^wvTQç, ap^txa|jLsveuTi^ç, |jL6TaXXàp^rjÇ OU quelque chose 

1. Fréquent dans les inscriptions égyptiennes. 

2. CIG, 2974 (douteuse); mais Dion Gassius, 79, 1, dit que l'emploi de ce 
seul non[i était fréquent. 

3. CIG, 499 d (Nubie). 

4. Bien que Baaaeùc sous le Bas Empire ait signifié FEmpereur. 

5. CIG, 2126 b, Suppl. 2132 e. 

6. CIG, 6196. Fils d'Abgar, règne entre 220 et 240 (Mommsen, d'après Gbry- 
sost. 730). 

7. CIG, 3912. 

8. Dans les mines, à l'époque romaine, il y a des salariés, à côté des esclaves 
et des condamnés (Dict. des Antiq., s. v. Metallum). 



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02 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

dans le même genre, peut-être est-ce un autre chef qui s'appelle 
PaaiXejç (remarquer, par exemple, que le maître fondeur porte 
un titre du même genre : r^^t^la^ toO èpYaa-cTQptou). Nous aurions 
là des titres ou sobriquets plus ou moins officiels s'appliquant à 
des contremaîtres, chefs d'équipe, ou autres personnages de 
même sorte*, employés à la mine ou à la fonderie. 

Voici la copie, mauvaise et fort douteuse, des éditeurs; je mo- 
difie sur plusieurs points leurs lectures, conformément aux 
explications qui précèdent : 

AFAGHI TTXHI AnOAAnNI ATAAPIOXnOEnEnHKOn 
ITPATnNITPATnNOIAPZAITnNENTOICCTAIPEN 
C€AAHNnNTnNIETEnHCANTnN€INOTBACTAEIAC 
YnEPTECAYTOTKAITnNlAinNICAITnNEPrACTnNEn 
TIHAOTEKAICTErrECAACETZAMENOOTONenAAON 
ANCOIICA 

'Ayaôîji lùyrrjL. *Aiu6XXo)vt AuXapts^fO) ôeû èxY;xo(o, 
STpitoiv SipdtTWvoç, ap^aç tûv èv tc?ç ff['.]5[rjpe[{ct- 
ç 'EXXt^vwv tûv àfirl xjiiç 'AvTwveivou (3aa['.]Ae{aç, 
ÙTuàp Te [è]auTOu xal twv tciwv [x,a]'t twv èpYaorwv ï[-z7\' 
peia;] t6 v.xi (j'j[v6p]Y[a]j[ia]; ei^afjievofç] icv [?]w[|i.]cv 
àv[£6rjx]a. 

52. Bas-relief : Dionysos, un satyre et une jeune fille (.4 l£MOE, 
1894, p. 187, n« 43). 

Provenance : Timovo. 

ArX(coç) AéÇiep Atdvucov — e'J/^ç ^ipiv. 

53. Petite plaque de marbre, 0"",21 X 0°^,12 (Sbornik. 1900, 
p. 51, n«3). 

Provenance : Samovoden. 

Jupiter nu, barbu, vu de face, la jambeg. repliée, la main dr. 
brandit la foudre, la g. est étendue. Au-dessus à g., un aigle de 
face, ailes pliées; à dr. un serpent, une femme enchiton repré- 

1. De pareilles appellations, particulièremeni celles qui, comme ici, sont 
empruntées à la vie politique, ne sont pas rares dans les associations ou syn- 
dicats d^ouvriers de nos jours. 



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NfCOPOLlS AD rSTRUM 53 

sentée de petite taille'. Sous le relief : 

I II ZIAM€rPA A]t{ Ziaii.£[T]pa? 

Si le nom propre est, comme il semble, complet, c'est un 
nom thrace nouveau qui se rattache à des composantes connues *. 

54. Plaque avec inscription sur la tranche (AEMOE, 1894, 

p. 180, no 26 = Sbomik, 1904, art. Diakovitch, p. 54 et fig. 22). 

Provenance : Nikiup (collection particulière, où je l'ai révisée). 

H. : 0°^,68; larg. : 0">,61; ép. : 0'",28, lettres : 0"",03 à 0°»05. 

<iaetwkoweyanthtw<;kta 

ONEP^EniTA|ïtl7tO(KIOCANAPOI€K 
E^IKA ^ 

Osa IrTiXoo) eiavriQTco xaià 
ovê(()pou èwTavTjv Aooxtoç 'Av5pove(t)xoç 
I0ixa. 

En Thrace Tépithète d'âxr^xooç est fréquente : les déesses 
auxquelles on la donne sont Aphrodite', Hygie*, Héra^ les 
Nymphes* et Artémis\ Cest particulièrement cette dernière 
qu'on appelle ôsà e7rfyf.oo<;; ici l'adjectif rare' eiovnQToç {qu'il fait 
bon rencontrer^ dhevreuse rencontre) paraît bien s'appliquer, 
par euphémisme, à Artémis-Hécate. 

1. Cf. Appendice, d^» 5, un relief analogue sans inscription. 

2. Cf. Zi(i-Xiç (C/G, 3808), Zta-xatpàXc ; (DH, 40, p. 335), Zta-iiapxyj (AEMOE, 
1886, p. 133), Zîtflé-xetî; Uahresh,, 1900, beibl., p. 13) Zia (Sbomik, 1901, 
p. 798, n. 13 b). Pour la finale en -tpa, Mouxàrpoc {iducatra) m. et f., nom très 
fréquent. 

^,Sbarnik, 1895, p. 335, n. 9 a (lecture peu sûre). J'ai revu Tautel au 
MuBée de Sofia; ma copie est peu différente de celle de M. Dobrusky, mais 
j'y lirais plutôt le nom d'Artémis (cf. la lecture dans AEMOE, 1895, p. 109, 
n' 10). 

4. AEMOE, 1895, p. 107, n. 7. — Ordinairement jointe à Asclépios etTéles- 
phoros (iWd., p. 114, n. 27). 

5. Associée à Zeus (Ibid., p. 112, n. 19). 

6. BCH, 1897, p. 135, n. 26. 

7. Sbomik, 1900, p. 34, n«9, avec Apollon ; voir aussi ci-dessus, p. 448, note 3. 

8. On en trouve un exemple appliquée Zeus dans CIG, 3797; mais il s^agit 
d'ane épitbète poétique dans une épigramme. 



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04 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

55. Plaque de marbre {Sbornik, 1900, p. 43, n^ 7 = CIGBRP, 
567). 

H. : 1^20; larg. : 0°»,62; ép. 0°^,25. 

Bas-relief mithrîaque décrit et reproduit par M. Cumont 
(Mithra, II, 489, n« 131 bis, fig. 423). Inscription placée ver- 
ticalement à dr. du relief, sauf la première ligne. 

'Aya^îJ Tu^^. — *HX((i) — Miôpa — 6ew — 5 èxrjxoû) — Aûp(T^Xioç) 

— Mapxoç — y^OLf^ehç — to <m^Xtov — 10 aùv t9j — Ç(i>Ypa?Ca — 
xaTsaîteù — aaev — ex twv — 15 iB((i)v — eu^^pi^^ — XTQpiov. 

Fvaipeùç zz foulon; Çwypaçia = la sculpture, Timage sculptée 
(cf. DH, p. 353, n° 61) et sans doute peinte (cf. Cumont). 

56. Plaque (AEMOE, 1894, p. 180, n« 25 = CIGRRP, 568). 
Provenance : Pascalevetz. 

'AyaÔ^it ^ xux^t — Qeotç * ôatwi • xal 5ixa( — wt xaii èxiTrfrjv o — 
veipou T^ PouXy] xal ô — 5 5fJ[;.oç • 0'jX'ïc({aç) Nsixciro — Xewç tîJç xpoç • 
"IdTpov — TGV PwfjLOV àv£(JTY)a6V. — *Eiul auvap^({aç) ' $Y;XeTxoç • Mouxa 

— xopeoç. 

L«5 ;?om/s en haut représentent des signes de ponctuation gra- 
vés dans le texte : c'est pourquoi je n'ai pas introduit d'autre 
ponctuation dans la transcription. 

L. 2. 'Oai'wi xal Btxaiwi, lecture étrange après le pluriel ôeoïç. 
Ces deux adjectifs se rencontrent fréquemment, au singulier 
(C/G, 3594) ou au pluriel {Ibid., 3830) dans les ex voto. Il s'agit 
sans doute de Mithra (Cumont, op, cU,, II, 172, n^ 548. — 
Cf. Puchstein, Reise, p. 341). 

57. Autel (AEMOE, 1892, p. 218, n^ 106) dédié au Cavalier. 

Provenance : Goma Orékhovitza. 

Le snmoin est douteux : les lettres AOPKH!€IA, qui semblent 
visibles, ont été lues BopxY)t0{a, forme insolite. Je préférerais 
rattacher ce mot à la racine Aopx* et y voir une variante du nom 

1 . Cf. second article, n* i7, note2. — Rapprocher Aépxoc, Aépxcov, noms géogra- 
phiques en Thrace (Athénée, III, 118 b), A6px(xc et ses variantes. 



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NICOPOLIS AI) ISTRUM 55 

propre AopÇsvÔTQç. 11 y a d'autres exemples du héros Ihrace dési- 
gné par un nom propre, et non point par une épithète ou 
un ethnique*. (Voir à ce propos les remarques relatives au 
n« 60.) 

©sw riptùi — Aopx[ev]0ta? — AD.soç CoTa — ptwv ûicèp — 5 AipYjXta- 
vou — ^XeTxoç — no[o8]e[vTt]a[v]o[u] — [Xapt]a[TT^pi]dv. 

J'ai reproduit pour les 1. 7 et 8 les restitutions très incer- 
taines des éditeurs. Celle de la 1. 7 au moins est fort douteuse 
et peu justifiée. 

58. Plaque (CIL, III, Suppl., 12433 - Sbomik, 1892, p. 108, 
n« 35, fig. 19). 

Le début manque. Lettres : 0°>,055 à 0"^,035. 

MARTINAE"EA ... Martinae et A- 

TRONIOMARTINO tronio Martino 

ETDOMVETFAMILIE et domui et familie 

PROSALVTE O pro sainte [e]0' 
RVBOTVPOSVII 5 ru{m)f botuim) posui[t] 

HERMADION Hermadion 

PRYGILLIO P{h)rygillio. 

'EppiaSitov — Cf. C/G, 2130 (Sarmatie). 

59. Plaque de marbre, ex voio à Dionysos [Sbomik, 1900, 
p. 83, no 3, fig. 42). 

Dimensions : 0'",21 x0°*,14. 

Au centre, Dionysos nu, vu de face, la nébride sur le haut de 
la poitrine et rejetée derrière Tépaule dr. Le dieu, couronné de 
lierre, s'appuie de la main g. sur un long thyrse, la dr. baissée 
tient un canthare. A dr., Silène barbu, de face, le bas du corps 
drapé, appuyé de la main dr. sur un bâton, le bras g. replié sur 

1. Biffupac = ^loupa;.^, DH, 33 a, p. 333. — De même sans doute Ilupofiio- 
pouXo;, Shomihy 1894, p. 79, n. 8 et 1900, p. 10, n. 6; — BeTlffitioç, AEMOE, 
1894, p. 202, n. 8; — Aepi:eXaTïîc, RA, 1874, p. 114, n. 6; — Soupeyédtjç, 
Sbomik, 1894, p. 83, n. 23; — Mavi|iai:oç, Ibid., pi. 15, 2, — Divesantus^ 
Sbomik, 1900, p. 20, n» 31. — Ztvà|Aaç, Tomaschek, Alt. Tkràker, III, 40. — 
Casebonus^ DH^ l\ p. 314, etc. 



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")() REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

le ventre. A g. au second plan, Pan barbu en tunique et man- 
teau, le bras dr. nu replié en avant. Une panthère, placée en 
avant de Pan, lève la tête vers Dionysos*. Les personnages 
secondaires sont de plus petite taille. Au dessous : 

n€ICa)NAKTAOTAN€ netawv 'AxuXou ivé- 

CTHC€N <jTY)aev. 

On reconnaît les deux noms latins Piso et Aquila. 

60. Fragment inférieur d'une plaque de marbre, ex voto à 
Dionysos et Héraclès {Sbomik, 1900, p. 86, n« 4, fig. 43). 

Les personnages sont vus à mi corps et de face. A dr. Dio- 
nysos, vers lequel saute une panthère, à g. Héraclès, recon- 
naissable à la peau de lion qui pend à sa gauche, entre les 
deux personnages. Au-dessous : 

■'ICTPACOKAAOI Ztajpaç b xaXôç . 

Ztffûpa; semble une variante de Ataupa;", orthographié aussi 
Aeiffspaç' : cf. Tethnique Aiaopr^voç* et la peuplade thrace des 
At(ïopa•.^ La fin du mot se rattache au simple Soupaç ou Sura 
orthographié aussi i]oupt<;\ Zoupr;?' et Surus\ 

L'épithète de >taX6ç s'applique sans doute comme surnom 
moins au dédicant qu'à Tiin des personnages représentés; elle 
est étrange sur un f*x voto et ne semble nullement pouvoir être 
rapprochée des inscriptions éphébiques grecques. 

On trouve l'épithète xaXoç appliquée à un bon génie (Saijjiwv, 
CIG, 849, Pouzzoles). Ici, elle pourrait assez bien s'appliquer à 

1. Cf. ce type de Dionysos sur les monnaies de Nicopoiis. 

2. BCH, 1898, p. 486. I. 54. 

3. Dff, 23, p. 328. 

4. Sbomikj 1894, p. 76, n. 2. — Cet ethnique est sans doute celui du bourg 
thrace appelé Diiesure {CIL. VI, 2799). 

5. Steph. Byz., s. v. Est-ce de la mAoïe peuplade quMl s*agit dans un texte 
qui nomme les ùtÇupoi? (lahresh., 1900,beibl., p. 79). 

6. BCH, 1898, p. 486, 1. 122. 

7. Sbornik, 1894, p. 88, d. 55. 

8. CIL, VI, 3195, 3201, etc., et ci-dessous n« 72. 



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NIGOPOLIS Al> ISTRUM 57 

Dionysos, souvent représenté sous les traits d'un bel éphèbe. Il 
faudrait alors supposer que ZiTjpxç est une épithète locale du 
dieu. Or, nous avons vu déjà (n* 57 ci-dessus, p. 451 note 1) que 
ce même nom ZKjùpaç est, sous la forme équivalente Buupaç \ 
appliqué au dieu chasseur. Notre ignorance de la langue thrace 
ne nous permet pas de distinguer si le mot est une épithète ou 
un nom propre ; mais au fond n'est-ce pas la même chose, et, 
dans toutes les langues, le nom propre n'est-il pas, d'abord, un 
adjectif? Comme épithète, il peut convenir à des dieux divers ; 
comme nom propre, le texte que je cite montre qu'il faudrait 
l'attribuer au dieu chasseur plutôt qu'à Dionysos. Toutefois, 
comme le dieu chasseur porte aussi d'autres noms (cités égale- 
ment dans la note à laquelle je renvoie ci-dessus) je penche à 
considérer ZtTJpaç plutôt comme une épithète également appli- 
qnable à diverses divinités. 

61. Autel : fragment (AEMOE, 1894, p. 181, n^ 27). 
...auToxpiTopoç Se6. ... — KX. Mo^/ravoç gooX. êÇ {nc[vou.... 

Exvoto (?) à Asclépios (??) à cause de la mention èÇ îicvou (?). 

62. Plaque : fragment {AEMOE, 1894, p. 182, n° 29). 
Exvoto à Asclépios Soler ? 

Essai de lecture nouvelle du texte. Lettres : 0™,0G5. 

IC 

-Pi \ZK/ ( SoiTÎjJpC 'AGxfXYJTUtWl] 

ABEINOTA SJaôeivou 

Z2-E-KAH2TPIOY -"^hHph^np^^b] ^Mp ^] 

VTOTinThPIAINI 5 Htou awTYîpiaç [i]v[e]- 

1. La première lettre du texte noQOa presque diRparu; ce qui en reste pourrait 
appartenir à un B presque aussi bien qu'à un Z. Peu importe d'ailleurs : en 
Thrace Z est équivalent aussi bien de A que de B. On trouve AaCispi; (ÀEMOE, 
1886, p. 212) et Daiberis (CIL, III, 4114) ; KaxTouÇa (Sleph. Byz., s.v.) et Ka- 
towftja {DH, 110 b «», p. 446); Zoyp«c«iç {BCH, 1898, p. 486, 1. 26) et AupoCtïc 
{AEMOE, 1891, p. 154, n. 13), etc. 



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58 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

A la 1. 4 la lecture ex XYjaTYjptoo, proposée par les éditeurs, 
me paraît invraisemblable*. A la 1. 2, au lieu du nom du dieu, 
on pourrait ne lire que la fin du mot [awxYjlptaç, si ce mot ne 
se trouvait pas répété à la 1. 5. 

63-64. Deux inscriptions funéraires antérieures à 211 (mention 
de citoyens romains) . 

N« 63. Stèle (Kalinka,n<' 311). 

0(6oTç) K(aTax6ovtotç). — FaToç Btavwpoç, Netxaisùç, — SojxoTfxTwv, 
zoXstTTQç, fuXîJç — KaziT(i)XetvY)ç, Çi^ffaç xaXôç — 5 êtt) è6[S]o|JLi^xovra, 
Çfôjv xè çpo — [vôv ] 

L. 2. — Biovwp, nom fréquent en Mysie. Sur l'ethnique, cf. 
premier article, p. 218, et aussi les n°^ 48-49. 

L. 3. — 5o[jLox£XTwv = valvarius (Corpus Gloss. Latin., III, 
p. 371). Ce mot se retrouve dans une inscription de Philadel- 
phie (Ath. Mitth., 1900, 123, n° 2). On avait d'abord proposé, 
à tort, de lire Netxoteùç Bojxo (== domo), téxtwv, etc. 

Sur la tribu Capitolina, cf. premier article, p. 219, et le n^ 21. 

L. 4-5. — Je ne comprends pas l'emploi simultané de Çi^axç 
et de Çwv. Ces deux participes du même verbe employés à des 
temps différents s'excluent évidemment ; il fajit supposer pour 
le second une erreur de lecture, peut être un nom propre com- 
mençant par E5çpo..., à moins que, par une construction peu 
vraisemblable, le second participe se rapporte à un second per- 
sonnage qui aurait été nommé après. 

N® 64. Exèdre resté en place dans le cimetière thrace; texte 
revu {CIL, III, Suppl., 12432). 
Dimensions : 1°»,60 X 0°»,50; lettres : 0"^,08. 



1. Cf. toutefois ce qui est dit plus haut des brigands de l'Hémus (XT)<rra^) aux 
environs de Nicopolis (premier article, p. 208 et note 1). 



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NICOFOLIS AD ISTRUxM 59 

ITVSCRVIVOSVOPIVLIAECOMEtA 
ITVSCO KARISS 

B]ùus, c{io?s) R(oma?ius), vivo suo p{osuU) Iuliae Domelia[e 
fnar]itus co[njugi suae] kariss[imaè\, 

vivo suo - vivo se (cf. n*^ 96). 

65. Stèle {CIL, III, SuppL, 12411). 

Provenance : Nedan. 

Selon le Corpus, la guerre dacique à laquelle le personnage a 
pris part en qualité de centurion de la legio V Macedomca serait 
celle de 89, sous Domitien. Il serait alors sans doute Tun des 
vétérans installés par Trajan à Nicopolis lors de la fondation 
de la ville. 

D{is) M{anibus), — L(ucius) Val(erii(s), L{uci) f{ilius), Proclus, 

— mi/{es) leg{ionis) V Af{acedonicae), b{eneficiarius) l{egati), — 
opt{io) ad spe(m) ordin{is), — 5 (cenlurio) leg{ionis) ejusd(em), 
d(onis) d{onatus) tor{qmbus) ar{mUlis) — pha[le]r(is) bel{lo) 
Dac{ico), {cenlurio) leg{ioHis) l — Ital{îcae), {centurio) leg{ionis) 
XI Cl{audiae), {centurio) leg{ionis) — XX V{aleriae) V{ictricis), 
(centurio) leg{ionis) VII II Hisp{anae), — mis{suii) h{onesla) 
mi${sione), vix{it) an{nos) LXXV — 10 h{ic) s{ftus) €{st). 

66 à 74. Autres textes se rapportant, ainsi que le précédent, 
à des vétérans des légions mésiennes* installés à Nicopolis. 

.V 66. Stèle {CIL, III, Suppl., 12437) avec Cavalier thrace. 
Provenance : Tentza. 

D{is) M{anibus), — Si modo sunt Ma — nés, sentiant. Spes vi — 
te nostre fueras; nu{n) — 5 c guis, ubi jaceas, indi — cat iste 
lapis. L{ucius) Spureni — us Berculanus [p]at{e)r et — Fl{avia) 
Paula mater, L{ucio) Spuren — nio Rufo, b{uccinatori?) coh{ortis) 
Mattia — 10 corum, milita[vit] an{nos) XX, — bene merenti posue 

— runt. Valete, viatores. 

1. Spécialement la /« Italica, Sur cette légion, cf. Beucbel, De legione 
Homanorum /« ItalicQ. 



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60 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

La première phrase semble indiquer Tinlention d'écrire en 
vers : 

7wnc guis, ubijaceas, indicat iste lapis, 

est un pentamètre. Un hexamètre se retrouve, fautif et allongé 
d'un pied, dans les mots précédents, qui paraissent être l'imi- 
tation maladroite d'un vers du genre de celui-ci : 

Si modo siint Mânes, videant. Spes nostra fueras : 

Le distique ainsi formé semble la reproduction, gauchement 
adaptée au cas présent, d'une sorte de distique passeparloui qui 
faisait vraisemblablement partie d'un manuel de vers funéraires 
tout faits h l'usage des marbriers et graveurs. 

Le reste du texte est en prose. 

L. 6 et 8. Spurenius paraît un nom de racine thrace. Cf. 

L. 9. Au lieu de b(ucci7iaton), je lirais plutôt b(eneficiar%o) 
ou même b(eterano), 

L. 10. Le Corpus lit : milita[ntï\, an{norum). 

La cohors Maltiacorum est en Mésie au ii® siècle (Dipl. 34, de 
134). 

N« 67. Plaque (Kalinka, 412). 

M. Aiir, Maxtmus,mil{es) l{egionis) I I(talicae), — mem(oriam) 
briiti Arnica posuit, et — rogat et petet pro salvi[f\,.] 

bruti •=: nurui*, nominatif brutes*. 

Arnica^ nom propre douteux pour la forme et pour le cas. Je 
proposerais de lire plutôt Amicae. On verra ci-dessous d'autres 
exemples des mots amicus et arnica, dont le sens reste douteux 
(No« 69, 75). 

petet = petit, 

1. Spora, m. et f. {Shomik, 1900, p. 134, n. 1. — CIL, III, 4854). — Spor 
(Dipl. 108). — Sporus {CIL, III, 1775). — SporiUa, m. (W.. 14366»). 

2. Cf. Corpus gloss. latin., édit. Dietz, V. 314, l. 32; VI, I, p. 752, et le 
texte CIL, III, 12377 = Kalinka, 3«8. 

3. CIL, III, 12666. 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 61 

N° 68. Stèle (Kalinka, 400). Au-dessus, banquet funèbre. 
Provenance : Mekitch, 

D(xs) M{anibus), — Cl{audia) Clemenlil — la vixit an — nos 
XV m. Q{uinttis) — 5 Caurisiniu — s Ingenu{u)s, — maritus 
ejus, — mfl{es), et s{ibi) vivo — m(emoriam) p{o)s(uù). 

L. 5. Caurisinius^ La lecture est-elle sûre? Le mot serait 
peut-être de racine thrace*. 

L. 8. Les premiers éditeurs avaient lu : mi{les) le{gionis) 
[1 ï\l{alicae) s(e) vivo. 

N^ 69. Plaque (CIL, III, SuppL, 12408). 
Provenance : Nedan, 
Sur le côté droit : 

Mucianus fecit. 

Sur la partie antérieure : 

Str\uxit sibi vivus amicus qua nunc : — M{arcus) Aurel{ius) 
Mucianus, vet{eranus)j ex b[eneftciario) leg{ati) leg[ionis) 1 Ita- 
(licae), — Miiciane fii{iae) ejus et Aurel[io) Dizzevet(€rano) fratri 
fec(it), 

amicus : sens obscur ( - ob amicitiam, ob amore?n^), — Cf. 
n« 67 et 75. 

Dizze=:Dizzae, de A(Çaç, nom connu. 

No 70. Stèle (C/L, III, SuppL, 6144). 
Provenance : OréAhovitza. 

D{is) M{anibus). — Tib{erius) Cl{audius), — Ttb(erii) /(ilius), 
Sergia — (tribu), Nicopoli, — 5 Niger, vet(eranus) leg(ionis) — 
/ Ital(icae), vix(it) a7i(nos) LX. — Tzb(erius) Ci(audius) Zoïcus, — 
lib(ertus) et her(es), /(aciendum) c(uravit). 

N« 71. Stèle : fragment (CIL, III, Suppl., 12433). 
Provenance : Bederli. 

i. Cf. pour la première partie Kauapoc, notn d'uQ roi thrace (Polybe, IV, 46, 
3); pour la finale les noms Sinna (lahresh., 1901, beibl., p. 86, Mésie) et Sin- 
nius {CIL VI, 4437). 



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62 ftEVUE AftCHÉOLOGIQUE 

Fin d'une inscription funéraire : 

... — te{gionis) [IIt]al{ica€), milit{avit) a?i7i{os) XIII, — [memo- 
ria]s et statuas duos fec{it), 

A/e7wona5(?) restitué par moi d'après le n'^ 81, ou peut-être plu- 
tôt tilulus. 

N° 72. Stèle {CIL, III, SnppL, 12422). 
Provenance : Orékhovitza. 

Lucius Aurelius Su — rus, bul{euta) civùatis [ff]jus, — i(w- 
cium) Aur(elmm) Surum, vet{eranum),ex — signi/(ero),patr€m, 
et Cl{audiam) — Gaillam matrem, et — 5 Domitiam Valentiam 

— conjugem, secum — ita haec memoriae con — silio suo usus — 
de suo dignatus est. 

L. 2. Les éditeurs donnent à la fin de la ligne les lettres I V S 
sans les expliquer — Surus, cf. n^ 60, p. 452, et note 8. 

L. 4. Gailla. Nom inconnu. Lire Ga[o]ilia ou Gai[an]al^, 

L. 7. haec memoriae =: hac mémorial : les a jugés dignes de 
ce monument commémoratif . 

L. 8. Consilio suo usus = çpovwv. 

No 73. Stèle [CIL, III, Suppl., 12409). 

Provenance : Nedan. 

Stèle 3°^ X 0"»,90 X 0,32, surmontée du Cavalier thrace. 

DisM(a)nib(us), — P(ublio) Pompeio, — P{ublii)f{ilto), Mm{i- 
tia tribu). Ma — gno, Sto{bis), — 5 vet{erano) leg{ionis) I Ital{(cae) 

— vixit an(nos) LX, — \h{ic)]s{ttus) €{st), — C{aîus) — Pompeius 

— Magnus f{ilius) — 10 et h{eres) patri — bejie mertt(o) — et 
Pompeia — Marcia co — njunx hono — ris et facul — 15 tatis 
causa — posuerunt. 

Ce personnage est le grand-père du suivant : 

No 74. Stèle {CIL, III, SuppL, 12410). 
Provenance : Nedan, 

i. Cf. le nom Gamllius dans la Dobrudjà, au trophée de Tr^jan {CIL^ lil, 
SuppL, 14214). — Taïav)), Dfl, 57». p. 342. 



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NICOI'OLIS AI) ISThUM 63 

Pomp{eius) Magnus, bul(euta), C. Pompei Maç(ni) [/{ilius)]. 

75. Grande stèle {AEMOE, 1890, p. 154, n» 37). 

J'ignore ce qu'elle est devenue. La copie est très fautive. On 
ne comprend pas, notamment, la disposition des lignes 4 et 
suivantes, à la droite desquelles il n'y a pas de lacune indiquée, 
ni même possible, sauf pour la 1. 4. Ma transcription tentée, 
faute de mieux, sur le texte tel qu'il est reproduit, diffère sou- 
vent de celle du premier éditeur, notamment pour les cinq pre- 
mières lignes, où j'ai cru distinguer deux distiques incorrects'. 

ICTIMHNXAPITOZA(|>POAlZIOZONEnE 

rPAyAZTHAAHNZTHZAMENOZEZIAin 

NKAMTnNKAIMAHNEZinATnTHKOTA 

ZiOZ€IKEKAEIMnNZnHZ 

KAlAeAMATHNXAPINHEN & 

A<|>POAEIZIOZnPArMAET 

THZOYAniOYAnniANOT 

KATEZKEYAZAATTflKAI 

TnnATPnNIMOT HAAHN 

KAITHZTMBinMOYElA 10 

ETHAIKAITOIZEKE 

OIZMOYKAITHEN 

niZTAM0l4>IAHTH 

€ITIZAEETEPOZTOA 

MHZEIANYZEOZKEZ 15 

ONEZEEITIZâETOAMI 

ZIAOZTniEPOTATni 

MinATTIKAnENTAKI 

ZXIAlAZ KAITHnON 

AMATYZAYTA 20 

'Ii; TtitTiv x^P'-'tô; 'Af po3î<itsç ov éx£ — Ypa"!»», 
S-p^XXrjV ffXTijiixïvô; èÇ Eito) — v xaiifâjxuv, 

Ka't — ...it[v]sxa [t]sc|aùv 

Zftir,;, — xa'i ifyx'iirtfi x«P'v [?xw]v? 5 

1. Certains alIoDgemeaU fautifs de syllabes brèves sont indiqués par an 
signe de quantité dans la transcription. Le peatamètre du second distique est 
ineorreet ou remplacé par un hexamètre. 



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64 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

'AçpoSei'fftoç, 7cpaYii«[T]eû- 

T»)ç OuXîUiou 'Aw-irtavou, 

xaT£(jxeùa(7a aùto) xal 

TÔ icaTpwvC jiou [ffxJigXXr^v, 

xal 'ri] 9'j{JL6{a> {xou ... 10 

...., xal ToTç Héx[v-] 

otç jiou, xal Tfj èv- 

Er TIÇ 8è STÊpOÇ TOX- 

jjir^ffei àvOÇe oç x[à] e$- 15 

ov èfffijg • erxtç îà ToXfxt- 

ffi, Î6(j[i] Tù) UpoiaTO) T[a-] 

[Liiû oTTixifç] Tceviaxi- 

ç Xt^(aç • xa- Tiî 7uo[Xt] 

à[Aa TUjaDTa. 20 

L. 1. ''Ov se rapporte peut-être à un mot non restitué du v. 3, 
dans le genre de xaT[p]û>[va] qu'on semble y apercevoir. 

L. 4. Après Zo)yîç, manquerait la fin de la ligne. La copie n'in- 
dique pas de lacune et les lignes suivantes s'arrêtent au même 
point. 

L. 6. TCpoYfJLaTeuTTjç =: actor. 

L. 8. aÙTW z= âixauTÛ. 

L. 10-11. Il ne semble pas qu'il faille lire en ce lieu une indi- 
cation d'âge, comme Ixr^ Xy ' par exemple, mais plutôt un nom 
propre féminin commençant par Eia' ou Eua... et finissant par 
r,8t =: {îi au datif (?), comme serait, à titre d'exemple, Euavôtît. 

L. 13. i\kw,r.i\ : mot rare et douteux. — ftXTjTi^ = arnica (concu- 
bine? cf. no8 67 et 69). 

L. 15. (ivO;£ = àvoîçat — oç au lieu de w? Il semble que le 
graveur ait par inadvertance mélangé deux phrases et écrit deux 
fois le même début : et tI; 3k toXjjltq^si. La première phrase sous 
sa forme primitive et correcte aurait alors été construite à peu 
près en ce genre : xal srTtvt eTspci) eçov ejtai; par contre la seconde 
aurait été : t\v.q 5à ToXin^aet àvotÇai, Swaet, etc. 

1. Cf. le nom Eia<rt8axo;? (Kalinka, 339). 



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NICOPOLIS AD ISTAUM 65 

L. 18. L'amende de 5.000 deniers est usuelle *; mais l'indica- 
tion des drachmes atiiques est étrange et inattendue; elle ne 
s'explique pas suffisamment par la supposition que l'inscription 
serait postérieure à l'époque où Nicopolis a cessé de frapper 
monnaie. Peut-être faut il entendre par là simplement de la 
monnaie de bon aloi ; mais je ne connais pas d'exemple pro- 
bant, dans l'antiquité, en faveur de cette hypothèse. Dans les 
temps modernes, au contraire, les exemples sont nombreux de 
noms de monnaies universellement connues abusivement trans- 
férés à d'autres monnaies de valeur analogue {ducat, sequin, 
napoléon ou louis, etc). 

L. 20. Les nombreuses fautes d'orthographe du texte sont 
conformes aux tendances usuelles de l'incorrection en Thrace : 
la forme TuiaOïa au contraire est sans exemple et contraire à ces 
tendances. Mais faut-il se fier à la copie? 

76. Stèle {AEMOE, 1894, p. 186, n. 38). 
Provenance : Nedan. 

D{fs) M{anibus). — P{ublio), jEmili f{ilio), Montano, — vix[it) 
an{nos) L?, et filio ejus — dem jEmiliano, — 5 Vibia Rufina con- 
jugi et filio b{ene) m(erentibus) — et sibi vivae — f[aciendum) — 
c{uravit). 

11. Stèle (CIL, III, SuppL, 6145 et 12342). 
Provenance : Les ko. 

D{is) M{anibus). — Severo, Se — vert filio, — bul{euta), vix(it) 
an{iws) — ^XLV, Dentu — sucu,Sceru — lonisfil{ia), co — njunx, 
et SU — vanus et — 10 Marais fil{n) — li{eredes) /(aciendum) 
c(uraverunt). 

Noms propres : Dentusuyu = Asvtu<;uxov {BC&, 1901, p. 315, 
n. 13). Scerulo (lu par le Corpus : Sgerulo), nom nouveau, 

i. Cf. Kalinka, 325 (Pbilippopoli). 

IV* SÉRIE, T. xii. 5 



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66 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

composé sans doute du préfixe Sy.e, qu'on retrouve dans SxéOuç* 
et SyiXT;ç*, et du nom 'PwXiqç*. 

78. {CIL, III, 6142 et 12340). 

Provenance : Sevliévo, apporte de Nikiup, 

D(is) M{ambus). — C[aiu^) [A]nnius Fer — us, b[ul{€Uta)], 
vix[it — à\mios XXXV, — 5 Aur{elia) Flavia — cd\i)jugi — 
pi[ï\ssimo f{ecit), 

79. {CIL, III, SuppL, 12397). 
Provenance : Bregare, 

L{ucio) Ba[ebio\.... — Papi{rià) (tribu), do{mo) — Nico{poli), 

v[ix]it — an?i{os) L — 5 L{ticius) Baebius CIp. — me{n)$ 

junior, — frater, bene — mereiUi po — suit, H{ic) s{itus) est. 

Le Corpus restitue la première ligne au nominatif. 

80. Stèle {CIL., III, SuppL, 12430 = Sbomik, 1892, p. 97, 
n« 19, flg. 6). 

Provenance : Pavlikeiii. 

Stèle : 1°^,05 X 0°^,54; surmontée d'une couronne avec ban- 
delette. 

m D m tA a D[is) M[anibus) 
SIPPIAEPAE SippiaePae- 
Z V S A • M • zusa[e]. M{arcus) [An]- 
TONIVSMyR tonius Mar- 
CELLVSCON 5 ce//u^ cow- 
l VG I P I E iT I S jugi pientis- 
SIMAECJPfX simaep{osuit). 
HAVE Bave. 

Sippia = Si7:ia *. 

1. nCH, 1898, p. 48ô, 1. 198. 

2. Nom tbrace et macédonien très répandu. 

3. Nom d'un roi gèle (Dion, LI, 28). 

4. Voir ce nom dans DH, S'\ k, p. 409. J'ai revu ce texte, et profile de cette 
occasion pour signaler quM faut lire : 1. 4 : eE|lEMBAH0mAI> eifXo,] 
C(i.6XT}0Yiva(. 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 67 

81. Architrave (C/L, III, Suppl., 6147). — Texte revu en place 
au cimetière thrace. 

Dimensions : 2°»,80 X 0°»,73; lettres 0°^,11 et 0°^,085. 

MARCIAMARCIDEAETRIANOKARISSCONIVNX 
DESVOSIBIETn ISCOMMVNISMEMORIAMETSTNASPOSVIT 

Marcia, Marci {filt'a), Demetriano kariss(imo) conjunx^ 

de svo sibi et fi[li\is communis memoriam et st(at)uas postât. 

communis = communes, se rapportant aux deux substantifs 
suivants. Le Corpus considère ce mot comme équivalent de 
communibus. 

82. Stèle {CIL, III, Suppl., 12412). 
Provenance : Nedan. 

Fin d'une épitaphe. 

,..,bene mer en — ti et sibi se — vivo. Sit libi ter — ra levis. 

83. Stèle (CIL, m, Suppf., 6148 et 12343). 
Cavalier thrace : au-dessous : 

D{is) M{anihus) — Miniciae — [Qw]ntiae?, vix(it) a[nn{os)] 

^5 et G(ato) Minici{o) — [A]qutlae et Inpe — [trato /i]lii[s]. 

84. Stèle (Kalînka, n« 400). 
Provenance : Koeotzi. 

D(is) M{anibus) . — C{aius) Julhis Firmus vixit — annis XXX, — 
V\al(eria)Pier(is) mater, et Ul — p{ia) Marcia c(on)jux, et Marc 

— ia soror, et Ingenua — p{ecunia) s{ua). 

85. Stèle (CIL, m, Suppl., 12435). 
Provenance : Polski Senovetz. 

D(xs) M(anibus) . — C{aius) Val{erius),C{aii) lib(ertus), ti — pa- 
gatho, — aedil(is) Nicop(olitami>) . — 5 C{aius) Val(eriiis) Castus 

— patri piis{simo) — /(aciendum) c(uravit), 

jEdtlis = Qr(op3r90[f.oq. Remarquer Tédilité obtenue par un af- 
franchi. 



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68 RÉVtJË ARCHÉOLOGIQUE 

86. {AEMOE, 1894, p. 217, n. 103). 
Provenance : Vichovgrad. 

D{is) M{anibus). — L(ucius) Petroni — usSentius, — sacerdota 
— 5 lis, se vivo si — bi et Marca — rilae conjugi — suae fac{ten- 
dum) cur{avit). 

87. Fragment {AEMOE, 1892, p. 216, n. 99). 

TiÇy PouX(eÙTTQç) xat Upeùç Pwjjlttjç, Çwv xal çpovwv, èauTOu — xa: 

Les génitifs sont usités pour des datifs ou dépendent de (jlvCo^ 
Xiptv. 

88. Stèle {AEMOE, 1894, p. 190, n. 46). 
Provenance : Gostilitza. 

La première ligne au dessous de trois bustes disparus : 
Ttoç • |JLiQr/;p • vujjLOY). — ''Ev[6a] ôfjxev Aic(TîXto^) Atvoaç? — Tupsi- 
(Tcu ffùjiôifov], y.oiv<i)9i — fxevfoç) xa[l ojv]e5['.]ffo6£lç [x]at — 5 TcXeci)- 
v[{c7]aç Itiq Ç', [x]ati cju;jl[6i]sç — [xoj [6|x]o[ia)]; eifrj Ç' • gi[(i]aa — [xev 
gtov i[;ip [i|jl]v[ov] [xeii — xéxvou 2a6eivou [xal] vujjl — çrj[i] • [îî]iiaç 
lAYjBfàJv ....çtAiov — 10 [jl[y35' è]vYur|ffa|ji.ev.... — .... Tva (i[T:ep]xoiJLev[o]ç 
xpoç — To rXeî(jTo[v] xal a[jToç?... 

L. 2. A{v5aç, variante de Aiviaç, et d'où vient le composé Aivti- 
icop'^ *. 

L. 3. TupeaffY;^ = Turesis (Tac, ^nn., IV, 50). 

L. 4. Les deux participes sont expliqués par la suite, les époux 
sont morts au même âge. 

L. 10. èYYu/,aa|x6v : la jeune fille est morte avant d'avoir été 
fiancée (?). La fin de l'inscription semble se rapporter au fils. 

Les textes qui suivent sont très mutilés; les copies ne per- 
mettent pas d'en tenter la reconstitution. 

89. {AEMOE, 1894, p. 190, n. 48). 
Provenance : Driéchtovski monastir. 

1. Jahreêh., 1898, p. 104. 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 69 

C V M I I C{aiiu) V{alerim) M.... 

SIBIETM sibietM 

COCTZI eo[e]tZi 

C O N I V G I conjugi [quae vixil] 
ANNOSOEX 5 annos [s]ex[agintà] 

INSVMMVM in summum 

DIL AB/ER 

S V I D I G su[ne] dig[nissimae]. 

90. (CIL, III, 12431). Essai de lecture. 
Provenance : Resen. 

DIS M Dis M{anibus). 

EFPIPORSBI-IN E[pt\ipor[ï\sBi[i\iN... 

IIDVOIORMP [Au-] 

LVZENinil/ luzeni fi[l\i[a (?)] 

Le nom Eptiporis est connu sous la forme 'Eicn^icopiç et les 
Tariantes Eptaperus et Eprerus '. 

91. (AEMOE, 1894, p. 190, n. 47). 
Provenance : Goslilitza. 

nOCIAAEOBIZOlOAO 

K/OICOLNOI0IA 

ACN OKONBnMCNO 

Z>'XN0A0ArPAZANAr8 

Y.\0VAI ICKT-CNO 

Deux lignes indéchiffrables 

L. 1 . — B{;c'.o, gén. poét. ? de Bi'Cr^ç = BùÇr.ç' ; cf. latin Bises\ 

L. 3. [t]ov Pû[JI.OV. 

92-94. (^7L, m, SuppL, 6146, 7461, 7462). — Matériaux em- 
ployés pour la construction du pont sur la Rositza (route de 
Timovo à Roustchouk). 

\. Sàorn'k, [900, p. 134. 

2. BCH, 1898, p. 486, l. 40, 43. 

3. DH, 114 h., p. 474, n, 52, 



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70 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

92 93 94 

[d], m. [i]. m, L, Ruson 

Victorintis vovi vs mon 

gui vix, ann,,, meses VI te 

%is Vxctor[inus\ vod 

[in su\mmu[m] et c(m[jugi] 

fili[o] [s]e viv[6\ 

Les quelques restitutions m'appartiennent. 

95. {CIL, III, SuppL, 42423). 
Provenance : Polikrachte. 

ACTAN 
JRLOV 
ITVII 
L. 3 : []itv[lum]. 

96. [CIL, III, SuppL, 12427). 
Provenance : Balvan Mahalé. 

et — Apronia — Resp[e]cia — [u]xor [à\vo — 5 oivo suo 

— t[it\ulum et — memoria{m) — po!i[ue]nint, 

vivo suo = vivo sa (cf. n^ 64). 

97. (C/A., III, 6149 et 12344). 
Provenance : Pascalevetz (ou Urbovka). 

Bas-relief : à g., deux personnages, l'un debout, l'autre age- 
nouillé; à dr., un quadrupède. Des deux côtés et au dessous, 
restes d'inscription bilingue? 

VDEN TISSIM 

OCa) Ca) 

A RE 

L. 1. [P]tidentissim[9/s]. 

L. 2 : A et CV au lieu de CO, selon le Corjjus. 

L. 3. [X]a[rjp£? 

Au dessous, buste avec quelques lettres. 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 71 

98. {CIL, III, Svpp/., 12421). 
Provenance : Driéchtovski monasiir. 

D M 
THIELA T 
SAEM 
I E RI 
5 SVAESIT 
SEPVLCRV 
T 

L. 4 : [/]?>r/? — L. 5 : suae^ — L. 6 : sepiilçrii[m]. 

99 à 101. (CIL, III, 7434, 7435, 7437). 

Ces inscriptions, jusqu'à présent attribuées à Schvistov, ville 
voisine de la Nicopolis du Danube, devraient, selon le témoi- 
gnage tardif et obscur de MM. Shkorpil, s'ajouter à la liste des 
inscriptions nicopolitaines. J'indique ici cette hypothèse pour 
être complet, mais sans la prendre à mon compte. 

Les deux premières sont relatives au portorium piihlicum et à 
la ripa Thraciae; elles ont été citées dans le premier article 
(p. 213, note 1, 2'^); la troisième contient une longue liste 
des membres d'un thiase de Bacchus : elle doublerait la liste des 
noms propres que nous connaissons à Nicopolis. Mais la pré- 
tendue erreur d'attribution est loin d'être certaine ; elle provient, 
prétend-on, d'une confusion entre Lozitza, village situé entre 
Nikopol et Schvistov, sur le Danube, et un village du même 
nom placé non loin de Nicopolis, entre Butovo et Nedan. Ce 
dernier village, malgré mon séjour prolongé dans le pays, m'est 
inconnu; il n'est pas mentionné sur la carte de l'état major 
bulgare; tout cela augmente mes doutes sur la rectification pro- 
posée. Je reconnais toutefois que l'existence d'un thiase de Bac- 
chus est plus naturelle à Nicopolis, ville de constitution grecque, 
que sur les bords du Danube à Novae (Schvistov). Cependant il 
serait étrange que dans un pays de langue grecque une inscrip- 
tion de ce genre fût rédigée en latin : l'épigraphie nicopoli- 
taine ne nous fournit aucun exemple analogue. 



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72 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

102 à 105. Mentionnons encore, comme provenant peut-être 
de Nicopolis ad Istrum : 

N^' 102. Un autel {AEMOE, 1894, n^ 42) trouvé à Samovoden, 
avec l'inscription v(oto) p{osùa). 

N« 103. Un relief trouvé à Dikili Tach {AEMOE, 1892, p. 216, 
n° 99) avec l'inscription èitiauvxuvriYdç au dessous d'une figure 
féminine accompagnée d'un chien (Diane?). Il semble être fait 
mention ici d'une de ces confréries de chasseurs fréquentes en 
Thrace». 

N^ 104. Une petite plaque (0", 12 de côté) représentant le dieu 
chasseur, avec l'inscription XXO\ {AEMOE, 1894, n. 39). 

N. 105. Fragment d'entablement (l'«,60 X 0,90 X 0,45; 
lettres : 0"",15) portant au dessous d'une frise avec bucrânes et 
guirlandes, les mots : i% tûv lô{(i)[v]. M. Diakovitch en le repro- 
duisant (Sbomik, 1904, p. 52, flg. 18) affirme qu'il provient de 
Tirnovo. 

106. Enfin, pour être complet, je signalerai, comme faisant 
mention de personnages nés ou habitant à Nicopolis, les textes 
suivants : 

û) — C/L, III, 1681 (Dacie). 

P, Tenacio — Vindici, — leg. leg. XXII ^ — princ{ipi) civi — 
5 iatis Nico — politanor{um), etc.. 

Selon le Corpus^ cette civiias l^icopolùauorum serait Nicopo- 
lis ad Istrum. Il y aurait des réserves à faire sur cette attribu- 
tion insuffisamment prouvée. 

b) — Soldats natifs de Nicopolis : 

i. Le voisinage de THémus justifierait cette association. Encore actuellement 
il existe à Pbilippopoli des sociétés de chasseurs qui poursuivent les ours dans 
le Rhodope. Cf. Tours sur les monnaies nicopolitaines où figure le dieu Hémus. 

2. Les ex-volo au chasseur thrace, accompagnés de lettres incompréhen- 
sibles parmi lesquelles les X sont nombreux, se sont fréquemment rencontrés. 
Faut-il y voir des vestiges de la langue thrace, ou de simples ornemental ions 
grossières? Cf. les signes X des textes n»" 49 et 50 m fine, et ceux du bab-rel'ef 
ci après (n« 8, p. 472). 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 73 

1. CIL, III, 4458 (Carnuntum). 

M. Aur, Laeictis, Hedili filius, vet. leg. XIII g[eminaé), domo 
Nicopolis,., 

2. CIL, III, 14507 (Kostolatz, Mésie Supérieure). 
Liste de soldats (date : 195). 

Sont indiqués comme étant nicopolitains d'origine : 

C, lu lins Marcianiis, miles. 
M. Aur. MetrodoruSy signifer, 
M. Atir. Timotheus, miles. 
C. Val Fiiisctis, miles. 
... Domitiifs, miles. 

3. Diplôme LXXXVI, trouvé à Nicopolis (Date : 226). 
Cohors X praeloria Severiana pia vindex : 

M. Aurelio, M. f., Ulpia {tribu), Marco, Nicopoli. 

VIII. — Appendice. 

Outre les inscriptions ci-dessus mentionnées, Nicopolis a 
fourni certains monuments figurés dont voici la liste : 

A. — Bas reliefs. 

1<^ Plaque de calcaire (Sbornik, 1901, p. 729, n^ 32, fig. 19). 
Brisée vers la droite, encadrement mouluré; long. 1™,50, 
larg. 1°^,15, ép. 0'»,30. 

Provenance : lalare. 

De gauche à droite, cinq personnages vus de face : 

a) Mercure, nu, la chlamyde posée sur le bras gauche qui 
tient le caducée; dans la main droite, une bourse; à droite près 
de lui, un bélier (?) tourné vers la gauche. 

h) Junon en tunique et manteau, appuyée de la main gauche 
sur un long sceptre; la main droite tient une coupe renversée 
au-dessus d'un autel. 

c) Jupiter barbu, demi nu, le manteau soutenu par l'épaule 
gauche; mêmes attributs et gestes que Junon. 



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74 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

d) Minerve casquée, en tunique; de la main gauche même 
geste que Jupiter et Junon ; la droite baissée tient par le bord 
extérieur un bouclier ovale posé en retrait. 

e) Hercule barbu, nu, la maixi droite appuyée sur une massue ; 
la gauche a disparu dans la cassure du monument. 

2° Fragment de colonne sculptée en haut relief {Ibid., p. 732, 
n° 25, flg. 24) — H. : 0'°,26; diam. : 0™,21. 

Femme (Némésis?) vue de face, cheveux ondulés, himation 
à manches courtes, chiton roulé autour de la taille et suspendu 
au bras gauche qui tient, verticalement, une torche; la main 
droite est baissée et disparaît ainsi que la partie inférieure du 
corps dans la cassure du monument. 

3° Petite plaque (Ibid., p. 733, n« 26, flg. 25), la plus petite 
qui ait été trouvée en Mésie (0"^,06 X 0°',05). 

Provenance : Butovo. 

La partie supérieure arrondie, moulurée et ornée d une série 
d'anneaux gravés en creux. Au centre, flgure féminine tournée 
vers la droite et tenant verticalement dans la main gauche une 
corne d'abondance, la droite baissée au dessus d'un autel (Con- 
corde?). L'ensemble est fruste et presque indiscernable. 

4« Fragment {Ibid., p. 734, n° 29, flg. 28). 

Plaque de marbre rectangulaire, encadrée d'une moulure 
(0°^,36). 

Un personnage barbu, demi nu, drapé dans un manteau qui 
recouvre l'épaule et le bras gauche, est à demi étendu vers la 
gauche. Son bras gauche s'appuie sur une urne renversée d'où 
coule une eau à laquelle s'abreuve un crocodile; la main droite 
tient verticalement un palmier. A gauche, aux pieds du per- 
sonnage principal, une flgure plus petite, nue, vue de face, 
tourne la tête à droite. Son bras droit est ramené sur sa poi- 
trine, au-dessous des seins ; son bras gauche tient verticalement 
une rame (?). Le corps au-dessous de la ceinture est caché par 
une sorte de dentelure, et semble se continuer à gauche par les 
spirales d'un corps de poisson. 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 75 

Il s'agit d'une représentation du- Dieu Nil, sans doute à 
propos du culte de Sérapis ' . 

5° Bas relief {Sbomik, 1900, p. 51, n^ 2, fig. 24). 

Provenance : Biela Tcherkva. 

Plaque de marbre 0°»,17 X 0°^,15 X 0"^,04. 

Zeus barbu, de face, grossièrement dessiné, la jambe gauche 
pliée et tournée vers la gauche indiquant un mouvement vio- 
lent, la main droite levée brandissant la foudre, la gauche 
étendue. Le dieu est nu, sauf peut-être un bout de manteau posé 
sur Fépaule gauche. Au-dessus, vu de face, un aigle, ailes 
repliées; à droite, une femme en chiton, de petite taille. 

6<» Piaque 0°^,15 X 0"^,09, ébréchée. {Ibid., p. 86, n^ 5.) 

Provenance : Gorna Lipnitza. 

Un personnage nu, debout, de face, tient un bâton terminé 
par deux boules (thyrse ou caducée?). La nébride qui semble 
visible fait penser plutôt à Dionysos qu'à Hermès. 

7° Torse de statuette en marbre {Sbornik, 1901, p. 734, n^ 28, 
fig. 27). Haut. : 0'",50. Travail grossier. 

Le dieu Priape ? retient de la main droite le chiton sur son 
épaule. Le bras gauche posé sur la poitrine soutient le chiton 
glissé de Tépaule et en relève le pan antérieur dans lequel sont 
placés des fruits. La main gauche semble aussi tenir un fruit". 

S*' Plaque représentant le dieu chasseur (Sbornik, 1894, p. 92, 
n^ 76, et planche XHI, fig. 2). 

Provenance : Biela Tcherkva, 

Dimensions : 0"*,14 X 0™,13. — Sculpture rudimentaire. 

Le dieu, qui semble coiffé d'un bonnet, chevauche au pas 
vers la droite. H est revêtu d'une tunique et son manteau vole 
derrière lui; son bras droit, levé, brandit Tépieu. Derrière le 

i. Pour le type du dieu, cf. les représentations de THèbre, du Strymon. de 
l'Isker et de Pister sur les monnaie^ respectives de Pbilippopolis, Paulalia, 
Serdica et Nicopolis — Voir aussi les monnaies d'Alexandrie d'Égvpte (Mion- 
nel, Supp/., IX, 50). 

2. Voir ce type sur les monnaies de Nicopolis (Pick, p. 391). 



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76 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

cheval, un personnage; sous le cheval, un animal : tous deux 
également indistincts. Devant le cheval sont superposés les 
bustes, seuls visibles, de deux figures humaines placées de face 
derrière des tables chargées de fruits; la table inférieure est à 
trois pieds. En avant de la tête du cheval, un anneau gravé en 
creux ; derrière la tête du dieu, un anneau en relief (couronnes?). 
L'anneau creux et les deux croix incisées qui sont à côté n'ap- 
partiennent peut-être pas à la sculpture primitive; ou bien 
encore elles font partie de ces signes mystérieux, ronds et X, 
que nous avons plusieurs fois signalés sur les monuments 
(cf. n® 104, p. 468, note 2, et ci-dessus le relief n® 3). 

B. — Bronzes. 

9« Statuette {RA, 1899, p. 120, flg. ^ = SbomtA, 1901, 
p. 730, n. 22, fig. 20). 
Haut. : 0^^,082. 

Provenance : lalare. 

Zeus dans l'attitude du n<> 1, moins le sceptre; le bras gauche 
replié à la hauteur de la taille. 

10« Statuette (/M, 1899, p. 121, flg. 9^ = Sbornik, 1901, 
p. 732, n. 23, fig. 22). 
Haut. : 0"^,095. 

Provenance : Khodnitza, 

Eros ailé, attitude de la marche, la jambe gauche en avant, 
une sorte de chapeau sur la tête, autour du cou un collier en 
forme de croissant, le corps nu sauf une draperie grossière 
autour du ventre. Le bras droit est tendu en avant comme pour 
tenir Tare (la main a disparu); le bras gauche est replié derrière 
la tête comme pour puiser dans le carquois. Facture grossière ; 
les ailes sont d'épaisses plaques quadrangulaires. 

11^ Tête de Satyre (?), portant une couronne de feuilles ornée 
au centre d'un fruit. (/?/!, 1899, p. 123, fig. \Z = Sbomik, 
1901, p. 733, n«27, fig. 26). 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 77 

Provenance : Nedan, 
Haut. : 0°»,06. 

12^ Tête de bronze représentant Gordien III {RA, 1899, 
p. 123, fig. 15 = Sbomik, 1901, p. 722, fig. 12-13). 
Provenance : Badanovo. 
Morceau remarquable, d'un mérite artistique évident. 

13^^ Statuette {RA, 1897, p. 230, n. 22). 

Haut. : 0°»,085. 

Provenance : Nikiup. 

Femme (Vénus?), buste nu, tête diadémée, rtièches de che- 
veux retombant sur les épaules, orbites vides (des pierres s'en- 
châssaient sans doute à la place des yeux). 

140 Statuette (Ibid,, p. 233, n. 34, fig. 34). 

Haut:0^075. 

Fortune, debout, drapée, coiffée du modius. La main g. bais- 
sée tient une corne d'abondance; la dr. tient la rame d'un gou- 
vernail. 

15^ Statuette (/A/r/., p. 236, et pi. XV et XVI). 
Haut. : 0°»,223. 
Provenance : Biitovo. 

Guerrier debout. On voudra bien se reporter à la description 
et aux reproductions indiquées. 

IX. — Tables des Inscriptions et Monuments figurés. 
A. — Provenances. 
Balvan mahalé, 96. Kamenetz, 40. 

Bederli, 71. Khodnitza, 24; App. 10. 

Biela tcherkva, App. 5 et 8. Koevtzi, 84. 

Bregare, 79. Lesko, 77. 

Butovo, 23; App, 3, 15. Lipnitza Dolna, 30. 

Dikili Tach, 103. — Gorna, Ap/), 6. 

Driéchtovski monastir, 89, 98. Mekitch, 68. 
Gostilitza, 31 , 88, 91 . Nedan, 37, 65, 69, 73, 74, 76, 82, 

lalare, App. 1, 9. App. 11. 



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78 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

NICOPOLIS,! à21,26à29,38, Polikrachte, 33, 95. 

42, 44 à 49, 55, 58 à 64, 67, Polski Senovetz, 85. 

75, 81, 83, 87, 92 à 94, 99 à Radanovo, 25, 50, App. 12. 

101, 104, 106 3^ App. 2, 4, Resen, 32, 35, 90. 

7, 12, 14. Samovoden, 53, 102. 

Nikiup, 34, 36, 54, 78, App. 13. Sevlievo, 78. 

Orékhovitza (Gorna), 57, 70, Tentza, 66. 

72. Tirnovo, 39,41, 51, 52, 105. 

Pascalevetz, 56, 97. Urbovka, 97. 

Pavlikeni, 43, 80. Vichovgrad, 86. 

B. — Dieux et héros. 

Zeus, Jupiter : 

Ex vota : App. 5. 
Jupiter associé à Junon, Minerve, Mercure, Hercule : App. 1. 

Zeù;, 53 — xepaijv'.c;, 38 — Ai[ji.epav6ç, 42 — 'Oxovr,v6ç ou 

'0/.oXr,v6ç, 40-41. 
Jupiter Sabadius (avec Mercure). 43. 
0£oç sTCr^xooç Sa6à5ioç *Ap..v3tiJLr|Vcç, 18 — 'ApciAr^vcç, 44. 
Zeùç ''HXto;, [ASYaç xupioç SeôiÇioç àytoç 'ApjiXvjvoç, associé à Mi^TT^p 

Ô£a)v, 45. 
Zeùç 'OXujJLTîtoç (associé à *'Hpa Zayia et 'Aôr^va floXiaç), 47-50. 

Jupiter Optimus Maximus, 37. 

Statuette, App. 9. 

Béra : 
Ex voto : 

Associée à Jupiter, Minerve, Mercure, Hercule; App. 1. 
"Hpa Zuyia (associée à Zeùç *OXu|jL7itoç et 'A6/|Va IIoAti;), 47-50. 

Athéna : 
Ex voto : 

Associée à Jupiter, Junon, ^Mercure, Hercule; App. 1. 
'AOr^va lloXiaç (associée à Z^j- 'OXy[iT:io; et "Hpa Zuyta), 47-50. 



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NICOPOLIS AD ISTRUM 79 

Apollon : 
'Aic6XXù)V ÂûXap{o^oç, 51 . 

Vénus : 
Statuette : A pp. 13. 

> Diane, Hécate : 
Ex voto : 103. 
0ea eTPQXôoç eiovTTjTsç, 54. 

Dionysos : 

Ex voto : 59; ilp;?. 6. 
Atovuaoç, 52. — Ziaupaç, 60. 
Associé à HéraclèS; 60. 

Cybèle : 
Mt^ttqp Oewv SxeXevTYjvT^i, 46. 

0ea 'I8e{a lAevaXt] ijlt^|TT)p, associée à Zeùç *'HXtoç iiéyaç xupioç SeôaÇioç 
ôr/toç 'ApatXYjvôç, 45. 

Mithra : 

"HXtoç MiOpaç Oeoç ew^xooç, 55. 
Beoç 071GÇ xal Sixr.oç, 56. 

Mercure : 

Associée Jupiter, Junon, Minerve, Hercule, App, 1. 
— à Jupiter Sabadius, 43. 

Esculape : 
Ex voto : 61. 
'AffxXi^xtoç Sam;p, 62. 

Hercule : 
Ex voto : 
Associé à Dionysos, 60. 

— à Jupiter, Junon, Minerve, Mercure; App, 1. 



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80 REVUE AHCHÉOLOGIQUE 

Silvain : 
Silvanus dominus, 39. 

Némésis : 
Ex voto : App. 2. 

Concorde : 
Ex voto : App. 3. 

Fortune : 
Statuette, App. 14. 

Eros : 

Statuette : App. 10. 

Statue : planche et p. 213 (premier article). 

Priape : 
Statuette : App. 7. 

Satyre : 
Statuette : App. 11. 

Héros cavalier : 

Ex voto : 66, 73, 83, 104, App. 8. 
6ec; f^p(ùç Aopxev8{a, 57. 

Nil divinisé : 
Ex voto : App. 4. 

C. — Empereurs et famille impériale. 

Hadrien : 

Imperator Caesar, divi Trajani Parthici fllius, divi Nervae 
nepos, Trajanus Hadrianus Augustus, pater patriae, pontifex 
maximus, tribunicia potestate X, consul III. — 22 à 25 et p. 208 
(premier article). 

Â'j'coxparcop Tpaïavoî 'ABp'.avoç Katjap ^Sedaaiô^ — 1 . 



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NICOPOLIS AD ISTHUM 81 

L. jEHus Caesar : 

Aoiixtoç ArXtoç KoTaap, Aitoxpaxopoç TpaïavoO 'ABptavoO KalcoLpoç 
Se6a(r:o3 ulo;, OeoD TpaïavoQ xapôtxoD oîwvoç, OeoO NepoOa Ixyovoç, Srj- 
|jiap^ixf!<; èçouaCaç, O'icaTOç to 6 — 1. 

Antonin : 

Imperator Titus iElius Hadrianus Antoninus Augustus, pater 
patriae — 37. 

AjTO*/.paT<i)p Koîyap Tito; ArXioç — 4. 

AjTOxpaTwp Kaïaap Ttxoç AfÀto; 'ASpsavo; 'Aviwvsîvoç S-ôaaroç, 
siagÔTiÇ, ipx'.epî'j; [j^Yidio;, Sr^ixap/ixi); èÇouaia; to x6', uicatoç to 8', 
zarrjp waipiôcç — 2. 

Bec; 'A^nwvcïvoç — 28. 

^lius Verus : 

Aoj'/.is; ArXwç Aipi^iXto; Oiîjpô; Kaîffap, AjxoxpaTopsç Kaiffapo; 
TtTou AlXtou 'AvT(uv€ivo'j 2]e6aŒToD, ejaeôouç, ip^tépso); iàsyictou, Br,[jLap- 
^(ixîjç sÇsujtaç TO x6', ûrdcTCu to S', raTpoç icaTp'ISoç, uloç — 2. 

Marc Avrèle : 

Marcus Aurelius Caesar — 37. 

A'jToxpoTwp Mapxc; A-jpVjXioç 'AvTwvetvoç KaTaap — 3. 

Faustine : 

^auareïva Oei Se6affT^ — 3. 

Commode : 

ô xûpioç AÙTOxpaTwp KaTjap Mapxo; Aipr,Xto<; Koi^-ti-oSoç 'AvtwvsTvoç 
SeôaoToç, vgpixavixoç, Gapfjt-aTtxo; , gpeTavvixcç, ap^^tepsùç lA^f-^^'f 5? , cr|[;.ap- 
^txf,; èçouaîaçTo y;', auTOxpaTwp to Ç', {i::aTOç to o', zaxTjp zaTpîSo; — 5. 

Aojxto; A'jpTQXtoç Ko[jL|jLooo;, A'jToxpaTopoç Ka{7apo; Titou AîXtou . . . 
— 4. 

Septime Sévère : 

A'jToxpâTwp Aouxioç Sezp'fjL'.oç Seoufjpo; IlepTivaÇ SeôaaTo;, eiaeÔTjç, 
xzpOtxoç, PpeTavtxoç, apaôixoç, aS'.a6Y)vtxoç, àp;(iepsù<; [/.{y^c®?» ^r^P-^PX'"''-^^ 
eJouaCaç TO Ç', ajTCxpaTwp to ta', j^aTo; to t' , zaTT;p icaTpîcoç — 6. 26. 

eeoç Seôîipoi; — 28. 

IV* SÉRIE, T. Xll. 6 



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82 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Julia Domna : 

'IouA{a AofjLva ôsi Ssôajir;, i^.r|TT;p xajTpwv, Aùxs/.paiopsç Aouxicu Sît:- 
TipL{ou SeouTQpou lleptCvaxoç SsSaoroj, ejffsôsu;, irapOixoD. gpeTavixoù, àpx- 
ôtxoO, aîtaÔTîvtxoO, ip^^iipecoç p-ey^'jtoj, SiQjjLapx'.*/-^^ àçoujiaç to Ç', xjts- 
y.piiopoç TO ta', ùriicu to P', xaTpo; zaTpiSoç, yuvtj, xal AÙTOXparopo? Ka(- 
aapoç Mapxou A6pY)Xiou 'Avrwvstvcu SeôaffxoO xa\ Ils'irX'^sj S c7:T tn.{ou Fha 

Katggpoç IJlTQTTjp — 6, 26. 

'louXia AôiJLva 6ci Se6a(rr7î, I^T^if^îp AuTOxpaTopoç Kaicapo^ Mapxou Aj- 
pTjXwu SsouT^pou *AvT(i)ve{vou, EJîjeôoDç, ae6aaToO, zapôixoD [/.eyiciTOu, Ppu- 
TxvvtxoO jj!.SYi(jTou, xal p.T^TY)p lepwv aTpaT5j|ji.iTa)v xa\ auYxXi^ou xa\ Btq|xou 
'Pwfjwtiwv — 7. 

'louXia A6iJi.va ôei, [at^iTyjp AuTOxpaTopo; Ka{Gapo<; Mapxou Aipr;X{cu 
SeouTTipou 'AvToivs'vou, €'jffe6ou;, ip^tépsu)? |jl£y^^®^» ^*' H^^'^îP ^^?*^^ 
(jTpareupLaTwv xal œuyxXi^tou — 8 

'louXta Seôacrri;, jjlt^ttqp xajTpwv — 27. 

Caracalla : 

AuTOXpdcTWp KaTjap Mapxoç Aupi^^Xto; *Avt(dV£Tvo; StôaaTOç — 6, 26. 

AuTOxpaTwp KaTffap Mapxoç AipT^/Mo; Ssoufjpcç 'AvTwveïvoç, eissôf^;, 
aeôaoToç, xapBixoç ixfYiff'coÇï PpuTavvixoç [jl^yi^'^oç — 7 

A'JTOxpaTwp KaTffap Mapxo; AipT^^Xioç Seoufjpoç 'Avt(dv£Ïvoç, ej(j66Y;ç, 
e-JTuxYjç, ap^iepcùç jjLéYt^rrc; — 8. 

ô OeiÔTaxoç aÙToxpoTwp Kaîjap Mapxoç AupiQX'oç Ssôîjpoç 'AvTwveïvo; 
SeôadToç, ôsoO 'AvTwvei'vou E/.yovoç, Oîou Ssô/ipou uiôç — 28. 

Géta : 

Ilor Xtoç SsTCTiixtoç TsTaç K aTjqp — 6, 26. 

GoriHen : 

[xéYttiTOç xà Os'.OTaTOç auToxpaTcop Kéjap Mapxoç 'Avxcivioç TopSiavcî, 
euffeÔTjç, £uTuxt;ç. ffeSajTÔç — 9. 

A'jTOxpaTwp KaTcap Mapxoç 'AvTcivtoç TopSiavoç — 29. 

Tranquillina : 

Saôivta TpaYy.uXXeïva i^eSacTr^ — 29. 



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NICOPOLIS Al) ISTHUM 83 

Aurélien : 

b Y^; xat ÔaXaatnjç xai icdcŒYjç ouou[X£vt;ç 8£(n:6r/;<; AjTOxpiiwp Kaïaap 
Acùxio^ AsjitTtoç A'jpTjXtavoç, eiKjeÔTjç, euxu/fiÇ, aeôaaToç — 31. 

c Y?b *«î Ô^XidJTjç SeoTîOTtî; A-jpiQXtavoç, e'jffe6Y)ç, eipjyTjç, aeôaffxoç, 
YSTixo; jjLSYtoTOÇ, icapOixoç iJiiY'^oÇ — 30. 

Empereurs incertains : 

b Oetc; xè èxtçavéffraToç KaTaap — 32. 

5 iaçavéffrrcoç xal eùffêôércaxoç SeôaaTÔç — 33 . 

S£6a5Tiç, ÎY)yiap7ftX7iç èÇousia; — 36. 

A-jTCXpctKop aeôaffTOç — 61 . 

ol auToxparopEç ... — 50 . 

... îr,jjixpx'.xîiç £$3Ufftaç ..., icarfjp TîXTpCSoç, ovÔuTCa-coç ... — 34-35. 

D. — Légats et fonctionnaires impériaux. 

t XajAxpciaToç YJYêjxwv 'Io'jXioç Kaoroç, irpSîJÔeuTTjç 2e6aaToO iviiaipi- 
tTOYc; — 5. 

t;Yc|«ov t^Jç èxapxstxç Tixoç SouéXXtoç [Mapxtavoç] — 34-35. 

'JrraTeuuv tîJç eicap^etaç TaToç 'Ooutv.oç TspxuXXoç, 'rcpeaôsuTT)^ Ssôaffrwv 
imrcpiTYjYOç — 6. 

'JxaTe'J(i>v Tfjç âxapysicu Aéx'.oç Tp aïavoç, icpeaÔeuTTjç SeôajroD àvTiaipa- 

TT^YSÇ — 9. 

ûraxeucov Ilpcoatcç Tep-cuXXtovoç, TCpeaôê^jxrjÇ avTi(r:piTY)YO<; — 29. 
û^aTsuiov Tfjç àxap^eta; ô SiajrjjAOTa-roç Aupr^Xioç Scôaoriavôç — 31. 
i»xaT£;^(i)v KXauîioç NaTaXiavoç, xp£a6£j'cr|Ç S£6aaT0u aviwTpaTïJYOç — 
30. 
ûnaxftûbiv £zap;({a; OjiTiwtoç 'louôévtoç, ovTtcrrpiTTJYOç — 33- 
ô xpinoToç âxiTpoicoç S£6aîToO KXauB'.oç Kr^vawpEtvoç — 5. 
Marcus Antius Rufinus — 22-25. 

E. — Magistrats mcopolttains, 

r;:pr/o|wç : Aip. 'OvK^atiov, 16. 

aedilis : C. Valerius, C. liber tus, Epagatho, 85 



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Si HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

ip^bi^ ' Icu^^toç 'louXiavèç, -irpÛTôç àpy^., 9. 
Ti6ip'.oq KXauSioç npÊ'.cnteTvoç, 47. 

ffuvipxwv : loyXtsç louXiavoç, 9. 
^fjXtÇ Mouxazopeoç, 56. 

ipYupoTa[x{xç : Tt6éptoç KXauSioç Ilpsiaxelvoç, 47. 

PouXet5TT)ç : $Xa6ioç 'Aaiavoç, 45. 

KXaudioç MovTavoç. 61. 

Lucius Aurelitis Surus, 72. 

Pompeius Mat/nus, 74. 

Severus, 77. 

Cû/w5 /l?iw/w5 Kertt5, 78. 

r.ç,87. 

etpTQvap^TQç : A'jpi^Xis^ 'Ovyjjioiv, 16. 
eiciji.eX'i^TiQÇ *. ïloiiiuXioç A?Xioç MiQviavéç, 9. 

KXauS'.ôç A'jpTQXtoç TeXéjçopoç, 31. 
'AaxXTj-ïcwSwpoç *AcrxXrjTCtaBou, 30. 

'louXtoç E'jTU)rnç, 33. 

'louXtoç..., 32. 

pnnceps civitalis : P. Tenacius Vindex, 106 a. 

yppofnivfiç \ Qeayévrjç, 50. 

F. — Prêtres, 

àp^tepeùç : Màpxoç louvtoç Aouxixvcç, 7. 
*IouXioç 'louXtavsç, 9. 
IlsjTCXtoç ArX'.oç MiQVtavoç, 9. 
'AdxXTjxtoBwpoç 'AaxXiQTCtàSou, 30. 
*IouXtoç Ei-uu/TiÇ, 33 
'loùXioç... , 32. 

ip^iepeia — OjXxta 'A^pEiTCTcelva, 7. 

lepsùç 'P(i)|Ar,ç — -...riÇ, 87. 

sacerdoialis — Lucius Petronius Seniius, 86. 



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NICOPOLIS AI) rSTRUM 85 



G. — Armée. 

Légions : 

y//ff/fca:65,67à71,73. 

V Macedonica : 65. 

ViniHispana:^^, 

XI Claudia, 65. 

XIIIGemina: 106 /^ 1°. 

XX Valeria Victrix, 65. 

XXII : 106 a, 

Cohors Mattiacorum, 66. 

Cohors Xpraeioria Severiana pia vindex, 106 A, 3**. 

Légiofinfures : 

P. Tenacius Vindex, legatus legionis, 106 //. 

L. Valerius, L. /., ProcluSy centurio, missus honesta missions, 

65. 
^ï/. 4tir. Metrodorus, signifer, 106 A, 2**. 
L. Aur. Surus, veieranus^ ex signifero, 72. 
L. Spurennius liufus, beneficiarius^., 66. 
M. Aur. Mucianus^ veteranus, ex beneficiario, 69. 

, ex beneficiario, 14, et Addenda^ p. 490. 

Avr. Dizzay veleranus, 69. 

Tib, Cl., Tib. /., Sergia, Nicopoli, Niger, veteranus, 70. 

P. Pompeius, P. /*., Mmilia, Magmis.StobiSy veteranus, 73. 

Af . Aur, Laeicus, veteranus, 106 A, 1°. 

A/. i4wr. Maximus, miles, 67. 

9. Caurisinius Ingemius, miles, 68. 

C /w/tW5 Marcianus, miles, 106 />, 2**. 

3f. i4ï/r. Timoiheus, miles, 106 A, 2^. 

C. Valeriits Filiscus, miles, 106 A, 2". 

Domitius, miles, 106 A, 2«. 

3f. i4i/r. Marcus, miles praet or iayius, 106 A, 3**. 



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'^fi REVUE AKCHÉOLOGIQUE 

H. — Sépulture. 

Inscriptions funéraires : 10 à 16, 63 à 98. 
Noms des monuments : 

3wpLoç, 11, 15, 91. sepulcrum, 98. 

Ypàaoç, 12. statua, 71, 81. 

^PTov, 16. œtVîXXtî, 75. 

memoria, 67, 68, 71, 72, 81, 96. titulus, 71, 95, 96. 

xupafJiCç, 12. TOTCOç, 10. 

Amendes : 

au fisc : 2500 deniers, 10 — 5000 drachmes attiques, 75. 
à la ville : 2500 deniers, 10 — 5000 drachmes attiques, 75. 

I. — Divers, 
Ex voto : 

formules : £5xapi(r:r,p'.ov, 40, 41, 45, 55, 57, 62. 
six^ 17, 42, 46, 52. 
votum, 43; 6ot7i, 58. 
noms : ayaXjAa, 47. 

PwiJLoç, 46, 48, 51, 56. 
ÇwYpaçia, 55. 
an^Xtov, 55. 
TpàxeÇa, 46. 

Professions : 
àpxwv (dans les mines), 51. 
PacjiXeùç (dans les mines), 51. 
YvaçÊiiç, 55. 
dispensator publici portorii , 13, et Addenda, p. 490. 

SofJLOTéXTWV, 63. 

emauvxuvr^Yoç, 103. 
èpYaŒTTiç (dans les mines), 51. 
î'^-siaTpoç, 10. 
xpaYjJLaxeuTY)?, 75. 



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NfCOPOLIS AD ISTRUM 87 

Confréries et associations : 

ETaipU, 51. 

Ts/VY], 49, 50. 

ujAvwîoi, 48 — Upsv'.xai, 49 — -izpeaôuTspoi, 50 — a)tXo(yÊ6a(rcoi, 49. 

Mots remarquables : 
brtites, 67. 
YeÎTOjv, 41. 

àîA-Kopiôv, p. 433 (troisième article). 
depiJLCX£p{i:aToç, 5. 

paçus^, 13, et Addenda, p. 490. 
portorium publicum, 13, et Addenda, p. 490; p. 213, note 1, 

2<* (premier article); p. 467 (troisième article). 
(jtoTipeïov, 51. 

Expressiofis remarquables : 

ïr. Xr,<rcY)piou, 62. 
èÇ îJtcvou, 61. 

HUXIOt, STCITOYYJV OVÊipOU, 55, 56. 

K. — Noms propres des particuliers. 
{Sont exceptés les noms cités plus haut, paragraphe D.) 



'AYpei'ïnceTva, 7. Amica, 67. 

AtXtoç AéÇxep, 52. 'AvSpévetxoç, 54. 

AiXtoç KXaùîetoç, 49. Annius, 78. 

AfXtpç MYjvtavoç, 9. 'AvT(ivtoç, 40. 

ArXtoç IloTaiJLwv, 57. AntoniuSy 80. 

jEmilianus, 76. 'AvTwveTvoç, 51. 

'AxuXaç, 59. 'Aicxtavoç, 75. 

Aquila, 83. Apronia Bespecta, 96. 

'AxuXeTvoç, 46. *X. 'Aciovéç, 20. 



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88 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



'AffiaxiXOÇ, 20. 

'AcntXrjictaÎYjç, H, 30, 41. 

'AaxXrjTTioSoToç, 41 . 

'AaxXTjiîtoSwpoç, 30. 
Atronius Martinus^ 58. 
Auluzenis^ 90. 
AùXpuxévetjç, 44. 
AùpiQXtoç AivSaç, 88. 
Aurelius Dizza, 69. 
Aurelius Laeicus, 106 /» 1°. 
AipT^X'.oç Mapxôç, 55. 
Aurelius Maœimus, 67. 



Aurelius Meirodorus, 106 /? 2**. 
Aurelius Mucianus, 69. 
Aupi^Xtoç *0v7ja{(â)v, 16. 
AipiQXioç SaôacTtavoç, 10. 
Aurelius Surus, 72. 
AipTQXtôç TeX£aî»opoç, 31 . 
Aurelius Timotheus^ 106 A 2*>. 
Aurélia Flavia, 78. 
AûprjXia SaôTva, 10. 
Aupi^Xtavcç ^ijXtÇ FlouSevriavcç , 

57. 
^A^poSiffioç, 75. 



B, V, OY ~ V 



A. Baebius, 79. 

L. Baebius Clcmens, 79. 

Valentiay 72. 

BaXépioç, 19. 

louX. OuaXépioç, 19. 

BaXsptoç ©eoSoToç, 19. 

BaXépioç *IcjŒTÏvoç, 19. 

OiaXéptoç 'louaxetvoç, 19. 

C. Valerius CasluSy 85. 

C Valerius Epagatho, 85. 

C. Valerius Filiscus, 106 i 2^. 

C. Valerius Af..., 89. 



L. Valerius Proclus, 65. 

OiaXepia, 11, 12. 

Valeria Pieris, 84. 

BeTôuç, 20. 

5ÛM5, 64, 90. 

Verecuudus^ 43. 

C. Annius Verus, 78. 

Btavwp, 63. 

Ftézû: fla/îwa, 76. 

Viclorinus^ 92. 

B{Çy3ç, 91. 

P. Tenacius Vindex, 106 «. 



r, G, C 



Castus, 85. 
CaurisiniuSj 68. 
PaToç, 63. 
Claudia Clemeniilla, 68. 



Claudia Gavilla^ 72, 
riA. Ctaudius ZoîcuSy 70. 
Clemens, 79. 



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NICOPOLIS AD rSTRUM 



89 



DemeiTia?iuSy 81 . 
Dentusîicu, 77. 

AfA. Û£$T£p, 52. 

Aip. Aivîaç, 88. 
ûic|Ar,0T;^, 16. 
Aur. Dizza, 69. 



JuL Dometia, 64. 
Domitius, 105 6 2° 
Domitia ValenUa, 72. 
Aopjaç, 17. 
r. 'AvT(ivio^ AwvaTOç, 40. 



C. Ka/. Epagatho, 85. 
'Epixf^, 20. 
Eptiporis, 90. 



^fjXîç, 56, 57. 
Phryyiilio^ 58. 
C. Fa/. Filiscm, 106 6 2«. 
Firmus, 84. 



EjavBpo<;, 20. 
EuavOi;, 75. 
*IoùA. E4tux^<<î, 33. 



F, 



^Xi6ioq *Aatav6ç, 20. 
.F/tzm'fl, 78. 
Plavia Pau la, 66. 
Fronto, 39. 



Zévwv, 48. 
ZiaixeTpaf 53. 



'HpaxXiavoç, 11, 19. 
Hermadion Prygillio, 58. 



BsaYivr^Ç, 50. 



Q. Caurisinius Ingenuus, 68. 
Ingenna, 84. 



Ztaùpaç, 60. 
Zoïcus, 70. 



H 



Herciilamis, 66. 



e 



6eo8oxoç, 19. 



I 



Inpetratus, 83. 

'loÙAlCÇ, 32. 



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90 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



'louXtôç Ejtu}riQç, 33. 

C. Julius Firmiis, 84. 

'loj\. 'lojXiavcç, 9, 32? 

r. Kopvi^Xioç 'Io'jMovoç, 12. 

c. Julius Marcianus, 106 A 2®. 

'loJXtoç OiaX£pio<;, 19. 



C. Julius Satuniinus, 13, et 

Addenda, p. 490. 
/(«//a Dometia, 64. 
M. *Iouvtoç Aouxtavoç, 7. 
'Ic'jjtTvoç, 19. 



KaX'.x.paTc{a, 16. 
Quintia, 83. 
KXaùîioç, 20. 
ArX. KXauÎÊSoç, 49. 
KXauBtoç Moviavsç, 61 . 
Ti/). Claudius Niger, 70. 



K, Qu 



T'.6. KXatuî'oç npt(r>t£Tvoç, 47. 
r/6. Claudius Zoicus, 70. 
r. KopVT^X'.^ç louXiavoç. 12. 
KopvTQXtoç IloXXfwv, 12. 
KopvYjXia» 12. 



Af. ilwr. Laeicus, 106 A 1°. 

Aôuxotç, 48. 



M. 'Ipûvisç Asuxtavcç, 7. 

Aouxioç, 54. 



M 



Magnus, 73, 74. 

Marcariia, 86. 

A/. /4n^ Marcellus, 80. 

ilfarcia, 73, 81, 84. 

Mapxetavoç, 16. 

C. 7w/. Marcianus, 106 A 2". 

Ajp. Mûtpxoç, 55. 

Marcus, 77. 

il/, ilf/r. Marcus, 106 A 3°. 

MartinuSy 58. 

Mariina, 58. 

Af. ilwr. Maximus, 67. 

MévOr)?, 18. 



IlouirXtoç ArXioç Mr^viavoc, 9. 

A/, ilwr. Metrodorus, 106 * 2«. 

C Minicius Aquila, 83. 

C. Minicius Inpetratus, 83. 

Minicia Quintia, 83. 

M^;f,c7a, 10. 

KX. Movxavoç, 61. 

P. Montanus, 76. 

MouxaÇevtç, 44. 

Mouxazoptç, 56. 

MouxaxpaXiç, 18. 

M. Aur, Mucianus, 69. 

Afuciana, 69. 



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Ni^r^, p. 490, n. 10. 
7*. Octavius Fronto, 39 



Paezusa^ 80. 

riapSaXaç, 20. 

FL Paula. 66. 

n£(aa)v, 59. 

Peironius, 86. 

F«/. P2>m. 84. 

noXXtcov, 12. 

Pompeius Magnus, 73, 74. 

Pompeia Marcia, 73. 



MCOPOLrS AD rSTRUM 

N 
Niger, 70. 

O 

A'jp- 'OvTr)a{(i)v. 16. 

n 

HoTcXiôç, 9, 46. 



91 



Ilôpxtoç, 20. 

ArX. ncTa[jio)v, 57. 

riôuSsvTtavoç, 57. 

Tt6. KXauBioç FIptcxsTvoç, 47. 

/.. Kfl/. Proclus, 65. 

Prygillio, 58. 

Pudentissirmis, 97. 



Respecta, 96. 
Rufina, 76. 



/Î2//'l/5, 66. 

Ruson,,., 94. 



Aup. SaôaaTiavoç, 10. 
Saôetvoç, 62, 88. 
SaÔtva, 10. 



Si/vantts, 77. 

Sippia Paezusa, 80. 

Sotericus, 13. 
Satuminus, 13, et Addenda, L. Spurenius Herctilanus, 66. 

p. 490. L. Spurewmis Rufus, 66. 

Scerulo, 77. SxpaTWv, 51. 

L. Petronitis Sentius, 86. Zi/. Aurelius Surus, 72. 

Af. Servilius Verecundus, 43. Swxpàxr^ç, 20. 
Severus, 77. 



KX. Aip. TeXsffipopoç, 31. 7iVz/.9, 13, et Addenda, p. 490. 

Tenacius, 106 «. Tupsaat)?, 88. 

Jf, ilwr, Timothem, 106 /> 2°, 



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92 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

u, or = u 

OjXwoç 'AxTctavoç, 75. Ulpia Marcia^ 84. 

OiXxta 'AypeiicxsTva, 7. 



Xp'jcr((i)v, 42. 

L. — Ethniques, 

'Ap..vai^Y)vcç, 18. NeixoxoAiTDç, 48; au pluriel' 
'ApatXvsç, 44, 45. passiîïi. 

AtiAepovéç, 42. Nicopolitaniis, 13, 85, 106 ^. 

Netxateuî, 48, 49, 63. 'Oxovr;v6ç ou 'OxoXr^voç, 40, 41. 

NeixciXTjoeu;, 12. 2xÊXevTr;vc^ 45. 

M. — rnéw.v. 

Remarques générales, p. 276 (premier article). 
^milia, 73. Papiria, 79. 

'AÔTjvatç, 21. .Ser^ia, 70. 

Kaxi-wXetvY;, 63. Ulpia, 106 * 3°. 

N. — Peuples et villes. 

AoupoTeXiç, p. 433, n« 31. Maxr,3ov{a, 15. 

^EXXvsç, 51. S/oéz:, 73. 

0. — Inscriptions latines. 

iNuméros 13, 14, 22 à 25, 37, 39, 43, 58, 64 à 74, 76 à 86, 89, 
90, 92 à 102, 106 «A. 

P. — Datf^^. 

ii« siècle : 1 à 6, 22 à 26, 34. 35, 63 à 66, 79, 106 h 2^ 
iii^^ siècle : 7 à 10, 29 à 33, 38, 39, 75, 106 b 3°. 
Consuls romains : Maximus et Paternus, 38. 

Aîitioc/iianus et Orfitus, 39, 



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NICOPOLIS AD ISTHUM 93 



X. — Addenda et Corrigenda. 

L'impression de ce travail en plusieurs articles séparés a été 
la cause de diverses inexactitudes, notamment dans les renvois 
aux numéros des textes publiés. 

Au lieu d'en rechercher le détail, il a paru plus simple d'indi- 
quer la cause initiale de l'erreur, qui a toujours été la même. Le 
nombre total des textes a été indiqué au début du chapitre VII 
comme étant de 102. Il est en réalité de 106, les textes rajoutés 
au Corpus primitif portant les numéros 27, 28, 105 et 106. Il en 
est résulté que les renvois faits dans les detix premiers articles 
au numérotage du troisième sont parfois faux lorsqu'ils se rap- 
portent à des numéros placés entre 27 et 102. On a essayé de 
corriger cette erreur matérielle partout où elle se trouvait; il est 
cependant des cas où elle pourrait subsister. On la rectifiera très 
facilement en ajoutant deux unités à tout numéro^ supérieur à 27 
et inférieur à 102, qui se trouverait ne pas correspondre à la men- 
tion qui en est faite. Par exemple, la famille des Pompeii Magni, 
citée à la note 1 du n° 16 comme mentionnée par les textes 71 
et 72, l'est en réalité par les textes 73 et 74. 

Une erreur plus grave s'est glissée dans le fac-similé de deux 
inscriptions : 

l*' Au n° 6, la cinquième ligne a été mal mise en page; elle 
se termine en réalité à droite au même niveau que les autres, 
et par conséquent les restitutions qui suivent doivent être pla- 
cées non pas à la fin de la I. 5, mais au début d'une 6° ligne. 

2^ Au n° 16, le texte ne forme que 3 lignes; la seconde doit 
s'ajouter à droite de la première. 

Voici enfin quelques additions ou modifications à intro- 
duire : 

I. — Dans le premier article : 

P. 262, note 3. — La lettre de Valérion à Aurélien est consi- 
dérée comme apocryphe par M. Homo (Essai sur le règne d*Au- 



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94 UEVLK AKCHÉOLOGIULE 

rélien, p. 33, note 2, ô). L'indication qu'elle contient ne perd 
cependant pas toute son importance pour le cas qui nous 
occupe. 
P. 276, note 4 : tribu AimUia, lire : n« 73, au lieu de n" 71. 

II. — Dans le second article : 

N° 4. — Restituer à la fin du texte les noms Ka{(7ap(cç) [T]{tcj 
[AtXbuj, dont il reste des traces visibles. 

N^ 6. — Dernière ligne du commentaire : ajouter à propos de 
la date de 198 : on Vy trouve en juillet {CIL, III, 14428). 

N° 9. — A la fin de la note 2, ajouter : Liebenam toutefois 
(n° 28) le cite comme légat en Thrace sous Elagabale. 

N^ 10. — Outre les références indiquées au début du troisième 
article, p. 429 note 2, il faut signaler un très médiocre essai de 
publication de ce texte par M. Diakovitch (Sbornik, 1904, p. 56) 
qui lit, à la 1. 4, I^IHN-C =Ntqvyj;, nom féminin dont la forme 
serait étrange. 

L. 3 de la transcription : accentuer Saôtva (au datif) au lieu 
de Sa6Tva. 

A la note 1 de la p. 423, lire 31 au lieu de 29. 

N^ 13. — Le Corpus, qui a publié récemment ce texte, fait 
remarquer qu'il faut lire, aux 1. 4-5. le nom de Gains Julius 
Saturninus, connu par d'autres textes comme conductor publici 
portorii{CIL, 111, 4720, 5079, 12363). Il en résulte qu'il faut 
restituer, à la 1. 5, d{ispensatoris) p{ublici) (portorii), et, à la 
1. 3, T{iti) lib{erti). 

Par contre, la restitution de la 1. 6 est encore plus douteuse : 
le Corpus ne Ta pas essayée. 

N" 14. — Peut être : ex hene[ficiario]. 

N® 16. — Commentaire de la 1. 1 . Ajouter : cf. Irenarcha. dans 
le Dict. des Antiq. — A la note 1, au lieu de 71, 72, lire : 
73, 74. 

N** 20. — Mauvais essai de publication par M. Diakovitch, art. 
cité, p. 51. 



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xNICOPOLlS Al) ISTHCM 95 

iV21, note I. — Après Eîprjlz, au lieu de la mention inédit^ 
lire '.(SborniA, 1901, p. 791, n. 103). 

Dans le texte explicatif du même n'', à propos de la çuXt; 
K3[ï?.xu)Xtvi^i, renvoyer au n^ 63 au lieu de 61. 

Georges Selre. 



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LE TOMBEAU 

DU 

CARDINAL FRANÇOIS DE LA ROCHEFOUCAULD 

(Planches XII bt Xlll) 

Parmi les personnages qui ont illustré l'abbaye de Sainte- 
Geneviève, le cardinal François de La Rochefoucauld est un des 
plus célèbres, sinon le plus célèbre. Né en 1558 et nommé 
d'abord, en 1585, à l'évêché de Clermont, puis, en 1610, à celui de 
Senlis, où il s'était fait remarquer par sa fermeté dans la ré- 
forme du chapitre de l'église cathédrale Saint- Vincent, le roi 
l'appela, en 1619, aux fonctions d'abbé de Sainte-Geneviève, 
position alors très délicate, car de graves désordres s'étaient 
produits parmi les religieux qui semblaient délaisser de plus en 
plus les intérêts spirituels. Le cardinal n'hésita pas à frapper 
un grand coup. A peine installé, il rédigea un nouveau règle- 
ment qui resserrait fortement la discipline, ce qui, cela va s'en 
dire, amena de vives résistances de la part des chanoines. 
Quelques années après, le pape Grégoire XV lui confia la mis- 
sion de réformer les ordres de Saint- Augustin, de Saint-Benoît, 
de Cluny et de Cîteaux. Sainte-Geneviève devint le chef de la 
Congrégation gallicane et joua, depuis cette époque, un rôle 
important dans les affaires politiques et religieuses de la France. 

François de La Rochefoucauld ne s'occupa pas seulement de 
réformer l'abbaye; il voulut aussi en être le bienfaiteur. Il 
s'empressa, dès le début de son abbatiat, d'offrir 600 volumes 
de sa bibliothèque particulière, pour enrichir les collections des 
chanoines qui avaient été très appauvries. Il fit d'autres dons 
dans la suite et mit tous ses soins à réparer et à décorer l'église. 
C'est ainsi qu'il embellit le jubé, fit élever sur le grand autel, 
d'après les dessins de l'architecte Lemercier, un magnifique 



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TOMBEAtJ DU CARDINAL FRANÇOIS DÉ LÀ ROCHEFOUCAULD Ot 

tabernacle, accompagné de deux châsses d'argent et de deux 
grands reliquaires, puis; derrière ce même autel, quatre co- 
lonnes de marbre, au sommet desquelles quatre figures soute- 
naient la châsse de sainte Geneviève. Enfin il répara Téglise 
souterraine. « Avant qu'il y fît travailler, nous dit un manus- 
crit du xvMi® siècle, elle ressembloit à un cachot tant elle étoit 
obscure et humide. C'est lui qui l'a fait percer de tous cotez, 
pour y donner du jour. II rétablit en même temps les voûtes^ 
orna cette chapelle des marbres les plus rares et la fit paver 
de même. Ce qu'il y a de curieux à y voir, ce sont les diflérens 
tombeaux qui y sont* et quatre colonnes de marbre qui sont 
très riches*... » 

Le cardinal mourut le 14 février 1G45, après avoir pris une 
grande part aux questions religieuses et politiques, comme 
grand aumônier de France et président du Conseil d'État'. 
Dans son testament du 17 août 1639, il déclare ce qui suit: « Nous 
voulons que nostre corps soit ouvert après nostre décez, attendu 
que les révérends Pères de la Compagnie de Jésus du Collège de 
Clermont, en cette ville de Paris, nous ayans demandé nostre 
cœur, nous tenons à bonheur que cette si sainte Compagnie aye 
cette marque, pour souvenance de mon âme en leurs prières et 
sacrifices. Mondit corps sera mis au sépulchre que nous avons 
fait faire en la chapelle basse du sépulchre de Sainte-Geneviefve, 
devant Tautel dédié à saint Jean-Baptiste*. » François de La 
Rochefoucauld fut en effet inhumé dans l'église souterraine. 

Une dizaine d'années plus tard, les religieux voulurent élever 
à sa mémoire-un monument digne de lui. Ils s'adressèrent à 
Philippe de Buyster, un des sculpteurs les plus réputés du temps, 

i. Entre autres, celui de sainte Geneviève. 

2. Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 687, fol. l v». 

3. Sur le cardinal de la Rochefoucauld, voir Kohier, Introduction au Catalo- 
gue des manuscrits de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, dans le Catalogue 
général,, .<,PhnSf 1893, p. xxxii-xxxvi ; Vie du cardinal de La Rochefowauld, par 
Desbois, son secrétaire (Bibl. Sainte-Genev., ms. 741}; de La Morinière, Les 
vertus du vray prélat ^ représentées en la vie de Mgr. le cardinal de La Rochefou- 
cauU, Paris, 1646, in-4*. 

4. Bibl. Sainte-Geneviève, mss. 483 (fol. 1) et 741 (fol. 68) (copies). 

1V« SÉRIE, T. XII. 7 



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98 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

et conclurent avec lui un marché, le 30 janvier 1656. Le docu- 
ment nous a été heureusement conservé '. Il est intitulé : « Devis 
des ouvrages de sculpture et architecture, de marbre et bronze, 
qu'il convient faire pour la construction de la sépulture de feu 
Monseigneur le cardinal de La Roche foucault, laquelle doibt 
estre posée dans V église de Sainte- Geîie vie fve, en la chapelle de 
sainct Jean, n En voici les principaux passages : 

« La statue et portrait de Mondict seigneur sera faict de 
marbre blanc de Carre*, d'une seule pièce de quatre pieds, neuf 
poulces, estant à genoulx, sur deux pieds trois poulces de lar- 
geur. 11 sera fait une aultre pièce de marbre, ung ange, qui tien- 
dra la queue de sa robe, qui fera six pieds, six poulces de lon- 
gueur ensemble, suivant le dessin, et ledict portrait sera le plus 
resemblant qui se pourra faire. Le tombeau sera fait de marbre 
noir,... lequel sera possé sur ung socle de lyais... » Le tout sera 
compris dans un enfoncement, en forme d'arcade. « Les jam- 
bages de l'arcade et l'arcade elle même seront faits de marbre 
jaspé de Dinan. Touz lesdictz ouvrages de sculpture et archi- 
tecture... seront faits, posez et mis en la place dans la cha- 
pelle soubs terre de sainct Jean... L'entrepreneur... rendra les 
ouvrages parfaits, au raport d'experts, suivant le desseing para- 
phé et suivant les modelles, qui seront approuvez dans le temps. » 
(( Fut présent, honnorable homme Philippesde Buyster, sculp- 
teur ordinaire du Roy, demeurant à Paris dans l'Hostel des 
Thuilleries... lequel a recognu et confessé avoir promis, faire 
et parfaire tous et chacuns les ouvrages de sculpture et archi- 
tecture, mentionnez et spécifiez au devis des aultres parts escript, 
suivant les desseings qui en ont esté faits en deux feuilles sépa- 
rées, qui ont esté paraphées des partyes, ce fait demeurées ès- 
mains dudict Buistier, qui a promis les rendre ausdictz sieurs 
relligieux, d'huy en ung mois prochain, et iceulx ouvrages 
rendre parfaits dans quatorze mois prochains, pour tout délay 

1. Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 745, fol. 104. Il a été publié par L. Quiche* 
rat, dans la Revue archéologique VI* année (1850), p. 684-686. 

2. Pour Carrare. 



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TOMBEAU DU CARDINAL FRANÇOIS DE LA ROCHEFOUCAULD 99 

et payne de tous despens, domages et intérest, ce marché pour 
et moyennant la somme de six mil livres... Ce fait et passé en 
iadicte abbaye Sainte-Geneviefve, après midy, le trantiesme 
janvier mil six cens cinquante six... » 

Suivant cet acte, le tombeau devait donc coûter 6.000 livres 
et être livré au bout de quatorze mois. Mais, comme il arriva sou- 
vent pour des monuments d'une certaine importance, le contrat 
ne fut pas observé rigoureusement. Voici en effet ce que nous 
apprend une note de Mercier de Saint-Léger, bibliothécaire de 
l'abbaye dans la seconde moitié du xviii® siècle: « Le mausolée 
du cardinal de La Rochefoucauld est de Philippe Buister, sculp- 
teur ordinaire du roi, et a été fait depuis IGîiO jusqu'en 1660, ou 
environ. Ce monument a coûté 7400 livres, savoir six mil livres, 
en vertu du marché fait avec Tartiste, le 30 janvier 1656, et 
quatorze cent livres, pour les augmentations faites audit mo- 
nument, non comprises dans le premier marché. Ce qui conste 
par la quittance finale du 29 janvier 1664, passée par devant 
notaires, dont j'ai vu une expédition *. » Nous verrons plus loin 
que les « augmentations » en question se réduisaient à peu de 
chose. Le retard dans la livraison devait être surtout occasionné 
par ce fait que Buyster avait entrepris beaucoup de travaux. 

D'après les extraits que nous avons donnés du marché con- 
clu en 1656, on a vu qu'il est question d'abord d'un « desseing 
paraphé, » puis de « desseings qui ont esté faits en deux feuilles 
séparées, qui ont esté paraphées des partyes ». Ce ou ces dessins 
n'accompagnent pas le document. On les croyait perdus, quand 
un hasard heureux m'a permis d'en retrouver un au Cabinet 
des Estampes'. 11 porte le cachet de la Bibliothèque Sainte- 
Geneviève et a dû ôtre incorporé aux collections de la Biblio- 
thèque Nationale, en même temps que les célèbres portraits au 
crayon des Génovéfains *. Exécuté à l'encre de Chine, avec 

1. Cette note est au bas de la pa^e 451 de V Histoire de f abbaye de Sainte- 
Geneviève^ par Du Molinet. (Ms. 610 de la Bibl. Saiole-Geneviève.) 

2. Recueil coté Pe 13. 

3. On sait que la Bibliolbèque Nationale fut auloriséei par un décret de 1860, 



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100 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

un lavis de noir et de jaune, il mesure 336 millimètres de lar- 
geur sur 315 de hauteur et a été exécuté, selon toute vraisem- 
blance, par l'artiste lui-même. Au dos on lit : « Paraffé, suivant 
le marché passé entre les parties, ce jour d'huy, trentiesme 
janvier mil six centz cinquante six, par devant les notaires 
soubzsignez. — Philippe de Buyster'. » 

On peut croire que l'œuvre fut exécutée telle qu'elle avait été 
conçue par le sculpteur en 1656. Nous allons voir qu'il 
y eut quelques modifications assez sensibles. Le tombeau 
existe encore en partie. Il est conservé dans la chapelle de 
rhospice d'Ivry, où bien peu de personnes vont le voir. La 
partie supérieure seule, c'est-à-dire les deux statues, appartient 
au monument primitif. Il faut alors, pour la comparaison que 
nous voulons faire, recourir à une gravure de Millin*. On 
remarquera d'abord que dans le dessin le cardinal est placé à 
gauche, au lieu d'être à droite, puis que c'est un ange qui tient 
le manteau, comme il est d'ailleurs stipulé dans le contrat, et 
non un enfant. Aux retombées de l'arcade, on voit en outre 
la partie inférieure du corps de deux figures vêtues d'une 
longue robe, détail qui a été laissé de côté dans la suite. Sur la 
gravure, il y a un socle à décoration d'entrelacs, que l'artiste 
n'avait pas prévu au début, et les armes du prélat sont placées 
au-dessus de l'arcade et non sur la partie antérieure du céno- 
taphe, où elles sont remplacées par les armes de l'abbaye, en- 
tourées d'une couronne de laurier. Telles sont les principales 
différences à signaler. 

La planche de Millin, qui donne le tombeau tel qu'il existait 
avant la Révolution, nous apprend que les deux statues, que 
nous étudierons dans un instant, reposaient sur un cénotaphe 



à prendre, dans certains dépôts publics de Paris, les estampes et dessins qui 
pouvaient compléter ses collections. Une telle mesure n*a rien qui puisse se 
justifier à notre avis. Dans le cas présent, on a séparé fort maladroitement un 
dessin d'un document qui raccompagnait. 

1. La signature du sculpteur est accompagnée de plusieurs paraphes. 

2. Antiquités nationales, tome V, abbaye de Sainte-Geneviève, n* LX, pi. III. 



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TOMBEAU DU CARDINAL FRANÇOIS DE LA ROCHEFOUCAULD 101 

de marbre noir, orné de feuilles d'acanthe dans la gorge et de 
godrons dans la partie convexe. Le socle à entrelacs était en 
marbre blanc veiné. Sur la partie antérieure était une grande 
plaque de marbre noir, encadrée de deux guirlandes de bronze, 
sur laquelle on avait gravé, en lettres d'or, l'inscription sui- 
vante* : 

eminentissimo s. r. b. cardinali 

francisco db la rochbfoucacld, 

antiqua et pkrillustri stirpb oriundo, 

dogtkina pibtate bt omni virtutum genere cbleberrimo, 

primum claromontano, deinde sylvanectensi episcopo, 

antiquae rel16i0kis et ecclesiasticae dlgnitatis acerrimo db- 

[fensori, 

rbrum et gonsiliorum publicorum in gallia quondam fraes(di 

[et ADMINISTRATORl INTEGERRIMQ, 

SUMMO GALLIARUM ELEEMOSINAHIO ET OPTIMO PAUPEBUM PARENTI, 

RELIGIOSORUM ORDINUM AMANTISSIMO PATRONO, 

REGULARIS CANONICORUM SANCTl AUGUSTINI UtSCIPLlNAE VINDiCI 

[ag RESTITUTOHI, 
nUJUS DOMUS ABBATl RELlGlOSISSlMO, 

AC MUNfFICKNTISSlMO BENEPACTORI, 

HOC SUPERSTITIS ET AETERNl AMORIS AC OBSERVANTIAE M0N1MËNTUM 

TRISTl RBLIGIONB MOBRENTES POSUERUNT 

ABBAS BT CANONIGI RBGULARES HUJUS ECCLESIAK. 

QIC TITULUM ABBATIAK, QUGM ANTE IPSUM NEMO NiSI ISTIUS DOMUS 

[OANONICUS POSSEOtRAT, 
HUTG ElDEM FAMILIAB RESTITUIT. 

08SA EJUS TN SUBTBRRANBO SPECU SACELLI INFBRIORIS JaCENT. 

OBUT ANNO D.MDGXLV, DIE FfiBRUARU XliU, AETATIS LXXXVU. 

Le tombeau du cardinal de La Rochefoucauld est souvent cité 
dans les histoires ou dans les descriptions de Paris du xvii® ou 
du XVIII® siècle, de Germain Brice*, de Le Maire', de l'abbé 

1. Voyez Piganiol de la Force, Descriff ion historique de la ville de Paris, 
1765, t. VI, p. 66-57; Millin, op. dt,, V, p. 67-68 ; Guilhermy, Inscriptions 
de la France (Coll. hoc. inéd.), 1. 1, p. 366. 

2. Nouvelle descripHon de la ville de Paris. Voyez la 8« édilioQ de 1725, 
t. II, p. 496-497. La !'• édition date de 1684. 

3. Paris ancien et nouveau, 1685, 1. 1, p. 212. 



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102 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Lebeuf *, de Piganiol de La Force", etc. Tous ces auteurs s'accor- 
dent à dire qu'il se trouvait dans une chapelle méridionale du 
chœur de Téglise haute, à côté de la sacristie. Millin nous dit 
que cette chapelle qui portait le vocable de Saint-Jean-Baptiste 
était du xvr siècle '. Or, dans le contrat de 1656, il est stipulé 
que le mausolée sera placé « dans la chapelle soiibs terre de 
sainct Jean. » Cela pourrait nous faire supposer qu'il y a eu 
transfert à un moment donné, antérieurement en tout cas à 
1684, date de la première édition de l'ouvrage de Piganiol 
de La Force. Mais si on considère que la construction du 
monument, qui avait environ 3"^, 50 de hauteur, a nécessité 
des travaux de maçonnerie assez importants dans le mur 
de l'église, on est amené à penser qu'il y a très vraisembla- 
blement une erreur dans le document*. Il est difficile, en outre, 
de croire que les religieux aient eu d'abord l'intention de 
mettre une œuvre aussi considérable dans une chapelle souter- 
raine. Le rédacteur de l'acte a donc dû faire une confusion. 

Pendant la Révolution, après que l'abbaye de Sainte-Gene- 
viève eut été bouleversée et en partie détruite, le tombeau fut 
transporté, en 1792, au Musée des monuments français*. Dans la 
première édition de son catalogue, publiée en 1793, Lenoir l'in- 
dique sous le n° 181 et ajoute qu'il « porte sur une table de 
marbre noir, provenant des Célestins ». Donc, depuis cette date, 
la partie inférieure avait disparu. Ce ne fut qu'au commence- 
ment de l'année 1805 qu'on s'occupa de le restaurer tel qu'on 
le voit maintenant. 11 fut alors dépensé 1.824 francs « pour les 
frais de restauration et de mise en place du mausolée du cardi- 



1. Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, (Édit. de CochAris, 1884, 
l. II, p. 584). 

2. Description historique de la ville de Paria, 1765, t. VI, p. Ô6. 

3. Antiquités nationales, t. V, p. 67. 

4. Il y avait une chapelle Saint-Jean dans Tégli se souterraine, d'où peut-être 
la confusion avec celle de féglise haute. 

5. Voyez, Archives du Musée des monuments français. Papiers d'Alexandre 
Lenoir, publ. dans l'Inventaire général des richesses d'art de la France^ L II, 
p. 35; Courajod, Alexandre Lenoir, son journal, Paris, 1878-1887, t. I, p. 12. 



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TOMBEAU DU CARDINAL FRANÇOIS DE LA ROCHEFOUCAULD 103 

nal de La Rochefoucauld et du sarcophage de Dagobert* ». 
Lenoir prit, pour surélever les deux statues, différents débris de 
monuments (bas-relief en marbre, consoles en pierres, etc.) qui 
étaient restés inutilisés '. 

En exécution du décret du 18 décembre 1816, qui ordonnait 
la dispersion du Musée des Petits-Augustins, le tombeau, après 
avoir été tout d'abord destiné à Téglise Saint-Étienne du Mont*, 
fut transporté en 1821 ^ dans la chapelle de Thospice des Incu- 
rables (aujourd'hui l'hôpital Laënnec), rue de Sèvres, en raison, 
sans doute, de ce que le cardinal avait été, avec François Goulet 
de Châtillon, le fondateur de cet établissement'. Enfin il subit 
un dernier déplacement en 1873 et fut placé dans la chapelle 
de l'hospice d'Ivry, où il est actuellement \ 

Il me reste maintenant à décrire le monument, tel qu'il se 
présente aujourd'hui. Le cardinal est agenouillé, de profil, à 
droite, les mains jointes, vêtu d'une longue robe ou aube, garnie 
de dentelle, et d'un long manteau qui laisse voir une pèle- 
rine de fourrure, sur laquelle est passé le cordon du Saint-Esprit. 
Il est coiffé d'une calotte et sous ses genoux est un coussin, orné 
de dentelle et de glands. Derrière lui, au second plan, on voit 
un livre sur lequel est posée sa barrette \ La queue de son man- 
teau est portée par un enfant, agenouillé de face, vêtu d'une 
étoffe légère, retenue sur le devant par une agrafe et qui laisse 



1. Areh. du Mtisée „y t. I, p. 324. Voyez aussi une lettre de Denon à Lenoir, 
du 31 janvier 1805, dans laquelle il est question d'une dépense de 847 francs 
pour la restauration du tombeau du cardinal. {Ibid., t. III, p. 89-90.) 

2. Voyez la reproduction qu'il donne dans son àlitëée des monuments français, 
t. V (1806), n» 178, pi. 180. 

3. Cf. Courajod, op. cit , t. I. p. 93 et Arch, du Musée.,,, t. III, p. 267 et :^07. 

4. Et non en 1817, comme le dit Albert Lenoir, Statistique monumentale de 
Paris, Paris, 1867, in-4% p. 69. 

5. L'acte de fondation date de 1634. Les bâtiments furent édifiés de 1635 à 
1649 par l'architecte Gamard. 

6. Les Incurables de la rue de Sèvres, qui n'étaient plus que des femmes 
depuis 1801, furent transportés, en 1869, à Ivry. 

7. On remarqua que dans le contrat de 1656 il n'est question ni du livre ni 
de la barrette. Dans la gravure de Millin on ne les voit pas. Serait-ce une 
addition de Lenoir ? C'est fort possible* 



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104 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

une partie de la poitrine et les bras nus. Ces deux statues sont 
placées sur un cénotaphe de marbre noir, sur lequel ont été 
appliqués deux mascarons de bronze et qui est supporté par deux 
consoles en pierre, décorées de feuilles de vigne. Entre ces 
consoles est un mémento mori, en marbre blanc, représentant 
une tête de mort, avec une couronne de laurier et des ailes, 
entourée des emblèmes des différentes classes de la société 
(couronnes, tiare, mitre, sceptre, main de justice, bénitier, 
cloche, chandeliers, pelle, etc.). Le tout repose sur un sou- 
bassement en pierre, orné de deux autres mascarons et de guir- 
landes de fruits en bronze; on y lit, en lettres d'or, « François 
de La Rochefoucauld, mort en 1645 ». Sur le mur de la chapelle 
a été apposée l'inscription qui était primitivement sur la partie 
antérieure du cénotaphe et qui a été donnée ci-dessus. Le tout 
se détache sur un fond de marbre noir *. 

Il me faut dire maintenant quelques mots sur la valeur de 
l'œuvre de Buyster. Ce qui est assez particulier, c'est la pré- 
sence de cet enfant caudataire. Saint-Foix, au xviir® siècle, 
s'était empressé de dire : « Je suis étonné que l'extravagante 
imagination qui a créé ce page, au lieu de le laisser à demi-nud, 
ne lui ait pas donné la livrée* ». Et de fait cette figure est un 
peu choquante, à côté de l'effigie grave et majestueuse du prélat. 
Ce n'est pas en somme une idée très heureuse. Plusieurs 
auteurs nous racontent qu'on avait dit, à ce sujet, bien des 
choses peu flatteuses sur l'orgueil du défunt*. Quant au reste 
du monument, le jugement de Millin est assez exact. « Il n'y 
avait rien d'ingénieux dans la composition et même le tombeau 
était d'une mauvaise forme; mais la figure du cardinal était 

1. Voici les dimensions principales du monument. Le cardinal al",45 de hau- 
teur, l'enfant Om,89 et le cénotaphe 2>o,10, dam sa plus grande largeur. La hau- 
teur, depuis le sol jusqu'au sommet du cénotaphe, est de 2°>,30 environ. 

2. Essais historiques sur Paris, Paris, 1759, in-8», t. I, p. 167. 

3. Il y a dans le recueil Pe 13 du Cabinet des Estampes le dessin du tom- 
beau d*un cardinal, accompagné d*un page qui porte sur l'épaule la queue 
de son manteau ; c'est, comme on voit, la môme idée. Je n*aî pu savoir le nom 
du personnage, à la mémoire duquel avait été élevé le monument. 



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TOMBEAU DU CARDINAL FRANÇOIS DE LA ROCHEFOUCAULD 105 

bien exécutée et d'un dessin correct. On remarquait surtout les 
draperies, dont les plis larges et bien jetés imitaient parfaite- 
ment la nature' ». Il est certain que la forme du cénotaphe ne 
devait pas être très élégante. Quant à la statue du cardinal, on 
peut dire que c'est une des meilleures sculptures du xvii* siècle. 
La tête ne manque pas d'expression et la pose générale du corps 
est bonne. 

D'ailleurs ce tombeau était considéré, au xyiii® siècle, comme 
une des œuvres les plus remarquables de Buyster. Je n'ai pas 
rintention de faire ici une étude sur cet artiste qui, je crois, 
mériterait une monographie détaillée*. Je rappellerai seulement 
que, né à Anvers, vers 1595, il travailla beaucoup à Paris pour 
les églises et les couvents, au Val de Grâce et au Louvre, ainsi 
qu'à Versailles. En 1632 il obtint le titre de sculpteur ordinaire 
du roi et un brevet de logement aux Tuileries. 11 fut élu membre 
de l'Académie en 1648. En province il exécuta plusieurs monu- 
ments funéraires qui nous restent encore en partie; c'est ainsi 
qu'on lui doit les statues des Laubespine, à la cathédrale de 
Bourges', et celle de l'évêquede Rueil, à la cathédrale d'Angers. 
On peut en rapprocher l'effigie de Marguerite de Crèvecœur, 
conservée au Musée du Louvre et provenant de Saint-Ger- 
main l'Auxerrois. Philippe Buyster, qui fut extrêmement 
employé, semble peut-être se distinguer de ses contemporains 
par un certain sentiment de réalisme et sa sculpture, qui nous 
paraît sans doute un peu froide, comme toute celle de son 
époque, n'est cependant pas sans mérite. 

i. Antiq, Nat., t. V, p. 67. 

2. Cf. Stanislas Lami, Dictionnaire des sculpteurs de l'école française, Paris, 
18d8, gr. iQ-8«, p. 101-103 ; Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des mem- 
bres de C Académie royale de peinture et de sculpture, publ. par L. Dussieux, 
E. Soulié.. Paris, 1854, in-8% t. I, p. 280 et suiv. 

3. Voy. P. Gauchery, Les statues et les mausolées des familles de Laubes^ 
pine et de La Grange- Montigny, à la cathédrale de Bourges, dans les Mémoires 
de la Société des Antiquaires du Centre, 1903, t. XXVII, p. 370-382. C'est 
M. Qauchery, qui le premier, 8*est aperçu qu*ii y avait une inscription au revers 
du dessin du tombeau du cardinal de La Rochefoucauld et qui fit découper la 
feuille sur laquelle il était collé. 



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106 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Avant de terminer, je dois signaler qu'il a existé deux bustes 
du cardinal de La Rochefoucauld. Le premier, autrefois à Thos- 
pice des Incurables et cité par plusieurs auteurs du xvii® et du 
XVIII® siècle, était en marbre et dû justement au ciseau de 
Buyster. Il a très probablement disparu. Toutefois la biblio- 
thèque Sainte-Geneviève possède un autre buste en plâtre qui 
pourrait bien en être un moulage *. Si on le compare en effet à 
la statue du tombeau d'Ivry, on remarque, dans la facture géné- 
rale, dans le modelé de la tête, une ressemblance assez évidente. 
Le prélat, coiffé d'une calotte, est vêtu d'une pèlerine à capuchon, 
avec le cordon du Saint-Esprit. Le vêtement est le même que celui 
qu'il porte sur les portraits gravés par Lasne et Huret, sauf que 
dans ceux-ci la calotte est remplacée par le chapeau de cardinal. 

Le second buste avait été exécuté par Didier Humbelot*, comme 
nous l'apprend une pièce de poésie, composée par son frère, 
Charles, et intitulée : « Sur le pourtrait de Monseigneur Témi- 
nentissime François cardinal de La Rochefoucauld, fait en 
bosse et en basse taille par feu Didier Humbelot, sculpteur et 
peintre* ». Ce même artiste avait sculpté des figures d'évangé- 
listes et d'anges pour le tabernacle de l'église de Sainte-Gene- 
viève, ainsi qu'un Ecce Homo *. Je ne crois pas que le buste en 
plâtre de la bibliothèque Sainte-Geneviève soit un moulage de 
celui de Didier Humbelot. Comme je l'ai dit à l'instant, il 
rappelle le style de Buyster et doit être rattaché à l'œuvre de 
notre sculpteur, qui fut en somme assez réputé et dont il serait 
intéressant de retracer en détail l'activité artistique. 

A. BOINET. 

1. Le Maire, op. cit , t. III, p. 171 ; G. Brice, op. cit., 8' édil., 1725, t. III, 
p. 414; Piganiol de la Force, t. VII, p. 410. Le buste se trouvait dans une 
salle d'hommes, à côté de celui de Pierre Camus, évéque de Belley, œuvre éga- 
lement de Buyster. Voy. aussi un Mémorial historique sur Vkâpital des Incu- 
rables, par Maillet, conservé aux Archives de TAssistance publique (p. 18). 

2. 11 figurait à Sainte-Geneviève avant la Révolution, d'après le procès-verbal 
de visite de Tabbaye, dressé en 1790 (Arch. Nat., S, 1540, fol. 76.) U y en a 
un surmoulage au Musée du Louvre. 

3. Voy. le recueil Y, in-4«, 415, pièce 5, de la Bibliothèque Sainte-Gene- 
viève. 

4. Ibid,, pièce 4. 



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SCULPTURES INÉDITES OU PEU CONNUES 



I. — Statuette d'Héraklès assis. 

M. Joseph Offord m'a obligeamment envoyé une photogra- 
phie de cette statuette de marbre, qui était dans le commerce à 
Londres en 1907 et que j'y ai vue en juillet 1908. Sa hauteur 
est de 20 pouces 1/2 (cinquante-deux centimètres). Les restau- 
rations sont importantes : elles comprennent la tête, le bras 
droit, la jambe gauche et la partie inférieure du bras gauche 
avec la main. Toutefois, la massue, la peau de lion et la pose ne 
laissent aucune incertitude sur le motif ; c'est bien un Héraklès 
assis, à joindre à ceux que j'ai réunis dans les trois volumes 
publiés de mon Répertoire (t. I, p. 466, 469, 474, 475, 477 ; t. II, 
p. 227-229; t. III, p. 73, 248-249) et à THéraklès colossal de 
Lysippe, transporté autrefois de Tarente à Constantinople, dont 
Furtwaengler a reconnu la silhouette sur un coffret byzantin 
en ivoire de Xanten*. Parmi les statues d'Héraklès assis qu'a 
reproduites Clarac, il en est une, autrefois chez le restaurateur 
Cavaceppi, qui paraît identique à celle qui nous occupe, avec 
cette différence que, dans la statue Cavaceppi, Cerbère est placé 
à droite d'Héraklès (Clarac, I, p. 469 R.). Le texte de Clarac in- 
dique seulement, d'après Cavaceppi, que ce monument est en 
Angleterre, mais il n'en donne pas les dimensions {Musée, t.V, 
p. 20). Il ajoute, d'ailleurs, non sans perspicacité: « A droite 
est Cerbère ; ce pourrait bien être une addition de Cavaceppi. » 
On sait que Cavaceppi a publié à Rome, de 1768 à 1772, trois 

4. A. Furtwaengler, Der Herakles des Lysipp, dans les Bay, Sitztingshe^ 
richle, 1902, IV, p. 4^5 et suiv. 



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108 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

luxueux volumes in-folio contenant les gravures de 74 statues 
restaurées par lui et dont 29 étaient destinées à l'Angleterre, 
20 à la Prusse. « C'était, dit Clarac {Musée, t. III, p. 306), un 
fort adroit, mais terrible restaurateur. » Le groupe d'Héraklès 
avec Cerbère est reproduit sur la planche XLI du tome I®'. Clarac 



Fig. 1. - statuette d*Héraklë8. 

s'étonnait de ne retrouver, à Berlin et dans les collections an- 
glaises, que très peu de statues gravées par Cavaceppi ; il soup- 
çonnait que la plupart avaient dû être détournées de leur desti- 
nation, ou qu'elles avaient subi, vers la fin du xviii® siècle, de 
nouvelles restaurations qui les rendaient méconnaissables. La 
comparaison de la photographie que nous publions avec le 



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SCULPTURES INÉDITES OU PEU CONNUES 109 

dessin du Musée de Clarac d'après Cavaceppi semble 'démontrer 
que le Cerbère, ajouté par le restaurateur italien, a été enlevé 
parla suite et que nous pouvons augmenter d*une unité la liste 



Fig. i. — statuette de jeune pôcbear. 

des statues de Cavaceppi qui ont été retrouvées et identifiées 
depuis Clarac. 

II. — Statuette d'enfant endormi. 
En même temps que la photographie de THéraklès assis, j'ai 



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no REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

reçu de M. OlTord celle d'un enfant endormi, appartenant au 
même antiquaire de Londres (haut., 0,74). La tête est an- 
tique, avec quelques rapiéçages au chaperon ; le pied gauche, 
le bas de la jambe droite et le bras droit sont modernes. L'en- 
semble est très gracieux et d'un bon style. Des statues d'en- 
fants ou d'Eros endormis dans la même attitude se voient 
dans mon Répertoire, t. I, p. 354, 435, 445, 539; t. III, p. 264. 
Il existe une statuette analogue dans la collection du duc de 
Wellington, à Apsley House; j'en ai prife autrefois un croquis 
sommaire, mais n'ai pu encore en obtenir de photographie. 
L'exemplaire qui ressemble le plus à celui que je publie est au 
Vatican (Clarac, I, p. 539 R.) ; on en trouvera une photogra- 
phie sur la planche LI du grand catalogue de ce Musée par 
M. Amelung. Le texte le décrit sous ce titre : Statuette d'un 
petit pêcheur endormi {L I, p. 499, n« 287) ; il est certain, en 
effet, qu'il s'agit d'un pêcheur coiffé d'un chapeau rond, vêtu de 
Vexomis et ayant à côté de lui un petit seau contenant les pois- 
sons qu'il a pris*. M. Amelung pense que l'original de cette 
jolie figure appartient au début de l'école hellénistique ; il en 
signaledesrépliques, encore inédites, à Boston, à la villa Albani 
et au musée des Thermes à Rome. Celle du Vatican a 0",65 
de haut. La réplique publiée ici a appartenu pendant de longues 
années à Sir Charles Robinson et a été vendue par M. Newton 
Robinson, un des secrétaires honoraires du Burlington Club, 
à l'antiquaire qui la possédait en 1907. 



III. — Statuette d'Héraklès debout 

J'ai publié récemment, dans la Revue des Études grecques 
(1907, p. 399 et suiv.), un beau vase antique que j'avais vu 
autrefois à Londres, dans la collection de M. W. Rome, expo- 

1. Dans la statuette de Londres, le vase ou seau, eontenant cinq poissons, 
est suspendu à une anse tressée, passée autour du bras gauche de Tenfant. 



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SCULPTURES INÉDITES OU PEU CONNUES IH 

sée temporairement au Guildhall. D'autres objets de cette col- 
lection, comprenant des antiquités grecques et égyptiennes, 
ont figuré à l'exposition d'art grec organisée par le Burlington 
Club en 1903. M. Rome étant décédé en 1907, la vente de ses 
antiquités a eu lieu à Londres, au mois de décembre de la 
même année ; comme il arrive très souvent en Angleterre, cette 
vente (dont je n'ai pas vu le catalogue) n'avait été l'objet d'au- 
cune publicité sur le continent et je n'en ai entendu parler que 
plusieurs mois après, alors que le beau vase, vendu à bas prix, 
était déjà loin. J'ignore le nom du présent possesseur de cet objet 
et je ne sais pas davantage à qui appartient l'admirable statuette 
d'Héraraklès en bronze (fig. 3), dont je dois une photographiée 
M. Oflord*. Quand M. Offord en a obtenu une reproduction, elle 
appartenait aux mêmes antiquaires de Londres que les sta- 
tuettes de marbre publiées plus haut (MM. Spink,de Piccadilly). 
M. Paul Arndt, à qui j'ai communiqué une épreuve de la simili- 
gravure, m'écrit que cette œuvre exquise (ou une autre très 
semblable) a été offerte à l'Antiquarium de Munich, qui man- 
quait d'argent, puis à des amateurs de Vienne, où elle aurait 
trouvé acquéreur. Peut-être la présente publication aura-t-elle 
pour résultat de faire connaître le détenteur de ce petit chef- 
d'œuvre. J'ajoute, sans en deviner le motif, que ni le vase 
attique publié par moi, ni l'Héraklès que je publie aujourd'hui 
n'ont figuré parmi les objets prêtés par M. Rome à l'exposition 
du Burlington Club, dont nous devons un beau catalogue illus- 
tré, malheureusement fort rare, à M"® Eugénie Strong. 

L'Héraklès de l'ancienne collection Rome a environ 25 cen- 
timètres de haut (9 pouces 1/2) ; il est intact, sauf les doigts de la 
main gauche, et recouvert d'une excellente patine. Le héros est 
représenté debout, la main droite posée sur la hanche, le bras 
gauche légèrement avancé. La main gauche tenait probablement 
la massue, appuyée sur l'épaule*. Sur le bras gauche est passée 

i. Vendue 1.950 francs, le 18 décembre 1907, chez Christie. 

2. Comparez rHér&kiès jeune de la colieclion P&mphili, Rép.^ I, p. 462. 



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112 hÉVÙE ARCHÉOLOGIQUE 

rextrémilé de la dépouille du lion de Némée, dont la tête couvre 
les cheveux d'Héraklès et dont les pattes sont nouées en haut de 
sa poitrine. La feuille de vigne est naturellement une addition 
moderne; on m'a assuré qu'elle avait été ajoutée en plaire 
aussitôt après la vente, c'est-à-dire en décembre 1907. 

Qu'il soit sorti d'un atelier étrusque ou d'un atelier grec, ce 
bronze est certainement la copie d'une œuvre hellénique impor- 
tante dont nous pouvons, avec quelque vraisemblance, désigner 
l'auteur. La forme du visage, le développement du menton et 
des maxillaires, surtout le dessin des yeux, très ouverts et enca- 
drés de paupières saillantes, suffiraient à suggérer le nom de 
Polyclète, alors même que le modelé du corps et la pose athlé- 
tique ne viendraient confirmer et préciser cette impression. Il 
suffit de comparer la tête à celle du Doryphore de Naples* pour 
que l'attribution de l'original à Polyclète soit presque évidente. 
Le Louvre possède un joli buste quelque peu retravaillé qui est 
généralement connu sous le nom d'Ioie ou d*Omphale* et dont 
la tête, coiffée de la peau de lion, ressemble beaucoup à celle-ci. 
M. Sieveking avait émis l'hypothèse que YOmphale du Louvre 
est un Héraklès juvénile, transformé en femme par de mala- 
droites retouches' ; j'ai eu tort de repousser cette idée, qui me 
semble aujourd'hui très vraisemblable, d'autant plus que j avais 
déjà reconnu, dans la prétendue Omphale, l'influence du canon 
facial de Polyclète. Cet artiste était l'auteur d'une, statue d'Hé- 
raklès juvénile que l'on voyait à Rome au temps de Pline*. 
Je ne crois pas que Botho Graef et Furtwaengler aient eu rai- 



1. S. Reinach, Recueil de têtes antiques, pi. 46. 

2. Ibid., pi. i93. 

3. Sieveking, art. Omphale du Lexihon de Roscher, p. 892. Les restaurations 
n*ont rien ajouté qui puisse faire présumer le sexe de cette figure (buste). 

4. Pline, Hist. NaL, XXXIV, 56; cf. Furtwaengler, art. Herakles dans le 
Lexikon de Roscher, p. 2156-7 et Masterpieces, p. 236, note 1. Il n'est nulle- 
ment certain que cet Hercule soit identique à celui que mentionne Cicéron (De 
Orat.f II, 16, 70). On a compris que Cicéron, dans ce passage, parlait d'un 
Hercule de Polyclète tuant Thydre (par ex. Gollignon, Hist, de la Sculpture 
grecque, t. I, p. 502) ; mais Cicéron parle simplement de la peau de lion ou 



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SCULPTURES INÉDITES OU PEU CONNUES 113 



Fig. 3. — Héraklëfl de bronze (ancienne collection W. Rome). 
ly sÉ^iE^ T. xn. 8 



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114 HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

son de rapporter à celte statue les deux bustes présumés 
d'Hercule (tête nue) que Ton conserve à Naples et à Broad- 
lands, bien que le caractère polyclétéen en soit incontestable ; 
d'ailleurs, on ne connaît pas de réplique de cette tête sur une 
statue. Furtwaengler attribuait aussi à l'école de Phidias ou de 
Calamis une tête d'Héraklès du musée de Berlin ' qui est plutôt, 
à mon avis, une réplique libre de l'Héraklès jeune de Poly- 
clète dont la statuette de l'ancienne collection Rome reproduit 
l'ensemble. Enfin, M. Arthur Mahler paraît avoir eu raison de 
reconnaître une imitation scopasienne d'un moUf de Polyclète 
dans le bel Héraklès juvénile de la glyptothèque de Ny-Carlsberg 
à Copenhague' ; le type polyclétéen que suppose cette statue est 
bien celui que le petit bronze de Londres nous laisse entrevoir. 
On connaît des statues d'Héraklès jeune avec la dépouille du 
lion nouée sur la poitrine* et d'autres images de ce dieu, jeune 
ou barbu, avec la main droite posée sur la hanche *, ou avec la 
massue reposant sur l'épaule gauche ^ Ce sont là les éléments, 
si l'on peut dire, de notre bronze ; mais je ne puis citer une 
seconde figure où ils soient réunis de la même façon. Peut-être 
en existe-t-il dans les musées, défigurées par des restaurations, 
comme la statue Borghèse, représentant Héraklès juvénile, ou 
Furtwaengler voyait un motif créé dans l'école de Phidias». La 
certitude où l'on est que Polyclète a représenté plusieurs fois 
Héraklès jeune ', joint au caractère si évidemment polyclétéen 
de notre bronze, suffit, je crois, à justifier la conclusion que 

de la peau de Thydre comme d'attributs possibles d'une statue d*Hercule (cf. 
Sénèque, Herc. furens, v. 45, 46). Un torse polyclétéen d'Héraklès tenant Thydre 
de la main gauche est à Wursbourg (Bép., Il, p. 238, 6); faut-il songera 
donner le même attribut à notre statuette ? 

1. Masterpieces, p. 83, fig. 32. 

2. A. Mahler, PolykUt. p. 143. fig. 46; cf. Répertoire, t. II, p. 222, 9. 

3. Par exemple, Rép,, I, p. 470; II, p. 222. 

4. ftep., Il, p. 209, 210, 211. 

5. Rép., i, p. 462; II, p. 216, 217 et suiv. ; Furtwaengler, Masterpieces, fig. 
297. 

6. Rép, II, p. 209, 8 ; Furtwaengler, Masterpieces, p. 298, n. 2; Arndt, E. V., 
n«485. 

7. Un Héraklès de Polyclète doit être juvénile, puisqu'il n'avait fait que des 



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SCULPTURES INÉDITES OU PEU CONNUES 1 15 

j'en tire, dans l'attente que d'autres découvertes viennent la 
confirmer. 



IV. — Guerrier de Celeia. 

Une des plus importantes parmi les statues déjà publiées qui 
manquent aux trois premiers volumes de mon Répertoire et qui 
trouveront place dans le quatrième que je prépare, est l'image 
colossale d'un guerrier découverte, vers 1840, dans le lit de la 
Voglena devant Cilli (Celeia en Norique). M. Conze en a publié 
une gravure exacte, bien qu'un peu flattée, dans les Denkschrif- 
ten de l'Académie de Vienne (Sciences historiques, 1877-78, 
t. XXVI-XXVII, pi. XII) «. La statue, en marbre blanc à gros 
grains de Rutschach, a 1",74 de haut; la base mesure 0",60 de 
largeur. L'épée était taillée dans un morceau de marbre distinct; 
il en reste seulement le point d'attache sur la hanche gauche. Le 
nez a été restauré, la tête rajustée et le costume nettoyé et gratté 
pour le débarrasser d'une couche de cirage noir (!) dont on 
l'avait malencontreusement recouverte. Pendant trois ans ou 
plus, exposé en plein air près du cimetière, le « guerrier no- 
rique » a servi de cible aux gamins de Cilli ; depuis 1843, il est 
à l'abri et en sûreté, non sans garder les cicatrices de ses bles- 
sures. Les similigravures que nous en publions ont été exé- 
cutées d'après des photographies faites à la demande de M. la 
professeur Bienkowski, auteur de recherches bien connues 
sur la représentation des barbares dans l'art antique; je le 
remercie de la libéralité dont il a fait preuve en m'abandonnant 
l'usage de ses clichés. 

L'intérêt de cette sculpture tient au mélange qu'elle nous offre 

flUtues imberbes (Quintilien). Je note encore la fréquence des petites copies en 
bronze d'après Polyclète, même dans la Gaule romaine (par exemple la 
grande statuette des Fins d*Annecy au Musée Dutuit). 

1. Cet article est la seconde partie du mémoire intitulé : Rômisehe Bildwerke 
einheimichen Pundortes inOesterreieh. 11 en existedes tirages à part. — M. Stud- 
niczka a mentionné la statue de Cilli {ganz spàte Provinzialkunst) dans sa dis- 
sertation Tropaeum Trajani, Leipzig, 1904, p. 110. 



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116 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

d'éléments gréco-romains et d'éléments barbares. Le personnage 
représenté devait être pourvu d'un haut grade dans Farmée ro- 
maine. Il porte le cingulum, passé de biais sur la cuirasse, la 
iorica, le balteus, le paltuiamentum, les caligae. De la main 
gauche, il tenait une lance, dont on aperçoit des traces sur la 
base. Le geste de la main droite est celui du chef haranguant ses 
troupes". Les moustaches et les sourcils très épais caractérisent 
le barbare — gaulois, germain, pannonien ou dace — passé au 
service de Rome et parvenu au sommet de la hiérarchie mili- 
taire, comme un Arbogast ou un Stilicon. Ce n'est, d'ail- 
leurs, ni Stilicon, ni Arbogast, car le travail de ce marbre n'est 
pas postérieur au début du iv® siècle ; on peut en rapprocher, 
comme l'a fait M. Conze, la statue cuirassée de Constantin qui 
s'élève encore sur la place du Capitole à Rome (Rép., t. I, 
p. 604, 6, R.) Il est presque superflu de rappeler que l'Empire 
romain, dès les premiers temps, prit à son service des Barbares, 
Frison, Bataves, Ubiens, Caninéfates*, dont les chefs furent de 
plus en plus considérés et puissants jusqu'au jour où quelques- 
uns d'entre eux, plus heureux ou plus hardis, prétendirent 
annuler à leur profit l'autorité des empereurs d'Occident'. Le 
guerrier de Cilli est peut-être un de ces précurseurs des roite- 
lets germaniques du v^ siècle. 

Le faisceau d'objets longs et plats, figurés debout sur la base 
à gauche de la figure, embarrassait M. Conze en 1877. Il s'agit 
certainement de documents écrits, liés en faisceaux, comme on 
en trouve représentés souvent au pied des statues gréco- 
romaines en toge, mais non pas, que je sache, au pied des sta- 
tues clypeatae. Une statue en toge de l'ancienne collection 
Mattei,àRome, surmontée d'une tête moderne de Néron, a pour 
attribut un faisceau tout semblable (Rép., 1. 1, p. 579,3, R.)'. 



1. a. Apulée, Meiam., II, 21. 

2. Fustel de Coulaoges, V Empire romaifiy 2« éd., t. I, p. 389. 

3. Ibid.f p. 422 et suiv. 

4. Celte statue u'a été retrouvée ni par Matz et Dubn, ni par BeroouUi ; cf. 
la Rdmisdie Ikonographie de ce dernier, t. Il, p. 394. 



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SCULPTURES INÉDITES OU PEU" CONNUES H7 



Fig. 4, — Guerrier de QUi. 



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118 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

« Scrinium de forme particulière », écrivait à ce propos 
Clarac (Mtfsée, t. V, p. 223) ; cette expression est sans doute 
un peu vague, mais je ne vois guère moyen de la préciser*. 
M. le professeur Birt, de Marburg, n'ayant pas mentionné la 
statue de Cilli dans son ouvrage récent Die Buchrotle, je lui ai 
écrit pour la lui signaler. Voici la traduction de la réponse 
qu'il a bien voulu me faire : 

« On est bien obligé de reconnaître un faisceau de rouleaux dans rattribut 
placé près de la jambe du guerrier, quoique la forme anguleuse des rouleaux 
soit singulière, quoique la hauteur de ces fasces^ qui atteint le genou, ne le 
soit pas moins, enfin quoiqu'il soit difficile d'expliquer Tobjet qui les surmonte. 
Je ne vois pas à quoi aurait pu servir un faisceau de planchettes ; les rou- 
leaux étaient les seuls documents que Ton transportât ainsi avec soi. De ces 
rouleaux plats ou anguleux je rapprocherais ceux de la figure de Statilius 
Aper (fig. 144 b de mon livre); j'ai aussi fait observer (p. 253) que les rou- 
leaux et les capsae s^élèvent parfois jusqu'à hauteur du genou. Les rouleaux 
peuvent parfaitement être les attributs d'un ofBcier supérieur. Un guerrier 
tenant un rouleau est signalé dans Matz-Duhn, n"* 3789, et j'en connais 
d'autres exemples, tels que Baumeister, flg. 2266, et la pierre du Jfoximt'/ûtn- 
muséum d'Augsbourg (Rôm. Ablh.^ G 5). Dans la Notifia dignitatum, un 
gros faisceau de rouleaux est cité seulement parmi les insignes du questeur, 
duprimicerius notariorum et du magister scriniorum. Mais notez que le guer- 
rier de Cilli est figuré avec le geste de VaXlocutio ; par suite, le faisceau de 
rouleaux ou de documents lui convient, comme à tout oraceur ou à Tempereur 
lui-même. En revanche, je ne connais rien d'analogue au disque en forme de 
phalère, avec saillie au milieu, qui surmonte le faisceau, car je n'ose pas sup- 
poser que ce disque représente le sceau, tel qu'on peut le distinguer sur le 
nœud du ruban rouge qui entoure le faisceau de documents dans Timage de la 
Notitia Dignitatum (Bôcking, t. I, p. 48). » 

V. Bas-relief de Monaco. 

En 1897, feu Gustave Saige, archiviste de la principauté de 
Monaco, voulut bien prêter au Musée de Saint-Germain, à fin de 

1, Voir aussi une statue de Djerbaau Louvre (Rép., Il, 626, 5) et la statue 
de Q. Flavius Mavortius Lollianus sur la place du Marché à Pouzzoles (Birt, 
Die BuchroUe, p. 56, fig. 37), où la forme du scrinium est « particulière ». 
[La question des scrinia, des fasees et des candelae est traitée avec détail 
dans le même ouvrage, p. 255 et suiv.]. Les rouleaux pouvaient être aplatis 
par la compression, suivant l'expression de Pétrone : Chartae alligatae 
mutant figuram. 



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SCULPTURES INÉDITES OU PEU CONNUES 119 



Fig. 5. — Guerrier de Cilli. 



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120 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

moulage, un curieux bas-relief découvert autrefois dans un 
puits à La Condamine, entre Monaco et Monte-Carlo. L'original 
(0,48 sur 0,34) a été placé depuis dans le petit Musée cons- 
truit à Monaco pour abriter les collections archéologiques 
locales et les trouvailles faites dans les grottes voisines de Men- 
ton; le moulage figure au Musée de Saint-Germain, sous le 
n^ 35579, dans la salle un peu obscure qui sépare celle des 
monuments mythologiques de celle des monuments relatifs 
aux arts et métiers de la Gaule romaine. 

G. Saige m'a raconté que ce bas-relief, lors de sa découverte, 
fut soumis à Adrien de Longpérier, lequel déclara que ce n'était 
pas un objet antique, mais « un monument des Templiers ». 
L'impression d'ensemble, ainsi résumée par cet habile anti- 
quaire, me paraît exacte, en ce sens qu'il ne s'agit pas, à mon 
avis, d'une sculpture romaine, mais d'une sculpture médiévale, 
contemporaine du grand développement de l'Ordre du Temple 
et apparentée, sinon par le sujet, du moins par le style, aux 
bas-reliefs également mystérieux des deux coffrets trouvés vers 
1789 à Essarois et à Volterre, autrefois dans la collection du duc 
de Blacas, aujourd'hui conservés au British Muséum*. On sait 
que ces bas-reliefs, dont le Musée de Dijon possède des moulages, 
ont été attribués aux Templiers et ont donné lieu à des hypothèses 
fort extravagantes ; ils sont encore inexpliqués, car ce n'est pas 
les expliquer que de les déclarer faux. N'ayant pas d'arguments 
nouveaux à faire valoir dans cette controverse, d'ailleurs 



1. Voir, au sujet de ces monumeuts, E. Pteiffer, dans la Zeitschrift fur Kul^ 
turgeschichte, 1897, p. 385-419. Dans le Guide to the Blacas collecHan (1869, 
p. 35), ces coffrets sont ainsi décrits : « Two oblong stone chests, covered 
with strange grotesque figures and symbols, and with inscriptions in Arabie 
cbaracters. Thèse bave been thought by Joseph von Hammer to relate to a 
secret Gnostic worship preserved during the Middle Ages among certain sects, 
and bave been published by him, Mémoire sur deux coffrets gnostiques du 
moyen âge, Paris, 1832. » Il n'en est pas question dans les catalogues des an- 
tiquités chrétiennes du British Muséum, bien que les coffrets y soient encore 
exposés (cf. The Athenaeum, 20 juillet 1902). Des choses insensées ont été 
imprimées au sujet de ces bas-reliefs par Mignard, Monographie du coffret de 
M, le duc de Blacas, Paris et Dijon, 1852 et 1853. 



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SCULPTURES INÉDITES OU PEU CONNUES 121 

assoupie, je m'abstiendrai d'y entrer; je me contente de faire 
observer que l'analogie de style entre le bas-relief de Monaco 
et ceux d'Essarois et de Volterre n'est pas du tout en faveur 
de l'hypothèse généralement admise qui attribuerait ces der- 
niers à quelque faussaire du xviii® siècle*. 
En 1902, après avoir revu les originaux, j'ai lu à l'Académie 



^'fi' " Bas-relief du musée de^Moaaco. 

des Inscriptions un mémoire sur le bas-relief de Monaco et 
ceux de l'ancienne collection Blacas*;mais je n'ai pas eu le cou- 
rage de publier cet essai et j'en ai remis depuis le manuscrit à 
un arabisant, M. Doutté, bien plus qualifié que moi pour en 
tirer parti (s'il vaut quelque chose) , puisque les bas-reliefs 

1. Ea réalité, on ne peut guère parler de style ; c'est Tabsonce de tout style 
qui caractérise ces étranges sculptures. 
Z, Comptes rendus de V Académie des InscriptionSy 1902, p. 494. 



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122 REVUE ARCHÊOfcOGIQlîE 

d'Essarois et de Volterre portent des inscriptions encore 
inexpliquées en caractères arabes et qu'une inscription très 
semblable se lit sur un vase en marbre orné de sujets bizarres, 
que le musée de Vienne (Autriche) garde en magasin parmi 
les œuvres attribuées à des faussaires. Il faudra qu'un orien- 
taliste nous dise un jour si ces inscriptions sont décidément 
inadmissibles et, dans le cas où elles seraient apocryphes, 
d'après quel modèle elles ont été composées*. 

Aujourd'hui, je veux seulement publier le bas-relief de 
Monaco qui est, je crois, resté inédit, et en proposer une expli- 
cation au premier abord très surprenante, mais dont je suis de 
plus en plus persuadé. 

D'abord, le bas-relief en question n'est pas romain. Les cos- 
tumes et les attitudes ne sont pas antiques. Les personnages 
drapés sont vêtus de blouses à longues manches que l'antiquité 
a toujours ignorées. Le personnage du milieu et le dernier 
personnage à la gauche du spectateur ont de longs cheveux 
qui ne sont pas antiques d'aspect ; celui du milieu porte sur ses 
cheveux un béret ou peut-être une couronne qui seraient égale- 
ment très surprenants dans un monument païen. 

Il y a deux inscriptions. Celle qui est gravée sur le rebord 
supérieur du cadre commence par un M suivi d'un A ; le reste 
est illisible, mais on peut songer à MARIAE. Je considère d'ail- 
leurs cette restitution eomme très douteuse, parce que les 
traces de lettres qui font suite au premier A ne s'y prêtent 
guère. En revanche, la seconde inscription, à la gauche du per- 
sonnage du milieu, me paraît se lire LODOUIC, avec un V en 
forme d'u cursif. On songe à un des rois de France qui ont 
porté le nom de Louis et tout naturellement à saint Louis, 
neuvième du nom. 

Deux personnages sont de plus grande dimension que les 
autres et paraissent entièrement drapés : le roi (?), au milieu, 



1. Depuis que j ai écrit cHa, M. Doutté a fait imprimer mon mémoire de 1902 
dans la Revue africaine (1908). Les arabisants pourront donc se prononcer. 



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SCULPTURES INÉDITES OU PEU CONNUES 123 

et le personnage à droite qui pose la main droite sur l'épaule 
gauche du premier. Entre ces deux figures est un homme nu, 
dans l'attitude d'un suppliant; le roi (?), la main gauche 
ramenée sur la poitrine, semble hésiter à le toucher. De l'autre 
côté du roi (?), on voit un homme nu debout, retenu ou guidé 
par un personnage drapé, peut-être ecclésiastique; à terre, dans 
une attitude très familière et presque indécente, un enfant nu. 
L'extrémité gauche du relief est très mutilée, mais je crois y 
distinguer la jambe et le torse d'un second enfant nu, égale- 
ment assis sur le sol. 

Je propose d'expliquer ce singulier relief par le pouvoir attri- 
bué aux rois de France de guérir les écrouelles par le toucher. 
Un haut dignitaire de l'Église (ou un ministre) présente au roi 
un premier malade, tout nu, qui supplie et s'agenouille à moi- 
tié ; de l'autre côté, un enfant attend son tour et un clerc calme 
l'impatience d'un autre patient, également dévêtu. Le geste du 
haut dignitaire ecclésiastique, touchant l'épaule du roi, est 
peut-être significatif et contribue à assurer à l'acte royal qui 
va s'accomplir un caractère non pas magique, mais reli- 
gieux •. 

Peut-être refusera-ton de discuter cette hypothèse en allé- 
guant que le bas-relief de Monaco est faux. C'est un moyen vrai- 
ment trop commode — et trop en faveur — d'esquiver les dif- 
ficultés. Pourquoi un faussaire aurait-il fabriqué ce relief? Pour- 
quoi l'aurait-on jeté au fond d'un puits de La Condamine?ll 
faudrait expliquer cela, ou du moins l'essayer. Maintenant, je 
tiens à déclarer, en sollicitant les avis de mes confrères et lec- 
teurs : 1° que je ne connais pas, au xiii® ni au xiv** siècle, de 
bas-reliefs de ce style; 2** que si ce bas-relief — votif? — a 
quelque relation avec une commanderie des Templiers établie 
à Monaco, je ne vois rien, dans la pratique de ces chevaliers. 



i. Ck>mparez un groupe du mausolée de Saint Elzéar à Apt, tout récemment 
publié dans le Bulletin du Comité (1907, p. 418, pi. L), qui représente la gué- 
rison d*un lépreux. Il date de 13Q0 environ. 



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124 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

qui puisse être mis en rapport avec la scène flgurée, laquelle 
n'est certainement pas une « scène d'initiation » et ne peut, à 
mon avis, représenter une des épreuves auxquelles étaient 
soumis les novices. Je termine donc sur des points d'interroga- 
tion, en ignorant très désireux de s'instruire et en curieux 
qui ne veut pas faire le silence sur un monument inexpliqué'. 

Salomon Reinach. 



i. Dans l'excellent catalogue de la Pinacothèque royale de Turin par 
M. Baudi di Vesme, on trouve, sous le n* 194, la description d'un tableau 
attribué à Bernard Van Orley, sous ce titre : Un re di Prancia guarisee gii 
scrofolosi, tt A gauche, au milieu d'une riche chapelle gothique, un roi de 
France, agenouillé devant un coffret posé à terre, tient dans les mains un 
calice où deux évéques versent le saint chrême. Un cardinal agenouillé et 
quatre autres personnages debout contemplent la scène. A droite, dans une 
cour entourée de murs, quelques scrofuleux s'avancent vers la chapelle. Au delà 
du mur un cortège de moines et de cavaliers s'avancent par une route à tra- 
vers champs vers la porte d'une ville (Reims ?). » Ce tableau provient du 
palais Durazzo, à Gènes ; il en existe des photographies par Anderson 
(n. 10746) et Alinari (n. 1449). L'attribution à Van Orley est due à Burck- 
hardt. L'explication proposée serait très intéressante, en l'absence d'autres 
tableaux représentant le môme sujet (du moins n'en ai-je jamais rencontré) ; 
mais j'avoue qu'à l'inspection de la photographie il me reste beaucoup de 
doutes et j'attire aussi, sur ce petit problème, l'attention des confrères plus 
familiers que moi avec les monuments de l'art médiéval et moderne. 



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BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 



SÉANCE DU 22 MAI 1908 

M. Albert«Martin écrit à M. le Secrétaire perpétuel qu'il retire sa candidature 
à la place de membre libre vacante par le décès de M. de Boislisle. 

M. Gauckier, correspondant de l'Académie, adresse une note sur un sarco- 
phage à représentations historiques récemment découvert à Rome. La face prin- 
cipale de ce tombeau en marbre blanc représente deux épisodes de la lutte 
victorieuse des Romains contre une peuplade asiatique. 

L*Académie procède à l'élection d'un membre libre en remplacement de M. de 
Boislisle, décédé. Votants, 42; majorité, 22 voix. Au premier tour, M. Gordier 
obtient 13 voix; M. Fournier, 9; M. Raynaud, 4; M, Th. Reinach, 16. 
Au second tour, M. Gordier obtient 21 voix; M. Th. Reinach, 18; M. Four- 
nier, 2. Il y a un bulletin blanc, non marqué d'une croix, et par consé- 
quent nul; la majorité est donc ramenée à 21, et M. Henri Gordier est pro- 
clamé élu. Son élection sera soumise à l'approbation de M. le Président de 
la République. 

SÉANGE DU 29 MAI 1908 

M. le Secrétaire perpétuel introduit en séance M. Henri Gordier, élu membre 
libre en remplacement de M. de Boislisle, décédé. 

M. le comte Paul Durrieu fait une communication sur le portrait de saint 
Louis, à l'âge de treize ans, de la Sainte-Ghapeile de Paris. Ge portrait, qu'une 
inscription tracée sur le panneau désignait comme l'image de saint Louis en 
1226 (bien que le costume du personnage fût en réalité du temps de Gharles VIIII 
ou de Louis XII), cesse d'être mentionné au xviii* siècle. M. Durrieu, grâce à 
l'obligeance de M. le comte Gharles de Montferrand, présente à l'Académie un 
petit panneau qui correspond exactement à ce qu'était, d'après les descriptions 
et les copies, Toriginal jadis conservé â la Sainte-Ghapeile. Il ne serait pas 
impossible que ce fût cet original même. Mais il est encore plus certain que 
c'est un arrangement, modi6é pour les besoins de la cause, d'un portrait de 
rarchiduc d'Autriche, Phihppe le Beau, père de Charles- Quint. 

M. Ghavannes annonce, au nom de la Commission du prix Stanislas Julien, 
que ce prix est également partagé entre les deux ouvrages suivants : Edouard 
Hubert, TraductUm de la version chinoise du Sutrâlamkarâ ; Alfred Forke, 
Traduction anglaise de la première partie du Lun héng de Wang ch*ung. 



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126 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

SÉANCE DU 5 JUIN 1908 

L'Académie procède à la désignation d'un membre du Conseil de perfection- 
nement de l'École des Chartes. M. Henri Omont est élu. 

M. Pottier communique un rapport de M. Bigot sur les fouilles qu'il a faites 
au Circus Mcucimus, Grâce à ces recherches, en partie exécutées au moyen de 
subventions de l'Académie, M. Bigot a réussi à reconstituer les limites précises 
du Grand Cirque, l'épaisseur des gradins des spectateurs et les dimensions de 
l'arène. Il en a déduit d'intéressantes comparaisons avec d'autres cirques 
romains, en particulier avec celui de Maxence, qui présente des analogies de 
forme, mais en plus petit. M. Pottier ajoute que les recherches sur le Circus 
Maximus ont été pour M. Bigot le point de départ d'un autre travail beaucoup 
plus considérable : l'établissement d'un plan en relief, à assez grande échelle, 
donnant la position et la forme restituée de tous les monuments antiques dont 
on a retrouvé des vestiges sur remplacement de Rome. Il importe que cette 
œuvre coûteuse, dont une notable partie est exécutée, puisse être acheyée. 
M. Pottier exprime le vœu que l'Académie soutienne les efforts si méritoires de 
M. Bigot. 

M. Daumet^ membre de l'Académie des beaux-arts, insiste sur l'importance 
des travaux entrepris par M. Bigot 

Sur le rapport présenté par la Commission du prix Berger, ce prix est par- 
tagé de la manière suivante : 3.000 fr. à M. Ernest Goyecque pour son Recueil 
d'actes notariés du xvi» siècle relatifs à Chistoire de Paris et de ses envinms ; 
3.000 fr. à M. Paul Lacombe, pour son catalogue descriptif des Livres d*heures 
imprimés au xv* et au xvi* siècles conservés dans les bibliothèques de Paris ; 
3.000 fr. à M. Henri Martin, pour son ouvrage sur les Miniaturistes français ; 
6.000 fr. à la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France. 

SÉANCE DU 12 JUIN 1908. 

M. Babelon, président, prononce une allocution sur la vie et les travaux de 
M. Gaston Boissier, membre ordinaire de l'Académie depuis 1886, décédé le 
10 juin, et dont les obsèques ont eu lieu le jour même de la séance. 

La séance est levée en signe de deuil. 

SÉANCE DU 19 JUIN 1908 

M. Paul Gauckler, correspondant de l'Académie, présente, au nom de M. le 
marquis Cappelli, président de la Société romaine des fondi rustici, la photo- 
graphie inédite d'un bas-relief découvert à la fin de 1907, dans les terres Pod- 
tines, au milieu d'un domaine appartenant à cette société. 11 représente Anti- 
noiis en costume de vigneron faisant la vendange ; et il est signé du sculpteur 
Antonianos d'Aphrodislas, inconnu jusqu'ici. L'œuvre est absolument intacte ; 
le style en est très élégant et très pur; c'est un des meilleurs morceaux de la 
sculpture grecque du temps des Antonins. 

M. Salomon Reinach présente quelques observations. 



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BULLETIN MENSUEL DE L'aCADÉMIE DES INSCRIPTIONS 127 

M. Henri Gordier communique un télégramme reçu par la Société de géogra- 
phie du capitaine d'Oilone. Ce télégramme, daté du 14 juin, annonce l'arrivée 
de la mission d'Olione à Lan-tcheou, dans le Kan-Sou, sur les bords du 
Fleuve Jaune. La mission, qui avait quitté Song pang ting (Sa-tcboa*an) au 
milieu d'avril, a accompli la traversée périlleuse des Sifans indépendants. C'est 
dans la même région qu'il y a près de deux ans, des explorateurs allemands, 
Je lieutenant Filchncr et le D' A. Tafel, avaient été attaqués. 

M. Babelon, président, annonce la mort de Sir John Evans, correspondant 
de l'Académie depuis 1887. 

L'Académie décide que l'élection d'un membre ordinaire, en remplacement 
de M. Hartwig Deren bourg, décédé, aura lieu après les vacances univer- 
sitaires. 

M. Pottier annonce que la commission du prix Fould a partagé ce prix entre 
M. Georges Foucart, pour son ouvrage sur L'Art et la Religion en Egypte^ et 
M. Henri Saladin, pour son Manuel d'art musulman, 

M. Omont donne lecture du rapport de la commission du prix Saintour. Une 
récompense de 1.000 francs a été attribuée à l'ouvrage de M. Max Bruchet sur 
ie Cfuiteau de Ripaille. Quatre récompenses de 500 francs chacune ont été 
décernées à MM. Eugène Déprez, Étude de diplomatique anglaise; l'abbé 
Villetard, Office de Pierre Corbeil, improprement appelé Office des fous ; le 
P. J. Thibaut, Origine byzantine de la notation neumatique ; Amédée Gastoué, 
Les origines du chant romain. 

M. Valois communique le rapport de la commission du concours des Anti- 
quités nationales : 

1" médaille, M. Emile Espérandieu : Recueil général des bas-reliefs de la 
Gaule romaine, t. I ; — 2* médaille, M. Jacques Laurent, Cartulaire de 
Vabhaye de Molesme ; -^ 3« médaille, M. Frédéric Sœhnée, Catalogue des 
actes de Henri !•', rot de France ; — 4* médaille, Mi** Louise Pillion, Les por- 
tails latéraux de la cathédrale de Rouen. 

l*** mention, M. le marquis de Ripart-Monclar, Cartulaire de la comman^ 
derie de Richerenches^ de l'ordre du Temple; — 2« mention, MM. Soyer, 
Trouillard et de Croy : Cartulaire de la taille de Blois ; — 3« mention, M. Jean 
Guiraud, Cartulaire de N.-D. de Prouille, t. I et II; — 4« mention, M. l'abbé 
Mollat, Études et documents sur l'histoire de Bretagne ; — 5« mention. M"* Bon- 
dois, La translation des saints MarcelUn et Pierre; — 6« mention, M. Pierre 
Champion, Chronique Martiniane ; Le manuscrit autographe des poésies de 
Charles d'Orléans; — T mention, M. l'abbé Albe, Les Miracles de iV.-D. de 
Roeamadour au xii« siècle. 

L'Académie procède à un double vote pour l'attribution des prix Gobert. Le 
premier est décerné à M. Chalandon, pour son ouvrage sur V Histoire de la 
domination normande dans V Italie méridionale : le second, à M. Samaran, 
pour son livre intitulé : La Maison d'Armagnac au xv« siècle. 

M. Ch -Emile Ruelle donne lecture d'une note sur Aristide Quintilien. 



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128 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

SÉANCE DU 26 JUIN 1908 

M. Franz Gumont, correspondant de l'Académie, écrit qu'il a l'intention 
d'affecter la somme de 8.000 fr., qui lui a été attribuée par l'Académie sur le 
prix Lefèvre-Deumier, à l'achèvement du Catalogus codicum manuscripîorum 
astrologicorum grsecùrum. 

M. Héron de Villefosse communique des fragments d'un texte épigraphique 
trouvé à Narbonne et qui lui a été envoyé par M. Rouzaud. Ce sont des frag- 
ments provenant d'une grande inscription latine, gravée sur marbre. Ils ne con- 
tiennent qu'un seul nom propre, celui de Fabius Syntrophus ; on sait, par les 
monuments, que la famille Fadius occupait à Narbonne une situation considé- 
rable. La célèbre inscription de Sextus Fadius Musa compte parmi les plus con- 
nues de la Gaule : elle mentionne une donation è. un collège d'artisans de 
Narbonne dont Musa était le patron (G. L L., Xll, 4393). Il semble que les 
nouveaux fragments appartiennent à une inscription du même genre et que la 
donation avait été faite aussi par un membre de la famille Fadia, peut-être aux 
Augustales de Narbonne dont le nom apparaît à la première ligne. 

M. Philippe Berger communique une inscription punique trouvée à Bir bou 
Rekba, l'ancienne Siagu, en Tunisie, par le capitaine Gassaigne. G'est la dédi- 
cace de deux sanctuaires à Baal et à Tanit. Elle est datée par les suffètes épo- 
nymes et contient les noms des architectes et autres personnages qui ont pris 
part à la construction. Mais la partie la plus nouvelle de ce document est l'indi- 
cation delà consécration, c'est-à-dire de l'entrée de ces divinités dans le temple. 
Cet introït, qui est également daté, est suivi de la mention de l'offrande de vases 
à libations, de bassins et de sacrifices qui ont été offerts aux prêtres. 

M. Longnon annonce, au nom de la commission du prix Lagrange, que ce 
prix est décerné à la Société des anciens textes français. 

M. A. Moret communique un document égyptien dont le Musée Guimet vient 
de faire l'acquisition. G'est un grand scarabée gravé sous le roi Necbao II (610- 
565 a. G.), à l'occasion du périple de l'Afrique dont parle Hérodote. Il résulte du 
texte : 1® que Nechao II envoya un messager pour faire le tour de la terre 
inconnue, et que ce messager revint par eau en Egypte après avoir accompli 
sa mission; 2« que Nechao II reçut le messager à Bubastis, d'où provient le 
scarabée, et fit mettre par écrit le récit de son envoyé. G'est la première pièce 
officielle connue qui confirme que les Eyptiens avaient réalisé la circumnaviga- 
tion de l'Afrique. Un autre scarabée de Nechao II, acquis parles Musées royaux 
de Bruxelles et étudié par M. Gapart, permet de fixer la fin du périple à l'an 12 
de Nechao II (à peu près 599 a. C). 

SÉANCE DU 3 JUILLET 1908. 
M. Glermont-Ganneau dépose sur le bureau une somme de 5.000 fr. que 
M. le duc de Loubat, associé étranger de l'Académie, l'a chargé d'offrir en son 
nom à la compagnie. Cette somme est destinée à augmenter le fonds d'acqui- 
sitions créé, il y a quelques années, sur des bases très modestes, par l'initia- 
tive de M. Glermont-Ganneau. 



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BULLETIN MENSUEL DE l' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 129 

M. Salomon Reinach, anaonce une découverte importante de M. Biadego, 
bibliothécaire de la ville de Vérone. Pisanello, que Ton faisait naître vers 1380, 
est venu au monde en 1397. Comme il y s des alfinités évidentes entre Tart de 
Pisanello et les peintures des Belles Heures du duc de Berry, antérieures à 
1416, il est désormais certain que les artistes du manuscrit de Chantilly n'ont 
pas imité Pisanello, mais que la théorie contraire est vraisemblable. 

M. René Pichon lit une note sur Tépoque probable de l'historien latin Quinte 
Curce. En s'appuyant sur diverses allusions historiques, aussi bien que sur le 
caractère du style, et en particulier sur l'emploi de la prose métrique, il croit 
pouvoir placer cet écrivain, non pas, comme on le fait généralement, sous le 
règne de Claude et de Vespasien, mais sous celui de Constantin. — M. Bou- 
ché-Ledercq présente quelques observations. 

M. Cbavannes propose, au nom de la commission de TEcole française 
d'Extrême-Orient, la désignation de M. Chassigneux comme pensionnaire de 
cette Ecole. — Cette proposition est adoptée. 

M. Tabbé Thédenat annonce, au nom de la commission du prix ordinaire, que 
ce prix n'est pas décerné au seul mémoire qui ait été déposé. 

M. Bréal propose, au nom de la commission du prix Volney, d'attribuer 
1.400 fr. à M. Lazare Saioéan, pour son ouvrage sur V Argot ancien, et une 
médaille d'argent à M. Adam Mischlich, pour ses travaux sur la langue 
baoussa. 

M. Valois annonce, au nom de la commission du prix La Fons-Mélicocq, que 
ce prix a été réparti de la manière suivante: 500 fr. à M. G. Bourgin, pour son 
édition de Guibert de Nogent ; — 500 fr. à M. G. de Lhomel, pour ses publi- 
cations relatives à l'histoire de Monlreuil-sur-Mer; — 400 fr. à M. l'abbé Le 
Sueur, pour ses deux volumes sur le Clergé picard et la Hévolution ; — 400 fr. 
à M. Lé6n Jacob, pour son essai ms. sur la révolte du Boulonnais en 1662. En 
outre, une mention honorable est décernée à M. le D' Victor Leblond, pour son 
Inventaire sommaire de la collection Bucquet-aux-Cousteaux. 

M. Elie Berger annonce, au nom de la commission du prix Prost, que ce 
prix est réparti de la manière suivante: 800 fr. à M. Paul MaricbaL pour sa 
publication du Cartulaire de Vévéché de Metz \ — 400 fr. à VAustrasie, Revue 
du pays Messin et de la Lorraine. Une mention honorable est, en outre, décer- 
née à M. Emile Huber, pour son Recueil de documents sur Sarreguemines au 
XVII» siècle. 

M. J. de Morgan fait une communication sur les résultats des dernières 
fouilles de la Délégation scientifique en Perse. 

M. Henry Martin présente un bloc de marbre noir contenant l'épitaphe de 
Béatrix de Bourbon, reine de Bohême, arrière petite-fiile de saint Louis et 
femme de Jean de Luxembourg dit l'Aveugle. Bien longtemps après la mort de 
ce héros, sa veuve, décédée le 25 décembre 1383, fut enterrée dans l'église des 
Jacobins de Paris, rue Saint-Jacques. C'est là qu'on Ini éleva une statue posée 
sur une colonnette, qui supportait aussi une épitaphe de cinq lignes en lettres 
dorées, gravées sur marbre noir. La statue se trouve aujourd'hui dans le croi- 
sillon méridional de la basilique de Saint-Denis ; mais depuis plus de soixante 

IV* SÉRIE, T. XII. 9 



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130 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

ans, Tépitaphe était considérée comme perdue. — M. Marlin expose ensuite les 
raisons que lui paraissent rendre assez probable l'attribution de la statue et de 
l'épitaphe de Béatrix de Bourbon à un sculpteur parisien de la fin du xvi^siècle, 
nommé Robin Loisel. 

SÉANCE DU 10 JUILLET 1908. 
M. Longnon communique en première leclure un mémoire de M. le comte 
Robert de Lasleyrie sur réglise de Saint-Philibert de Grandlieu (Loire-Infé- 
rieure). Les archéologues ne sont guère d'accord sur l'époque à laquelle 
remonte ce très vieux monument. M. de Lasteyrie a pu établir que les cons- 
tructions que le P. Je La Croix a cru romaines datent du début du règne de 
Louis le Pieux; que le chœur a été agrandi et transformé après 836; que la 
crypte date de la même époque; qu'elle a été remaniée peu de temps après sa 
construction, probablement en prévision de la prochaine arrivée des Normands 
qui vinrent, en effet, pilier le monastère en 847 et l'incendièrent. Mais l'incen- 
die ne détruisit pas tout : des restes importants de Téglise carolingienne sont 
restés débout et ont pu être restaurés. 

M. Edouard Chavannes annonce, au nom de la commission du prix Delà- 
lande-Guérineau, que ce prix est partagé en deux parties égales entre M. Moïse 
Schwab, pour son Rapport sur les inscriptions hébraïques de l Espagne, et 
M. Emile Vernier, pour son ouvrage sur La bijouterie et la joaillerie égyp- 
tiennes . 

M. Désiré Chaineux continue la lecture de son mémoire sur les costumes, la 
parure et l'ornement des peuples primitifs de la Grèce (Ëgéens, Pélasges, 
Achéens, Cretois, etc.). 

M. Charles Joret lit une note sur la « Paléographie grecque » d'Ansse de 
Villoison. Cet ouvrage, que l'helléniste avait songé à composer, fut abandonné 
par lui. Il chargea Bast de remplir la tâche à sa place. 

M. le baron Carra de Vaux communique une note sur l'historien arabe chré- 
tien Jean d'Antioche, continuateur d'Eutychius, dont l'édition va bientôt paraître. 
Cet auteur, dont on ne connaissait jusqu'ici que des fragments, renferme des 
renseignements très précis sur les règnes des empereurs Nicéphore, Tzimitzès. 
Basile, Romain Argyre et sur celui du khalife Ilakem. — M. Schlumberger 
présente quelques observations. 

M. Senart donne à l'Académie des nouvelles de la mission de M. Pelliot dans 
l'Asie centrale, M. Pellliot a découvert un lot considérable de textes de la plus 
haute importance, tous antérieurs au xi® s. p. C. La géographie de l'Asie cen- 
trale, l'histoire du christianisme nestorien, du manichéisme, du taoïsme et du 
bouddhisme y sont représentées par des documents de premier ordre. 

M. Ch. -Emile Ruelle lit une étude sur Aristide Quintilien. II établit que 
ce musicographe est contemporain de Plutarque et probablement un affranchi 
de Pabius Quintilien. Il rappelle les jugements portés sur son traité de musique; 
il en recherche les sources, et il en dégage le côté original, tout en reconnais- 
sant que cet auteur est un platonicien pythagorisant, qui d'ailleurs expose 
fidèlement la doctrine musicale d'Aristoxène. 



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BULLETIN MENSUEL DE l' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 131 

SÉANCE DU 17 JUILLET 1908 

M. Perrot donne lecture d'une note de MM. Alfred Merlin et L. Poinssot sur 
les bronzes de Mahdia. En décapant la statue de Dionysos, on a trouvé le nom 
du sculpteur gravé sur un des tenons de la gaine : BoY)6bç KaXxiQS6v(o; énoiet. 
Celte signature offre un très vit intérêt; elle fait connaître un nouvel ouvrage de 
Tauleur d'une figure connue sous le nom de VEnfant à l'oie et dont plusieurs 
musées possèdent des copies. Elle tranche, en outre, la question de la véritable 
patrie de ce sculpteur du ni* siècle qui paraît avoir joui d'une assez grande 
réputation. Pausanias mentionne une figure d'enfant, en bronze doré, qui se 
trouvait à Olympie, dans le temple d'Héra, et il ajoute : BoyjOo; Bï Exâpbxrev 
X«PX^ô^>(o^. Telle est en effet la leçon des manuscrits, qu'Ottfried Mûller avait 
proposé de changer en xoiXxv]Sovioi;. Cette correction est aujourd'hui consacrée 
par la légende de la statue du Musée du Bardo. 

M. Gustafson, directeur du musée de Christiana, annonce la découverte, sur 
la côte de Norvège, à Oseberg, d'une sépulture à navire du temps des Vikings, 
qui est d'une richesse exceptionnelle. La tombe est celle d'une reine, avec 
laquelle on a inhumé son navire d'apparat, sa voiture, ses traîneaux, ses che- 
vaux et un grand nombre d'objets d'usage et de parure. Le bois du navire est 
décoré avec une profusion d'ornements du plus beau style. L'ensemble de la sépul- 
ture doit être reconstitué au Musée de Chritiania. — M. S. Reinach fait ressor- 
tir la haute importance de la découverte de M. Gustafson. Il y a 1& des spéci- 
mens de premier ordre de la décoration à outrance des surfaces, qui est un des 
caractères essentiels de l'art dans le nord de l'Europe. M. Reinach ajoute que 
la découverte de plusieurs traîneaux dans cette tombe semble prouver qu'il ne 
s'agit point d'objets placés à côté de la défunte en vue d'une existence ulté- 
rieure, l'au-delà n'ayant pas été considéré comme une région à frimas, ^ mais 
d'objets lui ayant appartenu, ayant été consacrés avec elle et soustraits ainsi à 
Tusage qui les aurait profanés. 

M. Caparl, conservateur-adjoint des Musées royaux de Bruxelles, commu- 
nique un second document relatif au périple de l'Afrique par les Égyptiens, 
complétant les renseignements fournis par le scarabée communiqué le mois 
dernier par M.Moret. Ici, c'est le messager royal lui-même qui décrit sommai- 
rement les étapes de son voyage. Il fait remarquer, en outre, qu'un texte publié 
par M. G. Foucart en 1895, se rapporte sans doute au messager royal des deux 
scarabées. 

SÉANCE DU 24 JUILLET 1908. 

M. Perrot, secrétaire perpétuel, donne lecture de son rapport semestriel sur 
les publications de l'Académie. 

M. Bouché-Leclercq, vice-président, annonce le décès de M. Chabaneau, cor- 
respondant de l'Académie depuis 1886. 

M. Léon Heuzey étudie deux armes en cuivre à tranchant recourbé, décou- 
vertes par M le commandant Gros dans un tombeau chaldéen. La première 
apparition de ces sortes de couperets, prototypes lointains du sabre moderne, 



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132 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

remonte à une époque reculée. La célèbre stèle des Vautours en montre un 
spécimen encore plus antique, sous la forme d*un engin fortement coudé, que 
cerclent de nombreuses ligatures de corde ou de métal. L'arme servant à frap- 
per de près même un lion, il faut croire que ces ligatures étaient destinées à 
maintenir entre deux lames de bois des tranchants de silex, comme ceux des 
faucilles préhistoriques. Le sculpteur de la Stèie-des-vautours n'a pas nettement 
indiqué cette bordure coupante; mais, dans certaines variantes du même type, 
les dents rapportées sur la courbe extérieure sont tout à fait distinctes (voir, 
sur un cylindre babylonien, l'arme de la déesse guerrière Istar, et celle que tient, 
plus tard encore, la statue d'Assour-nazir-pal, roie d'Assyrie). Ces types primi- 
tifs se conservent, en effet, jusqu'à une époque avancée, comme des armes 
égendaires et sacrées, entre les mains des rois et des dieux. 

M. Jacques Zeiller lit un rapport sur les travaux qu'il a effectués, en collabo- 
ration avec M. Hébrard, pensionnaire à la Villa Médicis, dans le palais de Dio- 
clétien à Spalato. Au cours de cette exploration qui leur avait été confiée par 
l'Académie, ils ont opéré une série de sondages qui ont abouti à des résultats 
assez fructueux. Le plan du palais, tel que le donnaient, & la suite de l'Anglais 
Adam, la plupart des auteurs de reconstitutions, est à remanier dans de notables 
proportions. La distribution intérieure du monument n'avait pas la symétrie 
qu'on lui a généralement attribuée : il n*y avait pas doubles thermes, et ces 
thermes n'occupaient qu'une superficie relativement médiocre dans l'ensemble 
de l'édifice. Le niveau du sol antique a été déterminé sur plusieurs points ; les 
contours des enceintes sacrées, qui entouraient le mausolée de l'empereur et le 
temple qu'il avait consacré à Jupiter, ont été précisés, et un fragment de 
mosaïque a été relevé. Il reste cependant beaucoup à faire pour avoir du palais 
de Dioclétien une connaissance qui en permette une restitution moins conjectu- 
rale que celles qu'on a tentées jusqu'ici. M. Hébrard a l'intention de s'y 
employer en se livrant à de nouvelles recherches. 

M. Clermont-Ganneau communique un mémoire d'un savant belge, M. Gré- 
goire, membre étranger de l'École française d'Athènes, sur une inscription 
bilingue, grecque et araméenne. C'est une dédicace faite au dieu Mithra par le 
mage Sagarios, qui à ses fonctions religieuses joignait les fonctions civiles de 
stratège de la ville ou du district d'Ariaramneia. 

M. Perrot donne lecture d'une note de M. Perdrizet sur une fiction en droit 
privé attique. 

SÉANCE DU 31 JUILLET 1908. 

M. Dieulafoy rend compte de la mission de M. le général de Beylié, qui 
vient de terminer la première partie des fouilles de la Kaleh des Beni-Hammad, 
abandonnée vers 1075. H montre tout Tintérôt de ces nouvelles fouilles où 
M. de Beylié a mis à jour la naissance d'un pendentif nervé, d'un parement de 
faïence blanche et bleue où les croix alternent avec les étoiles à huit pointes, 
de ruches d'abeilles en marbre, de plaques de faïence à reflets métalliques, et 
enfin de décors en stuc peints en rouge et en bleu avec des touches blanches 
et des rehauts d'or sur les saillies. C'est le prototype de la décoration de 
l'Alhambra. 



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BULLETIN MENSUEL DE L'aCADÉMIE DES INSCRIPTIONS 133 

M. Antoine Thomas lit une note sur le nom des rochers de Passelourdin, 
près de Poitiers, auxquels un passage de Rabelais a donné une certaine notorité. 
De l'étude des formes anciennes de ce nom, qui ne 6gure dans les documents 
qu'à partir de 1435, M. Thomas croit pouvoir conclure qu'il faut le considérer 
comme ayant été primitivement le Pas Saladin; on serait en présence d'une 
localisation, sur les bords du Clain, d'un épisode célèbre dans la légende du 
sultan Saladin, épisode souvent représenté par la peinture, où douze cheva- 
liers, groupés autour du roi Richard Gœur-de-Lion, auraient empêché Saladin 
de franchir un « pas » ou défilé. 

M. Mispouletfait une communicRtion sur la chronologie du règne de Maxi- 
mien. Il cherche à établir, d'après les documents épigraphiques, numismaliques 
et papyroiogîques, que Maximien n'a été ofnciellement associé à l'Empire qu'en 
286. Plus tard, en 294 seulement, on lui aurait tenu compte de son association 
de fait de 285 en augmentant de deux unités ses puissances tribuniciennes et 
probablement aussi ses salutations impériales. Dans un tableau final, M. Mis- 
poulet établit la concordance, année par année, des règnes de Dioclétien et de 
Maximien avec leurs titres respectifs. 

M. Moïse Schwab offre à l'Académie les estampages de deux épitaphes 
hébraïques, qu'il a reçus de l'Ecole française d'Athènes, La première inscrip- 
tion est datée de (50)90= 1330 p. G. et offre celte particularité d'avoir la date 
du décès avant le nom du défunt. La seconde inscription est datée de 1555; 
elle est remarquable par une eulogie finale, en abrégé, dont on ne connaît 
aucun autre exemple parmi toutes les épitaphes hébraïques déchiffrées jusqu'à 
ce jour. 

M. Dieulafoy annonce que M. Massigoon a récemment découvert en Mésopo- 
tamie, à une journée au S. de Kerhela, un immense ch&teau fortifié en excellent 
état de conservation et qui paraît remonter au vu* ou au viii» siècle. Dès que 
des documents plus précis seront parvenus, la date de l'édifice pourra être 
fixée : mais, dès aujourd'hui, on sait que l'enceinte carrée a 170 mètres de côté 
et qu'elle comprend, à l'intérieur, des constructions si importantes qu'elles se 
répartissent autour de quatre cours situées aux quatre angles du carré. 

[Revue critique.) Léon Dorkz. 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 



La bibliothèque Victor Cousin. 

Le métier de bibliothécaire n*est pas toujours divertissant; aussi quand on 
le confie à quelque « gros bonnet », a-t-il la tentation de laisser faire tout le 
travail par un sous-ordre illettré. Barthélémy Saint-Hilaire qui, de 1868 à 1895, 
présida aux destinées de la bibliothèque léguée à TUniversité de Paris par Victor 
Cousin, ne fit point exception à cette règle, qui, pour être tacite, n*en est pas 
moins quasi-universelle. Il se reposa donc du soin pénible des catalogues sur 
un sous-bibliothécaire invraisemblable nommé Galeni, qui n*hésita pas dans 
ses fiches à attribuer à un certain Sonderabdruck la paternité d'un tirage à part 
de Tannery et qui transforma sans sourciller en Philosophie du Planton, la Phi- 
losophie de Platon par Bénard. 

Autres temps^ autres mœurs; les nouveaux bibliothécaires, Cbantepie d^abord» 
puis M. Perrot ont été bien inspirés en confiant à un spécialiste de talent, 
M. Félix Ghambon, la tâche ardue de mettre de l'ordre dans ce chaos. Le Aap* 
port sur la Bibliothèque Victor Cousin^ adressé par lui au Ministre de l'Instruc- 
tion publique (Paris, 1908, in-8), nous raconte tout au long ce pénible travail; 
en même temps il nous indique d'une façon très sommaire les principales 
richesses de la collection Cousin. 

Malheureusement, le travail de M. Ghambon pique notre curiosité plus encore 
qu'il ne la satisfait. Qu'y a-t-il au juste dans ces 187 incunables que M. Gham- 
bon répartit en grand, moyen et petit format, alors qu'en 1780 les frères De 
Bure les classaient déjà en in-folio, in-quarlo et in-octavo' et parmi lesquels 
« un libraire spécialiste allemand, de grande compétence, M. Rosenthal, en a 
trouvé plusieurs qui n'ont pas de prix »*? On aimerait aussi avoir quelques 
détails sur ces 339 volumes de la première moitié du xvi* siècle, puisqu'on y 
trouve des « raretés de premier ordre » et notamment « des impressions de G. 
Le Noir ». Une impression de G. Le Noir antérieure à 1550 constituerait en 
effet une « rareté de premier ordre », puisque Guillaume Le Noir, premier du 
nom, n'exerça à notre connaissance qu'à partir de 1551. 

La collection de volumes « à provenances » paraît très riche, bien qu'on n*y 
trouve représentées ni les bibliothèques de Grolier, Maioli et Laurin, ni celle 
de M"»« de Ghamillart*. 

1. Ce dernier format est rare au xv« siècle. 

2. N'y a-t il donc plus de bibliographes eu France? 

3. C'est sans doute par inadvertance que M. Ghambon classe parmi les ama^ 
teurs une M°>" « L'nîversité » et une M">« « Sorbonne » et que nous trouvons dans 
la liste des relieurs un certain Gillain, qui pourrait bien n'être antre que Ginain, 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 135 

Les manuscrits sont au nombre de 196, parmi lesquels l'autographe de Paul 
et Virginie. 

Les autographes anciens, au nombre de quatre cents, et les autographes 
modernes au nombre de près de six mille réservent plus d*une surprise aux 
chercheurs. La perspicacité de M. Chambon lui a permis d'affirmer la dis- 
parition d'un certain nombre de pièces : dans les collections publiques d*auto« 
graphes, de semblables soustractions ne sont que trop fréquentes; c'esl ainsi 
que manquent & l'appel deux lettres de Napoléon III à Cousin, une de l'Impé- 
ratrice, une de Pie IX, deux billets de l'Impératrice Augusta de Prusse et toutes 
les lettres du duc d'Aumale; il semble aussi qu'on ait soustrait des lettres du 
cardinal de Retz, de Boileau, de Racine, de M"«» de Tencin, de Conti, de 
Mainte non. 

A c6té de la liste des autographes disparus de la bibliothèque Victor Cousin, 
il y aurait lieu de dresser une liste des pièces volées qui s'y trouvent encore, 
pièces volées vers 1840 par Libri et ses congénères dans diverses collections 
parisiennes et rachetées en vente publique par Cousin. Sans parler d'une lettre 
de La Rochefoucauld, rendue à la Bibliothèque Nationale dont elle était a indû- 
ment sortie », sans nous arrêter à une lettre de Gassendi, volée par Libri à 
V Observatoire^ t nous signalerons (p. 43) une lettre de Chavigny à S^guier*, 
volée dans la correspondance de Séguier à la Bibliothèque Nationale, à moins 
que par hasard elle n'ait été enlevée à l'Institut, d'où proviennent à coup sûr 
les lettres de Descartes qu'avait recueillies Cousin. 

Nous pouvons rassurer M. Chambon sur le sort d'une lettre de M"" de Lon- 
gueville dont, à la p. 25 de son Rapport, il déplore la disparition ; nous avons 
eu la bonne fortune de la retrouver à la pa>;e 41 du même rapport, dissimulée 
dans le carton 32-37 de cette bibliothèque Victor Cousin dont elle n'était jamais 
sortie. 

Il faut espérer que M. Chambon nous donnera bientôt de bons catalogues, 
même très sommaires, des incunables, livres précieux et autographes de la col- 
lection Cousin; nul n'est mieux préparé que lui pour cette tâche délicate'. 

Seymour de Ricci. 

Lorigine de la tragédie grecque. 

Dans une dissertation publiée après sa mort {Archiv fur Religionswiss., t. X), 
Albert Dieterich a développé l'idée de l'influence des mystères d'Eleusis sur 
Eschyle et sur la tragédie attique en général. Il a cité un fragment de Rohde 
qui fut séduit par la môme hypothèse : u On ferait bien de chercher si le drame 
grec n'a pas plutôt eu pour origine les représentations des mystères que les 

i. La note 2 de la p. 44 du rapport de M. Chambon se rapporte à cette lettre 
et non a celle de BuU'on. 

2. Elle vient d'une vente Libri de 1838, n. 100. 2 (vente de T. de Saint-Julien). 

3. Relevons en passant quelques détails : p. 79 : « Le budget de la Bibliothèque 
Cousin ne permet pas, pour le moment, de réaliser ce projet intéressant, il serait 
à désirer qu'un Carneggie (sic) le reprît » et (p. 6) cette phrase d'un laconisme 
singulier : « Le 20 juin la princesse Mathil«ie vint visiter la bibliothèque qui fut 
fermée pendant un an ». 



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136 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

autres fables. Déjà, aDtérieurement au drame scéuique, les mystères offraient une 
image dramatique, complète et développée, des souffrances et des actions 
d'autres personnages. La (rxv]v^ ne serait-elle pas, primitivement, le lieu où 
jouaient les prêtres ? Le chœur ne serait-il pas le groupe des mystes qui s'asso- 
ciaient, dans une certaine mesure, sinon à Faction, du moins aux impressions 
qu'elle provoquait? » Et ailleurs : « D'où vient la profonde dévotion dans les 
mystères ? C'est que la divinité, à rencontre d'autres mythes, y paraît comme 
souffrante. Nous souffrons avec elle, elle souffre avec nous. La douleur du 
monde nous pénètre et nous purifie de nos douleurs particulières. Serait-ce l'ori- 
gine de la tragédie?». Dieterich n'était pas schopenbauérien comme E. Rohde; 
il ne parle pas, à ce propos, du Weltschmerz. Il semble môme avoir beaucoup trop 
réduit l'élément douloureux de la tragédie en admettant qu'elle faisait partie du 
culte des morts^ que la danse des hommes costumés en boucs était celle des 
esprits, dont Dionysos est le chef et dont les âmes des morts forment le thiase. 
« Que les souffrances de Dionysos aient été pleurées à la fête de Dionysos, voilà 
ce dont il ne peut plus être question, car ces souffrances n'existaient pas. Les 
doctrines postérieures du culte orphique n'ont aucune place ici; le déchiremeDt 
du dieu zoomorphique, bien attesté en d'autres lieux et en d'autres cultes, n'a- 
vait aucune place à Athènes >» (p. 175). Si Dieterich avait vécu quelques mois 
de plus, je lui aurais cherché querelle pour cette phrase. De quel droit parler 
des « doctrines postérieures » de l'orphisme, quand tout, dans ces doctrines, en 
atteste le caractère primitif? Et de quel droit nier pour Athènes le sparagmos 
et la théophagie, qui sont des phénomènes religieux quasi-universels? Même le 
regretté Dieterich, qui a tant fait en Allemagne pour acclimater la méthode anthro- 
pologique, admettait encore, sinon le « miracle grec » dont parlait Renan, du 
moins le « miracle attique ». Les dernières lignes de son mémoire sont carac- 
téristiques à cet égard et ont presque l'air d'une palinodie : « Si je voulais dire 
à quoi m'a conduit cette fois la méthode analogique, je devrais devenir moi- 
même un eÇàpxcov cbv 6t0upa[jL6ov. Il n'y a qu'un seul dieu Dionysos, et il n'y a 
qu'un seul artiste Eschyle » (194). 

S. R. 

Varc de Carpentras. 
La Chronique des arts du 1*' août 1908 annonce qu' « on a transporté et ina- 
tallé dernièrement dans la cour du palais de justice de Carpentras l'arc de 
triomphe romain ». Cette nouvelle, suivant l'expression convenue, ne repose sur 
aucun fondement; ceux de l'arc de Carpentras ont été respectés et continueront 
à l'être. Le Musée de Saint-Germain a demandé l'autorisation de mouler ce 
monument, comme il a moulé autrefois l'arc d'Orange : mais une affaire si 
simple donne lieu à tant de paperasseries que je ne sais quand pourra être exé- 
cuté cet utile travail. 

S. R. 

Découvertes en Hongrie, 

Le Musée national hongrois a fait fouiller le camp romain d'Intercisa (Duna- 
pentele); on y a trouvé, outre des constructions importantes (portiques, etc.), 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 137 

une série de slèles funéraires du i^^ au iv* siècle et nombre de menus produits de 
Tart provincial, en parliculier deux reliefs peints en ivoire (Amours jouant, 
Mars et Vénus). Aux environs de la nécropole romaine se sont rencontrées trois 
riches sépultures de cavaliers barbares (avares), qui offrent un grand intérêt 
archéologique. Dans Tune des tombes, la tête du cavalier porte la trace d'une. 
blessure mortelle; son cheval a été tué pour l'accompagner sous lerre. L'armure 
du guerrier et le harnachement du cheval sont d*une richesse éblouissante (à 
noter les grands étriers circulaires). Deux tombes voisines, occupées par des 
squelettes de femmes, contenaient des boucles d*oreilies ornées d'amélhystes 
et de perles, des plaques d*or et d'autres objets de parure. On connaît déjà des 
tombes du môme caractère en Hongrie; les monnaies byzantines qu*on y a 
recueillies permettent de les attribuer au vi« et au vit* siècle. Des étriers du type 
avare se sont trouvés en Sibérie et non ailleurs; en Tabsence même de textes 
historiques, ce détail suffirait à fixer l'origine de Pinvasion qui couvrit la Dacie 
en 566 et la Pan no nie deux ans plus tard. 

S. R.'. 

Différences et ressemblances. 

C'est une remarque vraie et profonde que l'anthropologie physique tient sur- 
tout compte des différences' entre les individus et les groupes, tandis que 
l'anthropologie psychologique signale surtout les ressemblances. Mais le moment 
est venu, après avoir signalé tant de ressemblances générales, d'insister avec 
plus de précision sur les ditTérences. C'est ce qui est advenu dans la linguis- 
tique indo-européenne, par exemple, lorsque, le gros du vocabulaire aryen une 
fois constitué, on s'est demandé pourquoi tel mot latin ne correspondait pas 
phonétiquement à tel mot grec ou sanscrit. Je tiens donc à transcrire ici cette 
phrase de M. Arnold van Geonep (Revue des Études ethnographiques , 1908, 
p. 290) : « L'avenir de l'ethnographie, maintenant que les ressemblances ont 
été définies (le Golden Bouyh tout entier de M. J. G. Frazer est une codification 
des ressemblances), est dans la dissociation des éléments en vue d'une défini- 
tion des différences ; il y a lieu dorénavant, en théorie générale, de marquer le 
typique, mais non plus tout le commun. » Cela est vrai, mutatis mutandis^ 
pour l'archéologie figurée. 

S. R. 

Cambridge antiquarian Society, 

Dans le no XL VIII des Proceedings de cette Société (t. XII, I, 1908) ont paru 
divers travaux intéressants : 1° Une longue étude sur Herculanum par le pro- 
fesseor Hughes, surtout au point de vue des phénomènes naturels qui ont mar- 
qué la catastrophe de 79; 2® Un article de M. le baron deHûgel sur un torques 
d'or décourert en 1844 à Grunty Fen, en même temps que trois haches de 
bronze à talon (bonnes planches); 3" Un article de M. H. B. Walters sur un 
beau vase arrétin du musée archéologique de Cambridge, découvert en 1852 à 

1. A. Hekler, dans le Pester Lloyd (août 1908). Je doi<t la communication de cet 
article à l'obligeance de M. le D* Sonnenfeld. 



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138 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Foxton, sur les noms de CDeius Aleius et de Xanthus (Cnaei Aiei Xantki, 
inscription mal donnée par le Corp^is (VII, 1336, 1223). Cn. Âteius était le 
propriétaire de l'officine céramique, Xanthus son esclave. D'autres vases 
d'Âteius ont été recueillis à Mayence (bonnes planches). g^ y{. 

A la Société d'Anthropologie de Lyon, 

Un incident pénible s'est produit à cette société au sujet de Tauthenti- 
cité des fouilles de Khozam, dont il est beaucoup question dans l'ouvrage de 
M. Chantre sur TÉgypte. M. Flinders Pétrie a écrit une lettre déclarant que 
certains objets publiés comme de Khozam étaient « des duplicata exacts de ceux 
découverts auparavant et publiés par M. de Morgan et lui-même. » M. de Mor- 
gan, de son côié, a fait une déclaration analogue. En Tabsence de M. Chantre, 
malade, qui ne s'était pas fait représenter, la Société d'Anthropologie de Lyon 
a pris une décision sévère (4 juillet 1908.) Cette décision a été cassée par le 
Conseil de la Société (18 juillet) et M. Chantre a écrit au Progrès de Lyon 
(3 août) qu'il se justifierait complètement à la rentrée. Une « erreur de mise en 
pages » a eu pour conséquence de faire reproduire deux dessins de comparaison, 
empruntés, en efTet, aux ouvrages de MM. Pétrie et de Morgan. M. le D'' Hamy 
a écrit au même journal pour défendre la probité scientifique de son vieil ami. 

S. R. 

Les Papyrus Jouiya. 

M. le Prof. Navilie vient de publier à Londres (Arcbibald Constable) une colonne 
contenant un nouveau chapitre du Livre des Morts et la copie d'un autre cha- 
pitre dont un seul exemplaire sur papyrus était connu jusqu'à présent. Comme 
le manuscrit de Jouiya, père de la reine Tiyi, épouse d'Aménophis, aété écrit au 
xv^ siècle, les deux chapitres en question sont incontestablement très anciens et 
doivent prendre place dans le Canon du Livre des Morts, 

Un caractère intéressant du nouveau papyrus est l'exécution délicate des 
vignettes en miniature, qui ont été fort bien reproduites sur les planches. Les 
dessins des oiseaux sont si exacts qu'on en ferait l'illustration d'un ouvrage 
sur les volatiles égyptiens. Les tableaux agricoles sont également très pitto- 
resques. Une des plus jolies vignettes montre une dahabieh voguant à pleines 
voiles sur le Nil et la barque de Ha chargée de divinités. Peut-être ces char- 
mantes illustrations sont-elles l'œuvre d'une dame égyptienne^ et non d'un minia- 
turiste ordinaire. 

Joseph Offord. 

Un hipposandale à supports. 

Le numéro de Pro Alesia de février- mars 1908 reproduit sur la planche XLII 
(A), d'après un dessin de Baudot l'aîné, un objet en fer qui est décrit (page 326) 
comme « un instrument singulier ayant la forme d'un vaisseau de fer, à peu 
près ovale, dont le fond posoit sur quatre petits pieds, imitant des cônes 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 139 

obtus, ou plutôt des pyramides renversées, d'eaviron six lignes de hauteur. 
L'une des extrémités... étoit terminée par un fort crochet et Tautre s'alongeoit en 
queue aplatie dont le bout étoit recourbé... c'étoit, suivantla vraisemblance, un 
meuble de cuisine... » Baudot n'a pas pensé un instant qu'une analogie étroite 
pouvait exister entre cet objet et ceux qu'il a dessinés tout à côté en B et G et 
dans lesquels il reconnaît une solea ferrea (page 328). Il est pourtant bien cer- 
tain qu'il 8*agit d'un bipposandale : le crochet, la haute tige qui lui fait vis-à- 
vis, les bords relevés, la semelle pleine, ne laissent aucun doute à cet égard. 
Les quatre petits pieds ne sont pas un empêchement à cette attribution. J'ai 
vu, l'an dernier, au Musée d'Innsbruck et au National Muséum de Munich, 
deux hipposandales munis de ces mêmes quatre gros clous pointus en dessous. 
Je ne veux rien insinuer sur leur destination. C*est une question que je 
réserve. Je me borne à signaler deux soleœ étrangères, d'une forme si inusitée 
parmi les hipposandales dessinés et décrits dans les recueils, et à rendre à 
celle d'Alise sa véritable destination. 

Ch. Dangibeaud. 

Les Registres d' hépaloscopie à Eabylone, 

Dans un court, mais important articles M. Jastrowa établi que les prêtres 
babyloniens tenaient des registres écrits des inspections de foies auxquelles 
il procédaient dans les occasions importantes. Ainsi, des tablettes mentionnent 
les particularités observées avant l'assassinat du roi Urumush par ses courti- 
sans, et ces particularités étaient devenues, comme nous dirions, classiques, 
Urumush, un des anciens rois de Kish, subjugua l'Elam et exerça une souve- 
raineté au moins temporaire sur le sud de la Babylonie. 

S. R. 

— Zeitschrift der deutschen morgenldndischen Gesellschaft^ t. LXi, fasc. 3 : 
Stumme, Le Maroc d'après tes récits d'un Berbère Chiih (un acrobate apparte- 
nant à une troupe de passage à Berlin). ~ R. Schmidt, Poème sanscrit d'Ami- 
tagati. — Francke, Documents historiques de Khalatses, Tibet occidenia/ (inscrip- 
tions indiennes et indigènes). — Praetorius, Êtymologies éthiopiennes, — Mah- 
1er, Le chap. XLl de la Genèse (mots et noms égyptiens dans l'histoire de 
Joseph). — Lewis, Textes syro -palestiniens. — Streck, Noms arabes de quelques 
poissons, — Luders, Une prescription alimentaire indienne, — Leumann, Les 
langues du Turkestan oriental au moyen-âge, — Grierson, Le dialecte Khas 
au Népal, — Lidzbarski, Le Livre des Ames (documents mandéens rapportés 
par M. de Morgan). — Fraenkel (même sujet), — Bâcher, Philologie comparée 
de l'hébreu et de l'arabe, — Bibliographie. — Communications diverses. 

— Zeitschrift der deutschen morgenldndischen Gesellschafty t. LXII, fasc. 1 : 
Goldziher, L'histoire des mouvements du rite hanbalite, — Langdoor, Notes 
d^assyriologie, — Mahler, Le Sabbat (ses rapports avec le chabattou assyrien et 
le calendrier lunaire). — Ungnad, La forme primitive de l'article hébraïque, — 

1. Extrait du t. XXI de la Zeitschrift fur Assyriologie (1907). 



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140 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Leumann, Les langues indigènes du Turkestan oriental au moyen-âge. — Prei- 
sigke. Une écriture étrange^. — Hertel, De Panini à Phèdre (la fable du geai 
paré des plumes du paon). — R. Schmidt, Note de philologie sanscrite. — Lôw, 
Le colostrum et ses noms (en araméen) . — Caland, Notes critiques sur les sou- 
tras rituels, — Jacobi, Le pandit Kisari Mohan Ganguli (notice nécroL). — 
Bibliographie. — Notices diverses*. 

— Zdtschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft, t. LXII, fasc. 2: 
Gaster, Le texte samaritain du Livre de Josuè*, — Fischer, Sur deux inscrip- 
tions arabes d^ Arabie Pétrée, — Praetorius, Sur les alphabets grecs et sémi- 
tiques. — Jacobi, VAlamkara Sarvasva de Ruyyaka. — Blau, A travers les 
Puranas. — Hertel, Lexicographie sanscrite, — Bloch, Vancien art boudhique 
et son influence sur la légende du Bouddha. — Bibliographie, 

1. Fac-similé de quelques caractères appartenant à un système graphique 
inconnu, écrits au qalam sur un fragment de feuille de rosedu ou de palmier 
mêlé à du papyrus acquis en Egypte. Je crois avoir recueilli dans mes fooiliies 
d'Elépbantine des fragments de papyrus écrits en caractères congénères. Je véri- 
fierai la chose quand je procéderai à Texamen et au classemeut des nombreux 
matériaux que j'ai rapportés à Parie. 

2. A sigualer, dans le nombre, une explication nouvelle proposée par M. Prae- 
torius pour le mot énigmatique 1L*D «^e l'inscr. pbéuicienne de Narnaka (1. \). 
Déjà bien sujette à caution pour le passage visé, eJle semble l'être encore davan- 
iame dans l'application qu'en veut faire l'auteur à la i. 7 du même texte et à la 
1. 5 de i'épitapbe du roi Tabnit. — Cl.-(>. 

3. Publié pour la première fois d'après des ms. acquis par M. Gaster (copies 
modernes d'un original ancien). On ne connaissait jusqu'ici que des versions 
arabes plus ou moins fidèles du Livre de Josué samaritaiu. 



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BIBLIOGRAPHIE 



Daniel Bauo-Bovt et Fréd. Boisson. nas. En Grèce, par monts et par vaaz. Avec 
des notices archéologiques par Georges Nicole et une préface de Th. Homolle, 
Sous le haut patronage de S. M. George? I, roi des Hellènes. Genève, numéro 
spécimen, in -fol., 1908. 

Voici un numéro spécimen d*une luxueuse publication qui paraîtra quand le 
nombre de souscripteurs nécessaire aura été atteint. On nn peut louer sans 
réserve Tezécution matérielle. Les photographies que M. Boisson nas a rappor- 
tées de Grèce, traduites en d'impeccables héliogravures, ornent somptueusement 
les quelques feuilles de ce fascicule d'essai : temple de Zeus Olympien, Parthé- 
non, temple d'Âthéna Niké, scènes de la vie grecque moderne, telles que 
paysannes corflotes à la fontaine de Gastonri, ou troupeau de moulons sous 
les frêles oliviers de Sparte, d'autres vues encore qui prouvent le talent artisti- 
que très réel de M. fioissonnas. 

Plusieurs clichés ont été exécutés au Telephol Vega. Cet appareil est excel- 
lent pour reproduire les détails d'architecture ou de sculpture que leur position 
élevée ne permet pas de photographier avec un appareil ordinaire. En revanche, 
appliqué au paysage, il ne vaut rien, car il supprime toute perspective, témoins 
les clichés qui représentent l'Acropole vue du Lycabette et de la colline de Phi- 
lopappos. 

Mais pourquoi avoir choisi un format aussi démesuré? Les gravures y gagnent 
en beauté, il est vrai^ mais le prix de l'ouvrage s*en trouve élevé d'autant. 
500 francs, rien que cela. C'est peu. Aussi, amateurs qui dédaignez les publi- 
cations à bas prix, sachez que les éditeurs vous offrent une série à 1.0. francs 
le volume. Préférez-vous « l'édition royale », à 3.000 Ir.. a^Témenlée d'une 
description des palais royaux (combien somptueux!) de la Grèce? 

Le texte qui accompagne les belles photographies de M. Boissonnas est dû 
à M. Baud-Bovy, critique d'art, dont un ouvrage récent, « Peintres genevois » 
a été couronné par l'Académie française. Ce sont des notes de voyage en Grèce, 
« par monts et par vaux », tracées d'une plume fine et non sans charme. A 
Gorfou, le voyageur a admiré les classiques porteuses d'amphores de l'Orient. 
Devant l'Acropole, son émotion s'est traduite en jolies phrases, suspendues 
par de nombreux points, mais il n'a pas « fait le projet de prier sur l'Acro- 
pole ». L'étymologie de Mycènes (Mycès, champignon !) lui a suggéré d'ingé- 
nieuses réQexions sur les destinées tragiques de cette ville « qui eut la pourpre 
de certains champignons vénéneux et la venimeuse splendeur de ces dragons 
de légende, de ces guivres couronnés d'or dont le front sertissait un diamant », 
et il a déploré la sombre tragédie des Atrides. A Piali, il a vu le médiocre ba-s 



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142 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

relief représentant un lion que, dit avec ingénuité M. Barrés, « les manuels 
arfîrment Tun des plus remarquables morceaux de la sculpture grecque », et il 
a reconnu dans la tête féminine du Musée « le fantôme de la beauté de Tégée ». 
Le lecteur apprendra sans doute avec intérêt que le guide Philippesput dormir 
malgré les insectes, et que la femme d'un pappas qui le logeait avait une mala- 
die de Toie. 

Une partie de l'ouvrage comprendra des notices archéologiques écrites 
« dans un style élégant et sobre » par M. Georges Nicole, « ce jeune savant 
dont les premiers travaux ont Gxé l'attention des archéologues». Elles aspirent 
à donner une vague idée des théories archéologiques actuellement admises sur 
les monuments reproduits dans l'ouvrage. Une brève bibliographie accompagne 
les deux notices du fascicule. Je reprocherai à l'auteur dri ne pas citer les travaux 
postérieurs à 1903, ouvrages généraux sur la question du Parthénon, Luckenbach, 
Die Akropolis von Athen^ 1905; Hhchimainn, Die Akropolis von AthenimZeitaUer 
des Perikles] Kleiu, Gesch, d, gr. Kunst., II (19(»3), p. 68-103. Pour la question 
des courbures du temple, il ne suffit pas de citer Penrose, puisque Goodyear en 
a discuté et parfois réfuté les observations (cf. Bcu. arch., 1903, I; 1907, II, 
p. 178; American Journal of arch,^ 1907). Pour la Parthénos, au lieu du travail 
de Schreiber, qui est vieilli et peu accessible aux gens du monde à qui sV 
dresse cet ouvrage {Kon. sàchs. Gesell.), M. Nicole aurait pu indiquer 
Lechat, Phidias, p. 77 sq., qui donne (p. 158) la bibliographie récente, ou 
Klein, II, p. 39 sq. Puisqu'il cite certains travaux récents sur les sculptures 
du Parthénon, il aurait pu indiquer les plus récents, comme Alh. Mitt,, 1906, 
p. :^08 sq. ; Jahrhuch, 1904, p. 1 sq. : 1906, p. 33 sq. ; Lechat, Phidias, p. 87 sq. ; 
Furtwàngler, Aegina, p. 328 sq., etc. ; donner l'éiiilion de 1905 de Schwerzek 
(non Schwerzel), Erlàuterungen zu der RekonstrukHon des Westgiebels, au lieu 
de celle de 1896. L'ouvrage de Murray date de 1903, non de 1902. 

Dans la seconde notice archéologique, consacrée au théâtre de Dionysos, 
M. Nicole cite Puchstein ; pourquoi ne pas mentionner alors la réponse de Dôrp- 
feld {Ath. Mitt., 1903, p. 342)? Il aurait peut-être été bon d'indiquer que Navarre 
a modifié certaines des conclusions de son volume Dionysos (cf. Rev. des Et, 
anc.,i905, p. 80). Il était inutile de citer l'ouvrage de Paul de Saint-Victor, 
même pour dire qu'il fourmille d'erreurs. Mieux aurait valu nommer à la place 
des travaux comme celui de Haigh, The attic Tàeater (3« éd., 1907 ; 4«, 
1908). et, au lieu de Muiler 1886, Mûller, Untersuchungen zu den Bûhnenalter- 
thiimern, 1898. 

Il importe peu, au reste, car cette publication n'est pas destinée à des érudits. 
Les belles gravures de M. Boissonas et le texte de M. Baud-Bovy suffiront à 
en faire, comme l'annoncent les éditeurs, « le livre d'Or de la Grèce », qu'il soit 
à 550 ou à 3.000 francs. W. Deonn a. 



Arthur J. Evans. The Prehistoric Tombs of Knossos. Londres, Quaritch, 1906. 
iu-4*, 173 p., 13 pL et 147 figures. 

La ville de Knossos 6*étendaii depuis le Palais jusqu'au pied des collines de 



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BIBLIOGRAPHIE 143 

Zafer Papoura, à 600 m. au Nord. C'est dans leurs flancs qu'il était naturel de 
rechercher la nécropole. Dès 1900, M. Hogarth y mettait à jour? tombes à dro* 
mos, réemployées à Tépoque de la poterie géométrique; plus heureux, en 1904, 
M. Evans rencontrait sur la pente orientale un groupe d'une centaine de sépul- 
tures qui se répartissent en trois types : 

1^ 49 tombes kdromos^ où un couloir long de 3 à 6 m. mène à une salle 
funéraire carrée, à angles plus ou moins arrondis et à parois s'inciinant l'une 
vers l'autre pour se rejoindre en encorbellement (en moyenne, 2 m. de haut sur 

2 de large) ; le corps y est placé, les pieds ramenés sous les cuisses, dans 
une larnax en argile peinte ; 

2^ 38 tombes à puits dont le fond est séparé par un assemblage de grandes 
dalles d'une cellule rectangulaire plus étroite que le puits d'accès (p. 0,60 cm. 
pour 1,25), mais assez longue pour contenir le corps étendu; 

3* 18 tombes à puits où une excavation, deux fois plus profonde que celle 
des tombes précédentes (2™,50 à 4°,50), aboutit à une petite cavité latérale, un 
loculuSf qui, après avoir reçu le mort, a été refermée par un mur de grosses 
pierres. 

Ni leur disposition, ni leur mobilier ne permettent de distinguer ces trois types 
de sépulture. Aussi, quelque origine qu'on ait voulu leur assigner (population 
cavernicole pour les chambres à dromos» lacustre pour les tombes à fosse, 
nomade pour les tombes à puits), faut-il conclure de leur mélange à Zafer 
Papoura que les trois types ont coexisté à Knossos postérieurement à la des- 
truction du premier Palais (vers 1600). C'est, en effet, à la dernière époque du 
Bas Minoen {Late Minoan II et III) que se rapportent les objets trouvés dans 
ces tombes : amphores à 2 et à 3 anses dont le décor naturaliste dégénère en 
style géométrique, bassins et chaudrons de bronze avec trépieds ou réchauds 
d'argile, miroirs à manche d'ivoire et rasoirs de type égyptien, 4 colliers 
en or dont les grains ciselés représentent des argonautes doubles, des rosettes 
ou des coquillages et un collier en cornalines et pâtes de verre comprenant un 
scarabée de la XVIIU dynastie; en fait d'armes, 5 pointes de lance à douille 
(de 20 à 40 cm.), 6 couteaux dont un fondu avec le manche (de 22 à 45 cm.), 

3 poignards, 6 épées courtes et 2 rapières (91 et 95 cm.), de ce type mycénien 
qui se retrouve en Egypte et en Sicile, à Gaza et à Cumes : la poignée, d'un 
seul tenant avec la lame, se termine inférieurement par des cornes qui peuvent 
élre, ou réduites à un renflement arrondi, ou allongées en ailerons ; de cette garde 
jusqu'au pommeau hémisphérique, l'âme de bronze est recouverte de part et 
d'autre par deux plaques d'ivoire fixées par des rivets. Dans une épée qui consti- 
tue le plus beau morceau de la trouvaille de Zafer Papoura, le pommeau est fait 
d'agate translucide retenue à la base par un anneau d'or et le montant est 
garni de feuilles d'or ouvragé représentant des lions qui chassent des chèvres 
sauvages ; les rebords de la poignée et la nervure centrale de la lame sont cise- 
lés d'une double rangée de fines spirales. — Pour mieux situer la nécropole de 
Knossos, M. Ëvans fait suivre son mémoire d'une description 1" de la tombe 
à dromos, qui confine à l'âge du fer, fouillée par lui en 1899 à Milatos et dont 
il a déjà publié cette face de larncue qui montre un génie ailé (chevelu? radié?) 



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I'l4 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

tenant devant lui une sorte de bouclier bilobé au dessus d*un poisson; 2« de 
la tombe royale creusée à Isopata, au sommet de Téperon des collines de Zafer 
Papoura qui domine la plaine de Candie. Bien qu'elle ait été réemployée et 
pillée dès Tantiquilé, puis convertie en carrière de nos jours, on a pu dégager 
un dromos de 24 mètres de long sur 2 de large qui se termine en une sorte 
d'antichambre (de 6", 75 de long sur 1»,58 de large), présentant sur ses deux 
côtés latéraux une niche funéraire voûtée ; de là, on pénétrait, par une porte, 
bloquée depuis, dans une chambre funéraire (de 7",85 de long 8ur6m,07 de large) 
dont les parois convergent pour former une coupole haute de 8 m., prototype 
des tholoi. Dans celles de Mycènes ou d'Orchomène, selon M. E., on se serait 
borné à arrondir le tracé rectangulaire, comme on le voit déjà» en Crète, à 
H. Triada et à Koumasa. Le chef qui s'était fait bâtir cette dernière demeure y 
reposait dans une grande ciste en pierre de taille (2°^,S3 de long, 0"^,72de large, 
i«,i2 de profondeur) qui semble avoir été violée à la dernière époque minoenne. 
Le plan môme de la tombe, qui rappelle les hypogées fouillés par Pétrie à 
Hawara, ainsi que les plus anciens objets du mobilier funéraire (vases en diorite, 
porphyre et albâtre, lampes en gypse, couvercles en stéatite, collier en lapis- 
Uzuli avec des cercopithèques comme pendants, grandes amphores avec plantes 
nilotiques) ne reportent pas seulement à la XVIII* dynastie comme les trouvailles 
de Zafer Papoura. mais à la XII« (2000-1800) et môme à la IV« (2900-700). Bien 
que M. Evans hésite à reculer jusqu'à une époque aussi éloignée du Bas 
Minoen II, auquel appartiennent les nombreux vases à décoi* stylisé ou archi- 
tectonique trouvés dans la tombe, il admet que, réemployée à cette grande époque 
du second Palais, c'est dans les derniers temps du premier Palais, au Minoen 
Moyen III (2000-1800 avec la chronologie égyptienne de Pétrie que suit M. E., 
18 0-1600 avec celle d'Ed. Meyer d'après laquelle j'ai indiqué les dates ci-des- 
sus) qu'aurait été construite cette tombe à coupole d'Isopata, la seule qui puisse 
rivaliser avec le trésor de Minyas et celui d'Atrée. Aussi M. E. cherche-t-il à 
lui assigner un grand nom légendaire : bien que Minos ait été tué en Sicile 
dans un bain qui, comme celui d'Agamemnon, pourrait n'être qu'une transpo- 
sition de la ciste funéraire, et bien qu*il ait été enseveli à Minôa dans une 
tombe où la description de Diodore laisse reconnaître une tholos surmontée d'un 
hérôoHj le fondateur de Knossos ne se serait-il pas fait construire un sépulcre 
digne de lui, dominant la mer à la rencontre de la vallée de Knossos avec la 
plaine où le Kairatos recevait les vaisseaux, et ne serait-ce pas là qu'on aurait 
montré plus tard la tombe de son petit-fils Moménée, Kvoiatov 'Ido(ievî^o; opa 

TOtÇOV? 

A. J. Reinagh. 

L. W. KiNo et H. R. Hall. Bgypt and Western àsia iu the light of rtoent disco- 
veries. Loadres, Society fur Christian kuowledge, 1907, in-4o xii-480 p. et une 
centaine de figures. 

Une dizaine d'années à peine se sont écoulées depuis la publication de la 
grande Histoire ancienne des Peuples de VOrient (1895-9), et déjà les fouilles 
ont apporté, tant en Egypte qu'en Mésopotamie, des résultats si nouveaux que 



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BIBIOGRAPHIE 145 

bien des po'mts de l'exposé de M. Maspero demanderaient à être modifiés, 
complétés ou précisés. Ce sont ces addenta et corrigenda que les conservateurs 
des Antiquités égyptiennes et assyriennes au British Muséum ont voulu mettre 
en lumière dans un volume qui doit faire suite à ceux de la traduction anglaise 
de M. Maspero. L'ordre chronologique dans lequel ils les ont disposés fait de leur 
ouvrage un véritable répertoire de la plupart des faits nouveaux qui intéressent 
la civilisation ancienne des vallées du Nil, du Tigre et de TEuphrate. Il faut 
seulement regretter que les auteurs n'aient pas cru devoir, sinon donner une 
bibliographie, du moins indiquer avec précision la date des fouilles et les 
recueils dans lesquels ont paru leurs résultats. Ces précisions eussent été sur- 
tout nécessaires dans la !'• partie de l'ouvrage relative à l'Egypte prédynastique 
et protodynastique. Au lieu de nous donner le tableau d'ensemble de ces décou- 
vertes essentielles dont le besoin se fait tant sentir (cf. l'esquisse que j'en ai 
tracée dans la Revue des Idées du 15 février 1908), M. Hall n'a pas résisté à la 
tentation de présenter à son tour une synthèse historique, insistant surtout sur les 
faits qui paraissent d'accord avec elle. Sur un fond de population protolibyenne, 
évoluant en Egypte à travers les âges de pierre jusqu'à l'époque énéolithique 
ou chalcolithique, seraient venus se superposer par la conquête deux groupes 
de tribus originaires de cette Arabie du N.-E. dont on tend aujourd'hui à faire 
le centre de diffusion des civilisations dites sémitiques. Le premier groupe 
après avoir stationné dans le Sinaï et y avoir développé l'industrie du cuivre, 
aurait passé dans le Delta et poussé jusqu'à Héliopolis et à Memphis; là, ses 
progrès auraient été arrêtés par la rencontre des tribus de l'autre groupe qui, 
après un long séjour au pays de Poûnt, auraient traversé le détroit de Bab el 
Mandeb, tandis que leurs cousins du Nord franchissaient Tisthme de Suez; 
remontant le long de la côle jusqu'à la hauteur de Quocéir, ils auraient de là, 
par la vallée de l'Ouady Hammamât, débouché vers le Nil, dans la région où 
devaient s'élever les capitales de Horus le Faucon et de Hathor la Vache, 
leur couple divin suprême, Edfou, Nekheb, Denderah, Koptos, Abydos. C'est 
de là que les rois de la 1'* dynastie, les compagnons d'Horus — Shemsu Heru — 
suivis de leurs forgerons — les mesniu ou mesenli — auraient entrepris la lutte 
pour la Basse-Egypte qu'il durent enlever, place par place, aux Anu du Nord. 
Sans discuter ici ce système qui ne peut invoquer qu'un fait certain : l'introduc- 
tion de la métallurgie, avec toutes ses conséquences pour la civilisation et pour 
rart,dès la !'« dynastie, — rappelons toutefois que le cuivre apparaît déjà dans 
les tombes prédynastiques et que les objets qui y ont é^.è trouvés se rattachent 
sans solution de continuité à tout ce qu'ont livré les premières tombes royales. 
Ainsi rien ne distingue essentiellement les Horiens des populations antérieures 
et surtout des Anu qu'ils ont combattus jusqu'à ce que leur soumission ait 
constitué le royaume uni de Haute et Basse-Egypte, et rien ne prouve que 
ces Anu de la Basse-Égyple ne fussent pas précisément, comme le veut M. Na- 
▼îlle, la portion de la population indigène la plus avancée en civilisation grâce 
au voisinage de la Méditerranée. C'est ce môme voisinage qui, selon M. Hall, 
aurait contribué, deux mille ans plus tard, au rapide développement des Hyk- 
sôs, venus d'Arabie par Suez comme les Anu, et ce serait seulement à leur 

IV* SÉRIE, T. XII. 10 



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146 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

époque que l'Egypte serait entrée en rapports suivis avec le monde égéen. Ce 
qu'on peut trouver de poterie prémycénienne peinte dans des tombes royales de 
la II* dynastie y aurait été introduit postérieurement. C'est exclure a priori 
rhypothèse, qui se fait de jour en jour plus vraisemblable, d'une communauté 
d*origine des civilisations proto-égéenne et proto-égyptienne ; au moins, pour 
expliquer les étroites analogies qu'on constate entre ces civilisations et ce 
qu'on peut entrevoir de la civilisation libyenne, faudrait-il supposer des 
rapports suivis dés le 4* millénaire. 

M. King ne s*est pas aventuré au milieu de questions aussi complexes. Il 
s'est contenté de résumer clairement les résultats des dernières fouilles de 
Tello et de Suse, de Babylone et de Ninive, de Borsippa, Ashour, Nippour, etc.. 
en y ajoutant par endroits les éclaircissements tirés d'inscriptions encore iné- 
dites du British Muséum. C'est ainsi qu'il fait usage de tablettes assyriennes 
qui attestent le caractère historique des renseignements que les « présages » 
babyloniens donnent plus tard sur l'hégémonie exercée dans TÉlam par les 
rois d'Agadé et qu'il indique que la mer qu'aurait traversée le premier Sargon 
n'est pas celle d'Occident (comme l'avait cru Sayce en pensant au roi homo- 
nyme qui conquit Chypre 2000 ans plus tard), mais celle d'Orient, c'est-à-dire 
le golfe Persique. Enûn il donne une analyse d'une chronique babylonienne d'un 
haut intérêt : on apprend que Hammurabi ne put pas réduire l'Êlam, mais seu- 
lement lui enlever les territoires d'Ur et de Larsam; c'est à son fils, 7o roi de 
la !'• dynastie, Samsu-iluna, que fut réservé l'écrasement définitif de Rîm-sin 
de Suse. Pendant que cette lutte absorbait les forces babyloniennes, les Sumé- 
riens, refoulés sur le golfe Persique, se rendaient indépendants sous cet Ilîma- 
ilum dont les rédacteurs des catalogues royaux babyloniens firent le chef de la 
2« dynastie, par un procédé qui n'était connu jusqu'ici qu'en Egypte et qui va 
obliger à réviser avec soin les listes rédigées par les prêtres de l'époque aché- 
ménide pour faire descendre Hammurabi de un ou deux siècles (2200 à 2050). 
Entre la !'• dynastie (babylonienne, env. 1900-1750) et la 2* dynastie (sumérienne, 
env. 2000-1700) qui deviennent ainsi contemporaines, ce fut bientôt une guerre 
interminable qui ne profita qu'à leurs vassaux ou leurs voisins : Élamites au 
Nord qui secouent le joug de Babylone, Hittites à l'Ouest qui apparaissent 
alors pour la première fois dans l'histoire, Kassites dans les montagnes du 
Nord-Ouest; c'est à la tête de ces Kassites que Ulam-Buriash, son frère Biti- 
liash et son neveu Agum renversèrent à la fois Samsu-ditana à Babylone et le 
Sumérien Ea-gâmil « roi du Pays de la Mer » et devinrent les premiers rois 
de la 3* dynastie (1700-1200). — M. King a fait paraître en môme temps, 
en deux volumes, ces textes traduits et commentés (Chronides concerning early 
Babylonian Kings, 1907, dans Luzac's Séries of Studies in Eastem History ; 
cf. le c.-r. de Winckler, Orientalische Litt.-ZeUung^ 1907, p. 574 et F. Thu- 
reau-Dangin, Journal des Savants , avril 1908). 

A. J. Rbinagh. 

J. DE Saint- Venant. Dodécaèdres perlés en bronze creaz ajouré de l'époqnt 
gallo-romaine. Ne vers, Mazeron, 1907. ln-8«, 56 p., avec nombrenses figures. 

On connaît les objets mystérieux désignés, faute de mieux, sous ce nom 



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BIBLIOGRAPHIE 147 

géométrique de dodécaèdres perlés : 12 faces peatagonales égales enire elles et 
symétriques deux à deux, dont le centre est percé d*un trou circulaire entouré le 
plus souvent de lignes concentriques et de petits ronds également perforés, cha- 
cun des 20 angles étant couronné par un bouton plein, fondu dans le même 
bronze que Tensemble. Les minutieuses recherches de M. de Saint-Venant ont 
porté sur 41 exemplaires (21 en France, 6 dans la Suisse occidentale, 6 dans 
TAllemagne rhénane, 1 à Carnuntum, 3 en Hollande, 4 dans l'Angleterre méri- 
dionale; ajoutez l'exemplaire du castrum de Feldberg, Obergerm. LimeSy XXV, 
p. 23), pesant de 35 à 350 gr. pour une hauteur moyenne de 40 à 85 mm.; 
la plupart ont été trouvés dans des camps ou dans d'autres ruines de Tépoque 
romaine qui descendent jusqu'au iv* siècle. L'état-civil de chacun d'eux une 
fois dressé, Tauteur a passé en revue les différentes opinions émises sur la 
destination de ces objets. Il se rallie à celle qui y voit un instrument de jeu, une 
espèce de bilboquet dont il a essayé, après le commandant Espérandieu, 
d'expliquer le maniement. Mais la délicatesse môme de Tobjet et Tornementa- 
tion recherchée de ses faces, que les boutons des angles empêchent de toucher 
lorsqu'il est posé à plat, inclineraient plutôt à le faire considérer, avec MM. Rie- 
gel et Ërman, comme un calibre à mesurer qui pourrait se comparer à celui dont 
se servent les bijoutiers. Quoiqu'il en soit de cette destination des dodécaèdres, 
le travail que M. de St. V. leur a consacré peut passer pour un modèle du 
genre et Ton doit souhaiter qu'il y donne un pendant en traitant cette question 
non moins compliquée des soi-disant tendeurs d'arc dont sa collection contient 
de beaux exemplaires. 

A. J. R. 

Chr. Hi'RLSBN. La Planta di Borna deU'ànoiiimo Einsidlense. Rome, Loescher, 
i907. In-4o, 48 p. avec 5 planches et 8 figures. — La Roma Antica di 
Oiriaco d'Ancona. Rome, Loescher, 1907. ln-4o, 51 p., avec 18 planches et 
30 figures. 

Dans la Topographie der Sladt Rom im AUerthum^ que M. Huelsen a si 
brillamment achevée, H. Jordan avait fait une large place à l'histoire des 
sources spéciales de la topographie romaine. Toute détaillée que soit cette 
partie de son œuvre, elle n'aurait pas moins besoin d'être refondue que la 
topographie môme. Les deux récents mémoires de M. Huelsen n'en apportent 
pas seulement une nouvelle preuve ; ils permettent d'espérer que le secrétaire de 
l'Institut allemand songe à nous donner cette réédition. 

I. Jordan, puis Lanciani, dans une dissertation insérée au t. I des Monu- 
raenti dei Lincei, ont publié et commenté un itinéraire de Rome conservé par 
un ms. du vi" s. du monastère suisse d'Ëinsiedeln. En donnant pour la pre- 
mière fois une reproduction photographique des huit feuillets de ce texte, 
M. H. n'a pas prétendu en refaire le commentaire; il s'est proposé seulement de 
rechercher la nature exacte de cet anonymum Einsidlense, De la comparaison 
d'un fragment d'itinéraire compris dans une Sylloge d'inscriptions romaines qui 
précède Vanonymum et qui permet d'en placer la rédaction au monastère de 
Reichenau, il résulte que l'anonymum n'est pas un itinéraire original, repro- 



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148 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

duisanl les légendes d'un plan de Rome au xiu* s., mais Vépitome, souven 
tronqué et confus, d'un rérilabie itinéraire, qui indiquait, en outre du nom des 
monuments, leurs principales curiosités. Cet itinéraire original était annexé à 
un plan que M. H. a cherché à reconstituer sur une planche qui imite à 
8*y méprendre les mappemondes de Tépoqûe. 11 nV avait pas là que jeu 
d'érudit, puisque ce plan de Rome serait le seul qui viendrait se placer entre 
le plan constantinien (dérivé des plans gravés plusieurs fois depuis Auguste 
jusqu'aux Sévères sur des carrés de marbre où le midi est au haut et où la 
Via Appia-Flaminia forme cardo), et les plans elliptiques du xiu* s., comme 
celui que M. H. extrait pour la première fois d'une mappemonde de la Biblio- 
thèque de Hanovre, où la partie supérieure est dirigée vers TGrient. Le plan 
suivi par Toriginal de l'itinéraire d'EinsiedeIn serait orienté de môme; mais, 
étant circulaire, la Via Lateranensis (de Saint-Pierre au Latran) le diviserait 
longitudinalement en deux moitiés égales, Vumbilicus marquant le centre de ce 
cercle. 

II. Les historiens de Rome ont maintes fois déploré la perte des dessins et 
descriptions que Cyriaque d'Ancône aurait faits, incredibili diligentia sua à en 
croire ses amis, pendant ses séjours à Rome, en 1425, en 4441, vers 1450 
surtout. C'est une partie au moins de ces esquisses que M. H. croit avoir 
retrouvée dans 18 dessins à la plume qui font partie d'un ms. que son auteur, 
le médecin Jean Marcanova de Padoue, dédia en 1465 à Malatesta Novello, 
seigneur de Cesena. Ce prince étant mort avant la remise de Touvrage, il .fut 
donné par Marcanova aux chanoines de Saint-Jean de Padoue; c'est de leur 
librairie qu'il a fini par arriver en 1803 à la Bibliothèque Palatine de Modène 
(XI, G. 2), où Mommsen, Henzen, de Rossi et bien d'autres en ont examiné 
la partie épigraphique, mais sans jamais prendre en considération les des- 
sins de Rome. Cependant, une rapide comparaison suffit à montrer que ces dessins 
sont du même style que ceux qui accompagnent les inscriptions. Or, que ces 
inscriptions dérivent du recueil de Cyriaque, c'est ce que Mommsen a 
prouvé pour Vérone, Ziebarth pour Ravenne, Bormann pour Ariminum, etc. ; 
non seulement les dessins rappellent ceux que Cyriaque a laissés pour la 
Grèce, mais on y retrouve la même ignorance des lois de Tarchitecture, le 
même goût pour les détails pittoresques, le même style dans les légendes, plus 
ou moins authentiques, dont les monuments sont chargés ; enfin, l'on peut 
prouver que l'auteur des dessins a travaillé à Rome entre 1447 et 1453, ce 
qui est bien le cas pour Cyriaque. De tous ces indices, s'il résulte qu'on se 
trouve bien en présence de copies des esquisses romaines de l'épigraphiste 
d'Ancône, il faut reconnaître qu'elles sont bien loin de répondre aux espérances 
qu'on avait conçues. Ce qu'elles perdent ainsi en valeur inconographique, elles 
le gagnent, d'ailleurs, en intérêt artistique et il y aura lieu désormais d'en tenir 
compte dans l'étude des architectures pseudo-classiques dont les Mantegna, 
les Ghirlandajo, les Gozzoli encadrent leurs tableaux. 

A. J. Reinagh. 



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BIBLIOGRAPHIE 149 

G. Macdohald bt Alix. Park. The Roman Forts on the Bar Hill. Glasgow, Macle- 
hose, i906. ln-8«, xii-150 p., 4 pi. et 54 figures. 

Cette colline du Dumbartonshire a porté Tun des praesidia élevés en 81 par 
Agricola entre le Fortb et la Glyde. Le fortin, qui occupe à peine une acre 
(exactement 191 X 160 pieds), bientôt abandonné, a été rétabli à l'époque anto- 
nine pour surveiller le grand rempart dont il n'était séparé que par la route mi- 
litaire ; couvrant alors trois acres, protégé par un mur, un vallum et un double 
fossé en V, il a été occupé jusque vers 185, époque où les troupes romaines 
évacuèrent l'Ecosse. A Bar Hill, elles laissèrent derrière elles deux inscriptions, 
dont l'une mentionne la lie cohorte BaetaHa, l'autre est une dédicace à Anto- 
nin de cette môme cohorte; des chapiteaux curieux provenant du praetorium; 
une roue de chariot celtique intacte, avec ses onze jantes de bois, des chaussures 
et force deniers fourrés, apparemment votifs ; quelques statuettes prophylac- 
tiques et une collection encore inexpliquée d'instruments en corne de cerf sem- 
blables à ceux qu'on a trouvés à Gamuntum, 

A. J. R. 

Th. a. Abblb. Der Sénat unter Augustus. Paderhorn, Schôningh, 
1907. In-8«. viii-79 p. 
Dans le 7« congrès des historiens allemands à Heidelberg (avril 1903), la 
question du rôle du Sénat sous Auguste a été particulièrement discutée. 
Contre l'opinion traditionnelle (soutenue par K. J. Neumann et G. Fabricius), 
Ed. Meyer {Historische Zeitschr,^ 1903, p. 385), a cherché a établir qu'Auguste, 
loin de réduire à de simples apparences l'autorité du Sénat, avait essayé de lui 
rendre une situation conforme à l'ancienne constitution républicaine. Gette re- 
prise delà thèse de la dyarchie, déjà combattue par Gardthausen (Augustus, 1, 3, 
p. 1334), Kornemann (KliOf 1905, p. 331), Arnold (Studies in roman Imperalism, 
1906), semble définitivement condamnée par le minutieux travail de M. Abele. 
Après avoir réuni, dans une 1'* partie, tous les textes relatifs à l'activité du 
Sénat à partir de 36 (à l'exception des actes purement honorifiques ou religieux), 
il Qiontre comment Auguste a cherché à restreindre les attributions de ce corps, 
non tant par des atteintes directes à son organisation antérieure, que par la 
réduction du nombre des sénateurs et de leurs compétences et, surtout, par la 
concentration, dans toutes les branches de l'administration, du pouvoir supé- 
rieur entre les mains du princeps et de ses agents directs. 

A. J. R. 

Otto HiRHCHPBLD. Die rômischen Meilensteine, 1907, gr. in-8, 38 p. 
(Extrait des Siizungsberichte de l'Académie de Berlin.) 

La publication des milliaires de la Gaule dans le t. XIII du Corpus (250 pour 
la Narbonnaise et 200 pour les trois provinces sur plus de 4.000 connus) a 
fourni à M. H, l'occasion de jeter un coup d'œil d'ensemble sur cette question 
trop peu étudiée. Si le plus ancien milliaire connu provient de la Via Appia et 
date d'environ 250, si la Via iËmilia en montre un de 187, la Via Postumia un 
autre de 148, la Via Popillia un quatrième de 132, ce n'est qu'à G. Gracchus 



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150 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

que paraît due la transformatioa de cet usage en règle, appliquée comme telle, 
peu après sa mort, à la Via Domîtia en Narbonnaise*. Il n'en faut pas moins 
attendre qu'Auguste se soit fait donner, en 20, la cura vtarum, qui restera 
désormais un privilège impérial, pour voir partout les bornes se répandre le 
long des routes. Au reste, M. H. a peut-être exagéré quelque peu raction 
exercée par les empereurs; en tout cas, en Asie-Mineure et en Egypte, il 
est certain que les monarchies hellénistiques leur avaient donné l'exemple. 
Le système routier et postal si perfectionné des Perses (voir en dernier 
lieu Rostowzew, K/io, VI, p. 249; VII, p. 275) avait laissé sans doute des 
grandes voies bordées de parasanges ; du moins est-il remarquable que ce soit 
ce terme dont les géographes de Tempire arabo-perse de Bagdad se servent pour 
mesurer les distances et qui, sous sa forme actuelle de farsangsar, désigne 
la borne milliaire. Les successeurs d'Alexandre n'eurent probablement qu'à 
traduire en grec Tinscription araméenne ; tel fut sans doule le principal 
ouvrage des bématistes d'Alexandre et des auteurs de Siathmoi Asicu; — 
routiers d'Asie — Béton, Diognètos, Amyntas, Phllonidès, qu'il eût fallu 
mentionner. A son tour, en 129, M. Aquilius, premier proconsul d'Asie, 
n'eut qu'à ajouter les chiffres latins aux nombres grecs*. On ne saurait 
guère admettre, en effet, que la demi-douzaine de milliaires trouvés en Asie 
au nom de ce proconsul échelonnent des routes ouvertes par ses légions : 
quatre années de guerre ne venaient-elles pas d'absorber leur activité 
et n'est-ce pas seulement cinq ans plus tard que C. Gracchus rendit obli- 
gatoire cette pose des milliaires? Si, toutefois, le mille romain ([itXiov), en 
Orient, semble s'être substitué complètement à la parasange, en Gaule, dès 
Trajan, en Germanie, sous Septime-Sévère, la leuga indigène — qui paraît en 
Auvergne dès l'époque du grand roi arverne Luern et dont les arpenteurs 
romains font usage à côté de la jugère comme mesure de superficie, — cette 
lieue de 2222^^,50 a bientôt fait de chasser le m. p. En même temps la civii€tSy 
dont le nom, appliqué à la Gaule dans son acception gréco-latine, y désignait 
d'abord le territoire appartenant à une tribu, a pris le sens de cité en se res- 
treignant à l'agglomération urbaine qui s'est formée autour du vicus ou de 
Voppidum^ chef-lieu du territoire, et les milliaires pourront porter : a eiv(itate) 
Pai-^isiorum) Trev{îrorum)y puis, plus simplement, Treviris, Arvemis^ Gabalis, 
par une spécialisation du nom territorial à la ville principale que sanctionne 
Constantin en 311. — M. H. n'a fait qu'effleurer ces importantes questions, mais 

1. Ce serait supposer, avec M. Herzog (Gall, Narbon.j p. 48), que la Via Domi- 
na n'a été ouverte que par Cn. Domitius, premier proconsul de la Narbonnaise, 
après sa victoire sur Bituit en 121. Cependant Polybe, mort en 124 et écrivant 
vers 150, parle de la route aue les Romains avaient jalonnée de huit en huit 
stades, soit de mille en mille des Alpes-Maritimes aux Pyrénées-Orientales ; la 
route datait donc apparemment de leurs grandes expéditions en Espagne au 
début du u« siècle (Polybe, III, 39,8; cf. Desjardins, II, p. 265). 

2. M. H. ne semble pas s'être souvenu de l'existence d'âôot ^aaïkixod sous les 
Séleucides, que M. B. Ilaussoullier rappelle avec raison à propos d'un mîLliaire 
d'Aquilius à Teira sur la route d'Ephèse à Sardes {Rev. de Philol., XXIU, p. 293) 
qui vient s'ajouter à ceux de la route d'Ephèse à Tralles {CIL,, III, 479, 7204, 
14201**, 14202*), d'Ephèse à Pergame (1165), de Pergame â Elaea (1183), de Pergame 
par Sardes et Colossae en Pisidie (7117). 



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BIBLIOGRAPHIE 151 

d'uoe main assez ferme pour montrer tout l'intérêt que présenterait celte 
Histoire des grands chemins de VEtnpire romain que personne n'a tentée depuis 
Nicolas Bergier (1722) et qu'on s'accordera à réclamer avec lui. 

A. J. Rbinach. 

Michèle Jatta. Le rappresentanze figurais délie provincie romane. Rome, 
I^escher, 1908. lii-8, 86 p., avec 4 planches et 12 fig. dans le texte. 

La disposition de ce petit livre est claire, Tillustration intéressante et en 
partie nouvelle (série des médaillons en mosaïque représentant des provinces, 
au Musée de Berlin.) L'information dérive surtout des deux mémoires de 
MM. Bienkowski (De simulacris barbararum gentium, Cracovie, 1900) et 
H. Lucas (Die Reliefs der Neptunsbasilicaf dans le Jahrbuch^ 1900, p. 1 et suiv.). 
M. Jatta les a cités dans sa préface ; mais il aurait dû rappeler aussi, s'il les 
avait connus, le grand article Lokalpersonifikationen de Steuding dans le Leon- 
kon der Mythologie de Roscher et les différents articles consacrés aux pro- 
vinces romaines dans ce savant recueil. Le fait d'avoir ignoré ces écrits, anté- 
rieurs au sien et, à bien des égards, plus complets, enlève moins au mérite 
personnel de M. Jatta qu'à Futilité pratique de son travail. 

S. R. 

G. H. Chase. The Loeb Collection of arretine Pottery. New- York, 1908 
(en dépôt chez Hiersemann à Leipzig). Petit in-4o, viii-167 p., avec "23 planches. 
— M. James Loeb, de New- York, ayant formé une admirable collection de 
poteries arrétines, en a confié la publication à M. G. H. Chase, qui s'en est 
parfaitement acquitté. Tant que les trésors du musée d'Arezzo resteront incon- 
nus, ou à peu près, à cause de la paresse et de la jalousie de certains archéo- 
logues, le recueil de MM. Loeb et Chase sera notre source principale pour la 
connaissance d'une importante variété d'œuvres céramiques, qui nous ont con- 
servé le souvenir des plus beaux produits de la toreutique alexandrine. L'intro- 
duction réunit tous les renseignements désirables sur Thistoire de la fabrique, les 
potiers, etc. ; le catalogue raisonné est descriptif et explicatif sans vain bavar- 
dage. Les planches sont excellentes; j'aurais pourtant voulu, vu la haute 
importance de certaines scènes, qu'on les reproduisît d'après des moulages 
développés à la gélatine, c'est-à-dire en registres horizontaux. Les développe- 
ments de ce genre sont très bien faits au Musée de Saint-Germain, où Ton 
renseignera volontiers ceux qui désireraient appliquer la même méthode. 

S. R. 

F. Nicolardot. Les procédés de rédaction des trois premiers Évangélistes» 
Paris, Fischbacher, 1908. Gr. in-8, xv-315 p. — Une thèse de doctorat ès- 
lettres sur les Synoptiques, c'est presque une date dans l'histoire de la pensée 
française. Qu'aurait-dit Patin, qu'aurait dit Wallon? Mais 

Nous vivons sous un maître ami de la lumière 
et les questions vinculées ne sont plus des questions tabou à la Sorbonne. — ^ 



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152 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

L'auteur de ce livre a cru qu'il était moins intéressant de faire ranatomie des 
Synoptiques que la psychologie de leurs auteurs. Il a cherché « comment le der- 
nier rédacteur de chacun des évangiles synoptiques a fait passer la tradition, du 
stade où il la rencontrait, au stade où nous la trouvons ». C'est donc «r l'équa- 
tion personnelle » des rédacteurs» dissimulés sous les noms de Marc, de 
Mathieu et de Luc, que M. Nicolardot a tenté de mettre en lumière. Tâche nou- 
velle et séduisante, que MM. Vernes et Loisy avaient seulement indiquée. 
M. Nicolardot est entré dans de très menus détails pour mettre en lumière les 
r procédés rédactionnels » des Évangélistes ; il faudrait en faire autant pour 
discuter avec lui. Ce n'est pas le lieu ici, mais je veux signaler l'originalité de 
sa thèse et le recommander à l'attention des historiens. 

S. R. 

Université de Saint-Joseph. Mélanges de la Faculté Orientale. T. III, 
fasc. L Paris, 1908. Gr. in-8 de 480 p. , avec planches et gravures. — Encore 
un beau volume de cette savante publication. L'archéologie classique y notera 
surtout trois mémoires : 1** Le P. Jalabert, Aelius Statutus, gouverneur de 
Pkénicie (vers 293-304), personnage inconnu qu'ont révélé deux inscriptions 
grecques; 2» B. Moritz, Excursions dans V Arabie Pétrée; 3» Le P. G. de Jer- 
phanion et le P. Jalabert, Inscriptions du Pont^ de Cappadoce et de Cilicie. L'une 
d'elles, de Cilicie, mentionne un certain Onésidès, enûv xa\ xcopiwStac ttjc véac 
xa\ là(JL6(i>v icoiY)TY)v xat Xâycdv iYxa>(i.iaTtxâ>v auvypaçia xa\ vofiixov év toT; àpiaxot;. 
Cet Onésiclès fut « un Ménandre de province », en môme temps que rhéteur, 
juriste et autre chose encore. On ne se spécialisait pas trop en Cilicie (i*' siècle). 

S. R. 



Le Gérant : Ernest Leroux. 



AR0BR8. — IMPBIMBRIE A. BURDIN ET C^*, 4, RDB GARMIER. 



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REVUE ARCHÉOLOGIQUl- 1908 



PL. XII. 




Tombeau du Cakdinal ce la Rochefoucauld 
à l'Hospice d'ivry. 



E. Leroux, Ed. t. 



H, Den:ciii:u, se. 
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REX'IL'E ARCHÉOLOGIQUE 1908 



ToMBKAU DU Cardinal de La Rocheioucauld 
(Dessin au Cabinet des Estampes) 



I£- Leroux, Izdit. H. Dcnu 

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RiiVL'E ARCHHOLOGiaUF 1908 PL. XIII. 



ToMBKAU DU (Cardinal dk La Rochf.ioucaui d 
(Dessin au Cabinet des Estampes) 



Lkrol'X, Iiiiil. H- Dcmoulin, se. 

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RI VUH ARCHtoLOGIQUli iqo8 



PL. XIV. 



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7. 



E. Li ROUX, /Ù//7. 



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KI.VUE ARCHKOLOGiaUE 1908 



PL XV. 



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K. Lfi'.oux, i:'i/^' 



//. Dciiioiiliii, se. 
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RBTE .ARCHCOLOGIQUE 1908 PI.. XVI. 



Chapelle db l'Ascension. Arceaux et Vouiks. 
(Angle supérieur droit). 



E. I EROUX, /{(i/V. H. nt-nionJih,Si 

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ERNEST LEROUX, ÉDITEUR, 28, RUE BONAPARTE, VI • 



Colcnel AUotte de la FUTS 

DOCUMENTS PRÉSARGONIQUES 

Fascicule I. — Première partie. — 25 planches (de I à XXV), In-folio. 
Prix de souscription au volume qui comprendra environ 120 planches . . 45 Tr* 



PAPYRUS GRECS 

publiés sous la direction de Pierre JOUQIIET 
avec la collaboration de P. COLLART, J. LESaUfCR, M. XOUAL 

Tome I, fascicule 2. PAPYRUS PTOLÊMAIQUES 

Souscription au tome I (4 fascicules). Gr. in-8. 25 fr. 

U COLONNE TORSE ET LE DÉCOR EN HELICE DANS L'ART ANTIP 

Par Victor CHAPOT 

Uu volume in-8, illustré de 210 fijf ures 7 fr. 60 

ANNALES DU MUSÉE GUIMET 
BIBLIOTHÈQUE D'ÉTUDES. — Tome XVII à XIX 

LE NEPAL 

ÉTUDE HISTORIQUE D'UN ROYAUME HINDOU 

* Par Sylvain LÉ VI, professeur au Collège de France. 

3 vol. in-8, figures et planches 30 fr. 

A.-D. XBNOPOL 

Membre de rAcadémie rounaiue 

LA THÉORIE DE L'HISTOIRE 

Deuxième édition refondue des « Principes fondamentaux de Vhistoire » 
Un volume grand in-8 7 fr. 60 

J. de MORGAN 

LES RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 

leur but et leurs procédés 
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Tome X. 
TEXTES ÊLAMITES-SÉMITIQUES — QUATRIÈME SÉRIE 
Par V. SCHEIL, avec la collaboration de J. Et. GAUTIER 
Un vol. ia-4, illustré et accompagné de 15 héliogravures 40 fr. 

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CULTES, MYTHES ET RELIGIONS 

Tome troisième. In-8, de 550 pages avec 25 gravures dans le texte . . 7 fr. 50 
Annales du Musée Guimet, — Tome XXXI, partie l 

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ÉTUDE SUB LES TOMBEilUX DB L OUEST DE Lil DYNASTIE DES TSINQ 
Par le commandant E. FONSSAGRIVES 

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Par Clément HUART, professeur à l'École des langues orientales vivantes. 

Un beau volume in-8, illustré et accompagné de 10 planches hors texte. . 15 fr. 

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1908. — Un volume in-18 5 fr. 

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REVUE 



ARCHÉOLOGIQUE 

PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION 

DE MH. 

G. PERROT ET S. REINAGH 

MKMBRCS DB L'iNgTITDT 



QUATRIÈMB SÉRIE. — TOME XII 

SEPTEMBRE-OCTOBRE 1908 



PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUB BONAPARTE (YI« 

1908 

Tons droits rétarr^t. 



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SOMMAIRE DE LA LIVRAISON 



TEXTE 



Marbres antiques des coUeclions de Genève, par M. W. Dbonna 153 

Les mercenaires et les colonies militaires de Pergame, par M. Â. J. Rbinach . . 174 
Essai sur la chronologie préhistorique de la Péninsule Ibérique, par M. J. Déchb- 

LETTE 219 

Variétés. Catalogue des cartes postales illustrées, d*après les monuments romains 

de la France, par M. Joseph Déchklbtte 266 

^ Le Sarcophage de Haghia Triada, par M. A. J. Reinach 278 

— Nouvelles fouilles à Knossos, par M. A. J. Reinach 288 

Bulletin mensuel de l'Académie des Inscriptions ' . . . . 294 

Société nationale des Antiquaires de France 301 

Nouvelles archéologiques et correspondance 304 

Bibliographie : Ouvrages de MM. Anoslo Mosbo, R. Paribbni, Bkumo Kaisbr, 
G. Napoletani, CoLASANTi, JuAN RoMAN Y Calvet, F. Pbllati, G. Amaud 
d'AoNEL, G. Biadeoo, D*" Chaume, H. C. Butler, E. Littmann, W. K. Prbntice, 

Henri Loriquet, Venturi, A. de Mortillbt 315 

Revue des publications épigrapbiques par MM. R. Cagnat et M. Besmibr. . . 331 



CONDITIONS DE L'ABONNEMENT 



Pour Paris. Un an 30 fr. | Pour les départeoients. Un au. . 32 (r. 

Un numéro mensuel 3 fr. | Pour l'Etranger. Un an 33 tr. 

On s'abonne également chex loua ies libraires des Départements et de rKlranifer. 



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M4RBRES ANTIQUES 

DES COLLECTIONS DE GENÈVE 



Le nouveau Musée d'Art et d'Histoire de Genève, dont la 
construction vient d'être achevée, va recevoir bientôt dans ses 
vastes salles les richesses artistiques qui, à l'heure actuelle, 
sont encore dispersées çà et là. Le moment est donc bien 
choisi, semble-t-il, pour faire connaître ces collections qui 
quitteront dans peu de temps les locaux obscurs où elles sont 
exposées, pour être installées somptueusement dans leur nou- 
velle demeure. 

Les pages suivantes sont consacrées à l'étude de quelques 
marbres antiques qui méritent d'être publiés, bien qu'aucun ne 
se distingue par des qualités artistiques de premier ordre. 

A. Musée Fol*. — Le vieil hôtel de l'ancien résident de France 
à Genève' renferme, dans ses salles du rez-de-chaussée, la collec- 
tion réunie autrefois par M. Fol. Les sculptures en ont été som^ 
mairement décrites, mais avec autant d'erreurs que de mots, 
dans le Catalogue descriptif de ce Musée*. Bien que leur origine 
ne soit généralement pas indiquée, il est vraisemblable qu'elles 
proviennent toutes d'Italie, où M. Fol forma sa collection. 

L Hermès bicéphale^ (flg. 1.) D'un côté, une tête à longue 

1. Le Catalogue de ce Musée a élé publié par M. Foi, Catalogue descriptif, 
MV, 1874-9. Cf. Rsv. arch», 1875, 1, p. 271 sq.; Go*, des Beaux- Arts, 1875, 1, 
p. 309 8q. 

2. Le Fort, Notice historique sur Vhètel du résident de France à Genève, 
tMémoire$ de la Société d'histoire de Genève^ 1877, p. i sq. 

3. I, p. 286 sq. 

4. Catal,, n^ 133i ; PHcole, Meidias et le style fleuri dans la céramique attique, 
p. 127, note 3. 

IV*8éR1E, T. in. Il 



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154] REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

barbe frisée, à chevelure disposée autour du front sur trois 
rangées de boucles en forme de coquilles; de l'autre, une tête 
imberbe, aux cheveux partagés par une raie et ramenés sur 
les tempes en deux bandeaux ondulés. Une grosse boucle 
sur le pilier, a droite et à gauche de chaque visage. Le [nez du 



Kg.!. 

personnage barbu, ainsi qu'une partie du buste, sont restaurés. On 
lit sur le pilier, au-dessous de cette tête, le nom de AYKOYPrOC* 
Hauteur 0,47- 

C'est Apollon que représente la tête juvénile, et plusieurs 
répliques répètent ce type du dieu. M. Amelung* et tout récem- 
ment M. Savignoni' ont dressé la liste de ces monuments. On 

i. Basis des PraxUeles^ p. 67, 

2. Atisonta, 1907, p. 41, et note 4 (références). 



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MARBRES ANTIQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE 155 

verra, en comparant par exemple la tête de Genève à celle d'un 
hermès du stade d'Athènes *, qu'il faut ajouter à cette nomen- 
clature Thermes du Musée Fol. 

Dans les quatre hermès d'Athènes, comme dans celui de 
Genève, la tête d'Apollon est unie à une tête barbue. Celle-ci 
reproduit les traits de l'hermès trouvé à Pergame, que l'ins- 
cription a permis d'identifier avec l'Hermès Propylaios d'Alca- 
mène\ C'est une réplique assez fidèle, qui vient grossir le 
nombre de celles qu'on connaît déjà*. 

Pour M. Savignoni, la tête d'Apollon, qui se présente plusieurs 
fois unie à celle de l'Hermès d'Alcamène, pourrait aussi être 
une création de cet artiste. Mais ce n'est qu'une hypothèse 
bien hasardée. 

Il n'y a donc aucune relation entre les têtes qui surmontent 
le pilier et le nom de Lycurgue qui y est gravé. C'est là une de 
ces dénominations fantaisistes de l'époque romaine, dont on 
connaît de nombreux exemples. 

2. Torse de jeune garçon^ (fig. 2). Les parties manquantes 
sont : la tête, les bras, la jambe droite à partir du milieu de la 
cuisse, la jambe gauche depuis le haut de la cuisse. Le sexe est 
mutilé. Marbre de Paros, dont l'épiderme est recouvert d'une 
légère croûte calcaire. Hauteur : 0,45. 

Le poids du corps reposait sur la jambe droite et la jambe 
ébauche était fléchie, attitude qui détermine un fort déhanche- 
ment du côté droit, tandis que le haut du torse s'infléchit à 

1. Ibid., p. 41, ag. 16. 

2. Sur Thermes de Pergame : Ath. MUt., 1904, p. 179 sq. (Âltmann) ; p. 208 
sq. (WîDter); Jahrhuch, 1904, p. 22 sq. (Loeschcke = Amer. Journal of areh.^ 
1904, p. 473); Arch. Anzeiger, 1904, p. 176; Comptes rendus de l'Acad. des 
imcript. et B.-L., 1904, 4 mars; S. Pr. Berlin, Akad., 1904, p. 69-71, pi. 
(Conze); Gaz. des Beaux-Arts, 1906, T, p. 330, fig.; MUnckenersUzungsber.^ 
1904, ni, p. 378; Klein, Gesch. d. gr. Kunst, II, p. 210, 397; Jahrbuch, 1908, 
p • 19 (Petersen). 

3. Répliques : Ath. Mitt., 1904, p. 183 sq.; Collection Warocquê, 2« série^ 
190f, n« 142, p. 19-20; Lechat, Sculpture attique^ p. 501, note 1. 

4. Calât., n* 1323. 



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156 ftEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

gauche. Ce rythme est celui des œuvres polyclétéennes, celui 
du Doryphore par exemple, et le principe d'alternance des 
mouvements, employé par Polyclète, d'après lequel l'action et 
le repos sont également répartis entre les deux moitiés du corps, 
permet de croire que le bras gauche était légèrement plié et 
avancé, tandis que le bras droit, inactif, pendait le long du 

<x standbein ». Les deux trous 
que l'on voit de ce côté, sur la 
cuisse droite, servaient peut-être 
I à unir le corps au tronc d'arbre 
de soutien. 

Polyclétéen dans son attitude, 
ce torse l'est aussi par la concep- 
tion schématisée qu'il trahit du 
corps humain. On y retrouve l'in- 
dication forte des lignes des aines, 
qui s'infléchissent brusquement 
vers la crête iliaque, et la proé- 
minence des muscles qui s'y atta- 
chent, le pubis en relief légère- 
ment incurvé, détails caractéris- 
tiques de l'art de Polyclète, puis 
ce travail de la poitrine, par 
^** ' grands plans presque géométri- 

ques, sobre et vigoureux. 
C'est donc parmi les œuvres attribuées à Polyclète qu'il faut 
chercher l'analogue de cette sculpture. L'absence de poils au 
pubis dénote la grande jeunesse de ce corps. Ce détail, ainsi 
que l'attitude, permet de rapprocher le torse de Genève de 
l'éphèbe de Dresde*, dont il paraît être une réplique*. 
Les caractères du syle polyclétéen se montrent encore dans 

1. Furlwaeogler, Masterpieees, p. 265 sq., pi. XII; Mahler, PolykUt, p. 55 
sq. ; Klein, Gesch, d. gr. Kunst^ II, p. 150 sq. 

2. Les répliques sont énumérées par Furlwaeogler, op, l.^ p. 2Ô6| et Mabler, 
/. c. 



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MARBRES ANTIQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE 157 

une statuette en bronze du Musée Fol* (iig. 3). Ce n'est plus 
un jeune garçon qui est représenté, mais un éphèbe, dont l'atti- 
tude reproduit celle du Doryphore. Le casque corinthien qui le 
coiffe fait songer à Ârès, et Ton peut restituer dans la main 
gauche la lance. Une statuette analogue du British Muséum est 
rapprochée par Furtwaengler de celle de Genève", mais dans 
cette dernière, l'arrangement des cheveux, divisés sur le front 
par une raie, est plus conforme au modèle 
polyclétéen. 

3. Tète (THermès* (flg. 4-5). Le messa- 
ger des dieux porte de petites ailes sur la 
tête, que recouvre une chevelure courte, 
traitée par petites mèches en désordre, 
larges et fouillées. Le nez et le cou sont res- 
taurés. Marbre de Paros. Hauteur : 0°*,31. 

Le plus ancien exemple d'Hermès avec 
des ailerons sur la tête remonte à l'époque 
de la guerre du Péloponnèse ^ On possède 
plusieurs têtes d'Hermès munies d'ailes, 
qui semblent dériver d'un original poly- 
clétéen*. Mais ici, ce ne sont pas les carac- 
tères du style de Polyclète que l'on recon- 
naît. C'est de l'art de Phidias que s'inspire 
cette tête. Qu'on la compare à la tête La- ;. 

borde*, qui est le point de départ de toute 

1. Catal,^ n* 1275. Celte slatuette est mentionnée par Furtwaengler, op. /., 
p. 230, note 5. Provenance : Ostie. Hauteur 0,17. Les pieds manquent. La 
base, iocrustée de paimettes d'argent, est antique. 

2. Furtwaengler, /. c. 

3. CataL; n» 1328. 

4. Furtwaengier-Reiehhold, Griech. Vasenmalerei, pi. 20; cf. Reinach, Recueil 
€U têtes, p. 48, note 1. 

5. Furtwaengler, Masterpieces, p. 290, note 5; Mahler, Polyklet, p. 59, fig. 
14; Reinach op. /., p. 47 pi. 59. 

6. Gat. des Beaux-Arts, 1902. I, p. 453, Bg. ; Reinach, op, /., p. 63, pi. 77 ; 
Sauer, Der Weber-Labord'sehe Kopf und dis Giebelgruppen des Parthenon, 
«905. 



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158 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

recherche sur le style de Phidias, et on y retrouvera tous les 
détails caractéristiques qu'a relevés si minutieusement M. Rei- 
nach*. 

Ce sont les mêmes yeux, à la cavité peu profonde, où la 
distance entre la paupière supérieure et l'arcade sourcilière est 
très petite, où les paupières sont fortes et forment comme des 
bourrelets sensiblement égaux, où la supérieure déborde la 



Kig. 4. Fig. 5. 

glande lacrymale, tandis que la saillie de l'inférieure, du même 
côté, n'arrive qu'en deçà de cette glande. C'est la même bouche, 
où la lèvre inférieure est plus forte que la lèvre supérieure, et 
dont les coins'ne sont pas relevés. Ce sont les formes du visage 
phidîaque, de ce visage à l'ovale régulier, où ni le front, ni le 
menton ne proéminent, mais où tout est fondu harmonieuse- 

1. Gaz. des Beaux-Arts, 1902, I, p. 452 sq. 



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MARBRES ANTIQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE i59 

ment'. La comparaison avec la tôte Laborde et les tôtes du 
ParthénoD, par exemple avec celle du Dionysos de la frise% 
peut se poursuivre de profil. Enfin, ce n'est pas la dievelure 



Fig. 6. 

en mèches courtes, collées au crâne, qu'affectionne Polyclète; 
ce sont des mèches emmêlées, affectant la forme de S, et sans 

1. Sur le visage phidiaque, Furtwaengler, Meisterwerhe, p. 29 sq,; Jamot» 
Monuments grecs, XXI-XXII, p. 54. 
Z. Qaz, des Beau^Arls^ 1902, 1, p. 455, fig. 



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160 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

aucune tendance à la symétrie, telles qu'on les voit dans les 
têtes du Parthénon. M. Reinach a fait observer que là où ce 
caractère se rencontre, on peut être certain que l'influence 
d'un modèle de Phidias s'est exercée. 
Ainsi, tout ramène notre pensée au cycle artistique de Phidias 



Fig. 7. 

et de ses élèves. Mais est-ce une copie fidèle d'un original perdu, 
ou bien le copiste a-t-il transformé en Hermès, par l'adjonction 
d'ailes, un autre type statuaire? C'est ce que nous ne saurions 
dire, sans entrer dans le domaine stérile des hypothèses pure- 
ment conjecturales. 

i. Apollon Sauroctone^ (fig. 6). La partie supérieure du corps, 
ainsi que le haut du tronc d'arbre, sont restaurés en pl&tre 

• 1. Catal., n* 4316. CeUe statue est mentionnée : Gaz. d*i8 Beaux-Arts, 1875, 
I, p. 376; Wiener Jahreshefie, 1898, Beiblatt, p. 144; Collignon, Sculpture 
grecque 9 II, p. 285, note 2. 



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MARBRES ANTIQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE 161 

d'après Texemplaire du Vatican. La partie inférieure, avec la 
plinthe, est antique. Provenance : Rome, via de' Serpenti, dans 
les fondations d'une maison. Hauteur : l'^^Sl. 

Les répliques du Sauroctone sont énumérées par M. Klein ^ 
à la liste duquel il faut ajouter la statue de Genève'. 

5. Tane masculin^ (fig. 7). Parties manquantes : la tête, les 
bras, les jambes depuis les aines. Hauteur : 0'°,59. C'est une 
réplique de l'Héraklès Farnèse. On aperçoit encore, sous l'ais- 
selle gauche du torse de Genève, un fragment de la peau de 
lion qui amortissait le contact de la massue. La main droite, 
qui était posée sur la cuisse, 

y a laissé des traces. 

La musculature n'est pas 
exagérée, comme dans la 
statue de Glykon; elle est 
conçue avec sobriété, com- 
me celle de la statuette du 
Louvre, réplique de propor- 
tions plus mesurées que le 
colosse Farnèse ^ 

6. Tête masculine^ im- 

1. PraxUeles, p. 108; réplique 
d'ATÎgDOQ, Gonse, Musées de 
France^ p. 74. 

2. Une gemme du Musée Fol re- 
prodail le motif du Sauroctone, et 
doit être ajoutée à la liste de 
M. Kleio, op, /., p. iil. Cf. Le 
Muiit Fol. Etudes d:art et d^arch,, 
n, pi. IX, 6 ; Wiener Jahreshefle^ . 
l.e. 

S. Catal n* 1325. Fig. 8. 

4. Collignon, Lysippe, p. 97, 
fig. 19. Les répliques de THéraklès Farnèse sont énumérées par Stephani, 
Auiruhender Herahles^ p. 161. Cette liste peut être augmentée. Mentionnons, 
entre autres, la réplique trouvée dans le vaisseau naufragé d'Ânticythère, Svo- 
rooos, Dos Alkener Nationalmuseum, 1903, 23, pi. XI, I; cf. Rev. arch., 1904» 
I. p. 191. 



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162 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

berbe* (fig. 8). Cette tête aurait été trouvée à Rome, et acquise 
des héritiers du sculpteur Tenerani. C'est une réplique de la tête 
du fils aîné de Laocoon, de celui qui se trouve à la gauche de son 
père. Mais est-ce une copie antique? Évidemment non, et tout, 
dans le travail du marbre, fait croire que c'est une copie mo- 
derne, exécutée peut-être au temps de la Renaissance*. Si Ton 
considère les répliques connues du groupe deLaocoon', qu'elles 
reproduisent le groupe entier, comme le petit groupe de Reggio, 
ou la tête du père, ou celles des fils, on verra que la plupart sont 
modernes, et que l'authenticité des autres est fort douteuse. La 
tête de Genève n'est donc qu'un numéro de plus à ajouter à 
cette famille d'œuvres suspectes. Le groupe du Vatican, que 
les recherches de ces dernières années permettent de dater d'une 
façon certaine, et dont on peut, grâce à la découverte de 
M. PoIIak, restaurer exactement le bras droit, ne gagne donc 
rien à la connaissance de la tète de Genève, si estimée de son 
premier possesseur. 

7. Tête de Dionysos* (flg. 9). Les cheveux, divisés sur le front, 
forment sur les côtés deux bandeaux ondulés ; noués par der- 
rière, ils retombent en boucles sur les épaules^ et sont couron- 
nés de pampres. Le nez et le buste sont restaurés, de même que 
la bandelette de métal, dont la place et la largeur étaient indi- 
quées par les traces anciennes. Hauteur 0°^,39. 

Il faut rapprocher cette tête de celle qui est conservée au 
Musée du Capitole* et à qui l'on a donné autrefois, mais à tort, 
le nom d'Ariane. C'est Dionysos qui est représenté, un de ces 

i. Catal., no 1333. Hauteur 0,36. 

2. Gomme la réplique de cette même tête à Vienne, Jahrbuch, 190Ô, p. 10, 
fig. 5. 

3. Bôm. Mitl,, 1898, p. 147 sq. ; Jahrbuch, 1891, p. 177 (Fôrster) ; 1906, p. 6 
eq. (id.). Surla réplique douteuse d'Arenberg, cf. en dernier lieu, Comptes rendu» 
de VAc. d, Inscr. et fi.-L., 1908, p. 145. 

4. Catal., n^ 1339. 

5. Helbig-Toutain, I, p. 380, n**517; Brunn-Bruckmann, pi. 383; Reinach, 
Recueil de têtes, pi. 205, p. 164; Roscher, Lexikon, s. v. Dionysos, p. 1137, 
fig. 16. 



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MARBRES ANTIQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE 163 

Dionysos efféminés dont le type n'est pas antérieur à l'époque 
hellénistique. 
La réplique de Genève est de beaucoup inférieure à celle du 



Fig. 9. 

Çapitole. Le modelé en est plus mou. Dans Texemplaire du Capi- 
tôle, la tête est légèrement inclinée et tournée à droite. La tête 
de Genève devait avoir primitivement la même position. 

8. Aphrodite^ (fig. 10). Cette statue, qui provient de la villa 
d'Hadrien à Tivoli, mesure O^'jTO de hauteur. Bien que les bras 
soient brisés, et que toute la partie inférieure du corps manque 

1. Cûial., n» 1321. 



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164 BEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

à partir des hanches, on reconnatt aisément le motif qu'a repré- 
sente le sculpteur. Les traces lais- 
sées sur les seins et sur la hanche 
gauche témoignent que le bras 
droit couvrait les seins, et que la 
main gauche cachait le sexe. 
C'est l'attitude bien connue de la 
Vénus pudique, que répètent tant 



Fig. 10. 

de sculptures antiques' : 
l'Aphrodite du Capitole et 
l'Aphrodite Médicis, dont 
l'orignal serait peut-être une 
œuvre de Lysippe, en sont 
les exemplaires les plus 
connus. 
^'8- "• La déesse porte, comme 

c'est souvent le cas, une haute Stéphane*. 

9. Têle d'Aphrodite^ (flg. H). Hauteur : 0"*,42. Le type est 

{. Reinach., dépéri, de la staL, I, p. 331 sq.; Il, p. 350 sq.; III, p. 108 sq. 

2. Ibid., II, p. 352, 10; 353, 5, 7; 355, 7,!0, eU. 

3. CatcU., n» 1340. 



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MARBRES ANTIQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE 165 

celui de rÂphrodite du Capitole et de ses diverses répliques^ La 
chevelure est disposée de même : partagée sur le front par une 
raie, en deux bandeaux ondulés, elle forme une masse épaisse 
relevée sur le sommet de la tête. Cet arrangement est fréquent 
dans les têtes de T&ge postérieur à Alexandre. La petite boucle 
que détache la chevelure devant Toreille est aussi un détail qui 
n'apparaît pas avant la seconde moitié du iv® siècle', 

10. Torse de Dionysos^. Hauteur : 0",56. Le jeune dieu, nu, la 
chevelure flottant et déta- 
chant par devant une bou- 
cle sur chaque épaule, est 
debout, au repos, le poids 
du corps reposant sur la 
jambe gauche, la jambe 
droite fléchie et légèrement 
portée en avant. Type cou- 
rant de répoque gréco-ro- 
maine ^ 

ll.r^/erf^F/ortf»(flg.l2). 
Hauteur O^.Sl. Une cou- 
ronne de fleurs à deux ran- 
gées entoure la tête, dont 
les cheveux, formant sur le 
devant deux bandeaux on- 
dulés, sont par derrière ra- 
massés en un épais chi- 
gnon et laissent flotter sur 
les côtés des boucles. Bien 
que Tart romain n'ait pas 
conçu pour Flore un type ^'^' *^* 

i. Reinacb, hecueU de téits^ pi. 186-7. 

2. Ibid., p. 148. 

3. CataL, n« 1324. 

4. Reinach, IHéperi. de la stat., I, p. 376 sq.; II, p. 112 sq. 

5. CataL, n* 13^, fig. 



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166 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

distinct et facilement reconnaissable; et que la couronne de fleurs 
ne suffise souvent pas à distinguer cette déesse d'autres divini- 
tés analogues, on peut conserver à cette tête le nom de Flore 
qui lui est attribué par le catalogue *. La couronne, l'arrange- 
ment particulier de la chevelure se retrouvent en effet dans la 
plupart des têtes qui surmontent des statues auxquelles on a 
donné le nom de Flore ou de Pomone *. 

12. Torse masctiHn* (flg. 13). Hau- 
teur 0",83. Parties manquantes : la 
tête, le bras gauche, les jambes au- 
dessous des genoux, la tête et les 
pattes de l'animal. 

Un homme, dont la peau ridée 
trahit la vieillesse, est vêtu d'une 
exomis qui, attachée sur l'épaule 
gauche et laissant l'épaule droite à 
découvert, est serrée à la ceinture 
par une corde. Il tient contre son 
flanc droit un chevreau. Une besace, 
retenue par une courroie qui tra- 
verse obliquement la poitrine, pend 
à sa gauche. On remarquera le réa- 
lisme avec lequel sont rendues les 
rides qui sillonnent ce corps de 
Fig. 13. vieillard, la maigreur de la poitrine 

décharnée, les veines du bras droit. 
Le travail de la draperie est large et savoureux. C'est un bon 
exemple de la statuaire romaine au temps d'Auguste. 

Ce torse rentre dans la riche série des sculptures qui emprun- 
tent leurs motifs aux diverses conditions de la vie du peuple, 
et qui représentent des bergers, des pêcheurs, des paysans. La 

1. Saglio-PoUier, Dict. des ant., s. v. Flora; Roscher, Uxikon, s. v. Flora 

2. Reinach, Répert. de la stat., I, p. 151, 216, 217. 

3. Catal, n« 1322; Gaz. des Beauœ-ArU, 1875, I, p, 371, fig. 



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MARBRES AOTIQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE 167 

liste en a été dressée en dernier lieu par M. Wace*, et peut être 
encore accrue : la statue de vieille femme portant une cor- 
beille, trouvée récemment à Rome, en est un exemple de plus*. 
Le vieux berger de Genève peut être complété par deux autres 
statues qui reproduisent le même sujet; Tune est à Saint* 



Fig. U. 

Pétersbourg', l'autre au palais Lazzaioni à Rome*. Il trouve 
aussi une proche parente dans la vieille paysanne portant un 
agneau, au Palais des Conservateurs*. Un torse du Musée archéo- 
logique de Rome *, qui représente une vieille femme portant des 
poussins, ressemble aussi beaucoup à celui de Genève par la 



1. Annual of the Brit. School at Alhens, 1902-3, p. 226 ; 1903-4, p. 103 sq. 

2. MariaDÎ, BoUettino délia comm. arch. di Eoma^ 1907, IV, p. 257 sq. ; 
ifofùie degli Scavi, 1907, p. 526-7, Bg. 45-6; Arch. Anzeig., 1908, p. 147; 
amer. Journal of areh.^ 1906, p. 106. 

3.Reioacb, Répert. de la stat,, I, p. 127, pi. 742, n» 1795; Wace, p. 104, 
n»9. 
k. Einzelauftwkmen^ 1171 ; Wace, /. c* 
6. Wace, L c, n« 3. 
6. iWd., n» 4, fig. 1. 



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168 REVtJE ARCHÉOLOGIQUE 

manière dont est indiqué le vêtement et par la besace sils-^ 
pendue au côté gauche. 

On rapporte généralement à l'art alexandrin l'origine de 
ces sculptures réalistes. M. Wace, qui a étudié en détail cette 
question, ne le croit pas, et les attribue à Tart romain du 
!•' siècle et des siècles suivants *. 



Fig. 15. 

13. Téle féminine* (fig. 14), décorant un bras de fauteuil en 
marbre ; elle proviendrait du même trône qu'une tête de la Glyp- 
tothèque Ny-Carlsberg, étudiée par M. Arndt, et identique à 
celle-ci. Hauteur : O*",!?. 

1. Annual of the Brit, School, 1902.3, p. 226 ; 1903-4, p. 110 sq. 

2. Cakkl., n* 1370 ; Glypt» I^y-Carlsberg, texte de la pi. 17, p. 25, note addi* 
tioonelle. 



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MARBRES ANTrQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE 169 

B. Musée archéologique. 

14. Groupe d'un Centaure enlevant une nymphe (flg. 15-16). 
Inv. P. 620. Hauteur : 0'",19. Provenance : Chypre. Pierre cal- 
caire. On distingue encore des traces de couleur noire sur la 
barbe, sur les souliers de la femme, sur le pilier. 



Fig. 16. 

Un Centaure, aux quatre sabots de cheval, la tête tournée à 
droite, tient entre ses bras, devant lui, une femme qui, debout, 
les pieds sur la même ligne, la tête droite, relève de chaque 
main sa longue tunique. Le corps du Centaure est soutenu par 
un pilier quadrangulaire *. 



1. Dans une statue de cavalier de T Acropole (CoUignon, Sculpture grecque^ 
I» fig. 180), à laquelle on a rajusté cette année des fragments nouveaux, le 
corps du cheval est supporté de même en son milieu par une colonne cannelée. 

!▼• SÉRIE, T. XII. 12 



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170 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

L'art grec, à toutes les époques, a souvent reproduit ce motif*, 
avec des variantes d'attitudes : la femme peut être soulevée de 
terre dans les bras du Centaure* et généralement se débat contre 
son ravisseur*. Cependant, sur un fragment de coupe de l'Ermi- 
tage*, la nymphe, drapée d'une tunique aux fins plis, n'est 
nullement effrayée et se retourne avec coquetterie vers le Cen- 
taure qui l'emporte. C'est la même donnée qu'a représentée le 
sculpteur chypriote auquel est dû ce petit groupe : la jeune 
femme ne cherche nullement à fuir le Centaure qui la caresse 
amoureusement de la main droite et la soutient de son bras 
gauche passé sous son épaule; elle relève, d'un geste qui vou- 
drait être gracieux, sa robe, et, souriant de l'éternel sourire 
archaïque, semble toute fière d'être l'objet des convoitises de 
l'homme-cheval. 

Celui-ci est conforme au type du Centaure créé par l'art 
archaïque. Ses quatre pieds sont des sabots de cheval, mais la 
transition entre le corps humain et le corps de l'animal est 
encore maladroite, et l'on remarque distinctement le profil des 
cuisses humaines, tout comme sur une hydrie de Caeré, du 
VI® siècle, aux Centaures de laquelle on peut comparer celui de 
Genève". Le Centaure a des oreilles de cheval, comme Silène, 
auquel il ressemble par beaucoup de points de sa nature*. 

Le style de ce groupe est bien celui de l'art chypriote du 
VI® siècle. La manière dont sont indiqués la barbe et les che- 
veux, les traits même du visage se retrouvent dans des têtes de 
Centaures en terre cuite trouvées à Chypre' et dans d'autres 

1. Hoscher, Lexikon^ s. v. Kentauren, p. 1052, 1069. 

2. Ibid., p. 1052, fig. 5; Journal of kellenic Sludies, I, p. 130, fig.; Harri- 
son, Prolegomena to tke Study ofgreek religion, p. 383, flg. 120; Furlwaen- 
gler, Gemmen, pi. VIll, 5. 

3. Beinach, Répert, des vases, I, 40, 241. Cf. les représentations plastiques 
du wylhe des Centaures et des Lapiihes. 

4. Ibid,, I. 31, n» 15; Nicole, Meidias et le style fleuri dans la céramique 
attique, p. 58, Cg. 2. 

5. Roscher, op. L, 1042, Og. 2. 

6. Ibid,, p. 1052. 

7. Ohnefalsch-Richter, Kypros, die Bibel undUoiner, pi. XLVII, 11, p. 391, 



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MARBRES ANTIQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE 171 

têtes masculines de même provenance*. Les plis de la robe de 
la femme, le collier marqué en pointillé, le type de la physio- 
nomie, sont ceux des statuettes féminines en pierre tendre de 
Chypre*. 

Cet intéressant petit monument, dont je ne connais pas 
d'analogue, date sans doute possible du vi° siècle, et je ne sau- 
rais admettre l'opinion de M. Nicole qui, en le publiant', 
Tattribue au v® siècle, sans dire les motifs qui l'incitent à 
placer ce groupe à une date aussi basse*. 

C. Musée Rath. — Les autres sculptures antiques du Musée Fol 
et du Musée archéologique sont trop médiocres pour mériter 
d'être mentionnées. Trois marbres du Musée 
Rath, cités par M. v. Duhn dans VArchaeolo- 
gischer Anzeiger (1895, p. 54, note 1), ont été 
récemment reproduits dans une revue gene- 
voise d'art'. Ce sont les suivants : 

15. Torse d'Aphrodite^ (fig. 17) trouvé en 
1850 à la villa Ludovisi, acheté par Campana, 
puis par M. Duval. M. Nicole, qui en a donné 
une bonne reproduction, le rapproche à tort 
de l'Aphrodite du Capitole. Les bras n'avaient 
pas l'attitude de cette statue, car, s'il en avait 
été ainsi, on en verrait les traces aux seins 
et au sexe. 11 faut plutôt rapprocher le torse 
de Genève de l'Aphrodite du Vatican; on y 
retrouve même hanchement, même flexion *^g- *^- 

D« il. Od remarquera que le lype du Ceataure est fréquent dans les terres 
caile« archaïques de Chypre, i6wi., pi. XLVIII, 8 sq.; CIV, 5, 6, 9; 
Roscher, p. i088, n» 10 b. 

1. Ohnelalsch-Richter, op. /., pi. CV, 8. 

2. /6i(i., pi. XLVI, 4; LI, 12; CCIX, 4; môme indication des yeux, ébauchés, 
t6ûi., pi. LIV, 2, 3, 4, 7, etc. 

3. Op. cit. p. 59, uote 1, fig. 3. 

4. « Le groupe, dit-il, est du v« siècle av. J. C. et témoigne d'inOuences 
looiennes sur un style archaïque ». Cela ne signifie rien. 

5- tios anciens et leurs œuvres, i908. 

6. Catat. Rathy 1882, p. 87, 1; Arch. Anzeiy., 1895, p. 54, note 1; Reinach, 



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172 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

du torse, et, au côté gauche, on aperçoit encore les tenons qui 
fixaient le vase sur lequel la déesse laissait retomber son dernier 
voile. Marbre de Paros; hauteur, 1,30. Parties manquantes : la 
tête, les bras, les jambes au-dessous des genoux. 

16. Torse masculin^ provenant de Rome*. C'est une excellente 
réplique, en marbre de Paros, du Pasquino et du groupe dit 
Ménélas et Patrocle de Florence. On sait que, si certains archéo- 
logues attribuent le prototype de ce groupe au iv® sîècleS 
d'autres le croient plus récent'. M. Loewy, dans un article paru 
en 1907, a voulu prouver qu'on ne saurait le rapporter à Tart 
du IV® siècle\ Le groupe, qui présente de grandes analogies 
avec le Gaulois Ludovisi, daterait des dernières années du 
in® siècle; il proviendrait du même ensemble décoratif que 
r Amazone Borghèse*. 

17. Statue de Trajan^, trouvée en 1880 près d'Ancône. 
Marbre de Paros. Hauteur 2,10. Les jambes sont restaurées; 
la tête, qui était brisée, appartient bien à la statue\ Le corps, 
nu à Texception d'une chlamyde qui couvre l'épaule gauche 
et l'avant-bras, est conçu suivant le schéma polyclétéen. La 
main gauche tient le glaive. 

Reperd de la stat,, III, p. 113, 1; Nos anciens et leurs œuvres, 1908, p. 41, 
fig. 13 (revers). 

1. Catal. Rath., 1882, p. K9, n^ 7 ; Arch. Anzeig ,1, C; Reinach, Répert, de 
la stat.j III, p. 61, 6; Nos anciens et leurs œuvres^ 1908, p. o9, fîg. 11. Le 
Louvre possède un moulage de ce torse. 

2. Amelung, Loeschke. Cf. Ausonia, 1907, p. 77, note 2 (référ.). 

3. Studnizcka, Loewy. 

4. Ausonia, 1907, p. 77 sq.; cf. Berlinev PhiloU f^ochenschr., 1903, p. 540. 

5. M. Loewy rattache au même cycle artistique la Méoade de Dresde, doot 
l'aUribution à Scopas lui parait hasardée. — MM. Klein {Gesch, der gr. Kunst, 
III, p. 306 sq.) et Michaelis (Springer-Michaelis, Handbuch, 8« éd., 1907, 
p. 307) comparent le Pasquino au Laocoon, et le rattachent à Técole de 
Rhodes. — M. Nicoie, en publiant le torse de Genève, a donc tort de dire que 
les études « les plus récentes » rapprochent de Scopas le Pasquino. 

6. Arch. Anzeig., i. c.; Reinach, liépert. de la slat., III, p. 160, 6; Nos 
anciens et leurs œuvres, 1908. p. 40, fig. 12. 

7. Et non, comme dit M. Nicole, <c étrangère au corps ». Et si la tête n'ap- 
partient pas à ce corps, comment peut-il dire alors que f Trajan est Qguré 
sous les traits d'un Mars polyclétéen » ? 



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MARBRES ANTIQUES DES COLLECTIONS DE GENÈVE 173 

Rappelons, en terminant, que des amateurs éclairés ont su 
rassembler à Genève de précieuses collections d'antiques. Les 
sculptures qui ornent la demeure de M. Duval, à Morillon près 
dePregny, ont été décrites par M. v. Duhn dans VArchaeologis- 
cher Anzeiger (1895, p. 49 sq.)'. Celles que possède M. Ed. 
Sarasin, dans sa villa du Grand-Saconnex, sont inédites; profi- 
tant de son aimable autorisation, nous les publierons prochai- 
nement. 

Genève, octobre 1908* 

W. Deonna. 

1. Cf. Chroniqyes d'Orient, II, p. 503. La collection Duval a été récemment 
présentée au grand public par M. Nicole, dans Nos anciem et leurs œuvres, 
1908, p. 33 sq., avec quelques pages de commentaire, inspirées de l'article de 
M. V. Dubn. Aux indications bibliographiques de ce dernier, on peut ajouter: 
K" 1. Reinach, Répert. de la slat.. Il, 105, 10; Ausonia, 1907, p. 65, note 3; 
Nos anciens et leurs œuvres, p. 37, pi. — N» 2. Klein, Praxiteles, p. 364, 
note 3; Reinach, op. L, III, p. 196, 9; Nos anciens et leurs œuvres, p. 34, 
fig. 2, et pi. — N* 3. Reinach, op. /., II, 602, 7 ; Nos anciens et leurs œuvres^ 
p. 29, fig. 8. — No 4. Reinach, op, L, 11, 406, ! ; Nos anciens et leurs œuvres, 
p. 39, fig. 6. — No 5. Rev. Univers. Bruxelles, 1900, p. 241 ; Reinach, op. /., 
III, p. 134, 7; Nos anciens et leurs œuvres, p. 40, fig. 9. — N» 6. Reinach, 
op. /., III, 127, 1 ; Nos anciens et leurs œuvres, p. 8, 36, fig. 5. — N. 7. Nos 
anciens et leurs œuvres, p. 39, fig. 7. — N. 9. Roscher, Lexikon, s. v. Pan, 
p. 1438, rig, 17; Nos anciens et leurs œuvres, p. 40, fig. 10. — N^ 10. Annual 
of Ihe Brit. School at Athens, III, 1896, p. 168, pi. XII, b j Nos anciens et leurs 
œuvres, p. 43, fig. 15. — N» 11. Rev. arch., 1903, II, p. 195. — Statue jde 
Cybèle, Reinach, op. /., III, 83, 5. 



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LES MERCENAIRES 

ET LES 

COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 



Malgré les études de plus en plus nombreuses dont la Grèce 
hellénistique est l'objet, Thistoire de ses institutions militaires 
reste encore fort obscure. Les manuels d'Antiquités militaires 
grecques ne s'y arrêtent guère*; les historiens de la période 
gréco-macédonienne n'en ont esquissé que des tableaux partiels*, 
plus occupés des petits états de la Grèce continentale que des 
grandes monarchies grecques de l'Orient, Lagide, Séleucide ou 
Attalide. A Pérgame même, dont l'organisation a été récem- 
ment étudiée avec tant de soin par G. Cardinali', l'histoire de 
l'armée a été généralement négligée. Pour ces colonies mili- 
taires, dont le développement est si intimement lié à celui de 
la puissance grecque en Orient, le brillant tableau que G. Radet 
en a tracé* ne pouvait réserver à celles de Pergame que 



1. Voir surtout H. Droysen, Heerwesen und Kriegfùkrung der Griechen, dans 
le Lehrbuch deHermann (Fribour^, 1889) et Ad. Bauer, DieGriechischenKrieQS- 
aller thûmer (\&ns le Handbuch d'I. v. Muller (2'éd Munich, 1892). Le l»*^ volume 
de la Geschichte der Kriegskunst (Berlin, 1900; 2" éd , 1908) de H. Delbrûck est 
intéressant, particulièrement pour la tactique, mais sommaire. 

2. Le dernier d*entre eux, J. Beloch. n'accorde qu^une douzaine de pagres à 
l'état militaire des puissances grecques au m* siècle, Grieckische Geschichte. 
m, 1 (Berlin 1904). Les huit pages consacrées en 1902 par E. R. Bevan à 
l'armée des Séleucides {The House of Seleucus, II, p. 285-93) ne sont égale- 
ment qu'une esquisse. 

3. G. Cardinali, Il regno di Pergamo (Studi di Storia antica, fasc. V. Rome, 
1906). 

4. G. Radet, De Coloniis a Macedonihus in Âsiam cia Taurum deductis 
Paris. 1892). 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 175 

quelques pages qui demandent à être revisées et complé- 
tées. Aussi aî-je pensé qu'il y avait lieu de réunir et de 
classer pour la première fois tous les renseignements épars 
sur l'organisation militaire de Pergame, ce type caractéris- 
tique de la monarchie hellénistique. 

Sans doute, je n'ai pas eu à exploiter l'inépuisable mine des 
documents papyrologiques qui permet d'écrire des livres entiers 
sur les armées de l'Egypte ptolémaïque*. Pourtant, à côté des 
textes disséminés chez les auteurs, les inscriptions pergamé- 
niennes m'ont semblé fournir des données qui ne le cèdent pas en 
précision à celles des papyrus. Si ces documents épigraphiques 
forment comme le cadre de la présente étude, si l'histoire 
des mercenaires de Pergame est venue se placer tout naturel- 
lement entre les grandes inscriptions qui contiennent la Conven- 
tion d'Euménès I avec ses Mercenaires révoltés (260) et l'Entrée 
des Mercenaires, à la suite du testament d'Attalos III, dans 
la cité de Pergame menacée par la révolte d'Aristonikos (133), 
notre étude n'en est pas moins plus historique que rigoureuse- 
ment épigraphique. C'est que le caractère particulier de l'archéo- 
logie militaire de Pergame obligeait, sans retracer l'histoire 
des guerres et des conquêtes des Attalides, à faire rentrer l'étude 
de l'armée pergaménienne dans l'histoire politique générale 
de ces princes. Entre le recrutement des mercenaires et la 
politique étrangère de Pergame, entre la répartition de ses colo- 
nies et son développement territorial, les liens ont apparu 
si étroits que, pour faire comprendre les institutions militaires 
qui sont l'objet propre de ce mémoire, j'ai dû chercher à éluci- 
der plus d'un point encore obscur de l'histoire politique et 
diplomatique de Pergame. 

En illustrant par de trop rares monuments figurés les docu- 
ments littéraires et épigraphiques ainsi mis en œuvre, je me suis 

i . Outre les articles et les livres de P. M. Meyer et G. Schubart et le 
chap. XXVII de VHistoire des Lagides de A. Bouché-Leclercq (t. IV, 1907), 
qui les résume et les rectifie, on annonce la prochaine publication de la thèse 
de J. Lesquier sur Les Institutions militaires des Lagides, 



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176 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

VU amener à tracer des institutions militaires de Pergame un 
tableau d'ensemble qui a semblé comporter les divisions sui- 
vantes : 

, . ^ ,, j»n r ( I- L*époqae de la Ck)nvenlion et les débaU de la 
I. La Convention d Eumé- ) . '^ ^ .,.. . , „ nan 

' . .« . { puissance militaire de Pergame. — 260. 

nés I avec ses Mercenaires, f «r r i j i n T- 

^ II. Les clauses de la Convention. 

II. Caractères généraux de rarméepeigaméDienne, 
LI. Le recrutement des mercenaires dans ses 
rapports avec le développement de la puissance 
pergaménienne. 
III. Commandement, armement, cantonnement 
des mercenaires. 
il. La répartition des colonies et Textension du 
royaume de Pergame. 
II. La charte de fondation d'une colonie perga- 
ménienne. 
III. L'entrée des mercenaires dans la cité de Per- 
game^à la suite du Testament d'Attalos III. — 
133. 

I 

La Convention d'Euménès I avec ses Mercenaires. 

I. — L'Époque de la Convention et les Débuis de la puissance 
militaire de Pergame. 

Voici d'abord le texte et la traduction du document essentiel 
par lequel s'ouvre cette histoire* : 

1 Demandes octroyées par Euménès fils de Philétairos aux soldats de 

Philétaireia et à ceux d'Attaleia : Pour les grains, les vendre au prix de 
4 dr. le médimne, le vin à 4 dr. le métrète. 

5 Pour Tannée de service, qu'elle soit fixée i dix mois et ne jamais y 

introduire de mois intercalaire. 

1 'A^]i(ù\k(X'C0L Si gw6[xwpr,a]ev Eù[xévT]ç ^iXeTa(po[u loXq | ê{A]^tXeTa(- 
pe(at aTpa[T]i(OTa(ç xal toTç èv 'ÂTTaXeCai* | Sitou Ti{A-r;v âxoTiveiv toO 
[jLei([JLVou Spayjiicç Téa9[a|p]aç, oivou toO {AeTpiQxoO ipTC/yàq Téffvapoç. 

5 *Ticàp To[u] Il èvtauxou * oviùç âv ayv^^ai 8exa[jLrjVoç, à(x66Xt|xov iï \ oùx 

1. Max Fraenkel, Inschriften von Pergamon (Berlin, 1890), t. I, n. 13; 
W. Dittenberger, OrierUis Graeci inseriptiones seleetae (Leipzig, 1903), t. I, 
n. 266; Michel, Recueil (Tlnscriptions grecques (Paris, 1900), n. 15. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 177 

Pour ceux qui ont fait leur temps de service et qui sont devenus inva- 
lides, quMls reçoivent la môme indemnité de nourriture qu'au temps de 
leur activité. 

Pour ce qui est de la tutelle des orphelins, qu'elle incombe au plus 
proche parent ou à celui à qui le déruni Taura léguée. 
10 Pour les droits fiscaux, que soit maintenue l'exonération concédée 

l'an 44. 

Pour qui est devenu invalide ou qui a reçu son congé, qu'il soit libre 
de 8*en aller sans avoir à acquitter de droith, en emportant tout ce qui 
lui appartient. 

Pour l'indemnité de nourriture dont il a été convenu pour les quatre 
mois, que la somme convenue soit payée et non déduite de l'indem- 
nité totale. 
15 Pour ceux qui ont la couronne de peuplier, qu'ils reçoivent le vivre 

à partir du moment où ils ont reçu la couronne. 

Le serment et la convention, Euménés les fera graver sur quatre stèles 
et déposer, une à Pergame dans le sanctuaire d'Atbéna, uneàGryneion, 
une à Délos, une à Mitylène dans le sanctuaire d'Asklépios. 
20 Serment qu'ont juré Paramonos et les capitaines et les soldats sous 

leurs ordres qui sont cantonnés k Pbilétaireia sous l'Ida et Polylaos et 
les capitaines sous ses ordres et les soldats qui sont cantonnés à Attaleia 

«cet. 'Ticàp Tcov Tov àptO|iiov â^dSovTcov tôv xJpicv | xai yevofjiévcov irip- 
ycov • ox(i)ç TÔ o<j/(ovtov Xa(A6avu)ori | toO xpoe'.pY«^l*svou )(p6vou. Txàp 
ôpçovixcov • ox(Dç Sv I o5 dcY^tTca y^vouç Xa{A6av(i>9iv r; wt 5v àxoXdcYît. 

10 *Txèp TsX(5v • Il oxwç 5v il) àréXeta ùxàpxv)t i^ èv Tôt fetapTcot xai fea- 
9apa|xo9T(5t hei. 'Edév Ttç axepYOç YévTjTat r; T:xpxivfj[a]'t}fzon, à^isfajôju) 
xal ÂTeXtjÇ IffTO) èÇoycov xà «utoO uxàp^ovra. Trfàp j t]oO ot]/a)v(oo, o5 
t^\kok6ftpvi tffÇ TeTpajAT^vou * Tva 8o6îjt [xô ô|p.]oXoYOV xal |xt; ij'Kokoyi- 

15 (éa[0](i> elç TO ôtj/cividv. *Txàp wv Xeu[x{]|(v(i)v • Sxwç xal tov oïtov 
Xa6(i>a'.v toO xP^^^^j ®' '^*^ "^^^ Tcéçavov. | Tov épxov 8à xal if^v ôjaoXc- 
Ytav w%ypa^iztù elç aviikaç Xi6(|[va]ç tiaaapaç xal àva[6]éx(i> \klct[L jxlv 
èiA nepYa(A(Di ev xôt 'rtiç j ['AOjyjvaç Upûi, |x(av îà iy rpuvetcoî, |x{av 
8è èv Ai^Xcot, [jLtav 8à èp. MtxulXiQviQt sv toi toO *A<jxXrjXioO. 

20 ''Opxo; ov wixoaev IlapaiJiovoç xal oî || if)Y6|A6veç xal ol 69' ajToù; 
«rpoTtcôxae o{ Svxeç èp. ^iXexaipeCai | x^t uxo xy]v ''I8t;v xal FloXuXaoç xal 
0! uf' aixov i^Y^lAéveç xal 9x[pa]|xi(oxai oî cvxeç èv 'AxxaXeiai xal 
'Axxivâfç IxxapxiQÇ TM& o\ Û9' ai|xov taeTç xal 'OXcii/oç] x]al 0? 09' 



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178 HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

et Attinas Ihipparque et les cavaliers sous ses ordres et Olôichos et les 
Traliens sous ses ordres : 
J'atteste Zeus, Gô, Hélios, Poséidon, Démêter, Ares, Athéna Areia 

25 et la Tauropole et tous les autres dieux et déesses ! Cestde mon mieux 
que je me réconcilie avec Eu menés fils de Philétairos et je me mon- 
trerai animé des meilleurs sentiments envers lui et envers les siens et je 
ne formerai pas de complot contre Euménès fils de Philétairos et ce 
porterai pas les armes contre lui et ne l'abandonnerai pas, mais je corn- 

30 battrai pour lui et pour ses intérêts à la vie et à la mort. A toute 
demande de service, je répondrai de bonne grâce et sans détour, avec tout 
mon zèle, dans la mesure de mes forces. Si j'ai connaissance de quelque 
complot dirigé contre Euménès fils de Philétairos ou de toute entreprise 
qui soit nuisible à sa personne ou à ses intérêts, j'y résisterai dans la 
mesure de mes forces et je dénoncerai sur le champ, ou aussi vite qu'il 

35 me sera possible, celui qui agit ainsi à Euménès fils de Philétairos ou 
à celui que je croirai susceptible de lui en faire rapport au plus vite. 
S'il me confie ou une cité, ou un fort, ou un vaisseau* ou des richesses, 
ou toute autre chose qu'il pourra me remettre, je le défendrai, et je le 
remettrai, en toute rectitude et équit<^, à Euménès fils de Philétairos ou 

\0 à celui auquel il en aura donné commission, du moment que, pour sa 
part, il exécutera la présente convention. 

auTSv TpaXeTç • *0[L'fùiù A{a, Ffjv, | ^HXsov, ïlodctoo), Ar,[XYîTpa, 

25 ''A[p]y), 'A6t)v5év 'Apetav xal Tt;v Taupo-ôXov || %[x]\ toÎiç iXXouç 6eoî>ç 
ica[vT]aç xal îrdtjaç • SiaXuojJiai azo toO | [SîAJTtffTsu Tzphç EjjjLévr; tov 
<t'X6Ta{pou xai ejvoiQCU) aj-rw' xal | [toîç £]xs(vou xt. où/. £i:t6[o]u- 
X[£'j]j(o Ei(X£vei Twi ^tXcToipou ouBà o-Xa | [uTrevaJvtia ôf,5o;jia'. [oùjè' 
âYy.a*aXe{d;(i) Ejijlsvyî, aXXà ji.3t)^cu;j.at | [ùràp a]jTo3 xal Toi^v] TrpavjjLa- 

30 TO)v Twv £y.£ivou swç Çwfjç xal 6ava||[T0u. HapjéÇoixai 8à xal ttîv [a]XXTrjv 
^psiav eùvowç y.at a7:pO(pa|[(j]{[(j]Tw; [|j.£]Ti ra(77;ç7:po6upJ{]aç, €Îç Sûva- 
li.iv fiTvai ty;v £|i."^^v. | 'Eav ii Tiva a'.aOavcoixai £::i[6]ôuX£uovTa EO{ji.£vei 
Twi $tX£Ta{pdiu I -î; a/^]Xo v. Trpaaac^/ra àvavriov £X£iV(i)t y; toïç itpor^- 
(xacT'v a*j':o|[j, o'j]/. £-tTp£'|(i), £Î[;] 5uva[Aiv fiTvairfjv âjATjv, y-« èSaY^eXcô 

35 7:a||[pa7pf;]|^.a y) wç av -[a]y.cT:a [BjjvwjjLat tov toutwv ti ^oioOvTa | 
[Ej{i.£]v£'. Twi $'.X£Ta{[ps]u Y) ov ôv Ù7:oXa(x6x/(i) Ta^riora tcuto*». | £[x©a- 
vi]£Ïv. [A]iaçuXa5<«> 5a Waî, àav ti 7:apaXa6(i) zap' ai-rou, rj xoXiv f^ 
opo'j [piov Y) v]aO; Yj 7p-^|{JLaTa yj aALXjo o ajA [xoi xapaBo^O]^'., xxt izc- 
5(070) o[p8]a)ç I [xal] Sty.ato)? Ei»jjl£V£i twi <ï>tXeT[a]tpou y; (5: av ojtoç 

40 xpoff-ijor^t, wotoJVTOç || [a-jrjoO Ta (0[jLoXôYT^|X£va. Oh Xi^(l^o[pL]at $à Tiapi 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 179 

Je n'accueillerai de ses adversaires aucune lettre ni ne recevrai aucun 
envoyé et je n*en députerai jamais vers eux. Si Ton vient m'apporter des 
lettres, je les livrerai toutes scellées et j'en traînerai le porteur le plus 
vite que je pourrai devant Euménès 6is de Philétairos; ou bien, devant 
celui que je croirai susceptible de lui en faire rapport au plus vite, de- 

45 vant lui je les traînerai et les livrerai. Je ne me laisserai pas non plus 
aller à aucune machination perfide contre ce serment par nul artiBce et 
sous aucun prétexte. De plus, pour Euménès fils d'Atlalos, je le délie de 
son serment et je délie aussi ceux qui se sont engagés avec lui par ser- 
ment des conventions qui ont été conclues. — Si je demeure fidèle à 

50 mon serment et si je reste dans les bonnes grâces d'Euménès fils de 
Philétairos, puissé-je prospérer, moi et les miens ! Infidèle à mon serment 
et violateur des conventions jurées, que je périsse moi et ma postérité ! 
Serment d*Euménès : J'atteste Zeus, Gê, Hélios, Poséidon, Apollon, 
Démèter, Ares, Athéna Areia et la Tauropole et tous les autres dieux et 
déesses ! Je me montrerai animé des meilleurs sentiments à Tégard de 
Paramonos et des capitaines et de tous les autres mercenaires qui se 

55 trouvent dans la stratégie de Philélaireia sous Tlda, commandés par 
Paramonos, de môme pour Arkès et les troupes de garnison qui sont 
sous ses ordres; de même pour Philônidès et pour les militaires non 
soldés qui se sont liés par le même serment, pour eux et pour tous 

TÔv àvxntwv o'iSà yp^W-l^K^t o]'j5à ^rpsaôeuTYjv i:po[g]5£55[AL^]t o-jTe 
a'jToç â^o^TeXo) irpoç aiToû[ç-] | èav Té Ttç £V£Yy.t)i [loi, toc te ypiiLiKOL'* 
ôvoiaci) xxzea9po[rfio\i.vf!X xal | tov èveyy-ovTa ivâÇw éç 5v xo^ri^Ta [o]u- 
vù)ii.at -icpoç E'jjAévTrj tov <ï>'.Xe|Ta{pcu, t) 'Jwp[oç] Sv àv L;::oXa(x6dr/(i) tx^^ictt' 

45 [aljTw: 6[JLoavteTv, izpoq touto[v] || ovi^w xai àvoicw. Oj5à >taxoTe)fVT^(j(o 
i:epi TOV opxov toOtov ouSàv | outê -ziyyTfi o[j]t6 -^apeupiaet ouoeixtai. 
Ilxpxkùd} 8à xal Eû[Aévrj to[v] | 'ArcaXoD toQ opxou xal to-j;; p-eO' aÙToîj 
o[K(ù\>^%[6]':aq auvT6X6(j6É[v]|TCi)v twv (ojjloXoyt^jxsvwv. EjopxoIÎVTt (xeix 
pioi xal 6[|X|x]évovTt èv vf\i | xpoç E'j|X£vr| tov ^'.XeTaipou ejvotat £'3 eu; 

50 xal a-JTQ)» [xa]l toTç è^xoTç, || et 8' èçiopxoiViV y.al TrapaôatvoiiAi ti t(T)v 
wiAoXoYïllASVwv, [èJçwXtjç 6[tV;vj | xal auTOç xal yivoç to ai:' i\).olj, 

"Opxoç Ei|X£V0Uç • 'Oii.vo(i) A [ta, Ffjv], | *HXtov, [lojeiBco, 'A^oXXw, 
Aigar;Tpa, "Apri, 'AOyjvov 'Apeixf xalTYjv [Taupo-6]|Xov xal to!>^ ût).Xouç 
Oeouç 7:aVTaç xal Tracaç • eùvc-^ico) napapL[6v(i)i] | xal xoXq Ti^ViLÔzi xal 

55 ToTlç a/.Xotç Toïç e|x:j.(a6otç, toT^ èv Tf}i (rzpoivr,[yix{ \\ TJyJi £;jl <I>'.X£Taip£{at 
Tîjt ûi:o TîT^ "lîiriv û::o Ilapaii-ovov TaxB[eï]G[i]v xa[l | "A^pxr^Ti xal toTç 
bo auTOV 9poupoTç xal ^iXcovtîir;'. xal toTç àjAi^Ootç to?ç | [(7u]voix(i)iji.o- 



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180 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

leurs hommes ; de même pour Polylaos et les capitaines et tout le reste 
des soldats cantonnés sous ses ordres à Attaleia, pour tous tant qu'ils 
sont, fantassins, cavaliers, Traliens, tant qu'ils feront la guerre à notre 
60 service. Nulle trame ne sera ourdie contre eux ni par moi, ni sur mes 
ordres, et je ne livrerai à nul adversaire ni eux, ni rien de ce qui peut 
leur appartenir, ni aucun de cifux qui ont été élus par leur fédération, 
par aucune machination et sous aucun prétexte ; je ne porterai pas les 
armes contre eux ni... 

xcci, Tcuxoiç xal toîç toutwv irajt, >Mtl HoXuXàwt xal toTç | ['ti^]vj.6(7i 
xal ToTç dcXXoiç (7TpaT«oxaiç toTç 69' «Itov Taaaojxévoiç | [àv 'Aj-ciaXeiat 
60 icSfft xal weÇoTç xal tiÇTceuat xal TpaXeoiv, ewç av || [jùv t^jJxÏv orpaTSucov- 
Tai. Kal oùx 6ici6ouXsi5œ<i) oiBà aXXc;; 5i' èiJi.[ou | ouôeiç, ojùîà xpoS(o(7Ci> 
Û7cevavT(a)i oiôevl ojie aÙToùç ojxs auTLoiv xi | -irpaYlitaTa] tojtwv, ojoe 
Toùç ÛTCO ToO xoivoO aîp6[6]£VTa? TpÔTCWi où[ôevl I oiSà TCap6]u[p]£ff6i 
o[uoe]|i.'.ôfi, oiSà [S::X]a èvavT(a [ôJiQaofj^i oiSd 



D'après les données de ce document, la rébellion paraît avoir 
duré quatre mois. Outre les troupes de Philétaireia comman- 
dées par Paramonos et celles d' Attaleia commandées par Poly- 
laos, parmi lesquelles figurent les cavaliers d'Attinas et les Tra- 
liens d'Olôichos, elle a englobé d'autres troupes de garnison 
placées sous les ordres d'Arkès et même des soldats — ou offi- 
ciers — non mercenaires dont Philônidès était le commandant 
ou, du moins, le plus important. Arkès et Philônidès sont dis- 
tingués de Paramonos, Polylaos, Attinas et Olôichos comme 
s'ils n'avaient pas, dans la même mesure au moins, pris part 
à la rébellion. Peut-être est-ce sur le refus de faire cause 
commune avec les révoltés, opposé par Arkès et Philônidès à 
leurs troupes, que celles-ci se sont, d'elles-mêmes, réunies à la 
fédération constituée par leurs camarades insurgés pour nom- 
mer dans son sein ces chefs élus bizb toO xoivoo auxquels Eunaé- 
nès pardonne comme aux autres. Enfin, tous tant qu'ils sont, 
ils se sont liés par serment, tandis qu'était conclu avec Euménès 
fils d'Attalos un pacte dont ils le dégagent par la présente con- 
vention A quelle époque placer ces événements? 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAMK 181 

La plupart des commentateurs de Tinscription, Fraenkel', 
Niese*, Staehelin\ Pedroli*, Beloch% Dittenberger*, P. Ghione', 
Cardinali', Willrich', s'accordent à la placer après la bataille de 
Sardes *°. Ce serait Taccroissement de territoire obtenu par cette 
victoire qui aurait permis à Euménès de Pergame de fonder, pour 
la protection de ses nouveaux domaines, les deux colonies mili- 
taires de rida et du Lykos doht les troupes se sont insurgées. 

Peut-on préciser les rapports qui existent entre la rébellion 
des mercenaires et la bataille de Sardes? 

Cette bataille n'est connue que par Strabon. Quand Euménès 
succéda à son oncle Philétairos, dit le géographe dans un texte 
malheureusement obscur, */.at\ tJv f^B/] ouvijTY); tûv xO/.Xw ywpiwv, 

Il semble donc que ce soit à la suite d'une extension pergamé- 
nienne dans la direction de Sardes que la bataille eut lieu et 
que la victoire d'Euménès résulta en quelque sorte de cette 
extension. Comme Philétairos ne laissa son trône à son neveu 



1. Op. cit., I, p. 14, 151. 

2. Geschichte der Griechischen und Makedonischen Staaten (Gotha, 189 J), 
II, p. 155. 

3. Geschichte der Kleinasiatischen Galater (2« éd. 1907, Leipzig), p. 19. 

4. U regno di Pergamo (Turin, 1896), p. 10. 

5. Griechische Geschichte, t. lll, p. 613. 

6. Op. cit., t. I, p. 433. 

7. / comuni del regno di Pergamo, p. 68 {èiemorie dclla reale Acca'iemia di 
Torino, LV, 1905). 

8. U regno di Pergamo (Rome, 1906), p. 14. 

9. Art. Eumenes dans le Fauly-Wissowa, VI (1907), p. 1091. 

10. Seuls Ussing, Pergamos, p. 10 et Brinkgreve, De regno pergameno deque 
ejus dynastis usque ad regem Attalum I (Utrecht, 1893), p. 57 placent la 
révolte avant la bataille, mais sans essayer de justifier cette opinion. Par 
contre, Niese, loc. cit.^ veut faire descendre Tinscription jusqu'à la période 246- 
41, en s'appuvant sur la remarque faite par Fraenkel {op. dt.f p. 13) que 
rioscription présente des analogies frappantes avec celle qui se rapporte aux 
colons militaires de Magnésie du Sipyle [CIG., 3137). Mais il n'y a rien là 
qui implique synchronisme. 

11. Strabon, XIII, 624. C'est sans doute à cette victoire que se rapporte 
Tépigramme pergaménienne (Fraenkel, I, 15) où une statue d'l£uménès est 
offerte à Âtbéna Polias, probablement par un de ses capitaines qui dit à la 
déesse : çiXéeic ôé i&iv, ou yàp av ouico | $oup\ Te xa\ v:xt|(... 



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182 REVL'E ARCHÉOLOGIQUE 

que dans le courant de 262* et comme, d'autre part, Antiochos I 
mourut entre juillet 262 et juillet 261 *, la date de la bataille de 
Sardes se trouve circonscrite au premier semestre de 261 , ou plu- 
tôt, comme on n'entrait guère en campagne avant le printemps, 
aux trois ou quatre derniers mois de ce semestre. Il résulte du 
passage de Strabon qu'Antiochos I assista en personne à sa 
défaite; s'il y avait succombé, il n'est guère douteux que le géo- 
graphe eût fait mention d'un fait aussi mémorable. Cependant, 
une tradition fait mourir le roi de Syrie de la main d'un Galate^ 

1. Rappelons que, pour la dynastie pergaménienDe, le point le mieux déter- 
miné est la mort d'Attalos I qui eut lieu, au plus tard, en juin-juillet 197 
(Liv.. XXXIII. 21:XXXV!I,53et57;Pol., XVI1I,4I.8, PluU. Ptom.,6) Or, 
d'après Strabon (XIII, 623), il avait ré?né 43 ans (en donnant 44 ans Polybe 
et, d*après lui, Tite-Live, impliquent apparemment qu*ilne mourut qu'au début 
de roi. 145, 4); Euménès 1, 22 ans, soit juillet 240-juillel 262; Philétairos 
20 ans, soit juillet 262 juillet 282. Si ces vingt ans doivent être considérés 
comme un chiffre rond, on peut prendre pour point de départ de leur com- 
put la bataille de Kouroupédion qui assura Tindépendance de Pergame (été 281). 
S'il faut les pren<lre comme un cbitlre exact, on daterait ravènement de Phi- 
létairos de Tepoque probable de sa révolte, au moment de Tassassinat d'Aga- 
thoklès (été 282). De toute Taçon, sa mort doit se placer en 262. Cette date se 
trouve confirmée : i^ par Tinscription de Cyzique en l'honneur de Philétairos, 
décrétée apparemment à la nouvelle de sa mort; d'après la longueur de la 
stèle et à en ju/^er par la place occupée par les 6 premières années seules 
conservées (280/79 à 275/4), l'inscription devait s'étendre encore sur une 
douzaine d'années, soit jusqu'en ^63/2 [Joum. HelL Studies, 1902, p. 193); 
2° par une autre inscription de Cyzique (t7G.. 3060, où, sou:! Thipparcbat d'Âpol- 
lophunès fils d'Aristandros (son père est apparemment TAiistandros Apollopba* 
nou de ClG.<, 3656. du début Hu me s.), se trouve la liste de ceux qui ont fait 
l'office de kolakrites cv toi; «fr-.XeTaipéoi; ; or, à Délos, les PhUétaireia sont 
mentionnés pour la ir« fois sous rarcbonlat d'Elpmés qui paraît correspondre 
à rann»'e 262/1 (Hi)molie, Archives de l'Intendance, p. 58 et 104). Si ces fêtes 
commémoratives ont été, à Deios et a Cyzique, instituées en souvenir de 
leur bienfaiteur, son décès se placerait donc bien dans l'année 262. 

2. Eusèbe place sa mort dans TOI. 129, 4 et les tablette^ assyriennes 
donnent le titre royal à Antiochos II dès 261. 

3. Les textes qui nous montrent le cheval d'un rex Antiochos emportant 
dans l'abîme le meurtrier de son maître, le Galate Kentaurétos, incapable de le 
maîtriser (Pline, VII. 42; Solin,45, ll;.'Elien, De riat. An.^ VI, 44) ont été géné- 
ralement rapportés à Antiochos Hiérax : Droysen, III, 453; Niese, II, 133; Be- 
loch, H, 1, 708 ; Bevan, I, 203. — Wilcken {ap. Pauly- Wissowa, I, p. 2454 et 
2159) ne craint pa$ de rapporter les mêmes textes à la mort des deux princes. Il est 
certain que Hiérax mourut en Thrace aGallis occisus (Trogue, ProL 72); mais 
Justin, abréviateur de Trogue Pompée, ne désigne comme ses meurtriers que 
des lalrones et» racontant ses aventures en grand détail, il aurait d'autant moins 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 183 

et, sa mort ayant eu lieu avant juillet 261 , il est difficile de ne 
pas rapprocher les deux événements et de ne pas supposer que 
Kentaurétos, le meurtrier d'Antiochos I, appartenait à des 
bandes galates qu'Euménès avait su soudoyer contre le grand 
ennemi de leur race, comme Ziaélas de Bithynie se servira, à la 
même époque, de mercenaires Tolistoagiens pour lutter contre 
son demi-frère sans doute soutenu par le Séleucide. 

Quoi qu'il en soit, la guerre ne paraît pas s'être continuée 
sous Antiochos IL On ne voit intervenir Pergame ni dans 
la 2® guerre de Syrie, ni dans la guerre de succession de 
Bithynie qui durent éclater Tune et l'autre dès 258. A quoi 
tenait cette abstention du vainqueur de Sardes? Il serait 
bien tentant de l'attribuer aux difficultés intérieures que pou- 
vait lui causer la révolte des mercenaires, s'il n'était probable, 
par notre inscription même, que celle-ci ne dura que quatre 
mois. On peut songer aussi à une influence exercée par Cyzique 
qui semble avoir été l'alliée de Rhodes, alors que Rhodes mettait 
son amiral Agathostratos au service d'Antiochos Théo« et 
d'Antigonos Gonatas contre Ptolémée Philadelphe. Cyzique et 
Rhodes étaient alors jalouses de Byzance, alliée de l'Egypte, 

négligé rhistoiredu coursier vengeur d*Anliocbos qu'elle eût pu lui fournir une 
admirable antiihèse avec la fin de son frère et ennemi Séieukos II qui meurt, 
iisdem ferme diebus, equo praecipitatus,..&tcfratreSj quasi ttgermanis casibus 
(XXVII, 3). Sans insister sur la difScultè qu'il y aurait à expliquer comment 
Hiérax, s'échappant à peine d'Egypte où il était retenu prisonnier, aurait pu 
livrer à des Gaulois une bataille victorieuse (cum proelio Galatas subegissetj 
Solin; in proelio, Pine; t* t^ u^ax^. iElien), il faut remarquer que ce détail a 
autant de valeur que toute l'anecdote puisqu'elle paraît empruntée à Phylarque 
(PHG,j 1, 341) qui écrivit précisément xà xarà tov 'Avtîoxov xai tôv IlEpYajiTïvbv 
Euiiévti, ce qui ne peut être que le récit de la courte mais célèbre campagne de 
261. Il est vrai queTrogue(Pro/., 26) fait mourir Ântiocbos I à Ântiocbe;d'où 
la légende d'Antiochos I u vieillissant au sein de la félicité » (Plut. De Port. 
Alex. y II, 9 ; Libanios, Or,, I, p. 306). Mais, est-il vraisemblable, si notre 
chronologie est exacte, que, battu sous les murs de Sardes, Antiochos I ait eu 
le loisir d'aller mourir à Antioche, et, pour une mort aussi régulière, une confu- 
sioQ n'est-elle pas plus probable que pour une mort marquée par l'extraordi- 
naire aventure, rapportée, à peine quarante ans après l'événement, par Phy- 
larque de Naukratis? (le n'est pas ce contemporain qui est capable d'avoir 
confondu la mort d'Antiochos I avec celle d'Antiochos Hièrax tué par des Gaulois 
de Thrace (227J et celle de Séieukos III assassiné par un capitaine Galate (223). 



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184 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

ainsi que d'Hérakleia, de Tios, de Kios et des autres républiques 
maritimes du Pont que protégeaient les Lagides. On sait que, 
Philadelphe s'efforçant de ressaisir les villes du Pont que Lysi- 
maque avait données en apanage à sa femme Arsinoé, reine 
d'Egypte depuis 278, les Égyptiens finirent par se faire battre à 
Ancyre par le roi de Pont, Ariobarzanès (v. 270). Ce prince 
devait être en bons rapports avec Philétairos, dont le frère Eumé- 
nès lui avait donné en 279 la ville d'Amastris. C'est seulement 
grâce à sa victoire, qui paraît avoir rejeté les Égyptiens du Pont, 
par son appui et avec la connivence de Cyzique et de Per- 
game, qu'Antiochos II a pu, comme premier acte de son règne, 
mettre le siège devant Byzance et disputer à l'Egypte la 
côte thrace de la Propontide ' . Peut-être est-ce pendant l'éclipsé 
que la puissance égyptienne subit alors dans les Cyclades 
qu'Euménès de Pergame et Agathostratos de Rhodes virent 
leurs statues s'élever à Délos*. 

Qu'Euménès fût alors l'allié de Cyzique, cette hypothèse est 
d'autant plus plausible que c'est lui qui a dû préparer le mariage 
de son cousin et successeur Attalos I avec Apollonis de Cyzique*. 
Attalos était né, au plus tôt en 269, du mariage d' Attalos, le 
troisième frère de Philétairos, avec Antiochis, fille d'Achaios, 
et, sans doute, cousine d'Antiochos II*. Le futur Attalos I n'était 
pas le seul enfant issu de cette union. On ne peut, du moins, 
que considérer comme son frère VE-j\ki>ir,<; b 'ArciXou dont les 
mercenaires disent dans leur serment qu'ils le délient toO Spxcu 

1. Sur ces événements, Niese, II, p. 135; Beloch, III, 1, p. 613, 695. 

2. Statue d'Agathostratos, C/6. ; If, 2283 c; statue d'Euménès, Homolle, 
Archives de Vlntendance, p. 6) ; statue de Philétairos élevée par Eu menés, 
ClO.t 2273. Dans Pinscr. précitée CIG., 3656, il s'agit précisément d'une 
ambassade envoyée par Cyzique à Rhodes pour obtenir l'adhésion aux Sâtéria 
instituées par Cyzique, peut-être en souvenir des luttes contre les Galaies où 
l'on connaît l'appui prêté par Philétairos à cette république ; on sait que c'est 
sous le même titre de Sâtéria que les Étoliens commémoraient à Delphes leur 
victoire sur les Gaulois. 

3. Apollonis ayant vécu très âgée, au moins jusqu^en 170, le mariage n'a 
guère pu se faire avant 240. 

4. Antiochis a dû naître entre 290 et 285; cf. Laqueur, Quaesliones Bpigr. 
et Papyrol. selectae (Strasbourg, 1904), p. 69. 



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LES MERCKNAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 185 

%(x\ Toùç |X£Ô' auToD o[A(i>[i.oxoTaç auvceXeaÔévTwv twv (ô[jLoXcYTQ|i.év(i)v *. 

Bien que Nîese', pour sauver la réputation de concorde fra- 
ternelle que se firent plus tard les Attalides, ait supposé que cet 
Euménès, cousin du prince régnant, avait été fait prisonnier 
par les révoltés et que le serment dont on le déliait était celui 
qu'il avait dû prêter comme otage, je pense, avec FraenkeP, 
que, puisqu'il y a eu, outre le serment, traité en bonne forme, 
w;jLoXoYtî;jL£va, conventions passées avec les révoltés par oJ |i.£Ô' 
aJTcO c;A(u[X5y.3T£;, bien plutôt les complices d'Euménès que ses 
compagnons de captivité, c'est que nous touchons ici à la 
cause même de la rébellion des mercenaires. 

Si Philétairos avait adopté, parmi ses neveux, non Euménès 
Attalou, mais Euménès Euménou, c'est apparemment que l'Eu- 
ménès dont ce dernier était le fils se trouvait le plus âgé 
des deux frères de Philétairos. Mais celui-ci avait fait un ma- 
riage obscur ; on ne sait d'où venait la Satyra fille de Poseidô- 
nios* qu'il avait épousée; en tout cas, elle était loin d'avoir 



1. *0(toXoY(a est l'expression qui revient à plusieurs reprises pour caraclé- 
riser la convention solennelle conclue entre Smyrne et les Mercenaires de 
Magnésie du Sipyle {Or. Gr., 229, 1. 22 sqq.), ainsi que les traités passés 
entre Ptolémaios I, Kassandros et Lysimachos dans la stèle de Skepsis {Or, 
Gr., 5, 1. 31 ; 6, l. 5 et 37); dans Tun et Tautre cas, la convention est suivie, 
comme ici, d*un échange de seimenls. 

2. Niese, op. cit„ II, i56, suivi par Oittenberger (n. 36), Cardinali, op. ci^, 
p. 15 et Willrich, ap. Pauly-Wissowa, VI, p. 1105. 

3. Loc. cit. Suivi par Pedroli, p. 11; Brinkgreve, p. 55; Wilcken, ap, 
Pauly-Wissowa, II, 2159; Beloch, III, n, p. 160. — Hoileaux, ftev. Et. Grecques, 
1902, p. 308, n. 1, avec Smith el Rustafjaeli, Joum. Hell, Studies, 1902, 
p. 195, inclinerait à voir dans rEuménès Âttalou le Trère même de Philé- 
tairos, le père d'Ëuménès I. Mais quelle apparence y a-t-il, puisque Philé- 
tairos mourut à 80 ans. que son frère, s'il était à peu près du môme &ge, jouât 
un rôle encore en 261? Et, s'il était encore en âge déjouer un rôle, pourquoi 
D*aurait-il pas succédé à son frère comme Altalos II devait succéder à Eumé- 
nès II? Je ne crois pas davantage que, suivant Tune des hypothèses proposées 
par M. Holleaux (p. 307), le <^iXéTY)poc 'ATtaXco des dédicaces de Thespies soit 
UQ autre frère d'Attalos I. C'est Philétairos TAncien dont notre Euménès 
Attalou était non le frère, mais le neveu {Orientis graeci inscr.^ 749). 

4. On la connaît par Tinscr. précitée de Délos (HomoUe, Mission à Délos, 
1887, p. 23; Archives de /'intendance, p. 61). Comme on sait qu'Eumènès, 
1 époux de Satyra, fut maître d'Amastris, il est possible que sa femme soit née 
ou à Amastris ou à Tios. Originaire de Tios, l'un des quatre ports qui contri- 

IV« SÉRIB, T. Xll. 13 



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186 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

l'éclat de la princesse séleucide qui avait donné à son frère Atta- 
los ses deux fils, Attalos et Euménès Attalou. De ces deux flls, 
comme Euménès est le seul dont il soit question dans Tinscrip- 
tion des mercenaires, on peut supposer qu'il était l'aîné * ; 
comme il n'en sera plus fait mention depuis et comme c'est son 
frère Attalos qui succéda à leur cousin Euménès I, on peut 
admettre également qu'Euménès Attalou, abandonné par les 
mercenaires, livré peut-être par eux, tomba victime du ressen- 
timent de son cousin Euménès I. 

Sans prétendre ébaucher tout un roman sur de si faibles 
indices, ils suffisent, je crois, à laisser entrevoir que la guerre 
qui mit aux prises Euménès I avec Antiochos I a le même carac- 
tère que celle qui devait, à la même époque, éclater en Bithynie 
après la mort de Nikomédès I et que celle qui avait troublé ce 
royaume à l'avènement de ce même Nikomédès. Ce sont autant de 
guerres de succession, autant de tentatives des Séleucides pour 
essayer, sinon de réduire les provinces du N. 0. sous leurdomi- 



buèrenl à la fondation d'Amastris, Euménès dut recevoir cette ville en garde, 
lorsque, après le meurtre d'Amastris, fondatrice de la ville, Lysimaquela reprit 
pour la donner bientôt en apanage à sa deuxième femme, Arsinoé. Quand 
Lysimaque succomba en 281 à Kouroupèdion, Euménès se trouva sans doute 
à Amastris dans la même situation quePhilétairos à Pergame. Alors que Héra- 
kleia, comme ancienne capitale d'Amastris, pensait lui acheter la ville où il com- 
mandait ainsi qu'elle venait de faire à Tios et à Kiéros, il préféra, « rendu fou de 
colère », dit Memnon (16), donner la ville gratis à Ariobarzanès, 6Is du roi du 
Pont, en 279. Gomme cet Euménès avait au moins 31 ans en 290 et 60 ans 
en 260, c'est évidemment à tort que Homolle {loc. cit, ; suivi notamment par 
Babelon-Reinach, Recueil des Monnaies grecques d'Asie -Mineure^ I, p. 134) 
veut l'identifier avec le successeur de Philétairos, erreur déjà commise par 
Droysen (III, 268) qui plaçait en 266 la cession d'Amastris. 

i. Tandis qu'Attalos I fut marié au plus tôt vers 250, son frère Euménès 
devait Tétre dès avant 261, si l'on admet qu'il disparut alors, puisqu'il y a tout 
lieu de considérer comme son fils le <&iXsta^po; Evftsvov UtpyoL\ie6ç qui offre aux 
Muses de Thespies une œuvre du sculpteur Kaphisias (Orienta j^ra«cttnscr., 750), 
Si Ton admet cette hypothèse, il faut supposer que la lignée d'Euménès Atta- 
lou fut, en raison de sa révolte, exclue du trône de Pergame au profit de son 
cadet Attalos. Il est vrai qu'on pourrait faire du Philétairos de Thespies un frère 
d'Euménès I ou un fils de ce prince mort avant son père, double hypothèse 
émise par P. Jamot, Bull. Corr. UeU.^ 1902, p. 155, n. 5, tandis que c'est 
vers l'hypothèse qui voit en Philétairos le fils d'Euménès Attalou que pen- 
chent MM. Holleaux et Willrich, loc. cil. 



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Les mercenafhes et les colonies militaires de pergame 187 

nation directe, du moins de mettre à la tête de celles qui s'étaient 
détachées de l'empire dans la crise de 280 des princes dont ils se 
croyaient sûrs. Comme ils ont soutenu Zipoitès contre son frère 
Nikomédès I et un second Zipoitès contre son frère Ziaélas I, ils 
ont dû soutenir contre Euménès I, son cousin, le fils aîné de la 
princesse séleucide Antiochis. Du moins est-ce à des intrigues 
de ce genre que semblent faire allusion les mentions répétées 
dans la convention : Si j ai connaissance de quelque complot 
dirigé contre Euménès fils de Philétairos... fen dénoncerai sur 
le champ fauteur.,, je n accueillerai, venant de ses adversaires^ 
ni lettres ni envoyé et je rien enverrai jamais devers eux] si l'on 
vient à m'apporter des lettres, je les livrerai toutes scellées et fen 
traînerai le porteur,., je ne me laisserai aller à aucune machina- 
tion,,. Toutes ces dispositions n'ont-elles pas l'apparence d'avoir 
été prises en vue d'empêcher le retour d'intrigues semblables 
à celles qui venaient de se produire? 

Si une pareille hypothèse explique d'une façon plus satisfai- 
sante l'origine de la guerre qui éclata à l'avènement d'Eumé- 
nès I et le lien qui a pu exister entre cette guerre et la révolte 
des mercenaires, elle n'implique aucunement que la révolte fut 
postérieure ou antérieure à la guerre. En faveur de l'antériorité 
de la révolte, on pourrait faire valoir l'étendue des concessions 
faites par Euménès aux révoltés qui s'expliquerait par la pres- 
sion du danger extérieur, l'absence de toute allusion à la vic- 
toire remportée sur les ennemis, le peu de vraisemblance de la 
révolte éclatant après une pareille victoire, etc. On pourrait 
rétorquer, il est vrai, que les mercenaires ont pu être mécon- 
tents du traitement dont ils auraient été l'objet après la victoire*, 

1. C'est précisément ce qui paraît être arrivé à Anliochos Hiérax après la 
victoire remportée sur son frère Séleukos II, grâce à ses mercenaires galates. 
Après son triomphe, on voit ceux-ci se révolter contre Hiérax. Justin, qui ne 
peut comprendre celte révolte, cherche à l'expliquer par <c l'espoir de ravager 
plus facilement l'Asie après y avoir massacré tous les rois ». Il ne comprend pas 
davantage le contrat qu'Antiochos passe alors avec ses mercenaires, societa- 
temque cum mercenariis suisjungit (XXVII, 2). Il n'y a probablement pas lieu 
à s'indigner avec Thistmen latin. b)n comparant ce passage avec notre inscri- 



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188 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

que ces mercenaires mêmes peuvent être d'anciens merce- 
naires séleucides passés, avec les places qu'ils occupaient, sous 
la domination du vainqueur de Sardes et prêts à favoriser toute 
tentative faite pour lui arracher le fruit de sa victoire. Sans 
s'étendre sur des conjectures aussi faciles à édifier qu'à détruire, 
il faut insister sur le point qui semble le plus important dans la 
question : l'emplacement et la nature des deux cités où a éclaté 
la révolte des mercenaires. 

Philétaireia sous l'Ida ne nous est connue que par cette ins- 
cription et, peut-être, par une dédicace qui peut appartenir à 
la première moitié du 1 1« siècle *. Il est d'autant plus vraisemblable 
qu'elle fut uniquement une colonie militaire; d'importance 
exclusivement stratégique, elle disparut dès que changèrent 
les conditions défensives. En 218 encore on ne trouve que 

plion, on entrevoit que, de part et d*autre, le prince, exalté par sa victoire, aura 
cherché à frustrer ses mercenaires; que ceux-ci, plus sûrs aussi de leur force, 
auront répondu à ses intrigues par une rébellion devant laquelle le prince se 
sera résigné à souscrire à leurs réclamations par un contrat en bonne forme. 

1. Fraenkel, n. 240; Dittenberger, Or. Gr,^ 336 : AïoylvYj; 'EicixXeouc, j xa- 
TadtaOei; irpb; tîji im\LiUirt xaV çuXaxyji t&v ev iiXgxauptiai TEtxûv xa\ icvXûv I xoà 
Tûv icept Tô Ev|A£veiov Upcov, xioi Irritai. Les caractères épigraphiques permettant de 
placer cette inscription dans la 1'* moitié du ii« s. (le O pointé et seul plus 
petit que les autres lettres, le TT avec les deux hastes égales, le Z à apices 
modérés; voir C. Paepcke, De Pergamenorum litteralurat Roslo«îk. 1906). 
Fraenkel Ta déjà montré en réponse à Kaibe], qui prétendait que le fait que la 
dédicace fut consacrée au démos et non au basiUus impliquait une date posté- 
rieure à 133. Fraenkel répond à cette objection et ajoute « qu'on ne saurait 
admettre qu^un peuple dont la médiocre piété envers les monuments de son 
passé nous est connue par tant de preuves, ait conservé des égards particuliers 
pour un monument royal aussi éloigné que cet Euméneion. » A cet argument 
assez faible, - nous avons des preuves du culte dynastique continuant après 
la disparition de la royauté (cf. Athen, Mitih.y 190i, p. 152, 1. 19, 36, 47 et 
ibid,^ 1907, p. 26), et notre inscription, d'ailleurs, n'implique pas ce culte — il 
faut ajouter surtout qu'il est bien peu vraisemblable que, après la guerre 
d'Aristonikos, les Romains aient permis à Pergame de conserver une citadelle 
à Philétaireia. Gela serait tellement extraordinaire que, s'il était prouvé que la 
dédicace est postérieure à 133, je préférerais penser non à Philétaireia sous l'Ida, 
mais à la Philétaireia dont il est question dans l'inscr. de Diodôros Hérôidoa 
(cf. p. 192, n. 3) — dont Diogénès Épikléous peut fort bien être contemporain — 
citadelle ou faubourg de Pergame. C'est comme un magistrat pergaménien que 
P. Ghione (f comuni del regno di PergamOt p. 111) considère Diogénès Épi- 
kléous; je préfère voir en lui un officier nommé par le prince pour veiller aux 
fortifications de la place. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 189 

trois villes de Troade, Alexandreia Troas, Lampsaque et Ilion, 
qui soient alliées du roi de Pergame. 

Jusque là, Tlda a donc pu former la limite N.-E. du royaume. 
La frontière y fut-elle déjà portée par Philétairos? Ce qui ne 
pouvait guère sembler vraisemblable quand on ne connaissait 
Philétairos que par la phrase dédaigneuse de Strabon — « au 
milieu de tous ces bouleversements, notre eunuque sutse mainte- 
nir dans sa place forte, avec une politique toute de promesses 
et de flatteries à l'égard des puissants du jour » * — paraît bien 
autrement plausible aujourd'hui que nous le voyons essayer de 
s'ouvrir un débouché vers les deux mers, faire de Pitané sa 
créancière* et de Cyzique son obligée*, combler de générosités les 
temples d'Aigai \ de Délos* et de Thespies', donner à son frère 
Attalos le moyen de faire courir victorieusement à Olympie', 
tandis que son autre frère, Euménès, cède Amastris à Ariobar- 
zanès. Cette cession opportune lui valut sans doute, en face de 
la coalition, suscitée par l'Egypte, des grands ports du Pont, 
des Bithyniens et des Galates, l'appui militaire du roi pontique 
et du souverain séleucide : Antiochos I, à qui il avait envoyé en 
grande pompe les cendres de son père Séleukos, allait jusqu'à 
donner à son frère Attalos la main de sa cousine Antiochis*. 
C'est probablement avec l'aide de ce prince que Philétairos par- 

1. Strabon, XIII, 4, 1, p. ô23. 

2. Dittenberger, Orientis graeci inscr,, 336, 1. 135-6. 

3. ïbid.p AS. \\ lui envoie des crains, des chevaux, au moins50 talents d'argent : 
il exemple des droits de sortie le bétail acheté par ses citoyens, offre asile à leurs 
biens et, ce qui implique une certaine puissance militaire, prend h sa charge 
la 9v>ax7) T7)c -/(^ps; ^^ 278/7 contre Antigonos et Nikomédès et envoie un 
bâtiment de guerre en 276/5 contre les Galates. 

4. Ibid., 312. L'Apollon de Gryneion reçut peut-être les mêmes générosités 
que 800 voisin d'Aigai, ce qui expliquerait le choix fait de son temple pour y 
déposer un des quatre exemplaires du traité. 

5. Voir p. 182, n. 1; 184, n. 2. 

6. Orientis graeci inscr,, 310-11. 

7. C'est à cette victoire que se rapporte Tépigramme conservée sur un 
marbre de Pergame (Fraenkel, n. 10) et celle d'Arkèsilas de Pitané conservée 
par Diogène Laërce, 111, 6, 30. 

8. Pour Antiochis, voir p. 184; pour Tachât et la crémation du corps de 
Séleukos, Appien, Syr,, 63. 



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190 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

venait h chasser « au delà de ses frontières » les Galates qui 
avaient si longtemps razzié son État* et à constituer, dès 279/8 
ou en 269/8", rarméeavec laquelle son successeur devait écraser 
Antiochos I à Sardes. Comme partie essentielle de cette organi- 
sation défensive, ne peut-on attribuer à Philétairos la fonda- 
tion des colonies militaires de Philétaireia et d'Attaleia? 

A eux seuls, les noms de ces deux colonies ne permettent pas 
de conclure. Sans doute, les Attalides, conduits par le même 
sentiment qui les poussait à laisser à leurs successeurs le soin de 
les diviniser, paraissent avoir évité de donner leur nom à leurs 
fondations. On admet, du moins, que c'est en souvenir de son 
père qu'Attalos II fonda TAttaleia de Pamphylie, que c'est en 
l'honneur de ses frères qu'il nommait Euméneia du Méandre et 
Philadelpheia du Kogamis, que c'est par tendresse pour sa mère 
et pour sa femme qu'il transformait Doidyè en Apollonis et 
ajoutait des Stratonikei i à celles qui conservaient la mémoire 
de l'épouse d'Antiochos I. Sans examiner ici ce que de pareilles 
traditions peuvent avoir de fondé, il faut remarquer, toutefois, 
que, si l'on veut prêter à ces colonies une valeur stratégique, la 
fondation d'Euméneia et de Philadelpheia notamment ne se 
comprend bien qu'au temps d'Attalos I : en ce cas, Euméneia 
devrait son nom à son cousin et prédécesseur ou à son frère, 
l'Euménès Attalou de la convention, et Philadelpheia pourrait 
rappeler le souvenir de ce même frère qui aurait succombé dans 
la révolte des mercenaires. De même, si c'est Philétairos qui a 

1. Strabon, XII, ô, 1, p. 566. Pour l'interprétation de ce texte et de la dédi- 
cace de Délos (Homolle, Monuments greca^ 1879, p. 46), voir A. J. Reinacb, 
Revue celtique {Documents nouveaux sur les Galates), 1908, p. 10, n. 2, 13, n. 2. 

J'incline de plus en plus à croire que, parmi les nombreux dynastes qui, 
selon Memnon (18), se seraient alliés avec Antiochos dans sa guerre contre 
Antigonos et Nikomédès de Bithynie, allié d'Hérakleia du Pont et des Galates, 
Philétairos figurait au premier rang. Ennemi naturel d'Hérakleia et de ses pro- 
tecteurs égyptiens qu'il devait battre à Ancyre (cf. p. 184), le dynaste du Pont 
devait pencher aussi vers l'alliance séleucide. 

2. Voir plus loin p. 210. En admettant, avec Staeh(?]in et Beloch, la date de 
270 environ pour la grande victoire d'Antiochos I sur les Galates et en rappor- 
tant à cette période les succès remportés sur eux par Philétairos. l'organisation, 
ou réorganisation, de l'armée pergaménienne paraît liée à ces événements. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 191 

baptisé Attaleîa, il pouvait penser à son frère ou à son père, qui 
s'appelait probablement Attalos; pour Philétaireia, s'il lui a im- 
posé son propre nom, n'avait-il pas sous les yeux tant d'exemples 
fournis par Alexandre, Antigone, Lysimaque? Bien des siècles 
auparavant, des rois Mysiens ou Lydiens n'avaient-ils pas donné 
leur nom à Teuthrania, à Ardynion, à Adramyttion? N'est-ce 
pas d'un chef des Trères de Trarion que le Lygdamium de Pline 
conserve le souvenir, et Zipoitès ne venait-il pas de fonder Zipoi 
tion*? 

Entre ces habitudes, qui sont à la fois celles des anciens 
princes de la région ainsi que celles du conquérant macédonien 
et de ses diadoques, et ce qu'on a supposé être la tradition atta- 
lide, le peu que l'on sait des deux colonies, en question permet- 
il d'opter? De Philétaireia, en dehors de sa position au pied de 
rida, on sait seulement qu'elle possédait un Ënméneion. Il y a 
tout lieu de croire que cet édifice était consacré au premier Eumé- 
nés*. S'il faut attendre le règne d'Attalos III pour le voir quali- 
fié de Oeoç*, c'est déjà sous son propre règne qu'il reçoit le surnom 
d'EuepY^'fTQçSque Kos lui consacre, le 4 Artamitios, unepo/n/ye* 

1. Il est très difficile, en effet, d'admettre que Philétairos ait créé de toutes 
pièces uoe ville nouvelle, surtout dans une région où les petites cités à peu 
près désertes paraissent avoir été aussi nombreuses. On pourrait penser à 
yidale de Pline ou surtout à Ardynion — peut-être VArdera de Pline — qu'Arnos- 
sos, roi des Mysiens, aurait fondée au début du vu* s., au pied de l*Ida, dans la 
plaine de Thébé que Pline (V, 126) rattache à la T^t/iranta,c*est-à-dire au plus 
ancien royaume établi dans la vallée du Caîque. On ne sait rien de plus de cette 
place qui a, par conséquent, dû disparaître ou changer de nom. Tout ce que 
M. Radet (La Lydie^ p. 175) dit de Timportance qu'elle eut au vn* s. peut s'ap- 
pliquer au jeune état pergaménien, en remplaçant les Cimmériens embusqués 
à Antandros par une garnison séleucide ou des bandes galates, et en plaçant, 
à la tête des Lydiens qui disputaient la plaine de Thébé aux Mysiens, le Séleu- 
cide à Sardes au lieu du Mermnade. 

2. Bien que le fait que finscription n*est certainement pas antérieure au 
n« s. permette de penser à Euménés II (voir pour cette inscr. la note 1, 
p. 188). 

3. OrUntis graeci inscr,, 764, I. 19. 

4. FraenkeU 18, I. 35 = Orienlis Graeci inscr,, 267. 

5. C'est à tort, je crois, que Dittenberger, Sylloge, 619 et Protl, Leges sacrae, 
p. 32, cherchent Kuménès II dans l'objet de cette «ofjiTni Eupivet. Wiilrich, ap, 
Pauly- Wissowa, VI, p. 1091, suitcomme moi l'opinion des premiers éditeurs Paton 
et Hicks, Jnser. of Cos^ 43 6 et p. 99. Wiilrich, comme Paton-Hicks* se fonde 



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192 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

et Pergame des Euméneia\ jeux annuels avec sacrifices. Il y 
eut donc héroïsation, sinon déification. Comme l'Attaleion 
d'Ëgine paraît bien avoir été élevé par et pour Attalos I, l'Atta- 
leion de Pergame par et pour Attalos II, TEuméneion de Milet 
par et pour Euménès II, celui de Philétaireia peut être une 
construction d'Euménès I. Cette construction n'étant aucune- 
ment liée à la fondation même de la place — puisque rien n'as- 
sure qu'Euménès y fut adoré comme Ktistès* — on n'en peut 
rien conclure pour la date de celle-ci. Elle sollicite plutôt en 
faveur de Philétairos si l'on se rappelle qu'à Magnésie le texte 
d'une semblable convention passée avec d'autres mercenaires 
doit être affiché « devant les images des rois » ; si l'Euméneion 
avait déjà existé à Philétaireia, n'en serait-il pas question de 
même dans notre inscription ' ? 

seulement sur Tabseoce du titre royal. J'ajoute que cette absence est d'autant 
plus significative que, le 26 du mois Artamitios, la même inscription mentionne 
une ico|jLirr) paaiXer 'ArcàXco et que les fouilles récentes de TAsklapieion ont 
révélé une base de statue portant : Upeia 'A(ncXaiiioO, Tyieîac, 'Uictovac, 
'AicéUwvo; AotXiou, AaxoO;, BaaiXéo); Eujilvouç [Arch. Jahrbuch^ 1903, Beibl.^ 
p. 9 et 197). Ces documents se rapportent évidemment à Attalos I et à 
Ëuménés IL Un dernier argument invoqué pour rapporter à Euménès II avant, 
non après, son avènement la pompé de Kos s'appuyait sur la mention, dans 
une inscr. contemporaine, d'un sacrifice PaaiXeî Nixoin^Se» (Paton-Hicks, n. 35), 
dans lequel on a proposé tour à tour de voir Nikomédès, Epiphane (149-20), 
Evergèle (120-94) ou Fhilopator (94-74) (cf. Th. Reinach, V histoire par les 
Monnaies, p. 175). Mais une inscription récemment découverte nous a 
apporté une lettre adressée à Kos par le propre fils de Nikomédès I, Ziaélas, où 
il est expressément question des « relations amicales que mon père Nikomédès 
a nouées avec votre peuple » (Herzog, Aih. Mitth., 1905, p. 113, 1. 28). Le 
sacrifice peut donc s'adresser à Nikomédès I (f v. 260) comme la pompé à 
Euménès I, son contemporain. 

1. Fraenkel, 18 = Orientis Graed inscr. ^ 267. 

2. Ce qu'affirment gratuitement Fraenkel, p. 14 et Brinkgreve, p. 57. Si 
TËuméneion se trouvait dans une enceinte consacrée, rien n'oblige à croire qu'il 
fût lui-même un sanctuaire. En tout cas, d'après le texte cité à la note sui- 
vante, c'est le téménos qui aurait porté le nom d'Euméneion, et non un des 
Updé construits à Tentour. 

3. La question de Philétaireia s'est encore compliquée par ce passage d'un 
des décrets rendus vers IHO en Thonneur de Diodôros Hérôidou Pasparos 
(H. Hepding, Athen, AftWA., 1907, p. 247). L. 40-42: àveîvai fi[à] aûroO x[a\ 
T]l|jLevoc êv <^tXeT3ipeiai, ovo|ia(TavTac AioScopetov, êv un xaTa(nieua98[vîvat j vabv 
Xi[éov] XeuxoOi elc ov avaTE6r)vat xh àyaXiia. Au jour qui lui a été consacré — le 
8 ApoUôoios — aura lieu une icoiiict) êx toO TCpuravssou elç xh Té|ievoc, où pren- 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 193 

Si remplacement de Philétaireîa est indiqué dans la conven- 
tion, rien ne vient préciser celui d'Attaleia. On s'est accordé', 
cependant, à y reconnaître V * AxiaXeia dont Stéphane de Byzance 
dît : Tzok'.q Auîiaç, :upoTepov 'Aypostpa î^ 'AXXosipa xaXou|xévTQ*. Des 
inscriptions portant le nom d'Attaleia, trouvées dans le voisi- 
nage de la petite acropole byzantine de Gurduk-Kaleh, domi- 
nant la rive droite (Nord) du Lykos, ont permis à M. Radet 
d'y fixer, dès 1887, le site d'Attaleia'. Du haut de cette 

dront part le prylane, les prêtres, les basileis, les gymnasiarques, l'hypogym- 
nasiarque et les éphèbes, les paidonomes avec les paides, et qui sera suivie 
de concours entre paideSt éphéboi et andves\ enfin, la proclamation (ou l'affl- 
chage) du décret aura lieu èv tt] ev <^iX]eTaipeîai àyopa. M. Hepding remarque 
qu'une si importante cérémonie se comprend diCficiiemenlà Philétaireiade Tlda, 
d'autant plus que les autres honneurs décernés à DiodÔros paraissent bien 
localisés à Pergame. Aussi inclinerait-il à voir dans Philétaireîa le nom de la 
vieille ville opposée à la ville neuve; son agora serait celle de la ville haute. 
Sans doute, on pourrait comprendre une pareille désignation de l'ancienne 
gazophylakie de Philélairos. Il serait bien étonnant, cependant, qu'aucun 
texte ne nous Tait fait connaître jusqu*à présent, surtout le fameux décret 
presque contemporain de 133 où il n'est question que de 9povp(ov et d*àpxot(a 
n6Xi;. Quant au prytane, aux prêtres et aux fonctionnaires éphébiques, il 
n*est pas nécessaire que ce soient ceux de Pergame et, le début du décret 
manquant, on pourrait supposer que DiodÔros était natif de Philétaireîa. Tou- 
tefois, si, à cette date, Philétaireîa était encore une place aussi importante, si 
elle gardait encore sa citadelle intacte — comme on peut le conclure de la dédi- 
cace étudiée (p. 188, n. 1) — il serait inexplicable qu'aucun géographe n*en ait 
conservé le souvenir. Cette raison me paraît presque décisive pour voir dans 
la Philétaireîa de DiodÔros et peut-être dans celle de Diogénès une partie de 
la citadelle ou un faubourg fortifié de Pergame. 

1. Ou aurait pu penser aussi à Âttea-Attaia, au N. d'Atarnée, s'il était 
prouvé : 1* qu'elle n'appartenait pas à la Férée de Mitylëne ; 2^ que le nom 
d' « Atlalia » que paraissent lui donner la Table de Peutinger et le Géographe 
de Ravenne n'est pas dû à une erreur de copiste. 

2. Les autres textes sont indiqués à Tarticlo Attaleia i) de Bûrchner dans 
Pauly-WisBOwa. La ville appartint, à Tépoque romaine, au conventus de Per- 
game, à Tépoque byzantine à Tévéché de Sardes. C'est à tort que Bûrchner 
prétend que Pline la place soit en Méonie, soit en Ëolide. Il se borne à mettre 
les Aitaknses dans la perg amena jurisdictio qui s'étend en Mysie (V, 126). 

3. Radet, BCtf., XI, 1887, p. 168-175; Radet et Lechat, ibid., 397-401. 
Dans l'appendice de La Lydie^ p. 319-22, Radet n'a pas eu de peine à réfuter 
Topinion émise par Schuchardt, Athen, Mitth,^ XIII, 1888, p. 13, qui plaçait 
Attaleia au village de Seldjikli, à une dizaine de km. au nord de Gurduk-Kaleh, 
opinion qu'ont suivie Fraenkel (op. cit., p. 14) et Ramsay {Histor. Geogr,, 
p. 197). Bûrchner, dans l'article cité, et Barclay Head dans son introduction 
au Catalogue ofthe Greek coins in the British Muséum i Lydia, 1901, p. xxxvn, 
inclinent, au contraire, vers l'identification de Radet. 



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194 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

acropole, on surveille encore aujourd'hui la roule de Brousse à 
Smyrne qui « en cet endroit traverse un seuil au fond duquel 
coule le Lycus et dont la hauteur de Gurduk-Kaleh surveille 
les deux issues ». Sise à environ 10 km. au N. de Thyateira, 
Attaleia domina « longtemps le défilé-frontière par où l'Asie 
pergaménienne accédait à l'Asie séleucide* ». 

Si Philétaireia surveille bien la pleine de Thébé au sud de 
rida et si Attaleia se dresse sur le Lykos en face de Thyateira, 
le développement ainsi impliqué pour l'état pergaménien n'a 
rien de tel qu'on ne puisse l'admettre pour les dernières années 
de Philétairos. 11 faut même qu'on puisse mener, de Pergame, 
ces deux rayons d'une cinquantaine de kilomètres chacun, pour 
comprendre comment, dès son avènement, Euménès, cuvircr^ 
Tûv /.uxAG) ywpliù^*, put résister victorieusement au souverain 
séleucide. Il faut supposer que ce cercle englobait pareillement 

1. Radet, La Lydie au temps des Me}*mnades, p. 231. Il est possible égale- 
ment que le sanctuaire de la Môter Boreiténé qui s'élevait entre Attaleia et 
Thyateira — on la retrouve sous les espèces d'Artémis eur les monnaies dee 
deux villes — ait donné lieu à des foires qui en auraient accru Timportance. 
Attaleia devait s'être formée elle-même autour de quelque vieille chapelle d*un 
dieu local, toO icarptou i^iAûv OeoO Atô;, comme le dit encore ui> dôcret d'époque 
impériale (BCH., 1887, p. 400). 

2. Strabon,XIIl,4,2, p. 624. 11 ajoute plus loin que, avant le traité de Magnésie, 
Tjv Ta 7cep\ n£pYa^.ov ou icoXXà x^^P^^ l*^^P' *")? 6aXàTTY)ç xr^ç xatà tbv 'EXattriv 
xoXtcov xat Tov 'A$pa(i*jTTY]v6v. La note suivante permettra de comprendre 
comment Pergame ne possédait pas la totalité du territoire la séparant 
de la côte qui s'étend d'Élaia à Adramyttion, mais seulement une série de pays. 
Quant au texte de Karystios conservé par Athénée, 577 5, sur lequel on a tant 
épilogue (cf. Pedroli, // regno di Pergamo, p. 4), oii Philétairos est dit toO 

IlepYaiJLOu %a\ Trjç KatvYjc TauTrjç XeyoïiéviQC y^tapoLÇ ^aatXevaavTa, il n'y est 

question ni d'un « pays nouveau » ni du Thrace Diégylis Katvûv ^amlia 
(Strabon, p. 634) que combattit Attalos II. Je soupçonne une erreur pour Tf)c 
ToO Kaîxou ireôîou Xeyojisvtjç Mu(r'!ac d'après Strabon (t6i(i.) : wapappeî 8' 6 Kafxo; 
TO IIipYa(iov, 8tà toO Ka^xou iceSsov 7cpoaaYopevo^.êvY)c aç6ôpa eu5aî(iova yy\y Ste|icdv, 
or^sôbv 8é Tt xoi Tvjv àpî<rTY|v ttjç Mucrîac. On peut supposer aussi, d'après Stra- 
bon, p. 581 : lié'/pt Kaixou icotaiJLoO xai twv Kav&v XeYOï&évwv (cf. p. 615 Kàvat, 
itoXt-/viov xsc(Lsvov èv TT] Kavaca), que ce soit le massif de Kané au sud duquel se 
trouve Pitanè (que Pline, V, 122 cite immédiatement avant Canaitis amnis et 
Canae) qui est désigné ainsi ; il y a lieu de croire que le port de Kanai qui 
s'ouvrait au nord du massif appartenait à Pergame avant la paix de Magnésie, 
puisque c'est ce port que choisit l'amiral Livius pour y tirer sa flotte à sec pen- 
dant l'hiver 191/0 (Liv.. XXXVI, 45, XXXVII. 8). 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 195 

les deux extrémités de la vallée du Caïque, les sources, où Atta- 
los I, à peine monté sur le trône, remportera sa grande victoire 
sur les Galates*, les bouches, où Pitanè, dont Philétairos avait 
déjà fait sa créancière, tombe sous la suzeraineté d'Euménès*. 



1. On montrera plus loin que Pergame y possédait dôs lors la place forte de 
Nakrasa, près de laquelle eut lieu la bataille. 

2. D'après l'inscr. Mytilenaeorum et Pifanaeornm controversia de finibus 
(Fraenkel, 245; Dittenberger, Or, 6r., 335), une première donation des terres 
contestées fut Taite à Pitané par rescrit de Séleukos; elle fut confirmée par 
Antiochos I à son avènement moyennant une somme totale de 380 talents. 
PhilétairoF, qui en avança une partie, fut probablement garant. Quand, par 
l'eiïet de la victoire de Sardes, le pouvoir d'Euménès 1 remplaça dans cette 
région celui d'Antiochos : coç Eu|jivY)c icapaXaSùv ta irpaY[|XTTa ttiv SejXevxou 
[èxupcixrev èi:]t<rcoXTiv ii[pb; | IIijTavaîouç, év tji erùv toI; aXXoiç iyi'([pOi'Kxo xjaxà XiRiv 
coSe • ouy/cûpoOM.s]v 8s xai T[r,c X'^IP^C "? "^^^ **** XP'^J^ov "^^ àva|jLçi(r6;^x7jTov xa\ 
ô|ioXoyo'jjIl[vYjv x'jpecav tyjv irayxTYitixKv (1. i 43-46). Puis, semble-t-ili un conflit 
s'ètant élevé à ce sujet entre Pitané et sa voisine Êlaia, le souverain de Per- 
game le résolut xaxà] ttiv xpccriv tyiv toi; *EXatTa[tç 'Ytyo\uvt\y u«ô 'AvtioJxou, Le 
Pergaménien était donc, à cette date, le maitre légitime et incontesté des 
bouches du Caïque. De là, il devait s'étendre jusqu'à la plaine de Thébé, puisque 
les fragments de Pinscr. attestent qu'Ëlaia et qu'Attaia furent mêlées à la que- 
relle et que les territoires contestés s'étendaient depuis Atarnée et Attaia — 
c*estau nord d*Attaia que commençait au temps de Strabon (XIU, 1, 51, p. 607) 
la Péraia mitylénienne —, jusqu à Astyra, entre Antandros et Adramyttion — 
c*e8t près d' Adramyttion que s'arrêtait cette Péraia (XI!I, 1, 49, p. 605), qui 
comprenait les x/ojiai de Koryphantis et d'Hérakleia (Pline, VI, 122 : Perperene 
civitas Heradeoies tracius Coryphas oppidum)^ peut-être aussi le port de Kisthéné 
(Pline: Cisthene), abandonné du temps de Strabon. En 190, Antiochos III dévaste 
la plaine de Thébé comme si elle appartenait à Pergame, puis, après un échec 
devant Adramyttion secouru par mer par Euménès II, Peraeam inde, coloniam 
Jiitylenaeorum, expugnavit. CoUon et Corylenus et Aphrodisias et Prene primo 
impetu captae sunt (Liv., XXXVII, 19). Ces places ne doivent pas être cherchées 
avec Meischke {Symbolae ad Eumenis II Aût., p. 89) inter Adramytteum et 
Thyatiram, mH.\8 près de la Pérée mitylénienne et identifiées sans doute à Perpé- 
réné, Koryphantis, Kisthéné et à la regio Aphrodisias que Pline cite après Kory- 
phas. Entre Cotton et Kisthéné, la forme KuTa>vcov que donne Stéphane de Byzance 
peut servir de trait d'union. Dans Tintérieur de cette région, Strabon cite, près de 
Ilepicspi^va xa\ Tpapiov (lire Perperenif Trareni dans Pline, V, 126), %a\ aX)at 
TotaOTai xaTotxîai, to toO ^aXxoO piTaXXov. La présence de ces mines de cuivre dans 
le Pindasos (le nom d'Ida ne s*étendant pas au sud du 0Ti6T)c Iliôiov, c'est à tort 
que Cardinal!, op. cit. p. 11, n. 1 et p. 12 place ces domaines presso CIda) 
a dû pousser de tout temps de ce côté les convoitises de Pergame. On sait pré- 
cisément par Galien (éd. Kûhn, X, VI, p. 800; cf. X, p. 833) que les domaines 
de Perpéréné et de Pergame étaient contigus — et ce domaine propre de Per- 
game dut être le même avant comme après la royauté. Quand on se rappelle que, 
à l'époque de Xénophon, les Gongylides de Pergame possédaient Gambreion 
et Palaigambreion d'une part, Myrina et Gryneion de l'autre, et que leurs 



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196 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Il confirme les donations faîtes par Antiochos I à cette ville; 
et il peut armer des bâtiments dans le golfe éléatîque, puisque, 
dans la Convention, on prévoit le cas où des navires seraient 
confiés aux mercenaires. 

Il y a donc tout lieu de croire que, à la mort de Philétairos, 
les territoires dépendant de Pergame s'étendaient d'Attaleia du 
Lykos à Philétaireia de Tlda. Antiochos I pensa, semble-t-il, pro- 
fiter de la disparition du vieux dynaste avec qui il avait dû con- 
clure une alliance de famille. Mais il fut vaincu à Sardes et le 
prétendant qu'il soutenait, le fils de sa cousine Antiochis, fut 
livré par les mercenaires qui s'étaient révoltés en sa faveur. En 
même temps, sans doute, que les mercenaires faisaient leur 
paix avec le vainqueur de Sardes, le fils et successeur du 
vaincu, Antiochos II, reconnaissait à Euménès I la légitime 
propriété de l'état constitué par Philétairos. Si les fortes 
murailles de Thyateira l'empêchaient de descendre dans la 
vallée du Lykos plus bas qu'Attaleia, le dynaste de Pergame 
était désormais le suzerain incontesté depuis le versant méri- 
dional de l'Ida jusqu'aux bords du golfe Éléatique et les âpci 
IlepY^Rvwv pouvaient être dressés dès lors au Cap Hydra, entre 
Myrina et Kymè*. 

IL — Les Clauses de la Convention. 

Ainsi, la rébellion des mercenaires doit être très étroitement 
liée à la guerre avec Antiochos L C'est dans ces circonstances 
critiques seules qu'on peut comprendre la générosité dont 

alliés les Démaratides, tenaient llalasarna et Teuthrania, on admettra aisé- 
ment que, lorsque Philétairos reçut le commandement de Pergame, Tautorité 
de celle-ci s^exerçait déjà dans la vallée du Gaîqueet, au nord, dans le massif du 
Pindasos, peut-être jusqu'à la plaine de Thébé. Que les meilleurs rapports exis- 
tassent vers 260 entre Pergame et Mitylène dont les possessions se rencontraient 
dans cette région, c'est ce qu'on peut conclure du dépôt d*un des exemplaires 
de la Convention à l'Asklèpieion de Milylène. 

1. A 2 km. au S.-E. du cap Hydra (auj. Sitza-Bournou),au lieu dit Ketschi- 
Agyl, Dém. Baltazzi a relevé Tinscr. rupestre : "Opoi | Xlepya | itTQvûv que les 
caractères èpigrapbiques permettent de rapporter à la seconde moitié du m* s. 
{Bull. Corr. Hell.y 1881, p. 284). 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 197 

Euménès fait preuve. II n'y a aucune restriction au pardon 
général; il n'est même pas question de pardon. Les meneurs 
ne seront inquiétés en aucune façon. L'assurance d'une entière 
amnistie n'a pas suffi à les apaiser. II a fallu des concessions 
effectives qui sont énumérées en huit articles. Ainsi, par cela 
même que la convention résulte d'événements exceptionnels, 
elle nous présente un tableau, jusqu'ici unique, d'un contrat 
avec les mercenaires où toutes les questions délicates sont 
manifestement réglées en leur faveur. Il n'y faut pas chercher 
un contrat complet où soient traités tout les points qui devaient 
figurer dans l'engagement passé entre les soudoyés et celui 
qui les prenait à sa solde, mais l'exposé des desiderata des mer- 
cenaires sur tous les points où les interprétations différentes, 
résultant des intérêts opposés des parties en présence, pouvaient 
susciter des conflits allant jusqu'à la révolte ouverte, le moyen 
suprême des mercenaires de tous les temps pour obtenir ce 
qu'ils estiment être leur droit. Les prétentions des mercenaires 
paraissent, d'ailleurs, pour certains articles du moins, reposer 
sur une base légale : cet acte de l'an 44 qu'ils demandent qu'on 
remette en vigueur en ce qui touche aux impôts. On peut en 
conclure que les mercenaires révoltés étaient en partie, depuis 
plus d'une dizaine d'années, au service de Pergame et qu'une 
maladroite tentative de revenir sur les concessions octroyées 
par Philétairos ou de les éluder avait dû contribuer, autant que 
les intrigues d'Euménès Attalou, à les pousser à la révolte. C'est 
à ces griefs que la nouvelle convention cherche à mettre fin. 

§ 1 . Pour les grains * : les vendre au prix de 4 dr, le médimne 

(5S /. i/S), le vin à 4 dr. le métrète {39 L 39), 

L'État paraît donc s'être réservé le monopole de la fourniture 

1. Il est préférable de rendre <TtTou par ce terme plus général qui, surtout à 
l'époque hellénistique, englobe avec le froment, icupiç, les autres céréales, 
notamment Torge, xpiOiQ, et le sorgho, ^Xups, dont le prix est généralement moitié 
moindre que celui du froment. Aussi est-il vraisemblable que, dans la fixation 
du prix, c*est surtout le froment qu'on a en vue; sans quoi, ce prix serait plus 
un maximum qu un minimum. Dans la donation de Philétairos à Cyzique on 
voit distinguer Teavoi de nvpûv lAedîiivovc et de xptO<bv (leS. [Or. gr., 748). 



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198 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

aux mercenaires des vivres essentiels. C'est à ses entrepôts qu'il 
leur fallait s'adresser et c'était sans doute là un des principaux 
débouchés des produits des domaines royaux*. Aussi la royauté 
devait-elle tendre à grossir cette source de revenus en renché- 
rissant sur le prix des denrées. C'est à cet abus que veulent 
mettre terme les mercenaires en exigeant l'établissement d'un 
prix fixe. 

Dans ces conditions, ce prix doit représenter la valeur 
minima du vin et du froment à Pergame vers le milieu du 
m® siècle. A la môme époque, dans une île comme Délos, où 
tout le blé devait être importé, le prix du médimne variait de 
4 dr. 3 ob. à 10 dr. *, la moyenne étant de 6 dr. ; à Éphèse, qui 
se trouvait cependant à portée des riches emblavures de l'Her- 
mos, on retrouve ce prix de 6 dr.*; à Olbia, entrepôt des blés du 
Pont qui avaient si longtemps alimenté la Grèce, le prix courant 
paraît être 2 dr. 2 ob. ^ ; en Egypte, enfin, devenue aux temps 
hellénistiques le grenier du monde grec, l'artabe de blé (3/4 du 
médimne attique) valait sur place de 1 dr. 1/2 à 2 dr. ; mais, 
rendu à Alexandrie — à plus forte raison exporté au loin — 



1. Dès celte époque, il esl vraisemblable que, ea dehors des terres des 
temples, les dynastes de Pergame avaient mis la maia »ur les domaines de la 
couronne dans la vallée du Caï'^ue. On connaît leur persistance, à Pépoque impé- 
riale, par la dédicace d'un 'Epiiïic nepYapLt)v6; âpxàpioc Muoîac t^; xocto» {Atk- 
Mitth.^ XXIV, p. 171 ; cf. Chapot, La province romaine d'Asie^ 1904, p. 3M6, 
n. 4). Peut-être aussi Attaleia comme Thyateira, était-elle comprise dans les 
domaines dont Tezistence est attestée parles trois stèles trouvées près de Thya- 
teira et portant, les deux premières, le nom d'un ÈicîTpoico; toO ^ileSaatoO àépxt)c 
AeiSiavTic (C/G., 3484, 3498; Hirschfeld. K/io, II. p. 303), l'autre "Opo; pataiXEi/ofo 
(Radel, BCH., 1887, p. 447). Du côté de Pbilrtaireia, on peut rappeler pour 
l'époque des Attalides les domaines dont il semble être question dans les frag- 
ments du rescrii royal adressé à Temnos (Fraenkel, 157) et le dixa<7TV]; ^aat- 
>ixfa>v xfiiv napà -rn^ 'AïoKSa dont parle Démétrios de Skepsis {ap, Atbénée, X, 
697 D). 

2. Voir les comptes des hiéropes de 282, BCH., 1890, p. 481, commentés par 
R. Corsetli, Sut prezzo dei grani neW antichità classica {Studi di Storià Anlica 
de J. Beloch, II, 1893), p. 73. 

3. Andent greek inscr. of ike Bnt. êîuseum, III, 455, p. 98. 

4. Salvetti, t'ôid., p. 79, diaprés Tinscr. de Prôtogénès que je crois devoir 
placer vers 210. 



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LES MEHCENAIHES ET LES COLONIES MlLiTAmES DE PEtlGAME 199 

le blé doublait déjà de prix*. Quant au vin, à Athènes comme 
en Egypte, il paraît s'être vendu au minimum de 8 à 10 dr. le 
métrète*. 

Pour une vallée aussi fertile que celle du Caïque*, ces prix ne 
paraîtront donc pas très bas. Mais, en les déterminant, on tint 
sans doute compte surtout du sùêré>ion ou o/jsônion\ indemnité 
de nourriture que touchait chaque mercenaire. En supposant 
qu'il fallait, bon an mal an, une demi-douzaine d'hectolitres de 
froment, soit 12 médimnes* de grains au mercenaire, on voit 

1. Outre Corselti, op, cit. et Boucbé-Leclercq, Histoire des Lagides, III, 
p. 189, 281; IV, p. 335, voir C. Barbagallo, I prezzi dei grnni neW età Tolo- 
maicGy dans Atene e Roma, 1906, p. 254 et soo Contributo alla storia eco- 
nomica dell'antichita (Rome, 1907). 

2. Pour Athènes, voir Bœckh-Fraenkel, StaatshaushaltunQf I, p. 123; pour 
rÉgypte, voir Beloch, Griechische Geschichte^ III, p. 321. 

3. Outre le texte de Strubon ciléplus haut (p. i94, n. 2), on peut alléguer deux 
textes de Galien, vantant, Tun, Tavoine de la Mysie au-dessus de Pergame (De 
Alimentorum facuU., I, 14; VI, 522 K); l'autre (VII, 800 ; cf X,833) les vigno- 
bles d'Ae^aeetde Perpéréné. On peut rappeler aussi qu'AtlalosI donneà Sicyone, 
en 197, 10.000 médimnes de blé (Liv.. XXXII, 40) ; qu'il en avance à Antiochos III 
une quantité telle que, en 188, celui-ci doit lui payer de ce chef une indemnité 
de 127 talents (Liv , XXXVII, 45; XXX VIII, 38) et que, en 190, c^est à Pergame 
que l'armée romaine s'approvisionne de blé (XKXVII, 37). Quant aux 280.000 
médimnes dont le revenu est affecté par Ëuménès II aux gymnases de Rhodes 
(Polyb.. XXXI, 25; Diodor., XXXI, 47), ils sont peut-être tirés de terres ache- 
tées dans Tile, comme on le voit faire à Attalos I dans sa donation au gymnase 
de Chios (cf. 'AOtiva, 1908, p. 150). 

4. Bien que o^l'c&viov et acrvipéatov fussent originairement distincts, le second 
désignant tout ce qui était fait avec de la farine, le premier toutes les denrées 
alimentaires à l'exception de cplles faites avec de la farine (sur le sens d'o^J/uviov, 
cf. Boeckh-Fraenkel, I, p. 127), les deux termes paraissent employés indifférem- 
ment k Tépoque hellénistique. Pourtant, la distinction est encore faite dans 
rinscr. de Délos de 282 (BCH., 1890, p. 481), où les ouvriers reçoivent par mois 
45 chœnices de icvpfi>v plus 10 drachmes et; à^pt^viov. Mais la même somme de 
120 dr. par an est donnée ailleurs à Délos «; <j'.TYjpé<nov (BCff., VI, p 24, . 
1. 196). Oq voit les stratèges d'Érythrôes, v. 275, s'occuper à réunir l'argent 
pour le (7iT7)pé(nov de la garnison ptolémaïque {Sylloge, 210) ; dans une 
disette, la môme ville s'engage à le fournir gratuitement à ceux qui apporte- 
raient des céréales. Cette disette, conséquence des ravages galates, avait fait 
monter à 60 dr. le médimne de froment ('Adv)vâ, 1908, p. 200). 

5. C'est le chiffre auquel on arrive en prenant pour base, non le chœnice par 
jour qui aurait suffi à U rigueur à Athènes au tetnps de Socrate (Boeckh- 
Fraenkel, I, p. 142), mais le chœnice et demi (IL 1/2) que l'inscr. citée à la 
note préc. montre en usage à Délos. Le total de 48 dr. qu'on obtient avec ce 
chiffre implique un chiffre au moins triple pour le reste de la nourriture 



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200 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

que, avec le minimum imposé, chaque soldat devait payer pour 
son pain 48 drachmes à rÉtat. Ajoutons-y le produit de 28 mé- 
trètes — un peu moins de 1 litre par jour — de vin, nous obte- 
nons 80 drachmes*. Vopsônion^ devant pourvoir également aux 
autres denrées, on peut conjecturer qu'il était au moins du 
double. 

§ 2. Pour Fannée de service : qu*eLle soit fixée à dix mois 
et ne jamais y introduire de mois intercalaire. 

Les Grecs ne faisant jamais la guerre dans les deux ou troî^ 
mois de la mauvaise saison, l'année militaire comptait au plus 
dix mois s'ouvrant apparemment en Xandikos (mars-avril), le 
mois où avait lieu la lustration de l'armée macédonienne*. C'est 
sur cette base que paraît avoir été calculée la solde : ainsi Ton 
voit, à Kos, à la fin du m® siècle*, des mercenaires qui 

journalière, soil, de ce chef seulement, une dépense annuelle de 192 drachmes. 
C'est près du double que Ton compte à Athènes, où l'on donne un minimum 
de 2 dr. 3 ob. par jour aux ouvriers qui sont censés se nourrir eux-mêmes 
(oix6(rtToi), 1 dr. 3 ob. à ceux que l'État nourrit (Bœckh-Fraenkel, I, p. 150). 

1. Les drachmes de Pergame sont conformes à l'étalon attique ; cf. Hultsch, 
art. Drachme de Pauly-Wissoway V, p. 1619. 

2. Un fragment d'inscr. éphébique de Pergame mentionne des versements faits 
eiç ta ô+(ovia [xai elç xb à]lXiîiti|i.a tûv [Tcai5u)v(AMen. Afi^(A., 1907, p.433). Plus 
curieuse est Pinscr. de Paphos, datée de Tan 24 de Tère Lagide —299, puisque 
les pap. n. 2-4 des Elephanline Papyri de 0. Rubensohn (Berlin, 1007) certi- 
6ent que Plolémaios I a compté à partir de la mort d'Alexandre ses années 
régales. Des membres, Lyciecs sans doute, d'un des koina que les mer- 
cenaires des ditférentes nationalités avaient formés à Chypre, inscrivent les 
souscriptions assurées pour fournir l'association d'huile. Parmi o\ ItzriYyik^Liyoi 
elç xb éXatoxpî(Txtov, deux soldais originaires l'un de Xanthos, l'autre de Mitylène 
donnent chacun 100 drachmes ; cinq autres de Limyra, Kadyanda, Tlos, Myra, 
Philès(?), donnent un ô^taviov chacun, un dernier dePatara o^j^cÀvta 8>So(Hogarth, 
Gardner, Jones, Journ, Hell, Stud,, IX, 1888, p. 231). Il semblerait donc que, 
une fois Vopsônion fîzé en espèces, chaque poldat put en recevoir plusieurs, 
comme les gradés de nos années sont censés toucher double ou triple ration ; 
d'autre part, ce document confirme que le montant de la partie de rindemnîté 
de nourriture dite opsônion n'était guère supérieur à 100 drachmes. 

3. Cf. Nilsson, Griechiscfie Feste (Leipzig, <906), p. 404. Cette interruption 
du service des mercenaires pendant le trimestre d'hiver explique peut-être 
certaines suspensions d'armes en hiver qui, sous le climat de Bagdad, étonnent 
à juste titre les historiens modernes ; telle celle de Molon en 221 (cf. Bevan, 
The House of Seleucus, I, p. 303). 

4. C'est une souscription publique de l'époque de la guerre contre Philippe V 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 201 

reçoivent pour un semestre 99 dr. 4 ob. (= 598 ob.) ne pas 
toucher pour Tannée entière le double, soit 199 dr. 2 ob. 
(= 1196 ob.), mais 151 dr. (= 906 ob.). Le total du 1" semestre 
donne en moyenne 99 ob. par mois; en appliquant ce chiffre 
au total du 2« semestre (906-598 = 308), on s'aperçoit qu'il 
n'y rentre que trois fois. Autrement dit, les mercenaires de 
Kos touchaient environ IJS dr. 5 ob. par mois pendant 9 mois 
et ne touchaient rien pendant le trimestre d'hiver. 11 n'est 
guère probable que les mercenaires de Pergame se soient con- 
tentés de celte moyenne de 3 ob. par jour, alors que les maçons 
employés à Rhodes ou à Délos reçoivent quotidiennement 3 à 
4 ob. ; mais, à Rhodes, on précise que c'est là l'èij^wv'.ov — à Délos, 
que 22 drachmes sont ajoutées par an pour l'habillement '. 

(204-1) où Kos entra dans ralliance de Rhodes et de Pergame (Herzog, Klio, il, 
p. 317 et Cariinali, Rivista di Pilologia, 1907, p. 1 ; B. Preiiner, Hermès, XXIK, 
549 préfère la placer en 190 au temps de la guerre contre Antiochos). C'est 
Hicks, Classical Review, 1892, p. 53 qui a, le premier, allégué cette inscription 
pour éclaircir ce passage de la Convention : Paton-Hicks, Inscr, of Co«, 10; 
Griech. Dial.-lnschr. 3624; Recueil Michel, 642. 

ù\ iirriYfeXpLévoi Ta; pLi90oçopà[; SraJaaYopTvoc Ttpio^évou toO 9itt)PE9Îou ivixuxbv 

|-|p[(-= 151 dr. pour un an 
TûooLÇxloi] rspacmo; toO <nTtipe<y(ou lvt[au]tbv HPh= 151 dr. pour un an 
*Ap:<mov 'ApiatoxXeîSa to[0 aiTYipe]oîOu èvtauTÔv HP h - 151 dr. pour un an 
'AX9at(ji[vT]; AvttjaOéveuc xai ûnèp tûv uiûv ai[Tt]péoiov] eTôv Wo HHHHK =302 

dr. pour 2 ans 
Xpu(Tâvta[c JdiTTipéacov IÇajt^vov P[AAAAhhht-hhhhhllll? = 99 dr., 

4 ob. pour 6 mois 
'AyaO^orpatoç Méptvovoc au^péaiov ej^apii^vov PAAAAhhhhhhhhhlIil = 

99 dr., 4 ob, pour 6 mois 
•AvTto-/?]oç NtxavSpou o-iry)péo-io[v lxxa\5exapLi^v]ou HHPAhhhhHII =• 265 dr., 

3 ob. pour 16 mois 
KasIvoç, KpaT[t)c... *E]xaT6S{i>poc, Ixidroc aiT[r)péTiov ètôv il xo\? è|a(i]i^vou 

XPAhh= 1062 dr. pour6an8 et 6 mois (?). 

Z{avdp[a>v ....jaiTYipéaiov evtauTo[0 HPh? = 151 dr. pour un an. On paniit donc 
avoir pu s'engager pour 6 mois, 1 an, 16 mois, 2 ans, 6 ans et 6 mois. 

1. Cf. Francotte, V Indus trie dans la Grèce ancienne, p. 310. Dans un décret 
rendu par Andros (début du m* s.) en l'honneur des mercenaires qui ont fait 
partie d'une expédition navale et de leur chef, je crois reconnaître dans les pre- 
mières lignes mutilées des dispositions relatives à Vopsônion ...rjbv pis [fitpivov... 
I ...5p]axtAuv... I ..lipaÇi?] epYOU xoO Çevi....o (ÇgvoXoyou ?).. | ..TWpwjv toO |ie5îpivow 
(IG., XII, 5, 714). 

IV« SÉRIE, T. XII. 14 



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202 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

C'est donc que cette somme n'est bien qu'un opsônion, comme 
il est dit plus loin, ou un ntêrésio?i, comme il est dit à Kos : une 
indemnité de nourriture. 

Peut-on arriver à déterminer le montant total de la solde ? 
Au V® siècle, où la valeur de l'argent était presque double de 
celle qu'il eut deux siècles plus tard, quand on veut parler avec 
mépris du métier militaire, on l'appelle le xsTpwSÔAsj picç*. 
C'est exactement la somme que les Dix-Mille touchent à la fois 
comme argent d'entretien {zt-oç, ctTapx'la, Œtrr^péctov) et comme 
salaire proprement dit (jXiœôgç), Cyrus leur promet, en effet, 
1 darique (20 drachmes) par mois, solde qu'ils font hausser à 
1 darique 1/2 à Tarse, le lochage recevant le double, le stratège 
le quadruple; c'est la même proportion qu'observe Seuthès 
quand il s'engage à payer une statère de Cyzique et Thibron 
quand il embauche les débris de l'Expédition au prix consenti 
par Cyrus au début : 1, 2 et 4 dariques par mois*. Pour 
Alexandre, on croit qu'il donnait 1 dr. par jour à ses soldats". 
C'est 2 drachmes par cavalier, 1 dr. par hoplite, 9 oboles 
par hoplite à moitié armé, 7 oboles par psilos que les Étoliens 
et les Acarnaniens, vers 275, conviennent de payer réciproque- 
ment aux auxiliaires qu'ils s'enverront*. A la même époque, 
c'est probablement 9 oboles aussi qu'x\ntigonos Gonatas assure 
aux Cretois d'Éleutherna* ; à ceux d'Hiérapytna, il offre une 
drachme d'Alexandre pour les simples soldats (3 gr. 57) et une 
drachme attique (4 gr. 29) aux capitaines \ Tout à la fin du 
111® siècle, les Hiérapytniens ne s'engagent envers Rhodes que 
moyennant 1 dr. 1/2 pour les hommes et 2 dr. pour tous les 
chefs de 50 hommes ou moins \ Au siècle suivant, il semble 

1. En ajoutant les 2 ob. du misthos b^hx 2 ob. du sitos, Boeckh-Fraenkel, 1, 340. 

2. Pour tout le détail, voir G. Cousin, Kyros le Jeune (Nancv, 1904), p. 188- 
192. 

3. Voir les calculs différents de Boeckh Fraenkel, I, p. 342; G. Droysen, 
Hisi. de l'Hellénisme, I, p. 726. 

4. Sôliriadis, 'EçtjpLspi; «px-, 1905, p. 56. 

5. Bull, Curr, Hell,, 1889, p. 49; Amer, Joum. ArcA., 1898, p. 583. 

6. Bull, Corr. HelL, 1889, p. 53; Museo di Antich. Classica^ Ul, P- 603. 

7. Recueil Michel, 21; Griech, Dial, Inschr, 3759. — Pour TÉgypte, on ne 



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Les mercenaires et les colonies militaires de pergame 203 

encore que Persée verse, tant aux Odryses qu'aux Bastarnes, 
1 dr. par fantassin, 2 dr. par cavalier*. 

Ces sommes, on l'a vu, comprennent, avec la solde, l'indem- 
nité de nourriture qui est d'au moins 3-4 oboles ; il n'y a donc 
.rien de téméraire à supposer une solde totale d'I drachme par 
jour et par homme, équivalant au denier quotidien que les 
légionnaires obtiendront à Rome par la révolte de l'an 14. En 
ajoutant aux 80 dr. du pain et du vin, au moins 150 dr. pour le 
reste de la nourriture et pour l'habillement — faut-il admettre 
que l'équipement et le logement étaient à la charge de l'État? — 



possède malheureusement pas de chiffres concernant les mercenaires proprement 
dits. On n'en connaît que deux qui se rapportent à des f\ls de clérouques accom- 
plissant un service effectif; n étant pas encore entrés en jouissance du bénéfice 
paterne], ils touchent une solde. Mais celle-ci paraît plutôt fictive que réelle. 
En 164/3, le « Macédonien » Apollônios touche par mois 150 dr.,plus 3 artabes 
de blé, l'une en nature, les deux autres estimées à 100 dr. chacune ; donc, au 
maximum, 450 dr. de cuivre, ce qui, la dr. de cuivre étant à la dr. d'argent comme 
1 : 120, fait à peine 3 dr. d'argent; il est vrai qu'Âpollônios paraît n'être jamais 
sorti du Sérapéum (P. M. Meyer, Dos Heerwesen der Ptolemàer, 1900, p. 14; 
Bouché-Leclercq, Histoire des Lagides, IV, 1907, p. 44). D'une correspon- 
dance relative à l'entretien des cavaliers mercenaires à Thébes en 133 
et en 138, il résuite que la dépense totale, pour ot|;cjviov, <nT(ovta et lniioTpo?ix6v 
n'excédait pas 1 tal. 978 dr. 2 ob. dont 50 dr. pour n7ciioTpoçtx6v. En admettant 
que ce dernier ctjiffre soit celui des cavaliers, on obtient, pour la nourriture 
mensuelle de chaque cavalier, 139,5 dr. de cuivre, soit 1 dr. 1/4 d'argent 
(P. M. Meyer, p. 92; Bouché-Leclercq, IV, p. 51). 

1. Uhippotrophikon s'ajoutant au reste de la solde paraît doubler celle-ci 
pour les cavaliers : c'est ainsi que Persée promet aux Bastarnes de donner 
10 Btatères d'or par cavaher et 5 par fantassin, soit, si l'engagement est signé 
pour un semestre, un peu moins d'I dr. par jour pour les fantassins, de 2 dr. 
pour les cavaliers. Comme Persée ne se trouve pas assez riche en 168 pour 
payer pareille somme aux Bastarnes (Liv., XLIV, 26-7; Appian., Mac, 18; 
Diodor., XXX, 24; Plut., ^mil„ 12,4), il n'est guère probable qu'il ait promis 
et donné 100 dr. par mois, plus de 3 dr. par jour, à chacun des 1.000 cavaliers 
Odryses de Kotys en 171. Si le chiffre de 200 talents comme stipendium annuel 
que donne Titc-Live est bien exact (XLII, 6, 7) et s'il ne s'applique qu'aux 
l.OOO cavaliers qui figurent dans la revue de Kition (XLII, 51), il faut supposer 
sans doute qu'une indemnité plus forte était attribuée aux chefs. Peut-être le 
roi Kotys lui-même avait-il réclamé, comme devait le faire le roi des Bastarnes, 
25.000 dr. Si les 200 talents doivent être répartis également entre les 1.000 fan- 
tassins qui accompagnent les 1.000 cavaliers Thraces comme 10.000 fantassins 
suivent les 10.000 cavaliers Bastarnes, on retrouverait la proportion de 1 dr. 
par laotassin, 2 dr. par cavalier. 



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204 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

on verra qu'il ne devait pas rester grand'chose au mercenaire 
de ses 300 drachmes annuelles. 

La fixation de Tannée de service à dix mois implique, en 
effet, une pareille fixation de Tannée de solde. Les mercenaires 
n'y trouvaient apparemment pas à redire*. Mais ce qu'ils ne 
pouvaient admettre, c'est que, tout en ne leur payant que 
dix mois de solde, on leur fît faire onze mois de service en 
insérant pendant la période de service le mois intercalaire 
— de 22 1/2 jours tous les deux ans ou de 33 3/4 jours tous les 
trois ans — que comportait le calendrier macédonien. On peut 
conclure de cet article : 1** que la solde n'était pas payée au mois, 
mais sans doute à Tannée, comme on le voit spécifier à Kos, et 
que, sous cette désignation, c'est Tannée de service qu'on com- 
prend; 2° que le calendrier pergaménien, bien que portant des 
noms de mois éolo-ionîens, était conforme au système macé- 
donien qui, en tout cas, était en vigueur dans les places occu- 
pées par les mercenaires ■; 3° que Tintercalation était un droit 
régalien qu'exerçaient les dynastes de Pergame : il (Euménès) 
ji'introduira pas de mois intercalaire. C'était, pour eux, une 
tradition macédonienne. On sait, en effet, qu'Alexandre, pour 
éviter de partir en guerre au mois Daisios considéré comme de 
mauvais augure, intercala auparavant un second Ariémisios\ 

1. Fraenkel avait cru d'abord à une erreur du lapicide pour (ca))oexa{ir^vo;. 
Usener, qu'il avait consulté, ne sVtaitpas rallié & sa théorie, mais avait proposé 
de voir là le vestige d'un ancien calendrier macédonien de 10 mois (apud 
Fraenkel, p. 13-14). Hicks, Classical Review, 1892, p. 53 et B. Keil, Hermès, 
XXIX, p. 18. n. 2 ont, en môme temps, indiqué la véritable explication, à 
laquelle Fraenkel a adhéré (p. 507 du t. II) ainsi que Dittenberger. C'est ce 
système que j'essaie ici de préciser. 

2. On connaît à Attaleia un testament du n' s. de notre ère daté du 4 zandi- 
kos, BCH , 1887, p. 399. 

3. Plutarqiie, Alex» 16. En faveur de l'hypothèse indiquée ci-dessus qui 
ferait commencer les dix mois en Xandikos (mars-avril) pour unir en Audy- 
naios (déc.-janvier), on peut rappeler notamment que c'est le l" sept. 218 
qu'Attalos I fut arrêté sur les bords du Mékestos par une éclipse de lune, alors 
qu'il s'apprêtait à achever en Mysie une expédition qui réclamait encore deux 
mois au moins de campagne. C'est aussi en Xandikos et en Audynaios qu'on 
voit effectuer des versements dans la caisse militaire des Séleucides (Or, Gr., 
225). Le calendrier macédonien est en usage à Pergame dans lés act*»8 roya«ix 
(Fraenkel, 248). 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 205 

Les diadoques ont dû s'appuyer sur cet exemple pour insérer à 
la même place le mois intercalaire. Ainsi les mercenaires, qui 
s'étaient engagés à servir de Xandikos à Audy naios, se trouvaient 
servir un mois sans toucher de paye. 

§ 3. Pour ceux gui ont fait leur temps de service et qui sont 
devenus invalides : qu'ils reçoivent la même indemnité de 
nourriture qu'au temps de leur activité. 

Cette clause apprend d'abord que, dans le contrat signé avec 
le racoleur, le mercenaire fixait le nombre d'années que devait 
durer son engagement. Une fois accompli ce nombre d'années*, 
T3V ipî9;xsv Tov xup'.ov, le mercenaire devait-il toucher en tout état 
de cause une sorte de retraite? Ou ne devait-il la toucher qu'au 
cas où il était trop âgé ou trop estropié pour travailler? Le fait 
que Twv n'est pas répété devant Yevoixévwv i^îépYcov me ferait pen- 
cher pour la seconde alternative. La retraite n'est donc pas 
une prime comme l'étaient les 12.000 sesterces, montant d'une 
dizaine d'années de stipendium, que le soldat romain touchait 
au moment où, ayant accompli ses 20 ans de service, il rece- 
vait son honesta missio. Elle n'est pas donnée à tous ceux qui 
ont fait leur temps, aT.i\t.2yo\, mais seulement à ceux que le ser- 
vice a rendus àTrspvoi, incapables de travailler. Ce sens précis 
à'apergos limite encore les cas où l'invalidité donnait droit 
à une retraite. Il faut, pour l'obtenir, être incapable de toute 

1. Peut-être est-ce non le chiffre p/em, total, — il faudrait dire o\ èvxEXrj 
■/pôvov âffxpotTEyjjilvoi, qu'Appien emploie (fl. C, V, 3) concuremment avec 
aff:9TpaTE\S(t£voi (V, 26) pour désigner ces veterani ou emeriti, termes qui n'ont 
pis d'équivalent en Grèce parce que Tinstitulion à laquelle ils répondent y 
était ioconnue — mais le chiffre maximum. En ce cas, les contrats auraient 
fixé un minimum de service au dessous duquel le soudoyeur avait droit & un 
dédit (cf. p. 213), un maximum au dessus duquel le soudoyé, devenu invalide, 
avait droit à une pension. En tout cas, si les mercenaires de 260 étaient déjà au 
service de Pergame en Tan 44 auquel il est Tait allusion au § 6, cela leur 
donne dix ou vin^i^t ans de service. Que les mercenaires s'engageaient souvent 
pour quinze ou vingt ans, on peut le conclure aussi du passage de Polybe où 
Ton voit Agathoklès, en 202, songer à se servir des mercenaires enrôlés pour 
il guerre de Syrie en 219 : toï; ÇevoXoYtjôeîdiv el; tov Tcpbc *Avti6xov nôXepiov, 
Tov; tk ap/aiouc xa\ npoUicàpxovTa; Uvouc stci xk xarà ty)v x«^pKv 9poup(a xa\ xàc 
«itoixix; ànoaxtXkai (XV, 25, 11). 



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206 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

activité et c'est ce qui fait croire que le proeirgasmenos chronos, 
dont Tindemnité est, alors seulement, allouée à l'invalide, est 
l'expression consacrée pour désigner ce que nous appelons 
encore, au point de vue du service militaire, Vactivité. Cet 
opsônion d'activité que touche l'invalide est-il proportion- 
nel à la durée du service actif fait par lui? En est-il indé- 
pendant et égal uniquement' à la solde qu'il recevait chaque 
année? Sans que l'imprécision du texte grec permette de 
décider si la longueur du service entrait ou non en ligne de 
compte, il paraît évident qu'il faut prendre le terme d'o'^omov à 
la lettre. Ce qu'on veut par cette mesure, c'est seulement assurer 
le pain de leurs vieux jours aux vétérans devenus incapables 
de le gagner par ailleurs. Il n'y a donc pas lieu de leur payer 
la solde proprement dite, considérée comme le prix du service 
effectif. En Egypte, on paraît avoir transformé en clérouques 
les vieux mercenaires. Rien, dans l'article considéré, n'autorise 
à croire qu'il en fût de même à Pergame vers 260, d'autant plus 
que l'article VI prévoit le départ des deux catégories de merce- 
naires spécifiées dans l'article III. Ils avaient donc le choix, 
ou de s'en aller en emportant leur pécule, ou de rester, en rece- 
vant, outre ce pécule, une subvention de 3 ou 4 oboles 
par jour. Sans être aussi efficace que la clérouquie, c'est déjà 
un essai manifeste d'intéresser les mercenaires à demeurer 
dans le pays où ils ont servi et où ils se sont souvent constitué 
une famille ainsi qu'il résulte de l'article suivant. 

§ 4. Pour ce qui est de la tutelle des orphelins : qu'elle incombe 
au plus proche parent ou à celui à qui le défunt l'aura 
léguée*. 

Ayant cru qu' opçavixa désignait les sommes laissées à l'orphe- 

i. C'est ce que semblent croire Fraenkel (p. 15) en traduisant : dass st« 
denselben sold beziehen sollen et Cardinal! (p. 216) : continuavano a godere lo 
stesfio stipendio di prima. Mais ils n'ont rien dit des questions que posait cet 
article. 

2. Diltenberger, Or. Gr., 326, n. 21 a montré que ànoXeiiaiv s^empioyaità 
Tépoque hellénistique au sens du xataXeiTcsiv classique. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 207 

lin, Fraenkel s'est imaginé que ce sont celles ci dont la libre dis- 
position était accordée au mercenaire; ces sommes compren- 
draient, outre les acquêts propres du mercenaire, une certaine 
solde que le prince s'était engagé à payer à ses hoirs naturels 
ou désignés par lui ; « cette disposition dérive manifestement 
de ce que, seule, une infime minorité de mercenaires vivaient en 
mariage régulier; pour que le droit d'héritage ne pût être atta- 
qué pour cause d'illégimité, le soldat devait être mis en état de 
prévenir toute tentative de ce genre par un testament »*. 

Il est facile de s'assurer que les ipoavtxa ne peuvent désigner 
que les charges de tutelle'. La mention qui en est faite parmi 
les questions litigieuses atteste, d'abord, que les mercenaires 
avaient le droit de convoler en justes noces, sans quoi ils ne 
pourraient dévoluer ces charges; la formule même du serment 
des mercenaires implique qu'ils avaient généralement une 
famille et des biens propres. C'est au père de famille que le 
droit grec attribue le choix du tuteur des enfants mineurs qu'il 
laisse; ce choix est absolument libre. S'il n'y a pas eu testa- 
ment, la tutelle revient au plus proche parent. En l'espèce, le 
mercenaire mourant loin de sa patrie et de sa famille, c'est 
apparemment l'oncle maternel de l'opçavo;, — preuve nouvelle de 
la parfaite légitimité du mariage contracté pendant le mercena- 
rîat et de la postérité qui en est issue'. 



1. Fraenkel, op. cit., p. 15-16. 

2. Pour la valeur du terme et toute la'jurisprudence relative aux opipavoc, 
voir Beauchet, Histoire du droit privé en Grèce, t. II. chap. ii. A la p. 173, il 
se fonde sur le passage en question pour affirmer qu'à Pergame la tutelle légi- 
time était admise comme à Athènes, à Sparte, à Syracuse. 

3. Les op^avot dont il est question dans les documents militaires égyptiens 
semblent être tous des fils mineurs de clérouques décédés. Ils n'héritaient pas 
de droit du xXîjpoç parternel. P, M. Meyer suppose qu'il fallait une grâce spé- 
ciale du roi [Dos Heerwesen dei Ptolemaêr, 1900, 35); Schubart, que l'envoi en 
possession ne pouvait leur être accordé qu'une fois enrôlés à leur tour {Quaes^ 
iinnes de rébus miUtaribus quales fuerint in regno Lagidarum, 1900, p. 25). On 
ne sait ce qui avait lieu pour les biens immobiliers. Que les mercenaires égyp- 
tiens, même non clérouques, pouvaient convoler en justes noces, c'est ce qui 
paraît résulter de l'association de noms de femmes à ceux des soldats étrangers 
enterrés à Ibrabimieh (Breccia, hulL de la Soc, d'Arch, d'Alex,^ 1905, 45). 



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208 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

L'État pergaménien avait tout intérêt à favoriser le mariage 
de ses mercenaires dans leur garnison; sa population et sa 
fortune ne pouvaient qu'en profiter. Mais il avait évidemment 
plus de bénéfice encore à réclamer pour lui la tutelle des en- 
fants laissés par le défunt et l'administration de leur patrimoine, 
ou, tout au moins, à désigner quelqu'un de ses officiers comme 
tuteur. Il (levait en résulter des dilapidations auxquelles cette 
clause de la convention a pour but de mettre un terme, en 
même temps qu'elle affirme le droit de tester des mercenaires. 
A défaut de testament et en l'absence d'héritiers directs, il y a 
tout lieu de croire que leur avoir faisait retour à l'État. 

Sur cette façon dont les mercenaires, sans se fixer en colo- 
nies militaires, fondaient souvent des familles à l'étranger, je 
ne connais pas de document plus caractéristique que cette lettre 
d'Oaxos en Crète à la Ligue Étolienne, qui paraît dater des 
dernières années du iii® siècle : « Les Kosmes et la Cité des 
Oaxiens aux synèdres et au stratège et à l'hipparque des 
Étoliens, salut! Sachez qu'Ératon, notre concitoyen, partit en 
Chypre pour y faire la guerre {km cTpaxeiav), qu'il y prit femme 
et eut deux fils, Épiklès et Évagoras. Or, Ératon étant mort 
en Chypre, il advint qu'Épiklès fut fait prisonnier de guerre 
avec sa mère et fut vendu, lui, à Amphissa. Mais il parvint à 
réunir assez d'argent pour se racheter et vécut chez vous, à 
Amphissa, lui qui était notre concitoyen, et il y eut deux flls, 
Érasion et Timonax, et une fille, Mélita. Faites donc justice et 
sachez que, si on lui fait quelque tort, nous vous en rendrons 
responsables, État et particuliers; et assurez-lui l'égalité des 
droits civils et politiques* ». Sur quoi, l'assemblée étolienne 
décide : « Attendu qu'Épiklès fils d'Ératon est Oaxien, mais qu'il 
habite à Amphissa, après avoir séjourné à Delphes et à Ther- 
mos, on l'inscrira citoyen et on donnera copie de l'acte à 
Épiklès ))*. Ainsi Épiklès a eu beau, suivant l'exemple de son 
père, rester mercenaire en Chypre, être vendu comme esclave 

1. laser, de Delphes publiée par B. Haussoulier, Bulletin de Corr. HelL^ 
1882, p. 460; Blass, Griech, Dial.-lnschr., 5131. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 209 

en Locride, se racheter et y vivre comme métèque à Delphes, 
Thermos et Amphissa, il ne perd pas sa qualité d'Oaxien, et, 
profitant d'un traité d'isopoliieia qui existe apparemment entre 
sa première patrie et sa patrie d'adoption, il fait intervenir 
Oaxos pour que les Étoliens lui accordent le droit de cité, la 
y-c-vorcXiTeia que Pergame ne se décidera à octroyer à ses merce- 
naires qu'en 133. 

§ 5. Pour les droits fiscaux : que soit maintenue 
^exonération concédée Pan 44. 

Dittenberger a mis en lumière l'erreur de Fraenkel* qui pensait 
qu'il s'agissait d'une immunité accordée aux mercenaires après 
leur 44® année de service, et celle de Koepp* qui reliait trop 
étroitement cette clause à la suivante : Vatéleia serait ainsi 
obligatoire dans deux cas, ou bien pour les mercenaires qui ont 
atteint leur 44® année et sont devenus incapables de travailler, 
ou bien pour ceux qui ont reçu leur congé. Dittenberger a 
cherché à établir que la 44® année était celle de l'ère des Séleu- 
cides, qui aurait été en usage à Pergame * jusqu'à ce que, en 
240, Attalos I prît le titre royal et comptât par les années de 
son règne. Malheureusement, c'est exclusivement en Mésopo- 

1. Par Toubli de l'H placé avant YTTAPXHI, il lisait : onwç àv i^ àxéXeia 
ûicapXT)( iv Tfi>i etc. Peut-on concevoir, d'ailleurs, des contrats engageant un 
mercenaire pour 44 ans! Frappé, sans doute, de cette invraisemblance, 
M. A. Martin, dans le Dictionnaire des Antiquités (art. Mercenarii^ p. 1797), 
interprète non moins étrangement : pour le service, on peut en être exempté à 
44 ans. 

2. Archaeologischer Anzeiger, 1895, p. 164. Résumé d'une communication 
faite à VArchaeologische Gesellschaft de Berlin en juillet 1895. L'auteur y signale 
Foubli du H commis par Fraenkel. 

3* Les inscr. de Pergame ne se datent que par le prytane éponyme (cf. Car- 
dinali, op, cit., p. 283) ; à partir de 240, les actes royaux portent les années 
régales. Quant aux cislophores, elles ne portent de date qu*à partir de l'an- 
nexion romaine de 133 (cf. Imhoof-Blumer, Mûnzen d, Dyn, v, Perg,, Abh, d, 
Berl. Akad., 1884, p. 32 ; Abh. d. Bayr. Akad,, 1890, p. 7, 18). C'est à tort que 
Dittenberger s'appuie sur la menlion des années 59 et 60 dans la donation 
faite par Antiochos II à Laodikè (fir. gr., 225) ; il est naturel que les Séleucides 
emploient dans leurs actes le comput dynastique ; aussi bien, en faire usage, 
n'est-ce pas reconnaître leur suzeraineté, ce qui n'est guère vraisemblable pour 
le vainqueur de Sardes. 



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210 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

tamie et en Syrie qu'on a constaté jusqu'ici Tusage de l'ère 
datée parla rentrée de Séleukos à Babylone (automne 312), qui 
placerait en 269/8 l'an 44*. D'ailleurs, ce fut seulement la vic- 
toire de Kouroupédion (été 281) qui établit en Asie Mineure la 
puissance séleucide et qui assura, en fait sinon en droit, l'indé- 
pendance de Pergame; mais compter les 44 années à dater 
de 281 nous reporterait en plein règne d'AttalosI. Placer le début 
de cette ère peu après la bataille d'Ipsos, qui permit à Lysima- 
que, maître de l'Asie-Mineure, de confier à Philétairos la forte- 
resse de Pergame, cela pourrait s'appuyer sans doute sur l'ana- 
logie des ères bithynienne et pontique qui commencent res- 
pectivement en 298 et en 297*; mais cette analogie est 
sans valeur pour le gazophylaque de Pergame qui ne secoua 
qu'en 282 le joug de son maître Lysimaque, et elle reporterait, 
contrairement à toute vraisemblance, l'an 44 cinq années au 
moins après la victoire d'Euménès à Sardes, origine de l'auto- 
nomie légale de Pergame. A côté du système proposé par 
Dittenberger, on ne peut donc préconiser qu'une Ère d'Alexan- 
dre, en désignant de ce nom : ou bien une ère partant de la mort 
d'Alexandre (323), qui reporterait la convention de 44 en 279/8, 
l'année de la guerre hellespontique entre Antiochos d'une part, 
Antigonos de Macédoine et Nikomédès de Bithynie de l'autre*; 

1. Voir KubiUchek, ap. Pauly-Wissowa, I, p. 632-4. Encore, en Phéniciedu 
moins, l'ère séleucide ne paraît remplacer qu'au début du ii* siècle les ères 
locales dont la plus importante prend pour point de départ la conquête de la 
région par Alexandre, 333/2. Cf. J. Rouvier, Bev. des Et. grecques^ 1899, 
p. 362; Rev. Numism,, 1903, p. 239. L'ère séleucide, commençant au pre- 
mier de Tannée qui suivit l'entrée à Babylone, varie de six mois selon que 
les documents qui la mentionnent suivent le calendrier syro-macédonien, oiï le 
jour de Tan tombe le 1 Dios (octobre 312), ou le calendrier chaldéen où il 
tombe le 1 Nisan (mars/avril 311). Cf. Ed. Me ver, Zeitschr, f. Assj/rioZ., 1894, 
p. 325. 

2. Outre Kubitschek, toc. cit., p. 635, voir les notices de Th. Reinach dans 
Recueil général des monnaies grecques d'Asie Mineure^ I Pont, Il Bithynie 
(1904-8). 

3. Sur Tappui que Philétairos a dû prêter à celte époque à Antiochos I, voir 
p. 190. On ne peut penser en 279/8 aux nécessités de la lutte contre les Qalates, 
puisque je crois avoir montré que ce n'est qu'en automne 277 qu'ils ont passé 
en Asie et en 276/5 qu'ils se sont tournés vers le S.-E. de THellespont 
(Revue celtique^ 1908, Four Vhistoire des Gâtâtes, p. 11 du tir. à part). 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 211 

OU bien une ère commençant au meurtre d'Alexandre IV, le fils 
du conquérant, avec lequel disparut la dernière fiction de 
l'unité de l'Empire (311) ; Tannée 268/7, où se placerait alors le 
règlement de Philétaîros, semble être une année de paix pour 
l'Asie ; Antiochos I paraît occupé en Babylonie, tandis que la 
guerre de Chrémonide mettait aux prises ses adversaires de 
Macédoine et d'Egypte*. 

Si cette datation paraît préférable à celle que Dittenberger a 
adoptée, il ne semble pas qu'on doive le suivre davantage 
lorsqu'il fait dépendre étroitement cet article de l'article précé- 
dent, en soutenant que, les mercenaires n'ayant pas de biens 
propres, il ne pouvait être question d'impôts que touchant le 
patrimoine laissé par eux*; cette nouvelle disposition, comme 
la précédente, aurait pour but de protéger la res familiaris 
du mercenaire. Sans doute, il est évident qu'aucune taxe n'a 
pu frapper la solde même; mais il n'est pas moins manifeste 
que, si le mercenaire peut léguer le patrimoine formé par lui, 
il a, a fortiori^ le droit de posséder et d'acquérir, droit que 
confirme, d'ailleurs, l'article suivant; il se trouve, semble-t-il, 
dans la situation d'une sorte de métèque possédant Vépigamia 
et Venktésis. Par son mariage, par les économies faites sur sa 
solde, par le produit du butin surtout, le mercenaire pouvait 
donc amasser un pécule. C'est à ce titre qu'il était frappé 
d'impôts. Quels impôts? Non seulement on n'a pas relevé 
jusqu'ici, à Pergame, trace d'impôts mobiliers', mais le terme 

1. Wilcken, ap. Pauly-Wissowa, I, p. 2454. Les hostilités de Philétairos 
avec les Galates, qui résultent des textes suivants : Or, gr.^ 148 (aide prêtée 
contre eux à Cyzique) ; Monuments grecs pubL par l'Assoc. d. Et, grecques, 
1879, p. 46 (Galates chassés au delà de ses frontrières) ; Strabon, XII, 5, 
p. 566 (ses états razziés); Liv. XXXVIII, 16 (tribut payé), — ces hostilités se 
placent de préférence avant la victoire qui aurait valu à Antiochos I le surnom 
de Sôter (v. 273-70). L'organisation (ou la réorganisation) de son armée peut 
donc en être la conséquence. 

2. Il pensait probablement aux nombreuses taxes qui, en Egypte, pèsent sur 
les fils mineurs des clérouques (cf. Bouché- Leclercq. IV, p. 33). Mais ces taxes 
ont pour but de bien marquer la dépendance du pouvoir royal où se trouve le 
kléros^ institution dont il n'y a pas trace dans la convention des mercenaires. 

3. Cf. Cardinali, Jl regnodi Pergamo, 1906, p. 216. 



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212 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de T£Aï3 ne désigne proprement que les impôts indirects, droits 
de vente ou taxes d'exportation. La franchise pour l'importa- 
tion et l'exportation est, en effet, souvent accordée aux étran- 
gers privilégiés ; mais, autant on comprend qu'elle ait été utile 
à des commerçants, autant elle serait extraordinaire à l'égard 
de soldats. S'agirait-il seulement de la liberté d'importer les 
denrées alimentaires dans la garnison, sans payer les droits 
que les douanes pergaméniennes exigeaient, notamment 
pour le petit et le gros bétail'? Le pain et le vin étant, 
seuls, vendus à prix fixe, une pareille immunité paraîtrait 
très profitable aux mercenaires et pouvait diminuer de moitié 
leurs dépenses alimentaires. Peut-être faut-il faire porter 
aussi cette exonération sur toutes les contributions qui s'atta- 
chent ordinairement à la propriété, puisque les mercenaires 
paraissent avoir pu devenir propriétaires, du moins dans les 
limites de leur garnison. Pour comprendre l'importance atta- 
chée par les mercenaires à cette immunité, on doit se repré- 
senter le mercenaire pergaménien, à l'instar du soldat romain 
marié, ne venant plus au camp ou au fort que pour les néces- 
sités du service et possédant en ville un petit logement. Loca- 
taire ou propriétaire, ayant souvent toute une famille à loger, 
à vêtir et à nourrir, on comprend aisément ce qu'il avait à 
gagner d'une immunité générale pour tous les droits de douane 
ou d'octroi, de location ou de vente. 

§ 6. Pour qui est devenu invalide ou qui a reçu son congé : 
qu'il soit libre de s'en aller sans avoir à acquitter de droits 
en emportant tout ce qui lui appartient. 

En même temps que l'État cherchait à confisquer le patrimoine 
du mercenaire mort au service ou à diminuer ce patrimoine 
par des impôts, il obligeait sans doute à un certain dédit le 
mercenaire qui n'achevait pas les années de service portées au 
contrat; d'autre part, avec cette conviction que paraissent 

1. L'àtÉXeia poôv est accordée à Cyzique (OrierUis Graeci iFWcr.,748), riTÔtEia 
npogaTôv à Apollonia (Athen, Mitth,^ 1899, p. 213). 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 213 

avoir eue les Grecs que c'est appauvrir un pays que de permettre 
à toute valeur d'en sortir, de lourdes impositions étaient appa- 
remment destinées à empêcher le soldat de rien remporter dans 
sa patrie de l'argent gagné au service de Pergame. Les merce- 
naires, qui ont déjà exigé que leur fortune propre soit respectée, 
tant qu'ils restent au service et s'ils y meurent, par l'exemption 
des impôts indirects qui comprennent probablement ceux de 
succession, exigent de même qu'ils soient exemptés de tous les 
droits de sortie si, leur service accompli, ils préfèrent quitter 
Pergame. En même temps, sans s'opposer, sans doute, au dédit, 
si c'est par leur faute que l'engagement est rompu, ils se refusent 
à assimiler au mercenaire qui cesse volontairement son service 
avant l'expiration, celui qui y est contraint par suite d'une 
blessure ou de tout autre accident. On a vu, par l'article III, 
que l'État pergaménien ne s'obligeait à continuer leur indemnité 
de nourriture qu'aux mercenaires qui sont devenus incapables 
de servir après accomplissement de leur temps, consentant à 
s'imposer ce sacrifice dans l'espoir de retenir les mercenaires ; 
cotte nouvelle exigence des mercenaires atteste que l'appât 
d'une aussi médiocre pension alimentaire était loin de les 
séduire tous. 

§ 7. Pour Cindemniié de nourriture dont il a été conveiiu pour 
les quatre mois : que la somme convenue soit payée et non 
déduite de l'indemnité totalr. 

On apprend, par cet article, à la fois que la rébellion avait 
duré quatre mois et que Yopsânion n'était pas payé mensuelle- 
ment, mais au terme de l'année de service. Cette année de 
service paraît avoir été, on l'a vu, de dix mois. Comme dix 
mois ne supportent guère une division quadrimestrielle, on se 
trouve amené par là à rejeter l'idée que ce quadrimestre serait 
le temps pour lequel chaque paye était faite et à supposer que 
la paye quadrimestrielle à laquelle il est fait allusion est excep- 
tionnelle. Par cette clause, les mercenaires veulent empêcher 
que, au moment de la paye, on ne défalque celle des quatre mois 



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214 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de la rébellion. Si Ton ne peut donc conclure de cet article que 
la paye était comptée tous les quatre mois, il n'en reste pas 
moins vraisemblable que c'est mensuellement qu'était remise 
au mercenaire l'indemnité de nourriture montant à 20 ou 30 dr. 
Comme la tâche eût été fastidieuse pour des agents royaux, on 
peut supposer que la paye totale était livrée à date fixe — , 
peut-être à la suite de montres^ ainsi qu'on le pratiquait au 
xvn" siècle, — au chef de chaque corps de mercenaires qui se 
chargeait de la répartition; ce serait donc de la somme remise 
en fin d'année à chaque capitaine que cette clause interdirait de 
défalquer les paiements échus pour le temps de la révolte. S'il 
n'est fait mention que de Vopsdnion, est-ce que, à cette époque, 
les mercenaires ne touchaient pas encore de sùérêsion^ Je 
crois que le seul fait que cette indemnité n'est pas mentionnée 
dans cet article ne suffit pas à ébranler les arguments que l'on 
a fait valoir plus haut pour l'établir*. Je supposerai plutôt 
que cette partie de la paye était avancée régulièrement aux 
mercenaires — comme les capitaines de Louis XIV le fai- 
saient pour le prêt — afin que ceux-ci eussent quelque argent 
en poche, ne fût-ce que pour acheter le pain et le vin qui 
pouvaient représenter 80 dr. Le sitêrésion proprement dit, en 
effet, par la fixation des prix du pain et du vin, pouvait être 
arrêté d'avance ; Vopsôniofi proprement dit, portant sur toutes 
les denrées autres que le pain et le vin et variant par conséquent 
avec le prix même de ces denrées, paraît avoir été réglé au 
terme de l'année de service avec les chefs de corps qui pouvaient 
ainsi procéder eux-mêmes à l'achat en gros des victuailles, ce qui 
aurait diminué encore le prix des denrées alimentaires déjà si 
fort réduit par l'exonération prescrite à l'article V. Ce prix 
n'en était pas moins encore assez élevé pour que la gratuité 
complète des vivres parût la meilleure récompense qu'on pût 
décerner à tous les mercenaires décorés pour action d'éclat. 



1. Voir pJus haut, p. 99, 2u2. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 215 

§8. — Pour ceux qui ont reçu la couronne de peuplier (leukinoi) : 
qu'ils reçoivent le vivre à partir du moment où ils ont reçu la 
couronne. 

La couronne de peuplier est, évidemment, une récompense 
honorifique donnée aux mercenaires qui se sont distingués par 
leur bravoure. Pour expliquer que le peuplier blanc — Xeûxrj — 
servit à une pareille couronne, il suffit de remarquer que c'est 
grâce à un rameau de cet arbre qu'Héraklès avait pu affronter 
les terreurs de THadès, qu'il était resté consacré au héros tuté- 
laire des athlètes et des guerriers — XeJxav 'HpaxXéoç (epov Ipvcç, 
populus A Icidae gratissima * — .Le peuplier formait les couronnes 
des vainqueurs aux jeux célébrés en souvenir de Tlépolémos, 
THéraklès rhodien ; peut-être aussi était-il l'objet d'une vénéra- 
tion particulière dans le N.-E. de l'Asie-Mineure : non seule- 
ment il jouait un rôle dans les rites sabaziastes *, mais c'est 
une couronne de peuplier que portait le grand prêtre du Phase» 
et on lui prête le même caractère sacré sur les bords de 
TAisêpos*. 

Quoi qu'il en soit de la signification de cette couronne, elle 
comportait pour le mercenaire qui l'avait reçue des avantages 

1. Théocrite, /d., II, 120; Virgile, Egl.y VIÏ, 61 Ces textes ont été allégués 
par Koepp (loc. cit.) qui a proposé d'écrire Xeu[xi]va>v au lieu du Xeu[xà]v(i)v de 
Fraenkel, d'après l'analogie xi<i<i6;-xc<ifftvoç, aâçvti-Ôàçvivoç ; Brinkgreve, op, ciLt 
p. 12, avait fait dès 1893 la même correction que Dittenberger a adoptée en 
alléguant le texte d'Aristote, Oecon., Il, p. 1333 6, 26-7 : gixa IjxaTia jièv Xc-jxa, 
(mfovo-jc 8à Xsvixîvouc nepiETtdet- Eq dehors de ce texte et de la scbolie Ad Pind. 
0/., Vil, 36, relative aux Tlépolémaia^ on ne connaît qu'un exemple épigra- 
pbique de roctroi de la môme couronne : Dionysodôros d'Alexandrie est à 
Rhodes (rce^avuOsic irpâxo; Xevxa:a; oreçavwt (IG,t XII. 1, 155, III, 79; cf, 
Poucart, Assoc. Rel.. p. 35, 227). Tous les passages concernant le rôle reli- 
gieux do peuplier sont réunis par C. Bœlticher, BaumkuUus der Ueilenen, 
p. 441 ; J. Murr, Die Pflanzenwelt in der griech. Mythologie^ p. 20. 

2 Démosthène, XVIIL 260 et Harpocratiom, s. v.XeuxY). 

3 Valerius Flaccus, Argon., VI, 298. 

4. Hasluck, Journ. Hell. Studies, 1907, p. 66(Pomak-keui). On peut rappeler 
eocore, en Troade, la localité qui doit son nom de KaXTj'TcêuxTi à un peuplier 
auprès duquel le roi Lysimacbos avait fondé un Asklépieion (Strabon, XIII, 
p. 603); en Éoiide, Aigiroeossa (atycipoc, peuplier noir), vieille place qu'Héro- 
dote (1, 149) nomme entre Notion et Pitané, que Mannert veut identifier à Elaia 
et Cramer (Asia Aftnor, 1, 153) à Alloeira-Attaleia. 



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216 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

matériels auxquels TÉtat pergaménien essayait de se dérober. 
Koepp, prenant (jTtov à la lettre et l'opposant à oiVwv.iv, suppose 
que, tandis que les mercenaires ne touchent qu'une indemnité 
de nourriture et doivent payer leur grain 4 dr. le médimne, les 
leitkinoi reçoivent ce grain gratis. A cela, Dittenberger objecte 
que l'article I n'excepte aucun mercenaire de l'achat du grain 
à ce taux ; il en conclut qu'il ne s'agit aucunement de merce- 
naires en service; c'est lorsqu'ils ont reçu leur honesta missio 
qu'à ceux qui ont mérité cette couronne p^r aliquod tempus ali- 
menta darentvr. Son objection au système de Koepp est manifes- 
tement sans valeur : l'article I n'est pas conçu de telle manière 
qu'il n'y puisse être fait exception par une disposition spéciale 
comme celle que cette dernière clause renferme, et, puisque 
l'article III accorde Vopsônion à tous les invalides qui ont reçu 
leur congé, il est bien probable que ceux à qui leur courage ou 
leur conduite avait valu la couronne de peuplier aient reçu en 
plus le sito<:, A prendre ainsi ce mot au sens littéral de grain ^ 
de pain par extension, on s'étonne qu'aucune disposition sem- 
blable ne soit prise pour le vin, dont le prix est également fixé à 
4 drachmes dans l'article I, bien que ce ne soit pas là évidem- 
ment une denrée aussi indispensable. Ce qui paraît bien plus dif- 
ficile à admettre, c'est que la couronne, dont l'octroi comporte 
celui du sitofi, ne soit pas donnée pendant le service même. Aussi 
sitos me semble-t-il devoir être entendu au sens plus général de 
sitésis, dans l'acception où ce terme est pris lorsque le gymna- 
siarque de Pergame, Métrodôros, reçoit, entre autres honneurs, 
xai dvr^^vi £|x xpuiaveio)'. * ; à Nakrasa, en 240, la même distinction 
est conférée à l'épistate Apollonios*. L'analogie avec cette place 
forte de l'État pergamien et avec la capitale même permet de 
supposer que, à l'instar de la plupart des villes éoliennes et îo- 



\. Fraenkel, 252, 1, 34. La aî-njai; cjv tûi «purfaveiwi paraît conférée dans 
une lettre d'Euménès II à Temnos (Fraenkel, 157, fr. E.). Sur les prytanes à 
Pergame, cf. Cardinal!, op, cit., p. 283. 

2. Oi^ntis Graeci^ 268. Le prytanée de Cyzique est défini par Tite Live ; 
penetrale urbis, ubi inscr. publiée quibiuivi honos datus est vescuntur (XLI, 25). 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 21? 

nîennes, Philétaîreia * et Altaleia ont eu leur prylanée. Qu'il en 
fût ainsi ou non, il a dû toujours être facile aux fonctionnaires 
pergaméniens d'assurer, en nature ou en espèces, la nourriture 
des quelques militaires honorés de la couronne de peuplier. 
Peut-être institua-t-on pour eux une sorte de mess gratuit. 
N'ayant plus à payer les denrées alimentaires et n'en continuant 
pas moins à recevoir les allocations spéciales destinées à ces 
achats, les lenhinoi se trouvaient en mesure de garder par 
devers eux la meilleure partie des sommes versées à titre 
i'opsânion et de silêrésioJi; ainsi, la couronne de peuplier 
leur valait indirectement un revenu net de 250 ou 300 dra- 
chmes. 

Sans vouloir paraphraser les autres dispositions éparses dans 
la Convention, il importe d'attirer l'attention sur quelques 
traits essentiels : d'abord et surtout, la défiance mutuelle que 
s'inspirent les parties contractantes, les précautions prises par 
le prince contre les désobéissances, les intrigues, les complots, 
la désertion et le passage à l'ennemi de ses mercenaires, la 
crainte des mercenaires d'être livrés par lui aux ennemis ou, du 
moins, d'être privés de tout ou partie de leurs biens V Puis, le 
caractère tout personnel du contrat qui lie les mercenaires au 
prince. A Pergame ou aux autres places que celui-ci a en son 
pouvoir, il n'est pas fait allusion ; ses descendants ou successeurs 
ne sont pas plus mentionnés que son peuple; il n'est question 
que d'Euménès et de ses T:pi^r^xT:2, ses affaires. Les grands ser- 
ments échangés* n'intéressent que ceux mêmes qui les pro- 

1. Si le décret en l'honneur de Diodoros Héroidou Pasparos se rapporte 
effectivement à Pbilëtaireia (v. p. 188 et 192), Tezistence du prytaneion, à une 
certaine distance du téménos où devait se trouver l'Euméneion, se trouverait 
attestée pour cette place. Elaia, place forte pergaménienne comme Philétaireia, 
a pareillement son icpuxavETov {Or. 6r,, 332, I. 15, 50), 

2. Voir, plus bas, le sort des mercenaires qui ont passé du service de Phar- 
nakés à celui d'Euménès II en 179 (Diodor., fr, XXIX, 22-3). Cf. aussi les 
révoltes des mercenaires galates contre Piolémaios Philadelphe (Pausanias, I, 
7, 2; Callimaque, in Dei, 171 et Bchol.), Antigonos Gonatas (Trog.,P/-o/.,26), 
Ariobarzanès de Pont (Memmon, 24), Ziaélas de Bithynie (Trog., ProL, 27), 
Aniiochos Hiérax (Justin, XXVIII, 2, 12; Euseb., CAron.,1, 251), etc. 

3. Ce n'est pas là un opxo; paaiXix6c; mais Zeus, Gè, Hélios, sont les Oeo\ 

IV* SÉRIE T. xn. 15 



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218 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

noncent ; la minutie des dispositions qui les accompagnent suf- 
fit à en indiquer la fragilité. C'est cette fragilité même d'une 
puissance qui s'appuie exclusivement sur des mercenaires et que 
la première invasion énergique des Syriens, des Bithyniens ou 
des Galates commencera toujours par mettre à deux doigts de 
sa perte, c'est cette faiblesse militaire qui, de 260 à 133, va 
dominer l'histoire de Pergame. 

(A suivre.) A. J.-Reinach. 

opxioi ordinaires; Ares, Atliéna Areia et la Tauropole les dieux des merce- 
naires. A ces dieux, la convention entre Smyrne et les mercenaires de 
Magnésie du Sipyle ajoute leurs dieux locaux, la Môter Sipylène et TApolIon 
de Pandes, plus le génie tutélaire du souverain, la Tyché du roi Séleukos. Fraen- 
kel, op, cit., p. i6 et 76, pense que TAthéna du serment est celle de Pergame 
qui aurait été adorée sous le vocable d'Areia avant de l'être sous celui de 
Niképhoros. Mais les monnaies de Pergame qui porteraient 'Aôvjva; 'ApEiaç 
sont d'époque, sinon d*autbencité. incertaine (Head, Hi$t, Numm., p. 463) et, 
les premiers mercenaires étant d'origine thrace et scythique, il est naturel 
qu'Areia et la Tauropole restent leurs divinités lutélaires. Je ne crois pas da- 
vantage que TApollon qui figure seulement dans le serment d'Euménès soit le 
dieu que représentent des monnaies de Philétairos (cf Fraenkel, p. 3); il figure 
normalement dans la seconde triade des dieux orkioi et il ne faut attribuer 
qu'au lapicide l*oubli de ce dieu dans le serment des Mercenaires. 



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SSSAI 



CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE 

OiS LA 

PÉNINSULE IBÉRIQUE 



Lorsque M. Cartailhac publia les Ages préhistoriques de F Es- 
pagne et du Portugal (1886), une profonde obscurité enveloppait 
encore les temps primitifs de Tlbérie. Sans doute certaines 
stations ou nécropoles de l'âge de la pierre, signalées dans les 
Congrès internationaux par des savants espagnols et portugais, 
avaient déjà retenu l'attention des préhistoriens. D'une commu- 
nication de Carlos Ribeiro étaient nées de longues discussions 
sur les silex d'Otta dans la vallée du Tage, silex classés par 
quelques-uns à l'époque tertiaire. Les beaux coups-de-poing 
des sablières de San-Isidro, aux environs de Madrid, dans la 
vallée du Manzanarès, avaient démontré l'extension du chelléen 
au sud des Pyrénées. En 1865, Edouard Lartet avait exploré 
quelques cavernes de la Vieille-Castille. Quatorze ans plus tard 
Sautuola découvrait celle d'Altamira et cherchait vainement à 
démontrer l'origine quaternaire, c'est-à-dire le haut intérêt de 
ses merveilleuses peintures*. MM. Alsius et Harlé étudiaient les 
foyers magdaléniens de la grotte de Banyolas. Enfin les amas 
de coquilles de Mugem, dans la vallée du Tage, avaient été 



1. La statistique des grottes peintes de TEspagne que nous avons donnée dans 
notre Manuel d'archéologie préhistorique (I, p. 241 et 255) doit ôtre complétée 
maintenant à Taide des indications nouvelles de MM. Breuil et Cartailhac 
(Anihrop,y 1908, p. 371). Ce n*est plus seulement dans la province de Santan- 
der, maîâ dans celles d'Aragon et de Catalogne que sont réparties les peintures 
pariétales de Tâge du Renne. 



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220 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

rapprochés des kjoekkenmoeddings danois, tandis que les 
grottes sépulcrales du Portugal, de concert avec les sépultures 
mégalithiques, révélaient déjà l'existence d'une civilisation 
néolithique remarquable par la variété et l'originalité de ses 
caractères. 

Toutes ces découvertes se rattachaient au domaine de la plus 
haute antiquité de l'homme, mais la protohistoire ibérique 
demeurait encore dans son ensemble terra ignota. De trop rares 
vestiges matériels, clair-semés et épars, ne permettaient pas 
d'en reconstituer les principaux épisodes. Seules les sources 
littéraires, si précieuses, malgré leur laconisme et leur date 
récente, indiquaient la présence d'un grand nombre de peuples 
sur le sol de la Péninsule, Ligures et Ibères, Phéniciens, Celtes, 
Grecs, Carthaginois et Romains, ayant successivement ou même 
simultanément exercé leur domination sur cette région de 
l'Europe, jusqu'à la conquête wisigothique, attirés le plus sou- 
vent par la richesse exceptionnelle de ses districts miniers. 

Avant 1886, l'archéologie ne comptait encore en Espagne et 
en Portugal qu'un petit nombre de recherches méthodiques. A 
l'Orient de la Méditerranée celles-ci s'étaient déjà succédé 
sans relâche. A partir de 1871, grâce à Schliemann, le néoli- 
thique et l'âge du bronze des pays classiques commençaient à 
surgir des ténèbres, mais l'Occident méridional attendait 
encore ses explorateurs. Il serait cependant injuste de ne pas 
rappeler que le Portugal avait déjà trouvé un investigateur 
zélé de ses anciens oppvla. Au nord-ouest de ce pays, dans la 
province rocheuse d'Entre Douro et Minho, apparaissent çà et là 
les vestiges de vieilles villes fortifiées, nommées castroa, cita- 
nias ou castpllos et correspondant à nos « châtelards » par leurs 
dénominations populaires et leurs enceintes ruinées. Martins 
Sarmento déblaya ces ruines, y retrouva des restes d'habita- 
tions et des vestiges industriels. Ils révélaient une occupation 
prolongée et appartenaient à diverses époques. Mais quelle que 
soit l'importance de ces travaux, il ne semble pas qu'ils aient 
jeté une très vive lumière sur le passé de la Lusitanie. Sar- 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 221 

mento était plus historien qu'archéologue ^ ; au moment où il 
écrivait, la protohistoire s'orientait encore péniblement sur 
bien des problèmes. Nous sommes persuadé — et nous tente- 
rons de le démontrer ci-après — que certaines des conclusions 
formulées par lui ont accrédité dans la science des vues erro- 
nées ou, ce qui serait plus exact, ont étayé sur des arguments 
inacceptables une thèse renfermant en elle-même une certaine 
part de vérité. 

Impressionné par les retentissantes découvertes de Schlie- 
mann, Sarmento crut reconnaître dans les vieilles forteresses 
lusitaniennes des vestiges de sculptures comparables par leur 
style à celles de Mycènes et Tirynthe et dérivées du même art. 
S'aidant de ces rapprochements et des données historiques, il 
édifia sur l'ethnographie primitive du Portugal une théorie 
dont la partie archéologique, bien qu'elle ait été favorablement 
accueillie et tenue jusqu'à ce jour pour exacte, paraît reposer 
sur des analogies illusoires. 

Après avoir retracé l'inventaire général des connaissances 
acquises sur la préhistoire del'lbérie, M. Cartailhac, constatant 
leur indigence et entrevoyant leur développement futur, ajou- 
tait ces mots : « Celui qui refera mon livre dans une vingtaine 
d'années n'aura pas de peine à justifier mes espérances* ». Le 
livre de M. Cartailhac n'a pas été refait, mais de nombreux 
travaux, les uns insérés dans des périodiques portugais, espa- 
gnols ou français et relatifs à un district ou aune trouvaille, les 
autres comme l'ouvrage de M. Paris* ou celui de M. Leite de 
Vasconcellos*, conçus d'après un plan plus étendu, permettent 
actuellement de combler déjà bien des lacunes. 



1. Voir dans Portugalia, t. I, fasc. 2. p. 417, une bio-bibliographie de 
F. Marlins Sarmento (1833-1899). 

2. Cartailhac, Ages préhist, de VEspagne et du Portugal, 1886, p. 242. 

3. Pierre Paris, Essai sur l'art et Vindu$tne de VEspagne primitive, Paris, 
1903-1904, 2 vol. gr. in-8°. 

4. J. Leite de Vasconcellos, Religioes da Lusitania na parte que principale- 
mertte se réfère a Portugal, Lisboa, 1904-1905, 2 vol. in 8». L'excellent volume 
aujourd'hui vieilli mais toujours utile de £. Hûbner, La Arqueologia en Espafia 



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222 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Il nous a paru utile de présenter une synthèse de ces récentes 
découvertes en les rapprochant des précédentes. Nous nous 
proposons surtout d'en soumettre les résultats à un examen 
critique, d'autant plus utile que les explorateurs des stations 
méridionales de l'Espagne ne se sont pas contentés de publier 
le compte rendu de leurs fouilles. Ils ont joint à ce travail 
descriptif diverses thèses ethnographiques ou chronologiques 
qui ne sauraient être acceptées sans contrôle. Sur certains 
points essentiels, elles sont, croyons-nous, en contradiction 
avec les données actuelles de la science. Nous essayerons de le 
démontrer en examinant successivement tout ce qui se rap- 
porte au néolithique, à l'âge du bronze et au premier âge du fer 
et en répartissant les trouvailles de ces diverses époques dans 
un cadre chronologique. 

L'ÉPOQUE NÉOLITHIQUE 

En dehors des amas de coquilles de Mugem qui représentent 
peut-être une phase initiale ou tout au moins un faciès spécial 
du néolithique, cette période nous est connue au sud des Pyré- 
nées par des gisements divers : villages, monuments dolmé- 
niques, grottes sépulcrales naturelles ou artificielles, autres 
sépultures de types variés. Nous passerons successivement en 
revue les plus importants ou les plus typiques, sans nous 
astreindre d'ailleurs à respecter intégralement l'ordre de clas- 
sement : certaines sépultures sont si intimement liées aux habi- 
tations qu'il est préférable de ne pas les étudier isolément. 

Les belles fouilles de deux ingénieurs belges, MM. Henry et 
Louis Siret, dans le sud-est de l'Espagne méritent incontes- 
tablement d'être placées au premier rang parmi les explora- 
tions récentes de la Péninsule. Ces travaux, commencés par les 
efforts associés des deux frères, sont continués depuis quelques 
années par M. Louis Siret seul. C'est à ce dernier surtout que 

y Portugal], Barcelone, 1883, est devenu introuvable. Le prix auquel il est 
coté dans la librairie allemande (100 mark !) eu indique assez la rareté. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 223 

nous devons la connaissance de bourgades néolithiques parti- 
culièrement intéressantes : Los Millares, Almizaraque et 
Campos. 

La ville fortifiée des Millares, située au bord du Rio Andarax, 
dans la province d'Almérie, ne couvre que cinq hectares. En 
Espagne comme en Gaule les villes des âges de la pierre et du 
b-onze occupaient une faible étendue. La superficie des Millares 
correspond sensiblement à celle de nos camps néolithiques bien 
connus de Peu-Richard (Charente-Inférieure) et de Catenoy 
(Oise). La station a pour assiette un promontoire triangulaire 
dont une levée de terre, longue de 275 mètres, protège la face 
accessible'. Une nécropole située à l'extrémité du plateau 
•groupait une centaine de sépultures éparses par groupes : dol- 
mens à dalles, chambres circulaires à coupoles en pierres 
brutes, placées en encorbellement, et soutenues par une 
colonne centrale en pierre ou en bois. M. Siret a signalé Tinté- 
rêt de ces tombes à coupoles, dont il a décrit les curieux carac- 
tères : 

« Les coloQoes sont ou bien en pierres, parfois bien taillées, ou 
bien en bois, et dans ce cas il ne reste plus que le trou dans lequel 
s'enfonçait leur pied^ ou une base taillée dans la pierre. Les chambres 
ont le plus souvent de trois à cinq mètres de diamètre, parfois six. 
Jusqu'à la hauteur d'un mètre, les parois sont fréquemmeat revêtues 
de dalles en schiste, sur lesquelles on retrouve parfois des traces 
d'enduit de plâtre et de peintures rouges ; daas un cas même un 
sein en plâtre, en relief, seul débris d^une représentation humaine. 
Quelquefois le sol est revêtu de dalles cimentées par du plâtre. Les 
voûtes et les murs de ces édifices devaient avoir environ un mètre 
d'épaisseur; mais ils se confondent avec le reste du monticule qui 
les entourait ; une ou deux rangées circulaires de pierres mises debout 
retenaient les terres formant ce dernier, ou lui donnaient un aspect 
plus monumental. D*un côté, qui est très souvent celui qui regarde 
la mer, c'est-à-dire Test, mais toujours celui où le terrain descend, 
la paroi de la chambre est percée d*une porte, précédée d'un couloir 
d'accès; celui-ci est souvent subdivisé lui-même en plusieurs sortes 

1. Voir le plan dans L. Siret, V Espagne préhistorique, extr. de la Rev. de* 
questions scientifiques j octobre 1893, p. 34. 



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224 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

d'antichambres par d'autres portes. Le couloir est construit en dalles 
debout ou en petit appareil; sa voûte est de pierres plates d'une 
portée, ou en encorbellement, ou même quelquefois formée de véri- 
tables claveaux. Les portes sont constituées par plusieurs dalles for- 
mant cadre, ou par une seule, évidée ; Touverture se fermait au moyen 
d'une autre dalle; une de celles-ci était percée d'un tronque fermait 
un bouchon de pierre. On pénétrait dans le couloir en descendant 
deux ou trois marches. A gauche et à droite du couloir et de la 
chambre principale, s'ouvrent fréquemment de petites chambres 
secondaires. Les voûtes des couloirs sont encore bien conservées 
dans beaucoup de cas, mais celles des chambres sont toujours efTon- 
drées; il n'est cependant pas douteux que leur construction ne soit 
celle que nous avons décrite. Devant l'entrée du monument, on 
retrouve les restes d'une terrasse carrée ou en demi-cercle, limitée 
par des pierres debout peu élevées; de chaque côté de petits réduits, 
à l'intérieur desquels sont alignées des séries de pierres cylindriques, 
coniques ou en aiguilles, de vrais bétyles, hautsde 15 à 60 centimètres. 
La terre qui remplit les chambres est souvent noire; on dirait qu'on 
faisait du feu au sommet du monticule; sans pouvoir le prouver, nous 
croyons que ce sommet était une plateforme. Il y a des monuments 
partiellement, d'autres entièrement creusés dans le sol. Une fois on 
a utilisé une grotte naturelle formant la moitié de la chambre ; l'autre 
moitié a été faite comme d'habitude au moyen de pierres ' ». 

Il est à peine utile de faire observer que cette description 
rappelle trait pour trait, sauf quelques particularités, nos allées 
couvertes et nos grottes artificielles : comme dans les cryptes 
champenoises, une idole féminine apparaît parfois sur les parois 
des sépultures. Il n'est pas jusqu'aux traces de peintures qui ne 
se retrouvent dans les hypogées de la vallée du Petit-Morin 
(Marne), car on sait que la figure féminine de Coizard porte elle 
aussi des vestiges d'ocre jaune, restes probables d'une poly- 
chromie disparue. 

Le mobilier de ces tombes des Millares est le même que celui 
des grottes sépulcrales ou artificielles du Portugal : comme 
instruments en pierre polie, des haches, des herminettes, des 
ciseaux et des gouges ; comme silex taillés, de magnifiques 

1. L. Siret, loc. cit., p. 38-41. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 225 

couteaux atteignant parfois 35 centimètres de long, des scies, 
de merveilleuses pointes de flèche, dont quelques-unes à lon- 
gues barbelures incurvées, des poignards et divers autres outils 
ou armes. 

La céramique présente un intérêt tout particulier. Parmi les 
types décrits par M. Siret, on distingue surtout trois séries 
importantes : 

1<> Des coupes en terre rouge ou noire lustrée, à décor in- 
cisé, ornées d'une paire d'yeux symboliques*. Nous avons indi- 
qué la zone de ce curieux motif d'ornementation céramique*. 
Elle commence en Troade pour aboutir à la Scandinavie par le 
littoral atlantique. Le vase à décor oculé jalonne donc déjà la 
grande voie maritime par laquelle la civilisation primitive des 
régions égéennes a rayonné de proche en proche du sud-est au 
nord-ouest. Sur un des spécimens hispaniques les yeux sont 
associés à une représentation toute schématique de quadru- 
pèdes cornus, gravés de profil à côté d'une sorte de palme». 
Comment ne pas comparer ces figurations zoomorphiques aux 
poteries et aux fusaïoles d'Hissarlik (2® et 5® cités) qui portent 
des images similaires d'une exécution tout aussi rudimen- 
laîre*? 

2** Des vases « en terre blanche, ornés de peintures rouges, 
vertes et bleues », en même temps que d'ornements gravés. 
Pouvons- nous songer à les rapprocher, sous le rapport du pro- 
cédé d'ornementation, des poteries polychromes de la Crète 
minoenne trouvées par M. Evans et désignées sous le nom de 
poteries des Camares?Il est regrettable que M. Siret ne nous ait 
pas donné des reproductions en couleurs ou tout au moins des 
descriptions précises de ces poteries peintes hispaniques. Nous 
notons cependant ici une particularité digne de remarque. 



1. Siret, loc. cit,, p. 50, ûg. 221-225. 

2. Voir notre Manuel d'areh, préhist,, I, p. 599. 

3. L. Siret, Orientaux et Occidentaux en Espagne aux temps pvéhist,, Rev. 
des questions scientifiques, 1907, pi. IV, 6g. 12, 13. 

4. Schliemann, Hios ; trad. de M»» Egger, p. 506, ûg. 512 et p. 738, 6g. 1389. 



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226 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

D'après leur inventeur, l'un de ces vases est à engobe pourpre 
et peintures blanches, Tautre à fond rouge noir et peintures 
claires, un troisième gris sur noir. Or on sait qu'en Crète la 
poterie des Camares, appartenant au début du middle-minoan 
de M. Evans, est précisément caractérisée par un décor peint 
light'On-dark, tandis qu'au mycénien ou late-minoan apparaît 
le dark'On-light. 

Si, dans les pays celtiques et germaniques, là où l'influence 
égéenne s'est exercée moins directement, le procédé de la 
peinture n'a pas été appliqué à l'ornementation de la poterie à 
l'époque de la pierre, il n'en fut pas ainsi dans l'Europe du sud, 
même en dehors de la région égéenne proprement dite. La 
zone des poteries peintes néolithiques dans l'Europe méridio- 
nale s'étend chaque jour au nord de la presqu'île balkanique, 
tandis qu'en Sicile apparaissent les vases bichromes de la 
période de Castelluccio, à décor brun mat sur fond orangé La 
parenté des vases peints sicules et des vases peints égéens 
est confirmée par ce fait que les premiers sont associés aux 
fameux os tubulaires ornés de globes en relief et d'incisions 
linéaires, identiques à ceux d'Hissarlîk II, objets que l'on 
peut s'attendre d'un jour à l'autre à recueillir dans le néoli- 
thique ou plutôt dans l'œnéolithique des Millares. 

3^ Des vases caliciformes, appartenant à une série en quelque 
sorte classique. M. Siret en a décrit les principaux caractères*. 
Nous ne nous arrêterons pas à cette poterie si connue de tous 
et dont l'aire de dispersion comprend dans l'Europe du sud 
l'Espagne et le Portugal, la Sardaigne, la Sicile et l'Italie du 
nord, tandis qu'au nord et à l'est elle s'étend jusqu'à l'An- 
gleterre, l'Allemagne du nord, la basse Vistule et la Hongrie. 
Les exemplaires hispaniques, représentés surtout par les 
découvertes de la nécropole de Ciempozuelos, près Madrid, 
des grottes de Palmella, près Lisbonne et des sépultures des 
Alcores, région de Carmona, se distinguent par leur richesse 



1. Siret, loc, cit., Rev. quest. scient», 1906, p. 564. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 227 

d'ornementation. La couleur de leur pâte est rouge, brune ou 
noire et les gravures du décor sont souvent remplies de matière 
blanche. 

M. Sîret a cru retrouver sur un des vases peints la représen- 
tation d'un poulpe et de cette hypothèse, à notre avis complè- 
tement erronée, il a tiré toute une thèse ethnographique sur la 
présence des Phéniciens en Espagne à l'époque néolithique, 
thèse longuement développée dans plusieurs de ses récents 
mémoires *. Malheureusement, le poulpe hispanique de M. Siret 
appartient à la même série d'êtres imaginaires que la fa- 
meuse chouette de Schliemann. Toutes les considérations eth- 
niques, symboliques et chronologiques édifiées sur cette conjec- 
ture reposent donc sur une base chancelante. Comment M. Siret 
n'a-t-il pas compris que son explication ne résiste pas un ins- 
tant au rapprochement du prétendu poulpe avec le visage des 
statues-menhirs du groupe de Saint-Sernin, nettement anthro- 
pomorphes? On se l'explique d'autant moins qu'il reconnaît lui- 
même cette similitude. Il se trouve donc contraint de formuler 
une explication invraisemblable en supposant que la tête des 
menhirs sculptés, a dernier terme de la singulière évolution du 
poulpe », représenterait tout simplement ce mollusque « dont 
elle reproduit de façon frappante les traits élémentaires, deux 
yeux, le corps et les quatre paires de bras rudimentaires »*. 
M. Siret insiste à ce sujet sur les métamorphoses divines du 
panthéon classique. Nous lui demanderons de nous citer un 
seul exemple d'un cas similaire, c'est-à-dire de la substitution 
du corps entier d'un animal à la tête d'un personnage humain, 
figuré en pied. En réalité, le motif du vase peint des Millares 
comporte une explication toute simple et que nous avons eu 
déjà l'occasion d'indiquer*. Le prétendu poulpe phénicien n'est 

1, L. Siret, Orientaux et Occidentaux en Espagne aux temps préhistoriques, 
Ext. de la Rev. des Questions scientifiques, octobre 1906 et janvier 1907; — du 
même. Religions néolithiques de Clbérie, Ext. de la Keo. préhistorique, 1908, 
n»» 7 et 8. 

2. Siret, loc, cit., p. 555. 

. 3. Joseph Déchelette, Manuel d'archéol. préhist,, I, p. 596. 



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228 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

autre chose qu'une face humaine, ornée de tatouages sem- 
blables à ceux des statuettes amorgiennes des temps prémy- 
céniens. 

Comme objets de parure apparaissent, dans le néolithique des 
Millares, des épingles, des boutons, des plaques et peignes en 
ivoire, des grains de collier de diverses matières minérales, 
parfois d'ambre et de callaïs, de petits récipients en albâtre et 
en os, ayant peut-être renfermé des colorants ou des parfums, 
des pastilles de cinabre, etc. La coutume de se peindre le corps 
devait être aussi répandue chez les populations primitives de 
l'Espagne que partout ailleurs S et nous remarquons à ce sujet 
que dans l'inventaire des objets retrouvés par M. Bonsor dans 
les sépultures néolithiques des Alcores figurent deux petits 
pots contenant du vermillon*. 

Beaucoup plus caractéristique est encore la peinture des sque- 
lettes du riche cimetière de San-Anton, à environ deux kilo- 
mètres à l'est de la ville d'Orihuela, province d'Alicante. Dans 
cette vaste nécropole, explorée par le R. P. Furgus, plus de 
mille tombes ont été découvertes, appartenant pour la plupart 
les unes au commencement de l'âge du bronze, les autres à ce 
que nous appellerons plus loin le second âge du fer ibérique*. Le 
P. Furgus a reconnu assez souvent dans ces sépultures la colo- 

1 . Voir notre article, La peinture corporelle et letatoiLage, Rev. archéol., 1907, 
I, p. 38-50. 

2. G. Bonsor, Les colonies agricoles pré-romaines dans la vcUlée duB^ti», Rev. 
archéol., 1899, II, p. 303. 

3. Tel est du moins le départ qu'il convient d'opérer entre les objets repro- 
duits pur le R. P. Furgus dans les notices suivantes, maibeureusement trop 
sommaires et peu accessibles : i^ un compte-rendu publié dans une revue men- 
suelle de Madrid, RazonyFe, 1903 et réimprimé dans Tappendice III du tome II 
de la Historia de Orihuela par D. Ernesto Gisbert y Ballesteros sous ce titre : 
La Edad prehistàrica en Orihuela (tiré à part de 60 p. avec fîg., 1903) ; — 2« du 
même, Sepulturas prehistôricas en la provincia de Alicante^ Bolelin de la Socie- 
dad Aragonesa de Giencias Naturales, V, 1906, u^ 10 (tiré à part) ; — 3<> du même 
encore, Tombes préhist. des environs d'Orihuela, prov. d'Alicante, extr. des 
Annales de la Soc. d'archéol. de Bruxelles, XIX, 3« et 4» livr., 1905. — Ori- 
buela, Tantique Aurariola, possède un collège de Jésuites où les Pères ont 
créé une collection préhistorique, composée de ces importantes trouvailles trop 
peu connues. Nous devons à l'obligeance du P. Furgus l'envoi de ses notices. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 229 

ration des squelettes Un des cas qu'il décrit constitue un fait 
nouveau : les os du bras et de Tavant-bras d'une femme, parée 
d'un riche collier d'or, étaient barbouillés de noir et de rouge et 
le crâne d'une couche noire. La sépulture se classe avec certi- 
tude au premier âge du bronze. C'est la première fois, croyons- 
nous, qu'une peinture bichrome se rencontre sur un squelette 
préhistorique'. 

De curieuses plaques de schiste gravées, ordinairement pour- 
vues de trous de suspension et qui correspondent peut-être 
comme destination aux palettes de l'Egypte prépharaonique', 
étaient connues déjà par des découvertes portugaises. M. Siret 
les a retrouvées dans les sépultures du sud de l'Espagne, notam- 
ment aux Millares. Lorsqu'elles portent une ornementation 
gravée, on y reconnaît la figure tatouée des Millares et des 
menhirs sculptés. Seulement ce symbole est parfois réduit ici à 
sa plus simple expression. Il arrive même que les traits en por- 
tée musicale sont seuls figurés. En dépit de cette schématisa- 
tion, il est possible, en groupant par série ces petites icônes, 
de reconstituer leur vraie filiation. Il en est de même pour une 
autre série d'objets ornés du même motif : des os d'animaux 
peints ou gravés. 

« Le sujet reproduit, écrit M. Slret, est toujours le même : sa carac- 
léristique est une paire d'yeux, cercles à poiot central, entourés de 
rayons. La forme de l'objet ne permettant pas le développement en 
largeur, c'est au-dessus et surtout au-dessous des yeux que sont 
placés les autres ornements qui sur les vases s'étalent sur tout le 
pourtour; ce sont surtout ces mômes arcs de cercle rappelant les bras 
du poulpe [?]y et s'alignant en nombre des deux côtés d'un axe vertical, 
comme des palmes : il y a des champs remplis de zigzags, des séries 
de lignes droites courtes et parallèles, des chevrons, des triangles; 
le sujet le plus compliqué est celui du damier : les carrés ou losanges 

1. R. P. Furgus, Tombes préhist.^ loc. cit., p. 13, 

2. Voir Cartailhac, Les palettes des dolmens aveyronnais et des tombes égyp^ 
tienneSy exlr. du Bull, Soe. archéol. du Midi, 1906. Nuus ne nous arrêterons 
pas ici à examiner le probièrne de la deslinalion de ces palettes. Voir à ce sujet 
les indications bibliographiques données par M. À.-J. Reinach, VÈgypte préhis- 
torique , extr. de la llevue fies Idées ^ 1908, p. 50. 



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230 ftEVUE AftCHÉOLOGIQtJÉ 

sont alternativement vides et pleins : le remplissage de ceux-ci est 
obtenu par des lignes croisées parallèles aux précédentes et formant 
comme un damier plus petit * ». 

On retrouve les plaques de schiste ornées dans les grottes 
d'Alcobaça, avec divers objets néolithiques'. 

Au groupe des figurations religieuses ou fétichistes se rat- 
tachent encore des idoles de types divers, les unes plates en 
forme de violon (voir notamment les exemplaires d'El Garcel, 
tout à fait semblables à ceux d'Hissarlik, 1" et 2° villes), les 
autres avec amorces de bras (Los Millares) *, les autres enfin en 
forme de petits bétyles hauts de 10 à 50 centimètres ou de 
cônes tronqués munis d'yeux et de seins. Ces mêmes idoles 
avec amorces de bras ont été rencontrées par M. Bonsor dans 
les stations néolithiques des Alcores* et, d'autre part, on peut 
rapprocher des bétyles les cylindres en calcaire des grottes de 
Cascaes en Portugal*. 

Un des principaux caractères du néolithique de l'Europe 
méridionale consiste dans l'apparition presque constante de 
menus objets de cuivre. Rien déplus rare au sud des Alpes et des 
Pyrénées qu'un gisement du second âge de la pierre où l'on ne 
recueille pas tout au moins quelques menus objets de ce métal, 
tels que poinçons, grains de collier, spirales, etc. Dans toute 
l'Europe méridionale le néolithique et l'œnéolithique se diffé- 
rencient très difficilement; dans certaines stations l'absence 
de métal est peut-être le résultat de circonstances purement 
accidentelles. En Espagne, en Italie et même au sud de la 
France, l'œnéolithique fut synchronique avec le néolithique 
pur du nord de la France, comme le prouve la présence de 
vases caliciformes et des perles de callaïs dans chacun de ces 



1. Sirel, loc. cit., p. 552. 

2. Voir Vieira Natividade, Relatorio dos trabalhos de exploraçào nos diveraas 
estacoes neolith. de Alcobaça, Portugalia, I, fasc. 3, p. 431. 

3. Siret, V Espagne préhist., p. 58, 

4. Bonsor, loc. cit., 1899, il, p. 286, fîg. 122. 

5. Cariailhac, Ages préhistoriques^ p. 1U5, Qg. 124. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 231 

milieux, caractérisés au surplus par les mêmes monuments 
mégalithiques. 

Nous ne devrons donc pas nous étonner de rencontrer en 
abondance aux Millares les instruments de cuivre primitifs, 
tels que poinçons, haches plates, ciseaux, scies*. La station 
peut d'ailleurs avoir été occupée encore à l'extrême début de 
Tâge du bronze. 

Les découvertes de MM. Siret aux Millares, à Almizaraque, 
Campos et autres stations semblables, ont considérablement 
étendu nos connaissances sur les caractères propres au néoli- 
thique de ribérie. Cependant plusieurs de ces caractères avaient 
été reconnus çà et là auparavant, dans divers dépôts funéraires. 
Rapprochées les unes des autres, ces découvertes nous montrent 
que la civilisation des Millares, loin d'être limitée à l'Espagne 
méridionale, a rayonné tout au moins sur plusieurs provinces 
de la Péninsule. Parmi ces anciennes découvertes il nous suf- 
fira de rappeler les plus connues. 

En 1857 la fameuse Cueva de los Murciélagos (grotte des 
Chauves-Souris), près d'Albufiol (Andalousie), avait livré plus 
de cinquante squelettes, dont trois en quelque sorte momifiés. 
L'un d'eux était, dit-on, coiffé d'un diadème en or. Des objets de 
sparte tressé, des débris de vêtement, des sandales, conservés 
au Musée de Madrid, ne permettraient pas de déterminer l'âge 
exact de ce curieux dépôt funéraire qui pourrait ne pas être 
homogène, mais la présence d'armes de pierre et de poinçons 
en os le classe en partie aux temps néolithiques*. 

D'une nécropole à, inhumation, située à 30 kilomètres au sud 
de Madrid, celle de Ciempozuelos, provenaient de beaux spéci- 
mens de vases calicif ormes. Leur apparition en Castille, loin 
des districts maritimes, constitue une intéressante découverte, 
mais le contenu exact de ces sépultures n'est pas connu. On 



1. M. Siret a figuré ces objets dans L'Espagne préhist,, p. 49, fig. 214-219. 

2. Voir la bibliographie et les reproductions des principaux objets dans 
Cartailhac, loc, cit., p. 70. 



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232 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

y a signalé une pointe de flèche et un poinçon de cuivre'. 

Les trouvailles néolithiques les plus célèbres, avant celles 
des Millares, furent celles des grottes funéraires artificielles de 
Palmella, explorées par Carlos Ribeiro. Situées près de Sétubal, 
dans la région de Lisbonne, ces excavations, au nombre de 
quatre, creusées dans une roche tendre, se composent d'une 
chambre circulaire voûtée. Les magnifiques séries d'objets 
qu'elles contenaient et qu'à reproduits M. Cartaillac*, haches 
polies, herminettes, silex d'une taille achevée en forme de lames, 
de flèches et de scies, bols en calcaire à décor gravé, nom- 
breuses perles de callaïs, poteries à pâte brune ou rouge appa- 
rentées aux vases calicif ormes, avec décor particulièrement 
riche, pointes en cuivre losangées à longue tige plate, tout 
cela nous rappelle exactement le contenu des sépultures ou des 
maisons des Millares. 

Il en est de même pour les cavernes de Cascaes, également 
situées près de Lisbonne, à l'embouchure du Tage, au pied des 
collines de Cintra, et pour celles de Cesareda, sur la rive 
droite du même fleuve, ces dernières signalées dès 1867 par 
Delgado'. Là aussi apparaissent les mêmes types d'instruments 
de pierre. Les cavernes de Cascaes ont livré encore quelques 
« palettes » d'ardoise à décor géométrique et' des bols en cal- 
caire hémisphériques. Une des principales grottes du groupe de 
Cesareda, celle appelée Casa da Moura, contenait entre autres 
objets une mince plaque d'ardoise en forme de crosse et seize 
« palettes » ornées*. En 1886 M. Cartailhac connaissait en Por- 
tugal trois de ces crosses percées à leur base de trous de sus- 
pension et ornées de chevrons et de bandes hachurées*. On a 



1. A. Vives, Boletin de la Real Academia de la HUtoriat XXV, p. 436-450. 

2. Cartailhac, loc. cit,^ p. liO el suiv. 

3. Delgado, Noticia werda dos Grutas da Cesareda, Lisboa, i867; — Car- 
tailhac, loc, cit., p. 81. 

4. Cartailhac, loc. cit., Gg. 96 et 97; p. 98, fig. 100-103; - Môme plaque 
ornée, avec objets néolithiques, dans le Castro da Kotura (Marques da Costa, 
archeologo portugés, 1903, p. 272, p. 161, pi. V). 

5. Cartailhac, loc. cit., p 9(5. 



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GHHONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 233 

recherché, sans réussir à la déterminer, quelle pouvait en être 
la destination. Le problème, ce nous semble, n'est pas insoluble. 
Nous avons montré ailleurs* que le symbole pélécyque, la 
hache-fétiche des peuples néolithiques, présente trois variétés 
de représentations sur les sculptures de cette époque : la hache 
emmanchée complète, avec son manche et sa lame, la lame 
seule et le manche seul. Cette dernière figuration apparaît 
notamment sur la célèbre pierre du dolmen dit la Table des 
Marchands, à Locmariaquer (Morbihan). D'autre part, un guer- 
rier sarde, statuette de Tâge du bronze conservée à notre 
Bibliothèque Nationale, porte dans sa gibecière et sur Tépaule 
gauche plusieurs manches de hache en bronze'. L'identifica- 
tion des crosses du Portugal avec le manche de hache en pierre 
ne nous semble point douteuse. Elle résulte de ce fait curieux 
que les grottes sépulcrales du Portugal livrent précisément le 
modèle en pierre de chacun des trois symboles pélécyques 
figurés sur les monuments mégalithiques. En effet, à côté de 
nombreuses haches ou herminettes non emmanchées, se trou- 
vait, dans une des cavernes de Cascaes, un fac-sîmile en pierre 
d'herminette emmanchée*, pièce assurément fort rare, mais 
non point unique, puisque Vanta ou dolmen d'Estria en conte- 
nait une autre semblable \ L'herminette, qui n'est qu'une variété 
de la hache, était naturellement l'objet du même culte que 
celle-ci, dans les croyances primitives*. On doit donc ranger 
les manches de haches et les herminettes emmanchées parmi 
les objets votifs symboliques qui accompagnaient le mort à sa 
dernière demeure. 

1. Déchelette, Manuel d'archéologie frëhist., t. I, p. 610. 

2. Babelon et Blanchet, CataL des bronzes antiques de la Bibliothèque Natio- 
nale^ p. 403, no 919. C'est à tort que ce manche de hache a été pris pour un 
« crochet en bec d'oiseau », ainsi que nous l'a fait savoir M. Gartailhac, après 
examen de Toriginai. 

3. Cartailbac, bc. cit., p. 108, fig. 133-134. 

4. Ibid.y p. 109, fig. 135-136. 

5. Le culte de la hache pendant le néolithique et Page du bronze est très 
répanda, mais le type consacré de cet objet n'est point uniforme. En Orient la 
hache double remplace la hache simple sur les monuments gravés. 

iy« SÉRIE, T. XII. 16 



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^34 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

La présence de ce fac-simile d'herminatte, d'une part dans 
une grotte sépulcrale, de l'autre dans un dolmen, nous indique 
le synchronisme tout au moins partiel de ces deux modes de 
sépultures, fait d'ailleurs confirmé par l'ensemble du mobilier 
des tombes dolméniques nombreuses en Portugal, surtout dans 
les provinces de l'Alemtejo et de Beira*. 

Parmi les plus connues, on peut citer le tumulus dolmé- 
nique ou dolmen recouvert de Portimao, conseil d'Alcala, au 
sud du Portugal, long couloir conduisant à une crypte fermée 
comme l'allée par de grandes dalles. Il renfermait des haches 
et herminettes et une série de ces merveilleuses pointes de 
flèche à longues barbelures incurvées et à bords dentelés si 
caractéristiques. La chambre de Marcella, district de Villaréal, 
dans les Algarves, n'a livré que quelques objets d'ivoire. La 
célèbre ania ou dolmen de Monte Abrahaô, près de Lisbonne, 
compte parmi les plus belles allées couvertes connues. 

« La chambre, écrit M. Cartailhac, a 3 mètres de diamètre et la 
galerie 8 sur 2; les squelettes et les armes, ustensiles et parures qui 
les accompagnaient se trouvaient répartis dans Tune et dans Tautre; 
haches en trapp, diorite, etc., couteaux, grattoirs, pointes de lances 
grandes et belles et de flèches en silex, os aiguisés en pointe, boutons 
en os, rouleaux en calcaire, plaques d'ardoises, perles en turquoise 
(callaïs) et autres pendeloques variées, quelques vases entiers en 
forme de calotte hémisphérique et de nombreux tessons, tel était le 
mobilier funéraire. Les ossements permettent de dire que cette crypte 
avait renfermé plus de quatre-vingts individus de tout âge. J'ai déjà 
parlé des cailloux roulés qu*on avait apportés de loin pour en recou- 
vrir les débris humains' ». 

i. Une statistique inédite des dolmens et allées couvertes, dressée dès 1733, 
indique en Portugal 315 antas (désignation locale des dolmens, d'origine incon- 
nue). — Gartailhac, hc, cit,, p. 149. 

En 1867, Pereira da Costa a présenté au second Congrès international cP An- 
thropologie (p. 180) un mémoire sur les antas. 

Les explorateurs des dolmens portugais signalent de tous côtés sur ces 
monuments, la présence de nombreuses cupules. 

2. Gartailhac, loc. cit.^ p. 179. De môme, sur les côtes de PArmorique* en 
Finistère, M. du Ghatellier a constaté, dans des sépultures du commencement 
de Tâge du bronze, que le « corps avait été couché sur un lit de sable fln apporté 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE t)E LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 235 

Notons que les boutons coniques de Monte Abrahao avec 
perforation en V se retrouvent à la fin du néolithique jusque 
sur les côtes de Bohuslân (Suède), en même temps que dans une 
palafitte suisse (Vilnez) et dans les dolmens du midi de la 
France. 

Quant aux monuments mégalithiques de l'Espagne, la com- 
position de leur mobilier demeure encore peu connue'. On 
ignore ce que contenait la célèbre allée couverte d'Antequera, 
la Cueva de Menga, au nord de Malaga (Andalousie). Cette 
grande allée, longue de 24 mètres, sur une largeur maxima de 
e^ylS et une hauteur de 2",70 à 3 mètres, se rapproche assez 
exactement par ses dimensions de la magnifique allée couverte 
de Bagneux, près Saumur (20™ X 7" X 3"). 

Nous devons rappeler ici qu'un tumulus-dolmen a été décou- 
vert dernièrement à 70 mètres de la Cueva de Menga. Malheu- 
reusement, comme beaucoup d'autres sépultures dolméniques 
dévastées, celle-ci ne contenait que quelques instruments en 
pierre polie et quelques ossements d'animaux. Son type est 
celui de l'allée couverte, avec parois et toiture de dalles. Le 
couloir mesure 19 mètres de long sur l™,20à 1°*,30 de large; la 
chambre carrée dont les côtés ont environ 1^,75 est recouverte 
d'une seule dalle. La hauteur du monument, chambre et allée, 
est voisine de 2 mètres. A deux kilomètres de là, les mêmes 
explorateurs ont fouillé une autre allée couverte, la Ctieva del 
Bornerai, dont le couloir, haut également de 2 mètres, se déve- 
loppe sur 23™,50 de longueur, avec une largeur moyenne de 
1",80. La chambre circulaire est voûtée en coupole d'encorbel- 
lement et communique avec une seconde chambre plus basse. 
Au lieu d'une construction en grandes dalles on rencontre ici une 
maçonnerie en petites pierres plates, cimentées avec de la terre*. 

de la mer » parfois assez éloignée (Du Chatellier, Les sépultures de Vâge du 
bronze en Bretagne, p. 25). 

i. Voir Don José Villa-Amil y Castro, Antiqûedades preMstoricas y celtieas 
da Qalacia, Lugo, 1872; — Gartailhac, loc, cit., p. 181. 

2. Ces découvertes sont dues à deux Sévillans, D. José et Antonio Viera. Voir 



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236 hEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Dans notre rapide examen des principaux gisements néoli- 
thiques de ribérîe*, nous ne devons pas oublier les décou- 
vertes de la région de Carmona, dans les collines des Alcores 
(Andalousie). Ces récentes explorations archéologiques de 
M. Bonsor, bien connues des lecteurs de cette Revue et sur les- 
quelles nous aurons à revenir ci-après, offrent le plus haut 
intérêt pour la connaissance du premier âge du fer en Espagne. 
Mais dans ce groupe de nécropoles, les sépultures néolithiques 
avoisinaient les tombes d'époque celtique. Certaines fosses 
de Carmona sont des sépultures en forme de silos qui peuvent 
être rapprochées des puits néolithiques et des grottes artifi- 
cielles de la Marne". Elles ont livré de belles haches en pierre 
polie, des poinçons en os, des marteaux en pierre. Comme 
dans les grottes de la Marne, les ossements humains repo- 
saient parfois sur des dalles calcinées. C'est donc à tort que 

Gômez Moreno (de Grenade), Arquitectura tarlesia : la NecrôpoU de Anle- 
quera, Boletin de la Real Academia de la Historia, Madrid, 1905, p. 81-132. 
Mémoire analysé par M. Paris dans VArchaeoL Anzeiger, 1906, col. 172-173. 

1. M. Ricardo Severo, i'éminent directeur de Portugalia, s'est élevé en termes 
assez véhéments contre la méfiance des archéologues français à Tégard de cer- 
taines c antiquités » ibériques, parce que nous avions fait allusion à la multipli- 
cité des falsifications dans la Péninsule {Portugaliat II, fasc. 1, p. 132). Sans 
cherchera justifier notre méfiance par une liste des mystifications les plus mémo- 
rables, nous accordons volontiers à M. Ricardo que tous les pays ont à se 
défendre des faussaires. La mauvaise humeur de M. Ricardo provient peut-être 
ici de ce que quelques pages plus haut, il constate Taccueil peu favorable qu*à 
trouvé en France la publication du mobilier dolménique de Villa-Pouca-d'Aguiar 
(Trazos-Montes). A la vue de ces planches reproduisant d'étranges « sculp- 
tures primitives » et des inscriptions à faciès égéen, MM. Salomon Reinach 
et Cartaiihac ont formulé les plus expresses réserves sur la question d'authen- 
ticité et il paraît, au premier examen, impossible de ne point s'y associer. 
Néanmoins on ne saurait méconnaître que les antiquités préhistoriques de la 
Péninsule, comparées à celles de la Gaule, présentent souvent un caractère 
imprévu et un faciès insolite. La critique archéologique doit user d'une extrême 
circonspection avant de prononcer quelque condamnation formelle. Ici un 
supplément d'enquête nous semblerait opportun et dans l'attente de nouveaux 
éclaircissements nous croyons devoir suspendre encore tout jugement définitif. 

2. Dans notre Manuel d'archéologie préhistorique (tome I, p. 449), nous avons 
émis un doute sur le caractère sépulcral de ces excavations en forme de 
cloches ; mais nous sommes porté à croire actuellement que ces réserves ne 
sont point fondées. Les mêmes fosses se retrouvent à l'apparition du bronze 
en Hongrie (Wosinsky, Lengyel, I, pi. XXXII) et en Bohême (Pië, Ôechy 
predhisLy I, col. 141-142;. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 237 

M. Bonsor a considéré ces souterrains comme des silos à 
provision, sortes de dépendances des cabanes primitives qui les 
auraient recouvertes. On regrette d'ailleurs de trouver dans 
l'exposé des fouilles de M. Bonsor un véritable roman préhis- 
torique sur (( les Lapidés de l'Âcébuchal », à propos de quelques 
sépultures où le crâne des squelettes était écrasé sous des 
pierres. Les péripéties du drame imaginé par l'auteur l'ont 
conduit à attribuer aux Celtes des vi®-v® siècles avant notre ère 
les beaux vases caliciformes et autres poteries néolithiques et 
de plus à des conclusions non moins singulières sur les 
diverses invasions de l'Ibérie. Ces commentaires trop fantai- 
sistes ne diminuent point d'ailleurs l'intérêt des belles fouilles 
de Carmona, surtout, comme nous le verrons, pour ce qui con- 
cerne le premier âge du fer. 

Le groupe de Gandal et de Bencarron comprenait une ving- 
taine de petits tertres. Deux de ces tumulus renfermaient des 
sépultures entièrement distinctes sous tous les rapports, les 
unes à inhumation, de la fin du néolithique, les autres à inciné- 
ration, du premier âge du fer, avec objets d'importation phéni- 
cienne et fibules celtiques des vii«-vi® siècles. Il est vraiment 
frappant de constater que, de l'autre côté des Pyrénées, la vaste 
et riche nécropole du plateau de Ger, entre la vallée de l'Adour 
et celle du gave de Pau, présente la même juxtaposition intime 
de sépultures néolithiques et de sépultures celtiques du 
VI* siècle. De part et d'autre, parmi ces tertres, les uns abritent 
des corps inhumés avec mobilier de pierre, les autres ^des 
urnes cinéraires ou des amas de cendres déposés en pleine 
terre. Nous avons montré qu'au plateau de Ger, l'abandon de 
la nécropole présente un véritable hiatus correspondant à 
toute la durée de l'âge du bronze et de la première phase de 
l'âge du fer *, périodes non encore représentées dans les tumu- 
lus de cette région. Délaissé vers le début du second millé- 
naire, le cimetière ne reçut de nouvelles sépultures que vers 

i. Joseph Décbeletle, Manuel d^archéol. •préhUt.f I. p, 408. 



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238 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

le VI* siècle avant notre ère. 11 en est de même exactement 
pour les tombes élevées sur les collines des Alcores et cette 
constatation ne laisse pas que d'être suggestive. Il semblerait 
qu'au nord et au sud des Pyrénées de vastes étendues de terres, 
désertées par leurs habitants au commencement de l'âge du 
bronze, n'aient été occupées à nouveau qu'à l'arrivée des 
peuples celtiques. Serait-il légitime de tirer de ces observations 
précises de l'archéologie quelques conjectures ethnogra- 
phiques? La fragilité si souvent constatée des théories fondées 
sur un hiatus apparent ne nous permettrait pas de formuler sans 
d'expresses réserves l'hypothèse d'une brusque dispersion des 
Néolithiques; mais, comme nous l'indiquerons plus loin, on ne 
peut attribuer le caractère de ces sépultures hallstattiennes, au 
nord et au sud des Pyrénées, qu'à l'apparition de la race cel- 
tique dans les régions ibériques. 

Cette révision sommaire des principales découvertes néoli- 
thiques de l'Espagne, d'après les descriptions de leurs inven- 
teurs, suffît déjà à mettre en évidence l'étroite parenté de cette 
civilisation primitive avec celle du territoire égéen. Ce fait n'a 
pas échappé à M. Siret qui s'est attaché de bonne heure à le 
mettre en relief. Mais il est deux points essentiels de son sys- 
tème que nous ne pouvons accepter : tout d'abord, la synchro- 
nisation du néolithique espagnol des Millares avec l'époque 
mycénienne. Ce n'est nullement avec la période archéolo- 
gique, représentée par les fameux tombeaux de Mycènes, que 
nous devons paralléliser les sépultures et les habitations de la 
période des Millares, les grottes de Palmella et les chambres 
à coupoles de l'Espagne et du Portugal. Comme l'attestent 
des rapprochements multiples et significatifs, c'est toujours 
aux plus anciennes bourgades d'Hissarlik, et non point à la 
sixième que nous devons nous reporter pour expliquer la 
civilisation des Millares. La phase mycénienne, celle de la 
sixième cité, période des longues et magnifiques épées de 
bronze — malgré la survivance de quelques types archaïques, 
comme les flèches en silex — diffère nettement, au point de vue 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 239 

industriel, de la phase antérieure, celle des petits poignards en 
cuivre, des vases à décor oculé, des idoles-violons et des menus 
récipients d'albâtre. Or c'est à ce stade primitif de culture que 
correspond le néolithique ou œnéolithique ibérique. L'analogie 
est si frappante, comme nous l'avons vu, qu'il serait inutile d'y 
insister. 

Nous pourrions aisément augmenter le nombre des rappro- 
chements. M. Siret a noté l'intérêt que présentent, au point de 
vue des origines orientales, les petits vases en albâtre renfer- 
mant, selon lui, des parfums ou cosmétiques. C'est au pré- 
mycénien qu'appartiennent en Grèce les découvertes de ce 
genre d'objet. A Amorgos, à Melos, à Syros, on trouve des 
vases funéraires en argile, mais la pierre et le marbre sont 
plus fréquemment employés. Parmi les vases de pierre appa* 
raissent précisément de petits récipients à couvercles, qui 
correspondent par leurs formes et leur destination probable à 
ceux des Millares'. 

Le fragment de statuette féminine d'Almizaraque', à grande 
vulve triangulaire ponctuée, a pour pendant, au prémycénien, 
la fameuse idole en plomb d'Hissarlik II, dont la vulve présente 
la forme d'un grand triangle entouré de points. Le même carac- 
tère se retrouve sur un grand nombre de statuettes en marbre 
blanc recueillies dans les tombes des Cyclades*. 

La colonne en bois amincie à sa base n'est nullement une 
invention mycénienne. Il est parfaitement acquis que ce type 
de support évasé au sommet était employé de bonne heure par 
les constructeurs crétois, comme en témoignent des fragments 
de fresque de Cnossos \ 

1. L. Sirel, Orientaux et Occidentaux , loc. cit., i906, p. 560; — Blinkenberg, 
Antiquités prémycéniennes^ Étude sur la plus ancienne civilisation de la Grèce, 
Mém. Soc. Antiq. Nord, i896, p. 23. 

2. L. Siret, loc. cit., 1907, pi. IV. 

3. Cf. SchliemanD, llios, p. 406. Rappelons que le swastika dessiné sur la 
▼ulye de la célèbre figurine en plomb d*Uis8arlik, dans Touvrage de Schliemann, 
est apocryphe (Anthrop,, 1898, p. 196). 

4. R. F. Lagrange, La Crète anciennCy p. 16. 



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240 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Enfin nous assimilons aux fameuses « cornes de consécra- 
tion » de Cnossos, en argile ou en pierre, les petites cornes de 
terre cuite recueillies par M. Siret à Campos et par M. Bonsor, 
au Campo Real, dans les habitations ou sépultures néoli- 
thiques*. Ces objets votifs se rattachent au culte du taureau si 
répandu aux temps égéens en Orient et en Occident. Nous 
reparlerons de ces intéressants objets à propos des découvertes 
de Tâge du bronze. 

M. Siret appuie sa théorie sur la ressemblance — incontes- 
table, nous le reconnaissons — des flèches en obsidienne de 
Mycènes avec celles en silex de l'Espagne. Mais ce fait n'a 
aucunement la portée qu'il lui attribue, les trente-cinq pointes 
de flèche de Mycènes provenant toutes du même tombeau, le 
quatrième, et d'après Scbiiemann du môme carquois*. Il s'agit 
là d'une trouvaille exceptionnelle. Au surplus, il convient 
d'observer que cette sépulture, comme toutes les tombes à 
fosses de Mycènes, appartient au plus ancien mycénien, à 
une phase antérieure aux tombes à coupoles. On peut donc y 
retrouver encore quelque survivance, peut-être rituelle, d'ob- 
jets d'une époque antérieure. 

A cette première erreur, d'ordre chronologique, M. Siret en 
ajoute une seconde dans l'interprétation ethnographique des 
découvertes néolithiques, en attribuant aux Phéniciens, comme 
nous l'avons vu, la civilisation des Millares. Déjà la chrono- 
logie, à elle seule, contredit cette thèse. En effet, même en adop- 
tant les nouvelles dates proposées pour l'Ancien et le Moyen 
Empire par M. Ed. Meyer (XIP dynastie vers les années 2000- 
1788), les données de l'archéologie égypto-égéenne ne permet- 
tent pas d'abaisser la période cycladique ou amorgienne à une 
date postérieure à la fin du troisième millénaire. C'est à cette 
période que correspond la culture des Millares. Or, si l'on s'en 
tient au témoignage de l'antiquité, la fondation de Gadès (Cadix) 

1. G. Bonsor, loc. cit., p. 302, 6g. 11-15. 

2. Scbiiemann, Mycènes, p. 354. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 241 

daterait seulement de Tan 1100. Il est vrai qu'une tradition, 
qui semble toute fabuleuse, celle qu'a recueillie l'Espeignol 
Pomponius Mêla, ferait remonter cet événement à la guerre de 
Troie. Mais parmi les historiens modernes les plus autorisés, 
aucun n'a reculé cet événement au delà du milieu du second 
millénaire*. 

Nous tenons d'ailleurs à demeurer ici dans le domaine 
propre de l'archéologie. Lorsqu'il s'agit de l'ethnographie 
européenne de ces temps reculés, antérieurs à l'âge du bronze, 
on ne peut guère contester la supériorité de ses moyens d'infor- 
mation sur ceux de l'histoire et de la linguistique. 

Nous reprendrons la discussion de l'hypothèse phénicienne 
de M. Siret en examinant la solution qu'il a proposée pour le 
problème de la question celtique en Espagne, ces deux ques- 
tions ne pouvant être traitées séparément. Il nous faut pour 
cela passer à la période du bronze. 

L'Age du bronze. 

C'est encore aux belles découvertes de MM. Siret que nous 
devons la connaissance de cette période dans la Péninsule ibé- 
rique ou du moins celle de sa phase initiale. Tout en présentant 
un faciès distinct, l'âge du bronze, à son début, se relie ici inti- 
mement au néolithique par des caractères de transition, à tel 
point qu'une délimitation précise présente souvent de sérieuses 
difficultés. En archéologie, comme en géologie ou en paléonto- 
logie, les coupures nettement accusées ne proviennent ordi- 
nairement que de l'insuffisance de nos connaissances. Ces 
sciences, à leur début, ont créé à profusion les hypothèses 
provisoires et éphémères qu'on nomme, suivant leur objet, 
cataclysmes, hiatus, invasions, migrations. Puis le vide qui 
semblait se creuser profondément entre deux époques se 
comble peu à peu, les dissemblances s'atténuent, les survi- 

1. Voir sur celte question : H. d'Arbois de Jubaînville, Les premiers habi- 
tants de V Europe ^ I, p. 59, note 1. 



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242 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

vances se multiplient et le jour vient où les extrêmes se 
touchent et se pénètrent assez intimement pour se confondre. 
Il en est déjà ainsi pour le passage du néolithique à Tâge du 
bronze dans la plupart des pays d'Europe et notamment en 
Ibérie. 

Nous avons vu que la métallurgie avait apparu avec les pre- 
miers instruments de cuivre, alors que dominaient encore les 
outils en pierre polie. L'introduction du bronze ne modifia pas 
tout d'abord les formes de l'outillage. Seule l'analyse chimique 
dans bien des cas permet de distinguer entre les objets de 
cuivre pur et ceux qui sont constitués par un alliage de cuivre 
et d'étain. M. Siret qui place entre les deux périodes an boule- 
versement politique dû à l'irruption d'envahisseurs étrangers 
reconnaît d'ailleurs que les instruments et les armes de métal 
laissent l'impression d'un passage graduel. Il distingue deux 
phases successives dans l'âge du bronze et résume comme suit 
les caractères propres à chacune d'elles en ce qui concerne les 
types métalliques : 

Pendant la première a le métal est toujours le cuivre; il a parfois 
un aspect qui le fait prendre pour du bronze, et en effet Tanalyse 
montre qu'il n'est pas pur : mais c'est un bronze d'arsenic» non 
d'étain. Dans le pays abondent les minerais complexes de plomb, 
cuivre, argent, antimoine et arsenic; les bronzes arsénieux ont donc 
pu se produire naturellement; mais il est probable qu'on en a aussi 
fabriqué intentionnellement », 

€ Les haches et épingles ou poinçons conservent leurs formes 
simples; les flèches à longue soie sont plus communes ; aux poignards 
s'ajoute le type fixé au manche par des rivets. Avec la généralisation 
de l'emploi du métal on voit apparaître les pierres k aiguiser ea 
schiste, avec un ou plusieurs trous à chaque extrémité ». 

c Dès le début de l'âge du bronze, l'abondance des bijoux métal- 
liques contraste avec leur absence au Néolithique. Ce sont des lames 
d'or enroulées en tubes ou en hélices, ou des flls de cuivre et d'ar- 
gent formant des anneaux fermés ou des spires à extrémités libres. 
L'argent est parfois allié au cuivre : une analyse indique 12 p. c. de 
ce dernier métal. Deux pendants d'oreille sont en plomb doré ' ». 

1. L, Siret, loc. cit., 1907, p. 227. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 243 

Pendant la deuxième phase « le travail des métaux a fait certains 
progrès; il n*est pas impossible que le bronze fût connu pendant la 
première époque ; mais il n'a pas été constaté, tandis que pour la 
seconde il y a un objet de bronze pour deux de cuivre; l'argent pur 
ou cuivreux et Tor continuent à être en usage ; le plomb n'est apparu 
que sous forme de petits lingots et de litharge provenant de la désar- 
gentation. Quant aux formes des objets, en général il y a [très peu 
de changements : le tranchant des haches s'élargit ; les poignards 
s'allongent et arrivent à être des épées sans perdre leur forme et leur 
système d'attache par des rivets ; les épingles ou poinçons, les ciseaux 
sont de forme rudimentaire; les flèches ne sont pas fréquentes et 
ne présentent rien de nouveau ; une arme spéciale a été créée : c'est 
la hallebarde, nne sorte de hache de combat à extrémité pointue, 
fixée à un manche transversal par une large base et de solides rivets l 
ceux-ci comme pour les couteaux ou poignards, sont parfois en argent 
ou alliage d'argent, de cuivre, d'étain et de plomb. Les bijoux sont 
en général de simples anneaux fermés ou des spires à bouts libres, 
comme précédemment; quelques ornements nouveaux, toujours 
simples apparaissent; les plus remarquables sont les diadèmes en 
argent, bandeaux unis, ou ornés de points, ou d'une sorte de fleuron 
en forme de disque réuni au bandeau par une courbe qui rappelle 
celle des coupes à pied' i. 

Cette période initiale de Tâge du bronze ibérique nous est 
connue surtout par les explorations déjà anciennes de 
MM. Siret dans la région comprise entre Carthagène et Almeria, 
région s'étendant sur une longueur de 75 kilomètres environ*. 

La station la plus importante est celle de l'Argar, plateau 
mesurant environ un hectare et demi de superficie et servant 
d'assiette à un ancien village fortifié qui fut presque entière- 
ment exploré. Comme El Garcel et la Pernera, il est situé sur 
la rite gauche du Rio de Antas. MM. Siret y ont rencontré une 
importante nécropole d'environ 950 tombes à inhumation. Les 
sépultures se trouvaient souvent dans les habitations. Les corps, 
repliés et fréquemment colorés en rouge, avaient été déposés 
dans des cistes en pierre, formés de six dalles ou dans de 

1. Siret, loe. cit., p. 230. 

i. Siret, Les premiers dges du métal dans U sud-est de l'Espagne^ 1887. 



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244 . REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

grandes urnes céramiques en forme d'œuf tronqué. Les quatre 
cinquièmes des sépultures étaient dans des jarres. D'autres 
corps étaient simplement entourés de petits murs en pierre, 
mode de sépulture plus rare. Le mobilier funéraire comprend 
un grand nombre d'objets de cuivre ou de bronze pauvre en 
étain : haches en cuivre presque toutes de la forme plate pri- 
mitive (deux seulement sur cinquante ont les bords légère- 
ment relevés), des poignards triangulaires de bronze ou même 
d'argent, longs de 4 à 22 centimètres, à base munie de 1 à 
10 rivets, des haches-poignards ou hallebardes', des poinçons, 
des bracelets très simples, de nombreuses spires, des bagues et 
divers objets de parure. De ces divers objets, les uns appa- 
raissent déjà à répoque œnéolithique, les autres se classent à 
l'âge du bronze L 

L'or est représenté dans les sépultures de l'Argar par 
quelques spirales et quelques perles. L'argent, exceptionnelle- 
ment abondant, avait servi à la confection de bracelets, de 
pendants d'oreilles, de bagues, et de curieux diadèmes fémi- 
nins en forme de mince ruban avec plaque frontale. 

En dehors des tombes, des objets égarés ou abandonnés ont 
été retrouvés sur les emplacements des habitations : flèches en 
cuivre, pierres à aiguiser, scies en silex, meules, pierres à rai- 
nure, poids en terre cuite. 

La même civilisation a été rencontrée par les frères Siret 
dans plusieurs autres stations de la même région, notamment 
à rOficio, à Zapata, à Ifre, à Fuente Âlamo. Dans cette der- 
nière station le verre apparaît pour la première fois en Europe, 
sous la forme de petits tubes cannelés de couleur bleue ou ver- 
dâtre. 

La théorie ethnographique proposée par M. Louis Siret pour 
expliquer l'apparition de la civilisation du bronze en Ibérie 

1. Sur ces hallebardes, appelées Schwertstâbe par les archéologues allemands, 
et leur aire de dispersion, voir la notice de M. George Goffey, Irish Copper 
Ualberds, Proceed. of the Royal Irish Academy, t. XXVII, p. 94 et Montelius» 
Die Chronologie der Altesten Bronzezeit^ p. 29. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 245 

n'est pas moins hardie que sa thèse sur Torigine sémitique 
de la culture néolithique. Selon lui, Tâge du bronze débuterait 
en Espagne par la destruction de l'empire phénicien, et comme 
l'introduction du nouveau métal coïnciderait avec la dispari- 
tion de toute influence orientale, il faudrait chercher vers le 
Nord l'origine des nouveaux éléments de civilisation importés 
alors au sud des Pyrénées. Pénétrant encore plus avant dans le 
domaine des hypothèses, M. Siret se croit autorisé par des 
considérations que nous allons examiner à attribuer l'anéantis- 
sement de la domination phénicienne à un peuple qui, dès le 
XII® ou XI® siècle, aurait préludé dans la Péninsule aux con- 
quêtes celtiques. 

<c L'invasion de ce peuple, prédécesseur des Celtes de l'histoire et 
introduisant le bronze en Espagne, paraît devoir se placer vers le 
XII* ou le XI* siècle ; elle serait le résultat des mêmes causes qui ame- 
nèrent Tinvasion dorienne en Grèce, la décadence de Mycènes, la 
fondation de Cadix. Pendant Tâge du bronze, les Phéniciens ne 
cessèrent pas de traOquer avec l'Espagne et l'Occident, mais ils 
n'étaient plus maîtres de la Turdétanie. Ils achetaient probablement 
encore l'argent de ce pays mais l'objet principal de leur commerce 
semble avoir été l'étain des Cassitérides * ». 

Ce n'est pas sans une profonde surprise que les archéologues, 
préhistoriens ou classiques, auront accueilli une telle .hypo- 
thèse, bouleversant de fond en comble les bases fondamentales 
de la protohistoire, notamment les données les mieux établies 
sur la date de l'introduction du fer en Europe. Comment 
M. Siret peut-il placer celle du bronze en Ibérie au temps de 
l'invasion dorienne en Grèce et à la fin de l'époque mycé- 
nienne, alors que ces événements sont au contraire unanime- 
ment reconnus comme synchroniques avec la fin de l'âge du 
bronze et l'apparition du fer dans l'Europe méridionale et occi- 
dentale? D'autre part, que penseront les historiens d'une 
théorie qui place le déclin de la domination phénicienne au 
temps de la fondation de Cadix, premier établissement connu 

1. Siret, Orientaux et Occidentaux, ibid., 1907, p. 237. 



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246 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

des Phéniciens en Ibérie? Que diront enfin les celtistes en 
voyant reculer jusqu'au xii® siècle une migration que les textes 
des auteurs, malgré leur laconisme, ne permettent guère de 
placer à une date bien antérieure au v® siècle ? Pour contredire 
si hardiment les données de plusieurs sciences il faudrait à 
M. Siret de bien puissants arguments. Or, à notre avis, aucune 
des nombreuses considérations archéologiques qu'il a invoqué 
en faveur de sa théorie d'une invasion de l'Ibérie par des 
Proto-Celtes à l'époque du bronze, ne repose sur un fondement 
solide. 

Pour ne pas trop nous étendre sur ce sujet, nous n'examine- 
rons parmi les arguments de M. Siret que les plus spécieux, 
convaincu qu'il n'attache lui-même qu'une portée secondaire à 
ceux que nous passerons ici sous silence. 

Les Phéniciens aux temps néolithiques, nous dit-il, occu- 
paient une place forte, les Millares, afin de s'assurer l'accès de 
mines de cuivre argentifère, situées près d'une des sources du 
Guadalquivir. Partout ailleurs on ne connaît en ce temps-là 
que des bourgades peu importantes, placées dans les vallées des 
cours d'eau. A l'âge du bronze les lieux habités se rencontrent 
sur des hauteurs peu accessibles. Or ce fait, s'il est exact, déno- 
terait uniquement un progrès dans l'art de la fortification. 
Nous voudrions savoir au surplus si la préférence donnée par 
les Néolithiques aux localités voisines des cours d'eau n'était 
pas due simplement à la nécessité de demander aux galets des 
graviers le matériel de leur outillage. 

Les Néolithiques, objecte encore M. Siret, possédaient de 
nombreuses idoles ou amulettes de types variés, qui font complè- 
tement défaut dans les sépultures de l'âge du bronze. Sur le 
territoire celtique les mobiliers funéraires sont également 
dépourvus d'idoles. Il est très vrai que jusqu'à ce jour on ne 
connaît pas dans les gisements de l'âge du bronze hispanique 
ces figurines-violons, ces os peints, ces vases à visage, ces 
plaques de schiste à figurations anthropomorphes, qui donnent 
au néolithique de la Péninsule un faciès si caractéristique; 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 247 

mais ce qui enlève à ce fait toute portée, au point de vue de 
cette discussion, c'est qu'en Gaule, en pays celtique, on cons- 
tate à la même époque la môme modification des coutumes 
religieuses ou plutôt la môme disparition des images anthro- 
pomorphes religieuses ou funéraires. La Gaule, bien qu'à 
coup sûr elle n'ait alors possédé aucun établissement phénicien, 
a connu elle aussi à la fin du néolithique l'idole tatouée des 
Millares et d'Âlmizaraque, comme en témoignent les menhirs 
sculptés du Tarn, de l'Aveyron et de l'Hérault, les sculptures 
des dolmens et allées couvertes, etc. Or ces figurations dispa- 
raissent à l'âge du bronze au nord des Pyrénées comme en Es- 
pagne. Devons-nous en conclure que les cultes primitifs auraient 
subi une brusque évolution, à la faveur des nouveaux courants 
de civilisation qui ont propagé dans l'Europe occidentale la 
connaissance des métaux? Nous ne le pensons pas. Les concep- 
tions religieuses évoluent, mais elles ont des racines trop pro- 
fondes pour périr brusquement. Il nous semble probable que la 
transformation de l'outillage aura simplement modifié le choix 
de la matière pour la confection des icônes. Nous oublions 
trop souvent, dans nos inventaires archéologiques, que tous les 
objets en matière périssable échappent aux statistiques. Il se 
peut parfaitement qu'à l'âge du bronze des figurines de bois 
aient remplacé celles de pierre et d'argile. Sculpter le bois dur 
avec un outil de pierre constituait une opération fort difficile. 
Il était alors plus aisé de façonner grossièrement le grès ou le 
calcaire. Le jour où les fabricants d'idoles eurent à leur dispo- 
sition des scies, des gouges, des couteaux et des ciseaux de 
bronze, ils purent sculpter à leur gré le buis, le noyer et le 
chône, mais ces ouvrages de sculpture sur bois n'ont laissé 
aucune trace. Nous verrons au surplus que le culte d'un animal 
cornu, taureau ou vache, apparaît à l'âge du bronze comme au 
néolithique, montrant la continuité des croyances anciennes. 
Si les symboles de ces dieux cornus ont été modelés dans Far- 
gîle ou taillés dans la pierre, c'est-à-dire confectionnés avec 
des matières incombustibles, c'est peut-ôtre parce que de très 



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248 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

bonne heure, ils ont été liés au culte des divinités du foyer, 
comme cela est certain pour l'époque gauloise. 

Au surplus, le hiatus allégué ici, s'il était établi, pourrait 
indiquer l'arrivée d'un peuple nouveau, mais nullement celle 
de tribus celtiques. 

Un autre argument de M. Siret se fonde sur la disparition 
complète des (( marchandises de pacotille phénicienne : œufs 
d'autruche, parfums (?), ambre, lignite, callaïs ». Nous avouons 
ne point saisir comment la disparition de l'ambre, du lignite 
et de la callaïs démontrerait lapparition de populations cel- 
tiques. Nous comprenons moins encore que ces mêmes produits 
puissent être cités parmi les marchandises monopolisées par 
les navigateurs sidoniens. Devrons-nous donc attribuer aux 
mêmes marins asiatiques la propagation de l'ambre dans TEu- 
Tope occidentale et centrale de la Baltique à l'Adriatique par la 
route de l'Elbe et la Moldau? 

Notons que par une coïncidence imprévue le verre apparaît 
précisément dans la Péninsule au moment précis où les Phéni- 
ciens auraient été dépossédés de leur influence. En effet, à 
Fuente Âlamo, MM. Siret ont recueilli — et ce n'est pas là une 
de leurs moindres découvertes — des perles de verre bleu*. Il 
n'est pas douteux que la connaissance du verre a été transmise 
à l'Europe centrale et occidentale par le commerce méridional. 
Sans tenir pour véridique la tradition ancienne qui attribuait 
aux Phéniciens la découverte de ce produit, puisqu'il est 
aujourd'hui établi qu'il a paru en Egypte plus tôt qu'en 
Syrie*, il est permis de faire observer à M. Siret que la pré- 
sence du verre à Fuente Âlamo indique la continuation des 
relations commerciales ouvertes dès le néolithique entre 
l'Ibérie et les régions occidentales méditerranéennes. 

Jusque-là, comme on le voit, la thèse de M. Siret ne s'appuie 



1. Henri et Louis Siret, Les premiers âges du métal dans le eud de C Espagne, 
pi. 68. 

2. A. Kisa, Dos Olas m Altertume, I, p. 34. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 249 

que sur de fragiles considérations. On cherche en vain quelque 
chose de spécifiquement celtique dans ces divers rapproche- 
ments. Avec la céramique, nous arrivons enfin à une argumen- 
tation plus précise et nous nous trouvons sans doute en présence 
du principal motif qui a dû faire concevoir à M. Siret la thèse 
qu'il préconise. Il croit en effet avoir reconnu une étroite 
parenté de forme entre les vases du groupe de TArgar et les 
vases des stations celtiques. Un passage extrait d'une de ses 
notices contient, à côté de conclusions inacceptables, un résumé 
intéressant des caractères propres à la céramique hispanique 
de l'âge du bronze : 

« L'isolement de l'Espagne aussitôt après l'invasion du bronze — je 
parle ici surtout du Sud —a donné à sa civilisation un aspect local très 
particulier, différent de celui des autres pays d'Europe. 11 est cepen- 
dant un de ses arts, celui de la poterie, qui semble avoir conservé 
le sceau de son origine. Il appartient en effet, comme pendant Tâge 
du fer, à la grande famille céramique de l'Europe centrale, repré- 
sentée dans les cités lacustres, dans les cimetières des époques de 
Hallslatt et de laTène, et même jusque dans notre ère. Il y a entre tous 
ces groupes desdifférences suivant les lieux et les époques, et on ne les 
confondra jamais; mais ils ont des caractères communs qui les relient 
entre eux et en font les branches d'un tronc unique. La plupart de 
ces poteries ont la'bouche large, les bords évasés ou rentrants; leur 
pMe est fine, bien cuite, à surface noire lissée avec soin ; les défauts 
de caisson y laissent souvent des taches grises, brunes ou rouges ; 
beaucoup sont ornées, mais un 1res grand nombre doivent leur aspect 
décoratif à leur profil et à leur surface régulière noire et brillante ; 
c'est surtout en Espagne que l'ornementation fait défaut. Les formes 
sont naturellement très variables dans l'étendue des pays où on les 
retrouve, mais il y en a surtout deux qui ont servi de points de 
départ principaux. L'une est essentiellement constituée par un tronc 
de cône ou un cylindre évasé aux deux bouts et uni par sa base à 
une calotte sphérique qui passe parfois au cône à extrémité arrondie. 
Le fond arrondi exige un anneau pour que le vase reste debout ; 
mais parfois on y a ajouté un pied circulaire, ou bien on a rendu 
une partie du fond plane. L'autre type est celui en œuf coupé par le 
gros bout et muni d'un bourrelet ou d*une courte partie cylindrique 
évasée. La base^ comme pour les précédents, est ronde, aplatie ou 

iV" SÉRIE ï. XII. 17 



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250 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

munie d'uo pied circulaire. Oa trouve aussi des coupes larges et 
basses, à bord rentrant, avec les mêmes variétés de bases. C'est sur- 
tout dans les cités lacustres et en Espagne qu'on trouve les fonds 
arrondis, mais d'un autre côté c'est ce dernier pays qui tient la 
première place pour la fabrication de coupes à pied très accusé et 
élevé ». 

c En résumé, la céramique de notre âge du bronze nous éloigne 
absolument des arts chypriote^ phénicien et mycénien; elle se sépare 
par l'absence d'ornementation, de celle de l'Occident néolithique, et 
nous conduit en plein dans le domaine de l'art propre aux pays où 
a régné la civilisation celtique. Son élude nous fait attribuer la des- 
truction de la puissance phénicienne à un peuple qui, dès lexn«ouxi* 
siècle, inaugura la série des invasions parties du berceau des Celtes 
pour venir successivement inonder la Péninsule' ». 

Ce qui constitue ici la faiblesse des doctrines de M. Siret, ce 
qui le conduit à des conclusions erronées, c'est une connais- 
sance trop incomplète des découvertes égéennes. Au lieu de com- 
parer les vases de TArgar aux poteries de la Marne et d'Hûttig- 
weiler, c'est-à-dire à des objets beaucoup trop récents, les uns 
du IV® siècle avant J.-C, les autres du temps de César, M. Siret, 
en interrogeant les récoltes céramiques de Cnossos, aurait eu 
l'heureuse surprise de constater que les modèles de ses poteries 
du premier âge du bronze ibérique ne sont rien autre chose que 
des vases de la première phase du minoen primitif de M. Evans, 
eux-mêmes apparentés de près aux vases de l'Egypte prépha- 
raonique. 

Nous rapprochons ici le modèle le plus caractéristique de 
l'Argar (fig, i, d et e), de celui que M. Evans donne comme le 
plus typique du minoen primitif (fig. 1, a, b, c). Il est bien évi- 
dent que la parfaite similitude du galbe ne saurait être ni con- 
testée, ni tenue pour accidentelle. D'ailleurs, à la ressemblance 
de la forme s'ajoute celle de la couleur de la pâte et de la tech- 
nique. En Crète, comme en Espagne, ces vases à long pied 
conique sont noir ou gris foncé et lustrés ou polis à la 

1. Siret, loc. cU,, p. 235-237. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 251 

main*. Au surplus, on peut trouver d'autres spécimens de 
ces coupes à long pied sur d'autres points de la zone égéenne 
ou de son voisinage : en Egypte d'une part, en Hongrie de 
l'autre*. Les rédacteurs du Guide de Page du Bronze du Musée 
Britannique* ont déjà noté ces dernières similitudes, mais la 
comparaison des vases de l'Argar avec ceux de la Crète est 
encore bien plus significative. 

Ce rapprochement suffirait à ruiner la thèse celtique de M. Si- 
ret. Il nous procure d'ailleurs une indication précieuse, d'ordre 




Fig. 1. — a-c^ Vases crétois (minoeo primitif)^ — d-e, vases de i'Argar* 
(écbelie plus réduite). 

positif, en nous donnant la preuve que les influences égéennes 
déjà si accusées dans la Péninsule au néolithique se continuent 
sans interruption à l'aurore de l'âge du bronze. Comment, 
d'après cela, contester le développement synchronique des 
étapes successives de la civilisation à l'Orient et à l'Occident de 
la Méditerranée pendant les temps préhistoriques? Encore que 

1. The Annual of the British, School ai Athens, 1903-1904, p. 24. 

2. Pour rÉgyple voir J. Evans, The palace of Knossos, dans The Annual of 
the British School at Athens, 190J-1904, p. 24, fig. 8, no a; — Pour la Hon- 
grie, Wosinsky, Dos pràhistorische Schanzwerh von Lengyel^ pi. XLIII, 
lig. 332. 

3. British Muséum, A Guide to the Antiquities of the Bronze âge, p. <56. 

4. The Annual of the Bntish School at Athens, 1903-1904, p. 24, fig. 8. 

5. British Muséum. A Guide.,. Bronze âge, p. 66, fiç. 39. 



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252 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



cette civilisation ait rayonné de proche en proche, par une 
sorte de lente diffusion, on ne saurait admettre que le chemi- 
nement maritime des modèles industriels, par la voie maritime 
reliant la Crète à la Bétique, ait nécessité une période de plu- 




'■'^///////M///?/7/77Zr/ 




Fig. 2. — Autels avec cornes sacrées : o, station de l'Oficio*, — 6, fouilled de 
Cnossos*. On voit à la partie inférieure les restes d*an tenon wélallique. 

sieurs siècles. D'autre part, il serait cependant chimérique de 
prétendre paralléliser, même partiellement, les neuf divisions 
actuelles du minoen de Cnossos avec les phases encore plus 

\, Sirel, L'Espagne préhistorique^ p. 70, fig. 288. 
2. H. P. Lagrange, La Crète ancienne, p. 83, fig. 62. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 253 

mal connues de Tâge du bronze hispanique. Il nous suffit de 
savoir pour Tinstant que, dans la Péninsule, le néolithique des 
Millares et le début de Tâge du bronze (niveau de TArgar), sont 
synchroniques avec la fin du néolithique égéen et VEarly minoan 
de Cnossos. Le synchronisme des subdivisions sera l'objet de 
recherches ultérieures, au fur et à mesure que les matériaux 
d'étude se multiplieront. 

La date approximative de la civilisation de l'Argar se trou- 
vant par suite reculée jusqu'au début du second millénaire, on 
voit, d'une part, combien est inacceptable la chronologie de 
M. Siret qui fait descendre cette période vers l'an 1000; de 
l'autre, combien serait téméraire toute théorie ethnographique 
sur les tribus qui habitaient alors au sud des Pyrénées, les 
textes les plus anciens ne s'appliquant pas même aux premiers 
siècles du dernier millénaire avant notre ère. 

Une découverte de MM. Siret démontre d'ailleurs, comme 
nous l'avons dit, que la culture de l'âge du bronze en Espagne 
ne fut que la continuation de la culture néolithique et que les 
croyances religieuses ne subirent point alors de transformation 
radicale. Elle nous montre en outre, de concert avec la poterie, 
la persistance des influences égéennes. Nous voulons parler de 
l'objet à cornes symboliques rencontré dans une bourgade de 
l'âge du bronze, àl'Oficio (Almérie), curieux objet que M. Siret 
désigne comme « une construction en terre adossée à un mur » 
(fig. 2 a), (( Elle fait penser à un autel, ajoute-t-il; les cornes 
étaient creuses par suite de la disparition d'un soutien en bois, 
sans lequel elles auraient été trop fragiles; contre le môme 
mur, à 50 centimètres à droite, se voyaient les débris d'un mo- 
nument analogue * ». 

Lorsque M. Siret écrivait ces lignes, on ne connaissait pas 
encore les autels crétois surmontés de cornes sacrées. Leur trou- 
vaille, justement célèbre, permet de considérer comme un fait 
acquis la conjecture qu'il a formulée. A la vérité, les fameux 

1. L. Siret, L'Espagne préhistorique, p. 70. 



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REVUE AHCHEOLOGIQUE 



croissants de pierre ou d'argile des palafittes suisses de V&ge du 
bronze et de diverses stations terrestres de la môme époque 
dans l'Europe centrale ne sont que des variantes du même 
objet. Le culte du taureau et d'autres animaux cornus fut 
répandu chez tous les habitants primitifs de l'Europe, comme 
le démontre la large diffusion de ces cornes sacrées. Au second 




Fig. 3. — Cornes de consécration : a. Majorque (Baléares)' ; — 6, Crète minoenne*. 

âge du fer, particulièrement chez les Celtes, un autre animal 
cornu, le bélier, se substitua au taureau. 

On connaît en Crète plusieurs autels votifs en argile ou en 
pierre ainsi surmontés de cornes. Sans en donner la liste, nous 

1. Cartailhac, Monum. primitifs des Baléares, p. 69, fig. 82. 

2. R. P. Lagrange, La Crète amienne, fig. 63. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 255 

reproduisons ici, à côté de celui de TOficio, un exemplaire en 
terre cuite rouge, trouvé à Cnossos, dans le trésor de la déesse 
aux serpents* (fig. 2 A). En Crète, ces cornes sont ordinaire- 
ment groupées en nombre ; nous venons de voir qu'à TOflcio il 
y en avait au moins deux paires, adossées à un mur. 

Grâce à ces rapprochements, on peut maintenant identifier en 
toute certitude deux petits objets des Baléares dont la destina- 
tion demeurait inconnue. Le premier, publié par M. Cartailhac, 
est une plaquette de plomb, dont une face est plane et l'autre 
ornée de cônes et d'anneaux concentriques (fig. 3 «). Il pro- 
vient de Pina, près Montuire (Majorque). Le second est une 
pièce tout à fait semblable, mais d'une ornementation différente, 
provenant, d'après La Marmora qui Ta publié, d'un talayot dit 
Son-Texeguet, près Lluc-Major (Minorque) V 

Les cornes ibériques rappellent celles de la Crète, plus encore 
que celles des palafittes : l'appendice médian qui se dresse 
entre les deux branches, sur les exemplaires des Baléares, se 
retrouve sur certains exemplaires de la Crète (fig. 3 b), où il 
constituait le support d'une double hache*, le culte de la bi- 
penne étant souvent associé à celui du taureau. On ne retrouve 
pas cet appendice sur les cornes des palafittes. 

Nous n'hésitons pas à considérer les petits croissants en terre 
des stations néolithiques, signalés ci-dessus, comme les pre- 
mières manifestations de ce même culte du taureau, auquel on 
doit, d'autre part, les trois magnifiques têtes de bronze, trou- 
vées à Costig, dans l'île de Majorque, et conservées au Musée 
de Madrid. Nous sommes d'accord avec M. Paris pour attribuer 
à ces dernières un caractère sacré et pour rechercher à l'Orient 



1. R. P. de la Grange, La Crète ancienne, p. 83, fîjç. 62. 

2. A. de la Marmora, Vof/age en Sardaigne, Atlas, pi. XXXIX, fig. 4. Nous 
n'avons pu consulter cet ouvrage et nous ne signalons cet objet que diaprés 
M. Cartailhac, Monuments primitifs des Baléares, p. 69. M. Cartailhac dans 
une de ses lettres nous dit avoir reconnu de son côté que l'identification de ces 
objets avec les cornes égéennes ne fait maintenant aucun doute. 

3. R. P de la Grange, loc. cit., p. 84, fig. 63. 



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256 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de la Méditerranée les modèles dont elles dérivent'. Peut-être 
devrait-on même les tenir pour des objets importés du terri- 
toire égéen, en raison de leur exceptionnelle valeur artistique, 
tant pour le style que pour Texécution. 

Il nous reste à examiner le dispositif des sépultures. Nous 
allons y trouver la confirmation des constatations précédentes. 
Dans les 950 tombes de TArgar, explorées avant 1887, MM. Siret 
avaient reconnu, comme nous Tavons dît, trois catégories dis- 
tinctes : 

1° Des corps enfouis simplement en pleine terre et entourés 
de quelques pierres parfois disposées en forme de murets 
(mode rare) ; 

"i!" Des inhumations dans de petits caveaux formés de six 
dalles (cistes), les cadavres repliés; 

S*' Des inhumations dans de grandes jarres céramiques en 
forme d'œuf tronqué (mode très commun). 

Rien à dire des inhumations simples qui peuvent se rencontrer 
en tous lieux et en tout temps. Quant aux sépultures à cistes 
avec squelettes accroupis, on sait qu'on les trouve dans de nom- 
breuses régions, notamment dans la Grèce continentale et l'Ar- 
chipel, aux temps prémycéniens, lors de l'apparition du cuivre 
et du bronze. En Grèce, comme à l'Argar, les six dalles consti- 
tuent les quatre côtés, le fond et le couvercle V 

Plus instructive encore est, pour l'objet de nos recherches, 
l'étude comparative des sépultures à jarres. Et d'abord comment 
pourrait-on attribuer aux Celtes ce cercueil céramique qui 
manque complètement en territoire gaulois, alors qu'il est 
propre en Europe aux régions méridionales? Ce sont là des faits 
que M. Siret n'ignore point d'ailleurs, témoin ce passage des 
Premiers âges du métal, 

« On retrouve les urnes à inhumation dans quelques cas d'ailleurs 
assez rares, surtout en Europe. L'abbé Morelli a trouvé à Borgio- 

i. Voir Paris, Essai, I, p. 140. 

2. Blinkenberg, Anfigui(é5 prémycéniennts. Étude sur la plus andenut 
eivilisation de la Grèce ^ Méro. Soc. Aut. du Nord, 1896, p. 4. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 257 

Verezzi, station voisiDe de Pietra- Ligure^ un squelette humain, 
enfermé dans les deux moitiés d*une amphore gigantesque, la tète 
au fond et les jambes dépassant le fond*. Aux environs de Biskra^ 
(Afrique), sépultures en jarres' ». 

Les mêmes auteurs rappellent d'intéressantes indications 
de Nadaillac sur les sépultures à jarres dans l'Ancien et le 
Nouveau Monde : 

u A l'aurore des temps historiques, les Chaldéens plaçaient les 
cadavres dans un vase en terre. Deux vases joints par le goulot et 
cimentés avec du bitume devenaient la dernière demeure de 
l'homme. Les fouilles du palais de Nabuchodonosor ont aussi donné 
des corps repliés sur eux-mêmes et renfermés dans des vases de 
66 centimètres de hauteur sur 54 de largeur. On retrouve ces mêmes 
singulières inhumations au Pérou, dans la Chersonèse de Thrace 
et aux pieds de la colline où fut Troie* ». 

Ajoutons que souvent les habitants primitifs de la terre de 
Canaan introduisaient eux aussi leurs morts dans de grandes 
jarres, fermées d'un tampon d'argile ou d'un vase renversé. Ce 
rite a été reconnu à Tell-el-Hésy et sur d'autres chantiers de 
fouilles de la Palestine*. Pour l'Egypte pré pharaonique, M. de 
Morgan a conslalé également dans la nécropole de Kawamil 
que beaucoup de corps joit décharnés, soit mis en morceaux, 
étaient placés dans de véritables vases. Parfois, dans ces diverses 
sépultures, le squelette était enfermé non point dans une seule 
jarre, mais dans deux de ces récipients accolés orifice contre 
orifice*. Les mêmes vases accolés contenant un squelette appa- 

1. Matériaux, 1886, p. 204. 

2. Matériaux, 1884, p. 414. 

3. Siret« Les premiers âges du métal dans le sud-est de C Espagne, 1887. 

4. Siret, loc. cit.; ^ Marquis de Nadaillac, Les premiers hommes et les 
temps préhistoriques, II, p. 232. 

5. R. P. Vincent, Canaan d'après l'exploration récente, Paris, 1907, p. 272. 
Pour la Syrie, voir Gautier, Compte rendu de l'Acad. des Inscr», 1895, p. 441. 

6. Voir notamment la figure d*une sépulture susienne donnée par M. de Mor- 
gan, Mém. de la délégation en Perse, VIII, 33; — R. P. Vincent, loc. cit., 
p. 280, fig. 182. 

Au dire de Diodore de Sicile, les habitants des Baléares pratiquaient comme 
rite funéraire Tenseyelissement dans des jarres. Ils introduisaient le cadavre 
dans un vase (ayr^Tov) après en avoir rompu les membres à coups de bftton 



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258 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

raîssent en Bohême (fig. 5, a, h) dans des sépultures de l'époque 
d'Aunëtîlz (âge du cuivre et du bronze I)'. 

Voici enfin un fait non moins instructif que les précédents. 
Avec ce mode d'urne funéraire, nous sommes derechef ramenés 
dans rtle de Crète ou les régions voisines. La nécropole de La 
Canée (antique Cidonia) a donné avec des restes de Tâge du 
bronze, des tombes formées de pithoi assez grands pour con- 
tenir un cadavre entier*. En outre, le récipient classique des 
inhumations Cretoises est une sorte de coffre d'argile, souvent 
orné de peintures {lamax) et ce coffre n'est lui-même qu'une 
variante locale d'un récipient d'argile qui affecte ailleurs, 
tantôt la forme d'une jarre, tantôt celle d'une petite cuve qua- 
drangulaire. Enfin, nous n'avons pas besoin de rappeler que ces 
grandes jarres d'argile, employées communément à des usages 
domestiques, remplissaient les magasins et les celliers de la 
seconde ville d'Hissarlik et de Cnossos. 

Ainsi dans l'étude du début de l'âge du bronze en Ibérie, 
quel que soit le point de l'horizon archéologique vers lequel 
on dirige ses regards, c'est toujours de la mer Egée qu'ap- 
paraissent les influences extérieures. Le temps n'est pas encore 
venu où la culture celtique exercera son action sur la civilisa- 
tion du pays des Ibères, encore toute méridionale. 

Nous avons emprunté jusqu'ici au groupe de l'Argar et des 
localités voisines, explorées par M. Siret, les principales indî- 

(V, 18). On peut se demander si cette coutume subsistait encore au temps de 
Diodore ou si son information ne repose pas plutôt sur la découverte de quelque 
ancienne nécropole baléare à jarres funéraires. Dans le même ordre de faits. 
M. Salomon Heinach a montré que le témoigne erroné de Polybe sur les épées 
« faussantes » des Gaulois doit avoir pour fondement la connaissance & Tépoqae 
antique de sépultures gallo-italiques contenant des épées intentionnellement 
repliées {Cultes^ Mythes et Religions, III, p. 141). Les fameux vers de Lucrèce 
sur la succession des armes de pierre, de bronze et de fer ont sans doute été 
inspirés par les contatations des TU(jL3a)pu-/ot plutôt que par d'antiques tra- 
ditions sur les conditions de l'humanité primitive. 

i. Più, Starozinosti zeme Ceské, l" partie, fasc. I, p. 127, ûfç. 30. 

2. Lucio Mariani, Antiquité Cretesi, Monumenti Antichi, 1896, p. 20). Les 
fouilles faites par des soldats turcs n'ont malheureusement pas donné lieu à. 
des observations précises. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 259 

cations que possède la préhistoire sur le début de Tâge du 
bronze en Espagne. Mais ces découvertes peuvent actuellement 
être rapprochées de beaucoup d'autres présentant un faciès 
identique. Il suffit de parcourir les trop brèves notices du 
P. Furgus, sur la nécropole de San-Anton, près d'Orihuela*, 
pour constater qu'une grande partie des mille sépultures explo- 
rées là présentent les mêmes rites funéraires que celles de T Ar- 
gar, ainsi qu'un mobilier identique. Sans nous arrêter à des 






Fig. 4 — Poteries da débat de Tàge du bronze; a-c, Bohême*; — d, L'Argar'; — 
e-g, nécropole de San-AntoQ, province d*Alicante^. 

descriptions détaillées, nous nous bornons à noter l'intérêt 
des objets suivants reproduits par le P. Furgus : 

1® Des spécimens des poteries (fig. 4, ^, /, g) que nous rappro- 
cherons, d'une part de celles de l'Argar (fi?. 4 rf), de l'autre des 
vases qu'ont livrés en Bohême les tombes à squelettes accroupis 
de la période d'Aunëtitz (fig. 4, a, 6, c). On peut constater ici 

1. Voir ci-dessus, page 22S. 

2. Pic. Staroiinosti zemé Ceské, I, pi. X, fig. 13; pi. XXIV, fig. 6; 
pi. LXXII. fig. 17. 

3. Br'Uish Muséum, Guide... Bronzft âge, p. 66, fig. 39, n" 5. 

4. R. P. Furgus, SepuUuras prehistôrica^, pi. 6, fig. 2. Ces vases sont à 
plus petite échelle que les précédents. 



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260 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



encore Tidentîté tout à fait significative des formes. Elle est 
d'autant plus caractéristique que quelques-unes présentent une 
originalité particulière. Tel est le cas pour le vase turbini- 
forme à étroite ouverture qui se rencontre assez fréquem- 
ment en Bohême, avec une industrie du début de l'âge du 
bronze correspondant à celle de TArgar. 




Fig. 5. — Jarres céramiques conteDanl des squelettes accroupis. Début de Tâge 
du broDze. : a, a', 6, Bobême*[; — C} uécropole de San-Anton (Alicaote)*. 

2*^ Des jarres [funéraires contenant des squelettes (fig. 5 r). 
Une particularité démontre] bien la parenté de ces vases avec 
ceux de la Bohême (fig. 5, a, b). Les uns et les autres portent 
près de Torifice une rangée de petits appendices mamelonnés. 
La forme est la même de part et d'autre*. 

1 . Piè, Cechy pfedhistorické, I, p. 127, fig. 30. 

2. R. P. Furgus, Historia de Orihuela, fig. 15. 

3. R. P. Furgus, La Edad prehist,, loc. cit., p. 30, fig. 15. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 261 

Comment expliquer ces similitudes, vraiment surprenantes si 
Ton songe à la distance qui sépare le bassin de la Moldau du 
territoire ibérique? Aucune hésitation ne peut subsister : il ne 
saurait être question d'une influence de la Bohême sur l'Espagne 
ou vice versa. Entre ces deux régions si éloignées Tune de 
l'autre s'étend un territoire sur lequel la céramique de TArgar 
fait défaut. La seule explication acceptable, c'est que la Bohême 
comme l'Ibérie ont puisé l'une et l'autre leurs modèles indus- 
triels à la même source, c'est-à dire à la civilisation égéenne. 
En effet, la Bohême d'une part, le littoral ibérique de l'autre 
étaient placés chacun sur le parcours des deux grandes voies 
commerciales par lesquelles les pays helléniques communi- 
quaient avec l'Europe du nord. L'une de ces voies était terrestre, 
l'autre maritime : toutes deux furent fréquentées de très bonne 
heure par les commerçants qui, à Test, trafiquaient surtout des 
métaux et dans l'Europe centrale, de l'ambre de la Baltique. 
Un jour ou l'autre on rencontrera en Crète ou dans la zone 
voisine le vase turbiniforme à côté de squelettes accroupis 
et des autres vases de la même époque déjà connus tout à la 
fois en Crète et en Espagne. 

Une des principales tombes de l'âge du bronze à San-Anton 
est celle dont nous avons déjà parlé, d'après une description du 
P. R. Furgus. Elle contenait sous un tumulus le squelette replié 
d'une femme couchée sur le côté droit. Les os, peints de couleur 
rouge et noire, portaient, au rapport de l'inventeur, des traces 
de demi-crémation. A côté du crâne gisaient deux grands an- 
neaux-spirales en fil d'argent dans lesquels devaient s'engager 
sans doute deux tresses de cheveux. Le mobilier funéraire con- 
tenait encore un grand vase, soixante- treize petites perles co- 
niques creuses en or, quelques autres menus objets de parure, 
enfin, près de la ceinture, un grand poignard triangulaire en 
cuivre* de0'°,14 de longueur, et deux poinçons, l'un encore 

1. A ïtge du bronze, dans plusieurs régions de l'Europe, les femmes portaient 
un poignard à la ceinture. 



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262 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

emmanché et du môme métal, l'autre en os*. Au poignard 
adhérait un petit mouchoir en toile, plié soigneusement et 
merveilleusement conservé, grâce aux sels de cuivre dont il 
était saturé. 

Cette sépulture rappelle par la composition de son mobilier, 
une tombe importante de la Lusitanie, appartenant sensible- 
ment à la même époque, celle de Quinta da Agua Branca, près 
Porto, soigneusement décrite par M. Fortes. Là. le squelette — 
sans doute aussi celui d'une femme — avait été enseveli égale- 
ment avec deux anneaux-spirales, non plus en argent, mais en 
or, deux anneaux simples de môme métal, un diadème en or 
orné de dents de loup et un poignard triangulaire en cuivre. 
Cette arme, munie d'une soie, est, d'après son type, un peu 
plus récente que celle de San-Anton. 

L'abondance des spirales en cuivre, en bronze, en argent et 
même en or dans les sépultures hispaniques du début de l'âge 
du bronze constitue un des traits caractéristiques de cette civili- 
sation. MM. Siret les ont recueillies dans les tombes de l'Argar, 
Zapata, Ifre, Oflcio, LaBastida, Gâtas. Elles ne sont pas moins 
abondantes en Bohême à la même époque*. Elles servaient, 
soit de pendants d'oreilles, soit de coulants pour des tresses 
de cheveux. En Sardaigne. au début de l'âge du bronze, les 
hommes de la caste guerrière, d'après quelques figurines de 
bronze, portaient deux longues tresses nattées qui descendaient 
très bas'. Les anneaux-spirales retenaient peut-être l'extrémité 
de nattes semblables. 

On a remarqué que dans l'Europe du nord les anneaux-spi- 
rales en or abondent surtout dans les régions où les trouvailles 
d'ambre sont particulièrement nombreuses : la route com- 
merciale de l'ambre pourrait se jalonner à l'aide de la statis- 

1. R. P. Jules Furgus, Tombes préhist. des environs d'Orihuela, loc. cit., 
1905, p. 14. 

2. Cf. Pic, loc, cit„ passim. 

3. Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans (^antiquité, IV, p. 66, fig. 52, 
p. 72, fig. 62, p. 74, fig. 65. 66. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 263 

tique de ces objets*. Nous retrouvons donc ici ce parallélisme 
déjà observé entre la voie centrale de Tambre et ta voie occi- 
dentale des premiers métaux. Il n'est point impossible que ces 
spirales en métaux précieux aient servi de monnaie en même 
temps que d'ornements, comme plus tard les rouelles gauloises. 
Après la période de TArgar, les vestiges matériels de l'âge 
du bronze de l'Espagne deviennent rares et sporadiques. Une 
grande lacune subsiste ici, que combleront les découvertes 
ultérieures. On se ferait une idée bien fausse du développement 
de la culture primitive au sud des Pyrénées si l'on espérait pou- 
voir en tracer d'ores et déjà toutes les étapes à l'aide des docu- 
ments actuellement découverts. Il n'est pas douteux que des né- 
cropoles, des dépôts et des stations encore inconnues dérobent 
à notre curiosité le secret des temps immédiatement postérieurs 
à l'Argar. Ce que nous savons de l'âge du bronze dans l'Europe 
occidentale nous permet d'évaluer déjà, dans une certaine me- 
sure, l'étendue de ces lacunes. Certains objets isolés, haches à 
talon et double anneau, haches à douille, rares épées du même 
métal récoltées çà et là, constituent comme des pierres d'at- 
tente que devront remplacer plus tard des matériaux recueillis 
dans leur milieu et moins clairsemés*. Nous croyons même 
que l'âge du bronze a pu se prolonger au sud des Pyrénées un 
peu plus longtemps que dans l'Europe centrale. Si la connais- 
sance des premiers métaux a été introduite en Gaule par la voie 
maritime, reliant les côtes de la Lusitanie à notre littoral atlan- 
tique, il n'en est pas de même du fer, qui a surtout cheminé 
en Europe par des voies terrestres. Tout fait croire que la Gaule 
occidentale, en particulier la région sub-pyrénéenneetavec elle 
la Péninsule ibérique, ont connu le fer un peu plus tard que la 
Gaule orientale. 

1. Ilans Seger, Golfunde aus der Bronzezeit, exlr. des Beitrage zur Vrges^ 
ehichte Schltsiens, Breslau, 1902; — Cf. Anthrop., 1904, p. 205. 

2. Quelques-uns de ces objets sonl figurés dans les publications suivantes : 
Cartailhac toc. cit., p. 223, 230 et suiv. ; — Poriugalia, 1, p. 826; 11, p. HO; 
- arckeologo portugés, V, 1899-1900, p. 2^0; VII, lyO>, p. 105; VIII. 1903, 
p. 136 et pi. 



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264 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



Avant de rechercher les conditions de cette transformation 
industrielle, nous devons encore appeler Tattention sur des 
trouvailles récentes, relatives elles aussi à Tâge du bronze et 
dont la publication semble avoir passé inaperçue. Il s'agit de 
quelques tombes trouvées dans la région de Beja, province de 
TAlemtejo, et que recouvraient des dalles de pierre, portant des 
représentations d'armes, véritables panoplies. Ces dalles sculp- 
tées sont conservées au musée de Beja. Les vases accompagnant 
les squelettes ne laissent aucun doute sur l'attribution des sépul- 
tures à la première moitié de l'âge du bronze. L'une de ces 
pierres (fig. 6, a), longue de 0°*.95, large de 0°',55, est déco- 
rée en haut relief*. On y reconnaît une épée courte avec son 
fourreau et une partie du baudrier, une hache emmanchée, du 
type à tige rétrécie et bords relevés, un arc (?) et un objet indé- 
terminé. Sur une autre dalle* de dimensions similaires est figurée 
plus distinctement encore une épée emmanchée, munie égale- 
ment de son fourreau et de courroies de suspension (fig. 6 b), 
A droite et à gauche sont deux objets méconnaissables, dont 
l'un en forme de grille. On reconnaît assez nettement dans cette 
épée une arme du type de celles de Cheylounet (Haute-Loire)* 
et de Castello, à Saint-Brandan (Côtes-du-Nord)*. Ce modèle 
d'épée, qui n'est qu'un poignard triangulaire allongé S se montre 
en Gaule vers la fin de l'âge du bronze IL 

D'autres fragments de dalles ornées, de la même famille, 
avec restes de représentation d'épées ont été publiés dans 
le même article par M. Leite de Vasconcellos. L'un d'eux 
provient de la province de l'Argave. Il démontre que cette 
coutume de figurer non plus seulement des haches, mais des 
armes diverses sur les dalles tumulaires fut répandue au sud du 

1. Leite de Vasconcellos, Estudos sobre a epoco do Bronzo em Portugal^ 
archeol. portugés, 1906, p. 179, fîg. 5 a. 

2. Leite de Vasconcellos, loc, ct^, Og. 6. 

3. Matériaux, 1875, p. 370. 

4. Trésors de VArmorique occidtntale^ pi. 

5. Ce type de poignard se trouve en Espagne. Voir Cartailbac, loc, cit.^ 
p. 224, fig. 312-313. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 265 

Portugal. Il y a là sans doute comme un développement du 
culte primitif de la hache qui tend à relier Tépoque néolithique 
à l'âge du bronze. En effet les représentations de la hache sont 
nombreuses sur les sépultures dolméniques, alors que celle-ci 
était Tarme la plus redoutable. Lorsque Tépée compléta Téqui- 
pement du guerrier, il est naturel que sa figuration ait été asso- 
ciée, comme sur les dalles de Beja, à celle de la hache. 



Pig. 6. — Fragments de dalles funéraires sculptées. Musée de Beja '. 

Ces sculptures de Tâge du bronze rappellent immédiatement 
les gravures similaires de la même époque, découvertes en 
Suède, en Norvège et près des lacs des Merveilles, dans le voisi- 
nage de Tende (Italie), soit également sur des dalles funéraires, 
soit sur des parois rocheuses, notamment une des pierres de 
la sépulture de Kivik. Il y a tout lieu d'espérer que de nouvelles 
trouvailles accroîtront le nombre de ces intéressants monu- 
ments jusque-là complètement inconnus dans la Péninsule. 

{A suivre.) J. Déchelette. 

1. archeologo portugés, 1906, u- 5-8, pi. I-II, 6g. 5 et 6. 



IV* SÉRIE, T. XII. 18 



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VARIÉTÉS 



Catalogue des cartes postales illustrées, d'après les 
monuments romains de la France. 

(1" iupplémcnt). 

Le catalogue que nous avons publié il y a deux ans dans cette revue (1906, 
I,p. 329-335) comprenait 188 numéros. Ce premier supplément en contient 217. 

Nous continuons à faire appel à Pobligeance de nos lecteurs pour nous aider 
à combler les lacunes encore nombreuses de ce relevé et nous adressons nos 
vifs remerciements à ceux qui ont collaboré par d*aimables envois à ce premier 
supplément : MM. Apel, lieutenant Avelot, Bizot, Blanchet, Alphonse Charrier, 
Corot, Costa de Beauregard, Coutil, Paul Goby, Graillot, JuUian, V. Leblond, 
Dr Létienne, D' Henri Martin, Metman, D' Nicolas, Rochigneux. 

La production de cette imagerie économique ne se ralentit pas. On y trouve 
maintenant non plus seulement des édifices antiques, mais jusqu*à des 
« dieux au maillet » et des inscriptions celtiques. Les objets inédits ne font 
d'ailleurs pas défaut dans ces séries variées. Nous appelons particulièrement 
Tattention sur celle d'Alise-Sainte-Reine qui constitue un véritable recueil sur 
les fouilles actuelles. 

Nous rappelons que comme précédemment les mots entre crochets sont des 
rectifications ou des additions aux légendes que nous transcrivons telles quelles. 

Joseph DÉCHELETTE. 

ALPES (BASSES-) 
Riez. 1. — Le Panthéon. Phototypie £. Lacour, Marseille, 1284. 

2. — Vue intérieure du Panthéon. I6id., 1280. 

3. - La Colonnade. Ibid., 1279. 

ALPES-MAHITIMES 
Lalmanarre. 3. -^ Ruines de Pomponia, ancienne ville romaine, côté Est (Che- 
mins de fer du sud de la France, — Ligne du littoral). A. Bougault^ 207. 

4. Ruines de Pomponia, ancienne ville romaine, côté Ouest. Ibid», 208. 
Kice. 5. — Les Arènes de Cimiez. LL., 297. 

BOUCHES-DU-RHONE 
Les Banz. 53. — Ruines. ColL N. D. Phot., 47. 

Meyrarguey. 54. — Ruines de TAqueduc romain de Traconade. Phototypie 
E. Lacour, Marseille, 1595. 

65. — Les Arceaux romains et le château d'Alberlas. Cliché Perret, 
Richard^ éditeur. 



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VAhiÉTÉs 267 

COTE-D'OR 
Alise Sainte-Reine. 2. — Alise Sainte-Reine el Montagne de Flavigoy (Empla- 
cement des Camps B et C d'infanterie romaine}. L. V., édit., 453. 

3. — Vue panoramique prise du camp de César. If. Marlet, Alise. 

4. — Musée gallo-romain d* Alise. Inscription votive. Ibid, 

5. — Musée gallo-romain d'Alise. Vases en grès, terre cuite et verre. 
Ibid. 

6. — Musée gallo-romain d*Alise. Masques et tête barbue en pierre. 
Ibid. 

7. — Musée gallo-romain d* Alise. Pièces gauloises, or et bronze. Ibid. 

8. — Musée gallo-romain d'Alise. Pièces romaines, or et bronze. Ibid, 

9. — Musée gallo-romain d'Alise. Pièces grecques et romaines, or, 
argent et bronze. Ibid, 

10. — Musée gallo-romain d* Alise. Poignard, étrier, fer à cheval, épe- 
ron. Ibid, 

il. — Musée gallo*romain d'Alise. Objets en bronze : statueltes, épingles. 
Ibid. 

12. — Musée gallo-romain d* Alise. Objets en fer. Ibid, 

13. — Les fouilles d'Alesia. Le vase d'argent (Musée de Saint- Germain). 

14. — Les fouilles sur le Mont-Auzois, 1'* période. Collection « Pro 
Alesia ». 

15. — Les fouilles, 1'* période. Vestiges du thé&tre de l'ancienne Ale- 
sia. Ibid, 

16. ~ Environs du Mont-Auzois. Ibid, 

17. — Siège d'Alesia. Emplacement des troupes romaines, des camps 
gaulois et de l'Armée de secours : Travaux de circonvallation et contreval- 
lation. Marche de l'armée gauloise de secours. Collection J. D: Sens. La 
Bourgogne historique, n° 105. 

18. — Alesia et les travaux de siège des Romains d'après Juste Lipse 
(gravure du xvt« siècle). Collection « Pro Alesia ». 

19. — Vue de la chapelle et du village d'Alise-Sainte-Reine, d'après 
Israël Silvestre (gravure du xvii* siècle). Ibid. 

20. — Vue de la cité d'Alise, d'après Mérian (gravure du xvii* siècle). 
Ibid. 

21. — Vue de la cité d'Alise et du bourg de Sainte-Reine, diaprés 
Mérian (gravure du xvu* siècle). Ibid. 

22. — Le Mont-Auxois en 18Ô5 (vu de l'est et du nord-est). Vue prise 
de la pointe du Mont Pennerelle. Vue prise de la montagne de Bussy. 
Ibid. 

23. — Le Mont-Auxois en 1865 (vu du nord-ouest et du sud). Vue prise 
du camp attaqué sur les pentes du Mont Réa. — Vue prise de la position 



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268 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

occupée par César (dernière bataille) sur les pentes de la montagne de 
Flavigny. Ibid, 

24. — Lacontrevallation établie par César pour Tinvestissement d^Âlesia 
(projet de restitution Matruchot-Chaussemiche). Ibid, 

25. — Grande batiste, sorte d'arbalète fixe lançant des traits, utilisée 
par les Romains au siège d'Alesia (modèle reconstitué par le général de 
Reffye au musée de Saint-Germain). Ibid, 

26. — Onagre ou scorpion, lançant des boulets de pierre, utilisé par 
les Romains au siège d*Alesîa (modèle reconstitué par le général de Reffye 
au musée de Saint-Germain). Ibid. 

27. — Un tronçon de voie romaine près du théâtre d'Alesia. Le hérissorif 
formé de pierres plates mises de champ, est ici parfaitement visible. /. D. 
Sens. Ibid. 

28. — Vue des fouilles d'Alesia en juin 1906 : puits gallo-romain, 
« maison du Silène », « maison des poteries », etc. J. D. Sens. Ibid, 

29. — Escalier de la cave dite « du Silène » (fouilles d'Alesia, juin 
1906). Ibid, [Voir « Pro Ale$xa >», n» 1, juillet 1906.] 

30. -^ Cave déblayée en juin 1906 sur le Mont-Auzois et montrant les 
trois époques gallo-romaines de l'existence d'Alesia. Ibid. [Voir « Pro 
Alesia », n» 3-4, sept. -cet. 1906.] 

31. — Une niche de cave (fouilles d'Alesia, juin 1906). Ibid, [Voir a Pro 
Alesia » 1906.] 

32. — Les murs de façade du thé&tre gallo-romain (fouilles d'Alesia, 
juin 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », n« 2, août 1906.1 

33. — Logettes sur le côté du théâtre d'Alesia (juillet 1906). J. D. Sens. 
Ibid. 

34. -^ Le théâtre d'Alesia en juillet 1906. Mur extérieur de l'hémicycle. 
Ibid. 

35. — Le théâtre d'Alesia en juillet 1906. Mur intérieur de l'hémicycle. 
Ibid. 

36. — Une conduite d'eau gallo-romaine (fouilles d'Alesia, juillet 1906). 
J. D. Sens. Ibid. 

37. — Le théâtre gallo-romain, mur extérieur de l'hémicycle (sud) 
(fouilles d'Alesia, août 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », no 2, août 1906.] 

38. — Le temple gallo-romain (fouilles d'Alesia. août 1906). Ibid. [Voir 
« Pro Alesia », 1907]. 

39. — Un coin du chantier des fouilles, montrant le béton romain presque 
à fleur de sol (fouilles d'Alesia, août 1906). Ibid. 

40. — Le monument à trois absides, façade occidentale (fouilles d'Ale- 
sia, août 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », 1907.] 

41. — L'abside occidentale du Monument â trois absides (fouilles d'Ale- 
sia» septembre 1906). Ibid, [Voir « Pro Alesia », 1907.] 



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VARIÉTÉS 269 

42. — Canalisation d'eau gallo-romaine (fouilles d*Alesia, 1907). Ibid, 
[Voir « Pro Alesia », 1908.] 

43. — Monument à double colonnade, au nord de la place publique 
(fouilles d'Alesia, 1907). Ibid. [Voir « Pro Alesia », 1908]. 

44. — Deux bols ornés, poterie somienne (fouilles d'Alesia, mai 1906). 
[Voir « Pro Alesia », n» 1, juillet 1906.] 

45. — Deux vases ornés, en terre rouge, dite samienne, diam. 24 cm. 
(fouilles d'Alesia, mai 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », n*« 7-8, 1907.] 

46. — Deux poteries samiennes ornées (fouilles d'Alesia, mai 1906). 
Ibid. [Voir « Pro Alesia », n« 1, juillet 1906.] 

47. — Vase orné, poterie rouge dite samienne (fouille d'Alesia, mai 1906). 
Ibid. [Voir « Pro Alesia », n« 1, juillet 1906. J 

48. -^ Grand bol samien avec personnages (Mercure, etc.) (fouilles 
d'Alesia, mai 1906). Ibid, [Voir « Pro Alesia », 1907.] 

49. — Grand bol en poterie rouge dite samienne, diam. 25 cm. (fouilles 
d'Alesia, mai 106). Ibid. [Voir « Pro Alesia », n" 5-6, 1906.1 

50. — Vase orné en poterie rouge dite samienne, diam. 24 cm. (fouilles 
d'Alesia, mai 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », noi 5-6, 1906.] 

51. — Poteries gallo-romaines, fouilles d'Alesia, 1906). Ibid. [Voir « Pro 
Alesia », déc. 1907.] 

52. — Vase gallo-romain portant l'inscription VTERE FELIX (fouilles 
d'Alesia, juillet 1906). Ibid. 

53. — Poteries noires gallo-romaines du temps d'Auguste (fouilles 
d'Alesia, juillet 1906). Ibid, [Voir « Pro Alesia » n» 3, sept.-oct. 1906.] 

54. — Poteries gauloises (fouilles d'Alesia, juillet 1906). Ibid. [Voir 
« Pro Alesia », n»» 3-4, sept.-oct. 1906.] 

55. — Poterie commune (fouilles d'Alesia, juin 1906). Ibid. [Voir « Pro 
Alesia » n« 1, juillet 1906.] 

56. — Vase gallo-romain à anses et à trépied (fouilles d'Alesia, 1906). 
Ibid, [Voir « Pro Alesia », décembre 1907.] 

57. — Deux cruches de fabrication indigène (fouilles d'Alesia, juillet 
1906). Ibid, 

58. — Grands cruchons de poterie indigène (fouilles d'Alesia, juin 1906). 
Ibid. [Voir « Pro Alesia », n«» 3-4, sept.-oct. 1906.] 

59. — Lampes gallo-romaines de divers modèles, provenant du Mont- 
Auxois (Musée municipal). Ibid. 

60. — Vases gallo-romains en grès, terre cuite et verre (Musée munici- 
pal d'Alise). Ibid. 

61. « Menus objets trouvés sur le Mont-Auxois. Lampe gallo-romaine 
en terre cuite. Tasse en verre irisé (ici renversée). Passoire en terre cuite. 
Clef en fer (fouilles d'Alesia, 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », déc. 1907. 



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270 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

62. — Poteries indigènes du ni« ou du iv< siècle de noire ère (fouilles 
d*Alesia, juin 1906). Le plus grand des deux vases porte, inscrite au stylet 
sur son flanc, (a mention de sa contenance : 4 setiers et demi. Jbid, 

63. — Seau gallo-romain du ni* siècle de notre ère (fouilles d'Alesia, 
juin 1906). J. D. Sens. Ibid. 

64. ' La II Flûte de Pan » telle qu'elle était au sortir du puits, avant 
tout travail de restauration (fouilles d'Alesia, juin 1906). Ibid, [Voir « Pro 
Alesia », 1907.] 

65. ~ La « Flûte^de Pan » après sa restauration. A. la flûte v^ue de face; 
B. son extrémité vue de 3/4 (fouilles d*Alesia, juin 1906). Ibid. [Voir a Pro 
Alesia », 1907.] 

66. — Clefs anciennes trouvées sur le Mont-Auxois (au Musée municipal 
d*Alise). Ibid. 

67. — Armes trouvées dans les fossés de César à Alise (1«» lot). J. D. 
Sens. Ibid. 

68. — Armes trouvées dans les fossés de César à Alise (2* lot) {Revue 
archéologique), Ibid. 

69. — Ornements de bronze, feuillage et rosaces, trouvés sur le Mont- 
Auxois (au Musée municipal d'Alise). Ibid. 

70. — Vase d'argent trouvé dans les fossés de César à Alise (Musée de 
Saint-Germain). Ibid. 

71. — Aiguière en bronze (fouilles d'Alesia, juin 1906) [Voir « Pro 
Alesia », n»' 3-4, sept.-oct. 1906]. — Miroir en bronze étamè de plomb 
(fouilles d'Alesia, sept. 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », n» 9, mars 1907.] 

72. — Chaudrons gallo-romains en bronze. Le fond a été maintes fois 
rapiécé (fouilles d'Alesia, mai 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia >», n»» 3-4, 
1906.] 

73. — Chaudrons gallo-romains en bronze du tii« siècle de notre ère 
(fouilles d'Alesia, juin 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », n" 3-4, 1906.] 

74. — Menus objets (fouilles d'Alesia, 1907). Charnières en os. Lampe 
gallo-romaine en fer (vue d'en haut, vue de côté). Ibid. [Voir « Pro Ale- 
sia », 1907 et 1908.] 

75. — Le « Gaulois couché »» bronze d'applique (représenté ici en gran- 
deur naturelle) (fouilles d'Alesia, août 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », 
nM5-6, nov.-déc. 1906.] 

76. — Buste de Silène en bronze, vu de face (fouilles d'Alesia, mai 
1906). Ibid. 

77. — Busle de Silène, vu de proBl (fouilles d'Alesia, mai l'^06). Ibid. 

78. » Monnaies à l'erfigie de Vercingétoriz. A gauche et à droite, mon- 
naie d'or, agrandie au double {face et revers). En haut et en bas, médailles 
romaines représentant Vercingétoriz captif. Ibid. 



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VARIÉTÉS 271 

79. — Monnaie d'or à Teffigie de Jules César. J. D. Sens. Ibid. 

80. — Le dieu aux colombes {Moritasgus ?), deux exemplaires trouvés 
en 1903 et en 1906 sur le plateau d'Alesia. /. D. Sens. Ibid, 

81. — Tôte de femme de grandeur naturelle» en pierre de Til-Ch&tel, 
déesse ou impératrice (Junon?) (fouilles d'Alesia, août 1906). Ibid, [Voir 
« Pro Alesia », n" 3-4, 1906.] 

82. — Statue (mutilée) de Vénus rattachant sa sandale, trouvée à Aie- 
sia. J. D. Sens. Ibid. 

83. — Statue d'Ëpona, divinité protectrice des chevaux (fouilles d'Alesia, 
octobre 1907). Ibid. [Voir « Pro Alesia », déc. 1907.] 

84. — Buste d'Amazone (vu de 3/4, vu de face), fouilles d'Alesia, août ' 
1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », n« 3-4, sept.-oct. 1906.] 

85. — Groupe en pierre représentant un dieu et une déesse (fouilles 
d'Alesia, 1907). Ibid. [Voir « Pro Alesia », 1908.] 

86. — Un des deux Dioscures (Castor ou Pollux) (fouilles d'Alesia, 
août 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », n»» 3-4, 1906.] 

87. — La triade capitoline, bas-relief en pierre de Til-Ch&tel. Au centre, 
le dieu Jupiter est assis. A sa droite est Minerve coiffée d'un casque. A sa 
gauche est Junon, voilée, le front ceint d'un diadème (fouilles d'Alesia, 
août 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », n»" 3-4, 1906.] 

88. — Demi-fronton triangulaire d'un temple représentant un amour ailé 
et une demi- tête de déesse (fouilles d'Alesia, août 1906). [Voir « Pro 
Alesia » 1907.] — Les Ganlois dans Tart. Gaulois entrant dans le temple 
de Delphes et foulant aux pieds la tête de la Pythie (fond de vase trouvé 
en Gaule). Ibid. 

89. — Tôte de femme du ii« siècle, en pierre de Til-Ch&tel, trouvée sur 
le Mont-Auxois en 1905. Ibid. 

90. — Têtes coupées aux yeux clos représentées en bas-relief (fouilles 
d'Alesia, août 1906). Ibid. [Voir « Pro Alesia », n»" 3-4, sept.-oct. 1906.] 

91. — Médaillon en pierre avec sujet religieux, et tête de lion d'ap- 
plique en terre cuite, provenant du Mont-Auxois (au Musée municipal). 
Ibid. 

92. — Chapiteau gallo-romain provenant du Mont-Auxois (vu de face 
et de côté) (au Musée municipal). Ibid. [Voir « Pro Alesia », 1907]. 

93. — Deux sarcophages (au Musée municipal). Le 1«» est fait avec une 
assise d'architrave romaine ; le 2» au second plan est une auge franque, 
Ibid. 

Ghfltilloii-siir-Seine. 94. — Le Musée archéologique. H. Bogureau, édit.j Chà- 

tillon-sur-Seine, 362. 
Dijon (mnsée archéol. de). 95. -^ Buste d'homme en pierre blanche, dont le 

cou est orné d'un torques (haut. 0°^,85) ; trouvé en 1839 sur le Mont- 



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272 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Auzois. (Fouilles de la commission des antiquités de la Côte-d'Or). CL 

Driolon, édU,y Dijon. (Bauer, Marchet et C'«, Dijon [dans un cartouche]. 
Les Laumes (environs d'Alise). 96. — Le Ponl romain. M, Marlet, Alise. 
Vertillnm (Vertanlt). 97. — Passage pavé, bordé de boutiques. Fouilles de la 

Société archéologique du Ch&tillonnais. H. Bogureau, édit.^ ChàtiHon-sur- 

Seine, 1. 
98. — Chambre avec hypocauste. Fouilles de la Soc. arch. du Chfttîllon- 

nais. I6id.,2. 
99. — Chambre avec hypocauste. Fouilles de la Soc. arch. du Ch&tiilon- 

nais. ïbid,, 3. 

100. — Substructions gallo-romaines. Fouilles de la Soc. arch. du 
Ch&tiilonnais. i6td., 4. 

101. — Grande salle souterraine. Fouilles de la Soc. arch. du Châtillon- 
nais. I6id., 5. 

102. — Fouilles de la Soc. arch. du Ch&tilionuais. J6ûi., 6. 
[Cnssy-la-Colonne]. 103. — Colonne de Cussy. L. V., édit.^ 381. 

CORRÈZE 

UsseL 2. *- Ussel, place Voltaire et TAigle Romaine [quatre C dans un trèfle 

à quatre feuilles]. 23. 

GARD 

Nimes. 19. — Vue extérieure des Arènes. 2V. D. phot., 4364, 

20. — Vue intérieure des Arènes. iV. D, phot.^ 4362. 

21. —Esplanade [vue des Arènes]. Ch^*. Bemheim, phoL-édil., 0. A., 

22. — Les Arènes. Intérieur. Ibid. 

23. — Les Arènes. Photol. Marseillaise, h G. L. A., 894. 
Remonlins. 24. — Le Pont du Gard^ vu de profil. Iftmes^ Granier et PUon^ 17. 

GIRONDE 
Bordeanz. 1. — Ruines du Palais Gallien. P. et M. Paris. 12. 

2. — Ruines du Palais Gallien. Phototypie J. Poitevin^ Bordeaux. 

3. — Ruines du Palais Gallien. Ibid,, 58. 

ISÈRE et Sainte-Colombe (RHONE) 
Vienne. 7. — - Porte d'Orange ou Théâtre Antique. Pkot. Dumas, Collection 
E.B. F. Vienne, H. 

8. — Cour du Théâtre. Restes des murs de soutènement de TEscalier 
romain conduisant du Forum au Palais des Empereurs. (Cliché C. D.), Blan- 
chard édit., Vienne, 708. 

9. — Temple d'Auguste et de Livie. Édition Blanc, Vienne, 21 . 

10. — Façade du Temple d'Auguste et de Livie. Construit sous l'Em- 
pereur Claude, vers Tan 41 de notre ère. (Cliché C. D.). Blanchard, éditeur * 
Vienne, 1020. 



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VARIÉTÉS 273 

11. — Temple d'Auguste et de Livie. LL., 40. 

12. — Temple d'Auguste et de Livie. LL., 39. 

13. — Ruines romaines du Jardin Public, Coll. E. B, F., Vienne. 
LL„ 55. 

14. — Le jardin public. La Voie Romaine, découverte et mise à jour 
lors des fouilles faites pour Taménagemeiit du Jardin Public.fi. JB. F., 

15. La Voie romaine au Jardin de Ville. (Cliché C. D.). Blanchard, édit, 
Vienne, 65. 

16. — Vestiges de voie romaine au Jardin public. B. F., Paris, 5. 

17. — Voie romaine. B. F., Paris. 

18. ^ Restes des murs romains construits par ordre de Jules César [sic] 
vers Tan 58 avant J.-C. pour soutenir les terrasses du Palais des Empe- 
reurs (au bord de la Gère, en amont du Vieux-Pont). Cliché C. D. Blan- 
chard, édit,. Vienne, 839. 

19. — Le Boulevard de la Pyramide et le Plan de TAiguilIe, dit tom- 
beau de Pilate. Phot. Dumas. Edit, Blanc, Vienne, 22. 

20. — Le Plan de TAiguille. Tombeau dit de Ponce-Pilate. JB. F., 
Paris, 35. 

21. — Plan de l'Aiguille, LL., 51. 

22. — Restes des piles du Pont Romain construit sous l'Empereur 
Tibère (visibles seulement aux très basses eaux du Rhône) et Tour de 
Philippe de Valois. Cliché C. D. Blanchard, édit.. Vienne, 1000. 

23. — Une partie du Musée lapidaire (Antiquités romaines, sarcophage, 
tôte de faune), Ihid., 921. 

24. -^ (Musée lapidaire). lascriptions. Ogeret et Martin, édit.. Vienne, 

25. — Musée lapidaire). Bas-reliefs. Ihid. 

26. — Musée lapidaire. Vestiges romains. LL., 68. 

27. — Musée lapidaire. Tombeau et Vestiges romains. Ibid., 69. 

28. — Musée lapidaire. Vestiges romains. Ihid., 70. 

29. -^ Le Musée lapidaire. La collection d'amphores. Ibid., 77. 

30. — Le Musée lapidaire. Intérieur. Ibid., 78. 

31. — Hylas puisant de l'eau dans le fleuve Âscanius est surpris par les 
Nymphes* Mosaïque récemment découverte à Sainte-Colombe [BhôneJ et 
actuellement au Musée de Grenoble. Cliché communiqué par M. Grange, 
Blancfiard, édit., Vienne, 726. 

32. — Mosaïque romaine, récemment découverte. Blanchard, édit.. 
Vienne, 735. 

LOIRE 
Moingt. 1. — Ruines des Sarrazins. Ancien Théâtre romain. Édition Girard à 
Moingt. Reproduction interdite C. J. 



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274 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

LOT 
Gahors. 3. — Porte des Thermes. If. T. I. L., dans un trèfle^ 100. 

MARNE 
Beims. 1. — Porte Mars. Arc de triomphe gallo-romain. Gontier, édit., 
Reims. 

MARNE (HAUTE-) 
Langres. 1. — Porte gallo-romaine. Librairie Mairetet, 
2. — Porte romaine. A. Veyssière^ phot.-édiL 

OISE 
Gompiègne (environs de)* 1* — Ruines de Champlieu. Le chemin de Ronde. 
LL, 38. 

2. — Ruines Champlieu. Le Temple. I6Mi.,2i9. 

3. — Champlieu-Ies-Bains. Les Ruines. /6id., 218. 

4. — Les Bains et le Théâtre. N. D, phot., 78. 
Senlis. 5. — Les Arènes. Ibid., 21. 

6. — Les Ruines du château. 26id., 10. 

PUY-DE-DOME 

[Enyirons de Glermont-Ferrand]. 10. — Ruines du Temple de Mercure au som- 
met du Puy-de-Dôme. Collection du Circuit d'Auvergne. Edité par « La 
Havane ». ClermontFerrand, 12. 

Le Mont Dore. 1 1. — L'Établissement thermal. L'Intérieur. La colonne du Bain 
de pieds des Dames. LL., 26. 

PYRÉNÉES (BASSES-) 
Saint-Pée-sur-Nivelle. 1. — Eskual Herria {Pays Basque), Environs de la 
Rhûne. — Pont romain à Ibarron, dit Pont de la Vierge. J. S., édit., 
Ascain, 3. 

RHONE* 
Sainte -Golombe-les-Vienne. 3. — Fragments antiques de l'époque romaine, en 
beau marbre blanc, découverts dans le Clos de TAncien Palais du Miroir. 
Coll. E, B, F., 119. 

4. — Statues romaines en beau marbre blanc, dont la principale repré- 
sente la Ville de Vienne^ découvertes dans le Clos de l'Ancien Palais du 
Miroir. Ibid., 120. 

5. — Cloître de l'ancien couvent des Cordeliers (Antiquités romaines 
réunies par M. Michoud, propriétaire actuel). Cliché C. D. Blanchard^ 
édit.y Vienne. 

SAONEET-LOIRE 
Âutun. 26. — Pierre de Couhard. J. C. Autun, 

1. Pour Sainte-Colombe, voir Isère. 



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VARIÉTÉS 275 

Saint-Légar-soM-BenTray. 27. -* Mont Beuvray. Voie gauloise de Malvaux, 
2« série, 3. 
28. — Fouilles à Beuvray, 12. 

[Mont Banvray]. 29. — En Morvan. Mont Beuvray. Escalier d'une maison gau- 
loise. CUché E. Caius à Autun, 34, 

SARTHE 
Le Mans. 1. — Le Musée Archéologique [antiquités gallo-romaines et médié* 
vales]. B. F., Paris. 

SEINE 
[Paris]. 1. — Musée de Gluny. Vue du Jardin. Portail du cloître des Bénédic- 
tins d*Argenteuil et Extérieur des Thermes. J. L. édit,, Paris, 

2. — Musée de Chuny. Palais des Thermes. Intérieur. J. Leroy, Cdit., 

Paris. 

SEINE-ET-OISE 

Saint-Germain-en-Laye. 2, — Le Musée, Salie L N. D. PhoL, 88. 

3. — Le Musée, Salle II. Ibid., 89. 

4. — Le Musée, Salle XIII. Ibid., 90. 

5. — Le Musée, Salle XV. /6ïd., 91. 

6. — Le Musée, Salle XVI. Ibid,, 92. 

7. — Le Musée, Salle XX. Ibid., 93. 

8. - Le Musée, Salle XXI. Ibid., 94. 

9. — Le Musée, Salle XXIV. Ibid,, 95. 

10. — Le Musée, Salle XXV. Ibid., 96. 

11. — Le Musée, Salle R, une Baliste. Ibid., 83. 

12. ^ Le Musée, Salle R. Ibid., 84. 

13. — Chapelle du château, côté Ouest. Ibid,, 85. 

14. — Sépultures. Ibid., 116. 

15. — La Salle des Bijoux. Ibid., 161. 

16. — Mercure de Lezoux. L. J. château de Saint- Germain, 

17. — Lampadaire en bronze trouvé à Saint-Paul-Trois-Châleaux. 
Ibid., 164. 

18. — Colonne Trajane. Original en marbre à Rome, 113 ans après 
J.-C. Phototyp. A. Rep et Fillette à Château-Thierry. Collection 
B. F., 2351. 

19. — Une divinité gauloise ; le « dieu cornu » [tôte en bronze pro- 
venant de Lezoux]. Collection « Pro Alesia ». 

SEINE-ET-MARNE 
FaremoQtiers (Environs de). 1. — La Venderie. Pont gallo-romain L?|. 

VAUCLUSE 
Avignon. 24. — Cour du Musée Calvet. Ancien Hôtel du Marquis de Ville- 
neuye-Martignan 1762. Guende, phot, Marseille, 4i43, 



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276 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Orange. 25. — Thé&tre romain, Phototyp. E. Lacmir. Marseille, 1710. 

26. — Thé&tre romain d'Orange. Maison Universelle « Nouvelles 
Galeries », Avignon. 

27. — Galerie intérieure du Théâtre romain. Ihid. 

VOSGES 
fipinal (musée d'). 1. — Hermaphrodite, Statuette en bronze. Haut. On,49. 
Période gallo-romaine. Trouvée à Siou (Meurthe-et-Moselle). Nancy. Jmp. 
Barbier et Paulin. 

2. — Suscellus, le dieu au maillet. Statuette en pierre. Période gallo- 
romaine. Trouvée àEscles (Vosges). Ibid. 

3. — Le dieu au maillet. Autel carré. Époque gallo-romaine. Trouvé à 
Soulosse (Vosges). Ibid, 

VIENNE 
Genou. 8. — Menhir du Vieux-Poitiers, avec inscription celtique traduite par 

M. E. Ernault : Ratin Prontu Tarbelsonios leuru, Frontu, fils de Tarbel- 

sonos, a élevé la ratis? des Brivates (peuple voisin d'un pont). Jules EUtbu- 

chon^phot.f PoitierSy 915. 
Poitiers. 9. — Chevet du Baptistère. Saint-Jean. Imp, Libr. J. Lévrier, 

Poitiers. 

YONNE 
Sens. 1. — Une Ancienne Porte de la Muraille romaine (l** vue). CoUec- 

tion J. D„ Sens. 

2. — Une Ancienne Porte de la Muraille romaine (2* vue). Ibid. 

3. — Détails de la muraille d*enceinte Gallo-Romaine de la ville de 
Sens, construite au iii« siècle de Tère chrétienne. Ibid. 

4. — La Poterne en 1827. Ibid. 

5. — Une Tour des Anciens Remparts, en face de Glos-le-Roi (Démolie 
en 1844). Ibid. 

Appendice. 

Les Gaulois dans l^Art. 

1. — Armes gauloises (d'après un bas-relief grec découvert à Per- 
game). Collection « Pro Alesia ». 

2. — Sanglier gaulois, couronnement d'une enseigne gauloise (Arc 
d*Orange). Ibid. 

3. — Buste de bronze dit « de Vercingétorix » (ancienne collection 
Danicourt). Ibid. 

4. — Tête déjeune Gauloise (face) (Florence). Ibid. 

5. — Tôte de jeune Gauloise (profil) (Florence). Ibid. 

6. — Tête de Gauloise {Ibid.). 

7. — Gaulois mourant (Musée du Capitole, à Rome). Ibid. 

8. — Gaulois combattant (Musée de Venise). Ibid, 



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VARIÉTÉS 277 

9. — Bataille de Gaulois, face d'un sarcophage découvert daus la 
vigne Ammendoia. Ibid. 

10. — Bataille de Gaulois, côté gauche d*un sarcophage découvert dans 
la vigne Ammendoia. Ibid. 

11. — Bataille de Gaulois, côté droit d'un sarcophage découvert dans la 
vigne Ammendoia. 

12. — Mosaïque de Zeugma, la plus ancienne image représentant la 
Gaule personnifiée. Ibid, 

13. Cavalier gaulois (relief d'une lampe romaine). Collection Muselii à 
Vérone. (Plusieurs lampes analogues ont été trouvées sur le Mont Auxois). 
Ibid, 



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278 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



Le Sarcophage de Haghia Triada. 



Parmi tous les chefs-d^œuvre encore inédits que la Mission italienne dirigée 
par F. Halbherr a découverts à Phaestos et à Hagia Triada, il en est pea dont 
la publication se fît autant désirer que celle de l'extraordinaire sarcophage 
qu'on pouvait voir depuis 1903 au Musée d'HérakIeion (Candie). M. Halbherr 
s'étant trouvé dans l'impossibilité de le publier comme il en avait aonoocè l'iD- 
tention au t. XIV des Monumenti dei Linceif on lui saura grand gré d'avoir, sans 
tarder davantage, confié à R. Paribeni le soin de faire connaître en détail sa belle 
découverte. Le mémoire que ce jeune savant vient d'y consacrer au t. XIX du 
même recueiU est si important par la richesse de son information comparative 
qu'il y faut renvoyer pour toute étude approfondie du sarcophage. On se con- 
tentera ici d'essayer d'expliquer les peintures reproduites sommairement 
ci-dessous et d'indiquer les questions qu'elles soulèvent. 

C'est tout près du palais de H. Triada» sur le flanc N. de la colline de 
H. Georgios, parmi d'autres tombes d'époque diverse, que le sarcophage a été 
trouvé au milieu d'un rectangle (2™,39 sur in»,95) de maçonnerie épaisse d'appa» 
reil plutôt polygonal. Comme ce mur s'arrête régulièrement à une faible haa- 
teur du sol, il doit probablement être considéré comme le soubassement d'une 
construction plus légère, peut- être d'un édicule pareil à celui qu'on verra 
représenté sur le sarcophage, édicule dont le plan carré se retrouve en Crète 
dans l'ossuaire de Palaikastro et la tombe d'Isopata'. Une petite porte, large de 
0"^,87, ouverte sur la face orientale, donnait accès dans la tombe qui compre- 
nait, outre le sarcophage, deux urnes funéraires, l'une en pierre, l'autre en terre 
cuite*. Bien que violées dans l'antiquité, elles renfermaient encore ou avaient 
laissé tomber à terre quelques ossements dont deux crânes dans l'urne en pierre, 
une pierre gravée, un rasoir de bronze, une statuette féminine en terre cuite, 
une coquille de triton. Le caractère cycladique de la statuette et la forme du 
rasoir reportent vers la fin de l'époque minoenne ; on verra que la présence 
sur le sarcophage de vases semblables à ceux que portent les Keftiu sur les 

1. Roberto Paribeni, Il sarcofago dipinto di Haghia Triada^ estratto dei Monu- 
menti anlichi pubbl. per la R. Accademia dei Llncei. Rome, 1908. 86 p. in-4o, 23 fig. 
et 3 pi. en couleurs. 

2. Sur la tombe d'Isopala) contemporaine de la XV1I1« dynastie, voir ci-dessus 
(R. A., 1908, II, 144) ie c.-r. de la publication d'A. J. Evans. H importe de 
remarquer que, si la tombe rupestre se retrouve en Phrygie et en Paphlagonie, 
la tombe qui s'élève eu rectangle isolé est particulière à la Lycie et à la Carie, 
régions dont Doerpfeld (Ath, MitL^ 1905* 292] fait venir les premiers maîtres de 
la Crète. 



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Variétés 279 

tombes de Sen Mut et de Rekhmara (1530 et 1500 ou 1480 et 1450) et celle de chars 
à deux chevaux qui ne furent introduits qu'au temps de la XVIII^ dynastie 
attestent que le sarcophage se place vers la fin du xv^ siècle, au terme du Bas 
Minoen iJ, contemporain d'Améaophis 111 et de Thii dont le cartouche appa- 
raît dans une tombe voisine du sarcophage. 

Le sarcophage lui-môme est un coffre de la forme ordinaire des lamakes 
rectangulaires à quatre pieds; mais, au lieu d'être en argile, il est taillé dans un 
épais calcaire grisâtre dont le poids a probablement seul empêché sa destruc- 
tion lors de la violation de la tombe. 

Les côtés longs mesurent 1",37, dont 0ai,24 à chaque extrémitépour les pieds ; 
les petits côtés 0™,43, dont 0™,11 pour chaque pied. Sur la pierre, Une couche 
de stuc, épaisse de 2 à7 mm., constitue le fond pour la fresque qui utilise son 
blanc mat pour certaines parties (chair des femmes, vêtements, portions du fond). 
Le contour des figures était marqué par une ligne jaune qui n'a pas partout été 
recouverte. Le peintre disposait des couleurs blanche, rouge, jaune, bleue et 
noire, généralement employées dans les fresques égéennes, et du vert qui est plus 
rare. Les conventions sont les mêmes aussi que sur les autres fresques : les 
hommes sont distingués par le brun-rouge de leur peau, les femmes par une 
carnation blanc-crème; les personnages sont toujours présentés de proQl, Tœil 
grand ouvert, le buste cambré. Le décor dans lequel les panneaux sont enca- 
drés est constitué par des motifs géométriques connus : au-dessus et au-dessous 
de chaque panneau, une rangée de rosaces bleues à centre rouge sur fond blanc 
entre des bandes alternativement bleue et jaune ; sur les pieds, le long des 
grands côtés, dès rosaces semblables sont reliées par une série de volutes for- 
mées de trois bandes, rouge, blanche et bleue; le long des petits côtés, les 
différentes couleurs sont mélangées, imitant les veines du marbre suivant le pro- 
cédé qui est resté en usage. 

Commençons par celui des grands côtés où paraît Ggurer le mort auquel était 
destiné le sarcophage. 

Grand côté L — A droite un personnage est debout ; le cou, qui, à la différence 
de celui des autres figurants, ne porte aucun collier, émerge seul d'un vête- 
ment blanc tacheté de rouge et bordé de jaune. Ce vêtement tombe des 
épaules avec la rigidité d'un linceul et c'est, en effet, une sépulture qu'il faut 
reconnaître dans le bâtiment dont une moitié se voit derrière le mort. La 
façade rappelle l'entrée des tombes de Mycènes, confirmant la restauration 
qu'en proposa Chipiez : deux demi-colonnes encadrent un portail et supportent 
une large architrave où s'enroulent postes et spirales, soit rouges sur fond 
blanc, soit noirs sur fond rose ou blanc, tandis que les demi-colonnes sont 
divisées dans le sens de la largeur en bandes jaunes qu'interrompent des 
bandes plus foncées, ce qui s'explique sans doute par l'alternance, déjà con- 
statée au Trésor d'Âtrée, des placages en stuc ou albâtre, marbre ou porphyre 



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280 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

dont les ciselures géométriques étaient mises en relief par de vives couleurs. 
Au-dessus de rarchitrave se voient deux assises de blocs rectangulaires desti- 
nées sans doute à faire comprendre que la tombe n'est pas creusée dans le roc, 
mais qu'elle forme un édicule séparé; les mêmes moellons» aiïectant cet appareil 
isodome qui reparait dans toutes les représentations minoennes de monuments 
religieux, s*étagent devant le mort de façon à former trois gradins de part et 
d'autre; une lacune empêche malheureusement de voir comment cette cons- 
truction se raccordait avec la tombe et si le mort lui-même et Tarbre — une 



Sarcophage de H. Triada : grand côté I. 

sorte de palmier — dressé devant lui, reposaient sur les gradins de droite ou 
apparaissaient seulement par derrière. Bien que cette mutilation interdise de 
se prononcer avec certitude sur le rôle de ces degrés en maçonnerie, il est 
permis d'y voir, avec M. Paribeni, une sorte de podium destiné à recevoir 
des offrandes. Ce sont, en effet, des offrandes que sont censés apporter au 
défunt les trois hommes qui s'avancent vers lui. Tous les trois ont les cheveux 
noirs crépus, et le ton ocre de leur buste nu n'est interrompu que par les 
lignes blanches du collier, des bracetets et de la ceinture. Sous la ceinture 
descend une étoffe en forme de sac à laquelle les mêmes taches, semblables à des 
virgules rouges ou noires, qu'on a vues sur le linceul du mort, donnent l'air 



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VARIÉTÉS 281 

d'une peau ou d'une fourrure; celle impression paraît confirmée par l'appen- 
dice caudiforme qui s'en détache par derrière et Ton sait que le costume de 
cérémonie des prêtres et des princes égyptiens a longtemps comporté ; par 
souvenir du vêtement primitif, une peau de guépard munie d'une queue, c'est 
ce sac — le sac que les Hébreux revêtent en signe de deuil n'est pareillement 
qu'une peau de béte — fait d'une fourrure mouchetée garnie de sa queue; que 
paraît imiter la courte jupe de ces trois personnages, sans doute sacerdotaux, 
qui apportent au mort» le premier une grande barque aux extrémités forte- 
ment recourbées comme celles des dahahiehs du Nil, les deux autres deux 
jeunes veaux que le peintre a représentés tendus dans le môme élan si puis* 
samment réaliste qu'avait fait connaître la fresque de Tirynthe; ce type sem- 
blerait donc avoir été une tradition d'école chez les peintres égéens. 

La seconde moitié de cette face est occupée par une scène très heureusement 
choisie pour faire pendant à celle que Ton vient de décrire. Ce sont deux femmes 
et un homme qui s'acheminent processionellement, non plus devant le défunt 
debout entre la tombe et le palmier funéraire, mais vers un ensemble qui, en 
face du culte des morts, combine les traditions du iree-and pillar-cult avec 
celles de la zool&trie et de l'hoplolâtrie. 

Sur une paire de socles en pyramide tronquée s'élèvent les troncs dépouillés 
de deux palmiers; à Textrémité du cône allongé qu'ils dessinent est plantée une 
quadripenne — hache ayant de part et d'autre deux lames convexes — que 
surmonte un oiseau jaune et noir, corbeau ou colombe, — colombe noire comme 
celles de Dodone. Entre les deux palmiers s'évase un va?te cratère bleu à bandes 
jaunes — sans doute en argent incrusté d'or, comme ceux que portent les 
Kefliu des tombes de Rekhmara et Sen Mut. C'est dans ce cratère qu'une 
première femme verse un liquide rouge contenu dans un vase plus conique et 
où des bandes rouges alternent avec les bandes bleues et jaunes; deux vases 
semblables, qui figurent également parmi les dons des Keftlu à Thèbes, sont 
suspendus aux extrémités d'une perche que la seconde femme porte sur 
l'épaule droite. Tandis que la première femme, vêtue Inférieurement d'une 
étoffe blanche, tachetée de rouge, pareille au vêlement des hommes, a le torse 
moulé par une chemisette transparente avec ceinture, écharpe et fichu d'un 
beau bleu et que ses cheveux noirs, retenus par un fermoir à l'oreille, retombent 
au-dessous en boucles, la deuxième femme porle une robe bleue qui paraît 
descendre en une seule pièce des épaules aux chevilles : une triple torsade 
jaune, noire et rose, forme autour du décolleté une façon de « fichu Marie- 
Antoinette »; une ceinture rouge paraît descendre des seins à la taille comme 
sur une « robe Empire » ; sur le côté de la jupe, qui tombe « en cloche, » se voit 
au milieu une bande rose encadrée de noir, plutôt les pans de l'écharpe que 
l'indication d'une ouverture formant « divided skirt » ; cette triple bande s'ar- 
rête au bas de la jupe que traversent horizontalement deux lignes jaunes et 

IV» SÉRIE, T. XII. 19 



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282 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

deux lignes roses de part et d'autre d'une zone bleue, sans doute des biais 

— ou des volants là où des hachures semblent indiquer des fronces — appliqués 
sur la jupe^ Plus curieuse encore est la coiffure de cette porteuse d'eau : des 
cheveux noirs apparaissent seulement quelques boucles sur les tempes et, sur le 
front bombé, un accroche-cœur descendant vers le nez retroussé; tout le reste 
est caché sous une coiffe jaune, — on pense au kekryphalos d'Andromaque 
dans V Iliade — qui couvre la tête et descend dans la nuque pour recevoir les 
tresses; formant couronne, des épingles en figure de point d'interrogation 

— leur couleur rouge indiquerait-elle des incrustations de corail ou d'émail? — 
sont plantées autour de la tête, peut-être la forme primitive des futures tettiges 
ionniennes; du fermoir, qui paraît réunir au-dessus de la coiffe ces éléments 
du xpvff3t|i7ru^, s'élève une sorte d'aigrette ou de panache qui retombe jusqu'aux 
épaules. Si la première femme porte la courte jupe vermiculée des hommes, on 
n'est pas moins étonné de voir s'avancer derrière la porteuse d'eau un homme 
exactement vêtu comme elle; les couleurs seules diffèrent, la robe étant rose, 
les volants noirs, le fichu -écharpe blanc et noir; sous le fichu, à gauche de la 
poitrine, passe le montant en cou de cygne d'une lyre ou cithare. La même forme 
reparaît sur une tombe d'El-Amarna de laXVlIIedyn., et, la lyre ne semblant 
pas indigène en Egypte, on peut supposer qu'elle y fut introduite de Crète. 
Si le nombre de 7 des cordes de la lyre de H. Triada n'est pas l'effet du 
hasard, il faudra peut-être assigner aux sujets de Minos Tinvention de Thepta- 
corde jusqu'ici attribuée à Terpandre et dont le plus ancien spécimen se voyait 
entre les mains de l'Apollon d'un des fameux vases de Milo du vii« siècle. 

Grand côté 11, — Bien que cette face soit plus mutilée que l'autre, 
là disparition presque complète de l'extrémité gauche n'empêche pas d'en 
reconnaître le sujet. Ce sujet est, en effet, non pas double comme sur la face I, 
mais unique, convergeant tout entier vers les symboles religieux groupés à 
droite : un autel d'abord, au centre duquel courent des spirales et qui, au- 
dessus de rondins pareils à ceux qui soutenaient l'architrave au Trésor d'Atrée 
ou à la Porte des Lions, porte deux paires de cornes de consécration ; derrière, 
semble s'épanouir un olivier; puis, sur un soubassement fait de carreaux rouges 
et blancs, une longue hampe rose, s'amincissant vers le haut pour supporter, 
comme les troncs de palmiers de la face I, une quadripenne dorée, surmontée d'un 
oiseau noir; enfin, un autel bas portant une sorte de cuvette blanche dont il faut 
sans doute rapprocher l'aiguière qui rappelle étrangement les poteries libyco-ber- 
bères et la corbeille à deux anses remplie de fruits, suspendues l'une et l'autre au 
dessus de l'autel. Devant cet autel, étendant les mains sur le bassin — ou les y 

1. Dans celte description de la toilette des femmes miuoennes, je m'écarte un 
peu de l'interprétation de M. Paribeni, qui n'a pas connu les pages consacrées & 
cette question par S. Reinach, Gaz. des Beaux-Arts, 1904^ 11, p. 17 et D. Cbaineux, 
Le Costume préhellénique (Paris, Leroy, 1908). 



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VARIÉTÉS 283 

ploDgeant, ou les en retirant — se tient la prêtresse, exactement habillée comme 
la femme qui verse dans le cratère sur la face I. Elle en dilTère seulement 
parce que les hachures de sa jupe sont groupées en faisceau et parce que le 
ruban qui s'enroule autour de sa taille, de son cou et de ses coudes est rose et 
non bleu. Si la prêtresse procède à des libations — ou se lave les mains — 
c'est que, derrière elle, sur une sorte de table de sacrl6ce, le taureau gît ligotté 
de bandelettes rouges, le sang coulant à flot de sa gorge dans un vase sem- 
blable à ceux des femmes qui, sur la (ace I, portent du liquide rouge — du sang 
évidemment — dans ce grand cratère auquel on peut donner le nom d'àfiviov 



Sarcophage de II. Triada : grand côté H. 

employé seulement dans VOdyssée^ v. 1476, où le scholiaste avertit que c'est 
le terme consacré en Crète pour désigner le vase où l'on recueille le saug des 
victimes. Sous la table, deux chèvres Cretoises à longue corne attendent appa- 
remment leur lour d'être immolées. A moitié cach»^ par le taureau, un flûtiste 
joue sur ses auXo\ otôupioi, tenant dans la droite le jonc le plus long, la phorbeia 
appliquée à la bouche. Est-ce à attacher cette armature ou à relier les deux 
tuyaux que servent les trois fils noirs qui paraissent pendre d'une des flûtes? 
Pourquoi Taulète a-l-il les cheveux tombant en double natte tandis que le 
cilharède les porte courts et crépus? Pourquoi est-il vêtu d'un justaucorps 
bleu, frangé de rose comme sa jupe qui s'arrête aux genoux, tandis que le cilha- 



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284 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

rède est vêtu de la longue robe de la porteuse de vases? Sans nous engager 
dans des suppositions sur le caractère plus ou moins noble ou plus ou moins 
efféminé de la flûte par rapport à la lyre, nous préférons expliquer ces diffé- 
rences par celles que les corporations d'artistes ont de tout temps aimé 
à mettre entre leurs uniformes. Leur rôle est d ailleurs différent : tandis 
que le citharède accompagne une procession — on retrouve un citharède avec 
un personnage portant des vases sacrés sur des fragments de fresque du palais 
de Hagia Triada, — Taulète paraît rythmer la danse d'un chœur sacré. 
Derrière lui se voient, en effet, deux paires de femmes qui semblent suivre 
les mouvements d'une cinquième femme — Vagésichora — qui marche devant 
elles, les deux mains tendues en avant dans un geste de conjuration qu'imi- 
taient sans doute les danseuses qui la suivent. Toutes portent la jupe en cloche 
à double ou triple volant; Téloffe en est bleue avec bandes rouges et blanches, 
formant parfois des carreaux comme dans les étoffes écossaises; pour Tune 
d'elles, le fond blanc est tacbeté de rouge comme dans les jupes vermicuiées 
à appendice caudiforme, présomption nouvelle qui porte à voir en celles-ci, non 
des peaux véritables, mais des étoffes imitant certaines toisons consacrées'. 

Les petits côtés. — Les deux petits côtés du sarcophage présentent chacun 
un char attelé et monté, fait important pour la chronologie puisque ce n'est 
qu*au temps de la XVII le dynastie que l'usage du char de guerre paraît s'être 
introduit en Egypte, en Syrie et en Chypre sous l'influence des Hitittes. C'est 
bien le char hittite que Ton retrouve ici avec sa roue à quatre rais, la 
forte planche supportant la légère balustre et d'où part le limon. Si la couleur 
des chevaux, jaune et bleue foncée, est bizarre — l'un alezan, l'autre jayet peut- 
être — la tête courte, le front bombé, le col recourbé en arrière sont des carac- 
tères observés sur la nature, appartenant plutôt au cheval barbe qu'aux che- 
vaux asiatiques. On peut supposer que la Crète a connu le cheval longtemps 
avant de l'atteler à un char'. L'autre char est traîné par deux griffons blanc, 

1. Au Congrès d'Histoire des Religions tenu à Oxford en sept. 1908, Miss J. Uar- 
rison a proposé de coosidérer cette étoffe comme Timitation d*un plumage d*oi- 
seau, les virgules noires marquant les plumes et la queue les grandes pennes 
caudales. Les prétresses de la déesse-colombe seraient vêtues en colombes. Mais 
la présence de tachetures rouges à côté des noires (toutes deux se retrouvent 
sur les cervidés des pins anciens vases rhodiens) et l'enveloppement da mort 
dans une étoffe qui a la même contexture sans avoir la même forme rend 
peu vraisemblable cette ingénieuse théorie. 

2. M. P., qui rappelle la présence de têtes de chevaux semblables parmi les 
pictogrammes crétois, a oublié la curieuse gemme Cretoise qui représente un 
cheval barbe porté sur nu vaisseau (Annual BritiskSchoolj XI, ûg. 7). On sait que, 
d'après Ridgeway (Origin of the thoroughbred horse, 1905), tous les «chevaux du 
bassin oriental de la Méditerranée seraient d'origine libyenne. La même 
couleur bleuâtre est donnée à un cheval tenu en main sur un fragment des 
fresques de Mycènes (Tsouotas, 'Eç. àp/., 1887, pi. XI). 



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VARIÉTÉS 285 

jaune et bleu qui, outre leurs vastes ailes, portent sur la nuque une arête 
formée de plumes raides, ce qui les rapprocherait plus du griffon de la Chaldée 
que de celui de PÉgypte. Dans le char à chevaux sont montées deux femmes 
?Ôtues de la grande robe tombante, l'une bleue avec bordure blanche, Pautre 
rose avec bordure bleue, et coitTées d'un 'polos bas déjà connu en Crète; 



Sarcophage de H. Triada : Petits côtés. 

le char aux grillons porte deux personnages vêtus et coiiïôs de môme. Comme 
celui qui est situé à rintérieur a une peau plus mate que celle des femmes, 
comme il paraît plus rigide dans son vêtement, comme une longue plume est 
fichée dans son couvre-chef, semblable à celle des sphinx mycéniens, comme, 
en6n, un oiseau huppé le regarde, juché sur Taile du griffon qu'il a devant lui, 
M. Paribeni a supposé que ce personnage représentait le fantôme du mort 
emporté dans l'autre monde par la déesse de la Mort dans son attelage fantas- 
lique. Mais il me paraît difficile de comprendre comment le môme défunt, 
représenté en rouge-brun devant sa tombe, aurait perdu toute couleur lorsqu'il 
est représenté sur un char, ni pourquoi il y serait habillé et coiffé tout diffé- 
Terament;9on teint, d'ailleurs, s'il n'a pas la blancheur de celui de sa compagne, 



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286 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

n'a rien de livide; sa rigidité n*est pas celle du linceul, puisqu'il a une main 
libre pour tenir les rênes; en&n, pour la plume et Toiseau, 8*il est avéré que les 
Minoens ont eu le culte de certains oiseaux, rien n'indique jusqu'ici chez eux la 
conception de Tâme-oiseau, du 6a ou du khu des Égyptiens. 

Quel est donc le rapport des scènes des petits côtés avec celles des grands 
côtés? C'est poser la question de l'interprétation générale du sarcophage, ques- 
tion qui ne manquera pas d'êlre très controversée. Déjà le P. Lagrange, qui 
a donné du sarcophage une description partiellement faussée tant par les 
erreurs de ses croquis que par Pidée d*y retrouver tout le symbolisme de la 
religion égyptienne', rapporte les quatre faces au culte du mort qui serait 
représenté debout entre le monument à gradins — le toit en encorbellement 
de sa tholos, selon le P. Lagrange — son tombeau terrestre, et sa demeure 
céleste, paradis dont la magnificence serait indiquée par le palmier et Tédicule 
ornementé. Le passage entre ces deux demeures du mort pourrait s'effectuer, 
soit sur le char enlevé par des griffons d'un des petits panneaux, soit sur la 
barque offerte par le premier figurant. Les animaux qu'apportent les deux 
personnages suivants seraient ceux qui, dans la scène de l'immolation du 
taureau, auraient été arrosés du sang de la victime*. Le mort aurait eu ainsi 
sa part propre de l'offrande, en sus du bénéfice résultant pour lui de Togré- 
ment par les dieux, au sf^jour desquels il entre, du sacrifice du taureau, de rof- 
frande des fruits et des libations auxquelles la prétresse procéderait devant 
Tautel avant de verser dans le grand cratère l'eau sacrée. Les dieux auxquels 
ces offrandes s'adressent seraient représentés par les trois hampes avec leur 
hache double et leur oiseau, triple représentation de la même divinité céleste 
dont l'édicule à cornes avec son arbre figurerait le sanctuaire et le bois sacré. 

Bien que M. Paribeni se soit montré plus prudent dans son interprétation, 
il n'en incline pas moins à croire que le mort domine les quatre panneaux, 
représenté sbus trois espèces : le corps en sa couleur naturelle debout devant 
la tombe; rerScoXov ou double incolore emporté sur le char; l'âme enfin symbo- 
lisée par l'oiseau multicolore qui montre pour ainsi dire le chemin au double. 

1. M.-J. Lagraoge, La Crète ancienne (Paria, 1908), p. 61-67. Voir la critique 
que j'ai faite de cet ouvrage dans la Hevue des Études ethnographiques et 
sociologiques^ 1908, p. 279. 

2. Le P. Lagraoge avait pris pour des veaux les animaux couchés entre les 
pieds de l'autel sur lequel gtt le taureau égorgé. Ce sont bien des chèvres ap- 
partenant à cette espèce de Vibex cretica qui habiterait encore les montagnes 
Cretoises selon M. Xanthoudidis, 'E9. àpx-i 1907, p. 150. C'est le même animal 
qui apparaît chassé par un cbar à deux chevaux i>lentique À celui du sarcophage 
sur une gemme contenue dans i.i IV» tombe de l'Acropole de Mycènes (Schlie- 
manu, Mycènes, fig. 334). Si la présence de Vibex permet d'affirmer l'origine Cre- 
toise de la gemme, l'introducliou du cbar en Crète serait donc antérieure aux 
tombes de l'Acropole. 



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VARIÉTÉS 287 

Si les quatre panneaux ne nous présentent pas un tableau continu, si les alter- 
nances des fends, jaune, bleu ou blanc, ont peut-être pour but de le frag- 
menter en épisodes, ces épisodes ne 8*en rapportent pas moins tous au culte 
des morts, culte qui se trouvait à une étape autrement avancée que celle des 
^oOpot, les simples fosses ménagés sur la tombe pour y faire couler le sang vivi- 
fiant dont Ulysse se sert encore pour ranimer les morts et qu'on trouve en usage 
dans la dernière des couches prémycéniennes d'Orchomène^Le mort serait, à 
Haghia Triada, étroitement associé avec la divinité; c'est celle-ci qu'on propi- 
tierait en faveur du défunt et le sarcophage serait le plus ancien exemple euro- 
péen de cette a prière pour les morts » qui devait être répandue quinze siècles 
plus tard par le judaïsme. Comme le peuple de Moïse, celui de Minos aurait 
cherché en Egypte les éléments de cette croyance. 

Bien que le Upu entre les trois scènes qu'offrent les côtés longs ne me paraisse 
pas établi, — sur la facel, ofTiandes au mort et libations à la divinité au moyen 
d'un liquide rouge, peut-être le san^ recueilli sur la face II ; sur la face II, immo- 
lation du taureau avec offrandes non sanglantes et danses en l'honneur d'une 
divinité semblable à celle figurée sur la facel — , bien que les chars des petits 
côtés soient probablement sans rapport avec les scènes des grands côtés — peut- 
être le char de deux prêtresses traîné par des chevaux s'oppose-t-il seulement à 
celui de deux déesses avec leur griffon et leur oiseau familiers — ce qui frappe, 
en effet, surtout, dans l'étude du sarcophage, ce sont les nombreux rapproche- 
ments avec les monuments et usages égyptiens dont on a déjà eu l'occasion de 
signaler quelques-uns au passage. Motif du mort debout entre la tombe et l'arbre 
sacré pour recevoir des offrandes, la barque comme première offrande^ le rite 
d'immolation du bœuf ligotté sur une tab!e et saigné à la gorge avec vase pour 
recueillir le sang, le vêtement à appendice caudiforme imitant une toison ver- 
miculée, l'argent qui paraît plus précieux que l'or, autant de points de contact 
entre la Crète et TÉgypte. De ces rapprochements peut-on conclure à un emprunt 
direct fait par les sujets de Minos à ceux de Ramsès? Si l'on songe que ces 
rites remontent en Egypte à 2000 ans au moins avant les Ramessides, on pré- 
férera peut-être en expliquer l'analogie par une communauté d'origine et une 
évolution semblable. Partout où les ancêtres étaient vêtus de peaux de fauves 
tachetés, les traditions religieuses ne devaient-elles pas maintenir pour les 
prêtres un costume imitant ce vêtement primitif? Il faut encore remarquer 
que l'enveloppement des morts dans des nébrides semblables, qui semblerait 
encore pratiqué en Crète au temps du sarcophage, n'est connu en Egypte que 
par la mythologie et la préhistoire. D'ailleurs, s'il y a eu inQuence de 
l'Egypte sur la Crète, l'influence n'^ciproque n'est pas moins incontestable. A. 
nous borner aux documents fournis par le sarcophage, c'est à l'époque de la 

1. Voir Touvrage de H. Bulle, OrchomenoSt I (1907) dont il a été rendu compte 
ci-de88U9 (R. A , 1908, 1, 143). 



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288 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

XVIII« dyn. que les vases de métal crétois, dont le sarcophage offre cinq exem- 
plaires, ont été introduits en Egypte, et, si le palmier {phœnix dactylifera) qui 
se dresse devant la tombe a peut-ôtre été importé d'Egypte, Tolivier qui 
s*épanouit derrière Tautel [olea europea) apparaît pour la première fois daas la 
tombe d'Aménophis II; si la flûte double est connue en Egypte dès Tépoque 
préhistorique, on a vu que la lyre paraissait y avoir été apportée par les Peu- 
ples de la Mer. C'est au moment de la poussée de ces peuples que TÉgypte, 
comme la Crète, paraît recevoir d'Asie le char, alors que le cheval africain était 
sans doute déjà connu dans Tun et l'autre pays. Enfin, si la barque et l'arbre 
funéraires sont peut-être des éléments dus à l'eschatologie égyptienne, il suffit 
de regarder ou le costume et la coiffure des suivantes de la prêtresse, ou le 
symbole religieux formé par la base pyramidale, le tronc équarri, la quad ri- 
penne et l'oiseau, qui n'ont ni l'un ni l'autre d'équivalent en Egypte^ il suffit 
surtout d'étudier la facture de la fresque qui est celle de toutes les peintures 
égéennes, pour se convaincre que, même en ce premier syncrétisme du 
xv« siècle, presqu'au terme de la grande époque minoenne (Bas Minoen H), 
ni l'art ni la religion Cretoises n'avaient rien perdu de leur originalité. 

A. i. Rbinach. 



Nouvelles Fouilles à Knossos. 

L'appel adressé l'hiver dernier au public anglais par M. Evans a été entendu. 
Dès la mi-mars 1907, son lieutenant, M. Duncan Mackenzie, pouvait recom- 
mencer les travaux à Knossos; au début d'avril, M. Evans venait en prendre 
lui-même la direction. 

En même temps qu'on poursuivait l'exploration du « Grand Palais », c*est 
sur le « Petit Palais » que porta l'effort de la nouvelle campagne. On se rap- 
pelle qu'à l'ouest du c Grand Palais », reliée par 200 m. d'une chaussée 
large de ln,40 dont les deux rangs de dalles plates reposent sur un béton qui 
dépasse de part et d'autre de 1™,10 — « la plus ancienne route de l'Europe » 
— une construction considérable avait déjà été mise au jour, contenant notam- 
ment un sanctuaire dont les idoles ne sont que des concrétions de pierre, lusits 
naturae à forme vaguement humaine*. Ces fétiches acheiropoètes n'apparte- 
naient qu'à la décadence de la civilisation minoenne, à la dernière époque de 
l'édifice, lorsque l'ampleur primitive de ses dispositions avait déjà été sacrifiée 

1. Voir A. J. Evans, British School Annual, XI, p. 2-16. Les fétiches sont éga- 
lement reproduits par A. Mosso, Escursioni nel MedilerraMo e g H scavi di Creta^ 
1907, p. 159. 



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VARIÉTÉS 289 

pour s'adapter aux besoins de maîtres moins opulents. Mais la vaste salle qui 
s'ouvrait à Test de l'édifice, avec son péristyle et sa colonnade latérale, restait 
digne du «c Grand Palais » et promettait de récompenser toute exploration 
suivie. Malgré les difficultés qui résultaient de la présence, sur le flanc de la 
colline à excaver, d'un bois d'oliviers sous lequel s'étendait une strate remplie 
des débris de petites maisons gréco-romaines, la couche minoenne, qu'attei- 
gnaient les puits d'une demi-douzaine de ces maisons, a permis de reconsti* 
tuer un édifice qui occupait une aire de plus de 9.400 pieds carrés, avec une 
façade dépassant' 114 pieds, et non moins de quatre escaliers de pierre : l'un 
d'eux, au-dessus des deux premières révolutions, montrait les traces d'une nou- 
velle série de gradins. Le « Petit Palais m avait donc au moins deux étages. 

Parmi les trouvailles faites dans rédifice (encore habité au Minoen Récent III), 
il en est qui permettent d'en reporter la fondation à, la fin du Minoen Moyen ou 
tout au début du Minoen Récent : autrement dit, vers le xvii« siècle avant notre 
ère. Signalons un objet perforé, unique en son genre, portant sur ses deux 
faces une inscription en caractères linéaires de la classe la plus ancienne (A)* ; 
parmi les vases, un spécimen à bec prononcé, appartenant à un groupe tout 
nouveau de céramique peinte, décoré, de part et d'autre, de faisceaux de 
papyrus en relief attachés de nœuds triples et de poissons nageant entre 
les papyrus. Entre autres découvertes, celle des débris d'un rbyton peint, en 
forme de tête de bœuf perforée au mufle comme pour servir à des libations, 
suggéra le voisinage d'un sanctuaire antérieur à celui qui contient les fétiches 
de pierre non taillée. 

L'attente de M. Evans ne fut pas déçue. C'est, en effet, comme une sorte de 
crypte de chapelle qu'il considère une pièce découverte tout auprès, au milieu 
de laquelle se dressent deux de ces piliers de pierre dont le caractère rituel ne 
lui paraît pas contestable. Ce caractère serait ici confirmé par deux objets cul- 
tuels trouvés dans un conduit voisin où ils seraient tombés de la chapelle élevée 
au-dessus de la crypte. L'un est un petit socle à gradins, en stéatite, pourvu 
à la partie supérieure d'une sorte de douille — autrement dit, la base typique 
destinée à recevoir le manche d'une de ces haches doubles, attribut inséparable 

1. On sait que M. Evans distingue deux classes dans récriture linéaire qui 
aurait remplacé l'écriture pictographique quand le deuxième Palais succéda au 
premier (v. 1700). Tandis que la classe A parait dominer lors de la construction 
de ce Palais, au Minoen Moyen III, la classe B est surtout représentée dans les 
dépôts immédiatement antérieurs â la catastrophe de ce palais, au Minoen 
Récent II. Le « Petit Palais n n*avait donné jusqu'ici que des tablettes de la 
classe B, qui se distinguent ëurtout par rallongement des signes, leur direction 
de gauche à droite, les lignes paraiicles qui encadrent chaque rangée de signes, 
les barres droites qui, à l'intérieur des lignes, semblent séparer les mots (voir 
en dernier lieu, Evans, BSA., X, p. 13, 57; Xi, p. 16; Alhenaeum, 1903, p. 757; 
Xanthoudidis, 'Aô/iva, 1907, p. 568). 



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290 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

des FancLuaires crétois». L'autre objet, presque intact, est un vase taillé dans 
la même stéatite noire et qui représente une télé de taureau comme le rhytoo 
d'argile dont il a été question plus haut>. Le modelé de la tête et de la crinière 
bouclée serait d'une exécution magnifique, certains détails techniques presque 
nouveaux. Les naseaux sont incrustés de la même substance nacrée où sont 
souvent taillés les gemmes; les yeux sont faits de cristal de roche, Tiris et la 
pupille indiqués par des couleurs posées dans des trous excavés à cet efTet 
à la face inférieure du cristal dont la puissance magnifiante prête à l'ensemble 
une merveilleuse intensité de vie. Les cornes, qui paraissent avoir été en bois, 
ont disparu, mais il subsiste quelques débris des minces plaques d*or doot 
elles étaient recouvertes. L'auteur de ce chef-d'œuvre avait gravé derrière le 
cou une tête de taureau en miniature, peut-êire une sorte de signature? 

Pour le Grand Palais lui-même, les fouilles de 1908 permettent déjà, de déga- 
ger les traits suivants. D'Est en Ouest, sur la face Sud, se dirige un grand cor- 
ridor, ou cryptoporliquey qui ne s'arrête à l'Ouest qu'en un endroit où, à la fin de 
la première période de l'histoire du palais, il a été délibérément sectionné pour 
faire place à un b&timent élevé sur la terrasse immédiatement inférieure. Entre 
le mur postérieur de cette dépendance méridionale et le pan coupé du crypto- 
portique ^ tout Tespace était rempli de blocs qui avaient fait partie de cette façade 
du palais et qui s'y étaient probablement entassés lors de la catastrophe qui 
mit fin à sa splendeur. Bien des pièces provenant des mêmes chambres que 
les blocs les avaient accompagnés dans leur chute. Toutes brisées qu'elles nous 
sont parvenues, elles forment comme Vépitomé de tout ce qui fit le suprême 
éclat des seigneurs minoens. Au point de vue religieux, une idole volive en 
bronze, les débris d'une série de grandes jarres marquées de la bipenne sacrée 
et des cornes de consécration; au point de vue artistique, de beaux spécimens 
de -vases peints de la dernière période du « style'. Palais », de véritables mon- 
ceaux de stuccatures tombées des murs, ornées la plupart de dessins curieux. 
L'un des fragments les mieux conservés représente, en profil, la figure d'un jeune 
homme devant lequel se voient, richement brodés, le pagne et la ceinture d'un 
autre éphèbe marchant sur un niveau plus élevé, sans doute une procession 
peinte dans un escalier, pareille à celle du Corridor dit de la Procession. Si bien 
peu de métaux précieux ont échappa à la cupidité des destructeurs du palais, 
quelques menues pièces de bijouterie se sont pourtant conservées, par exemple 
une belle intaille en lapis-lazuli à monture d'or, représentant un homme derrière 

1. Uu « socle à bipenne > analogue se retrouve au pied d*un pilier cultuel de 
la dépendance sise au S.-E. du Palais. Cf. Lagran^e, La Crète ancienne, 1908, 
p. 10 et 64. A propos de celui du sarcophage de H. T., Paribeui {Mnnumenti 
dei Lincei, 1908, p. 30 du tir. à part) cite encore trois bases semblables pro- 
venant de H. Triada, Pbaestos et Palaikastro. 

2. Apparemment semblable à celui de Ligortyno (près Phaestos] publié par 
E. Potlier, Bull. Corr. Hell., 1907, 115. 



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VARIÉTÉS 291 

un lion ; des fragments de coupes et de coiïrets en cristal merveilleusement 
taillé dont l'un montre une maison faite de blocs égaux, le tout gravé avec 
une 6nesse qu'on ne retrouvera qu'à la Renaissance. Dans une caisse en pierre 
étaient rangés des spécimens des différentes matières employées pour la 
mosaïque : cristal de roche pur ou fumé, améthyste, béryl, lapis-lazuli, cuivre 
et or pur; parmi les ivoires, une plaque exhibant en hardi relief un griffon qui 
saisit un taureau. La Hnesse du modelé, l'impression de force qui s'en dégage, 
la beauté du dessin de la tête sont autant de raisons pour classer cette pièce 
parmi les chefs-d'œuvre de la civilisation minoenne. 

Quant à l'édifice dont la construction a nécessité, à la fin du Minoen Moyen, 
cette interruption du cryptoportique, il est possible qu'il ait servi, lui aussi, 
de résidence officielle V Deux faits méritent surtout d'y être notés. Dans la grande 
salle du rez-de-chaussée, avec ses trois piliers de pierre au centre, les jam- 
bages des portes étaient de pierre alors qu'ils sont de bois dans le Palais, 
symptôme peut-être d'une plus grande rareté de cette matière D'autre part, 
les métaux précieux, si rares au Palais, sont bien plus nombreux dans cette 
dépendance et dans les maisons avoisinantes, comme si elles avaient été relati- 
vement négligées par les chercheurs de trésors. Sous l'un des trois escaliers de 
la dépendance, notamment, s'est trouvée une véritable collection de vases et 
cruches d'argent ; Tune des caves contenait un dépôt d'armes et d'instruments 
en bronze, trois scies entre autres. Dans un second b&timent découvert immé- 
diatement à Test du précédent, l'ensemble des pièces de bronze est plus impor- 
tant encore : superbe aiguière allongée, large bassin, trois chaudrons à tré- 
pied, une scie de bronze longue de près de 6 pieds, employée apparemment 
pour la taille de la pierre. De même encore, dans une maison avoisinant l'extré- 
mité nord du Palais, nouvel ensemble d'armes et d'instruments de bronze en 
parfait état, particulièrement un chaudron à trépied. 

Sans insister ici sur les recherches qui ont mis en évidence l'extension du 
Palais de Minos tant au S.-Ë qu'au S.-O., il /aut noter qu'en dépit des plus 
grands efforts le problème de la vaste crypte qui s'ouvre dans la roche vive 
sous la grande entrée méridionale n'a pu être encore résolu. Un puits percé à 
travers les déblais qui se sont accumulés dans cette chambre souterraine a seu- 
lement permis de reconnaître que 52 pieds environ y séparaient le sol du som- 
- met de la coupole en pain de sucre et que les premières fondations du Palais 
y pénètrent fort avant, tandis que la couche supérieure des déblais s'arrête 
au début du Minoen Moyen. On est donc en droit d'en espérer des lumières 
nouvelles sur cette fin du Minoen Ancien qui précède immédiatement la 
grande époque des Palais crétois. 

1. C'est l'édifice décrit sous le n® 104 dans le plan du P. Lagrange, op. cil., 
d'après Evans, BSA, IX, p. 313. 



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292 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Le peu de succès obtenu de ce côté a trouvé quelque compensation dans ]a 
découverte, sous une maison du Minoen Moyen avoisinant la façade Sud, de 
soubassements plus anciens remplis des débris d*une céramique qui remonte 
précisément au Minoen Ancien. Elle nous apporte sur cette époque encore si peu 
connue de précieux renseignements qui concordent heureusement avec les résul- 
tats des fouilles exécutées pendant la môme saison par un savant Américain, 
M.Seager, dans Hlot, jadis péninsule sans doute, de Mochlos'. La plus surpre- 
nante, peut-être, de ces découvertes a été celle de séries de petits objets en or 
avec des chaînettes aussi finement ouvrées que les plus belles pièces de Tart 
Alexandrin du début de notre ère, des Qeurs et des feuilles dans le luème 
métal, et — précurseurs des masques d'or de M y cènes ? — des bandes d^or 
où des yeux, gravés au repoussé* étaient sans doute destinés à protéger ceux 
des morts. Une abondante collection de vases de pierre en miniature n'est pas 
moins étonnante ; môme diversité de forme et de matière que dans la vais- 
selle en pierre dure de l'Egypte protodynastique. Ce rapprochement a d'autant 
plus d'importance au point de vue chronologique que c'est apparemment dans 
la strate correspondante au sud du Palais, celle qui contient les vases du 
Minoen Ancien II, qu'ont été découverts des fragments de bols en diorite de 
fabrication égyptienne, semblables de tous points à un bol de môme nature 
trouvé dans la tombe du pharaon Sneferu (IV* dyn., 3800 selon ia chronologie 
traditionnelle; 2840 selon Ed. Meyer). 

L'histoire monumentale du Grand Palais n*a pas moins gagné à cette nou- 
velle campagne de fouilles. Servie par une étude plus rigoureuse de la poterie 
trouvée en chaque endroit, ce que M. Evans appelle sa « stratification architec- 
turale» a pu ôlre presque définitivement établi. Notons : la reconstitution de ia 
«halle M du N.-Ë. avec son péristyle et son escalier; un nouveau « lavatory » 
au N.-O. ; la découverte, sur le mur méridional de la Salle des Doubles Haches, 
des traces d'un nouveau trône dont le haut dossier de bois était flanqué de deux 
petites colonnes à cannelures convexes. 

A côté de la besogne d'exploration proprement dite, on sait quel soin 
M. Evans a toujours porté à. celle de la mise en état et de ia mise en valeur des 
résultats de ses fouilles. Malheureusement, les boisages provisoires qui mainte- 
naient en position les restes d'étages supérieurs dans le « quartier domestique » 
n'ont pas résisté aux extrêmes du climat crétois. Il a fallu tout reprendre en 
sous-œuvre, refaire colonnes et piliers, planchers et plafonds. A côté du u méga- 
ron de la Reine » qu'en s'est particulièreuient attaché à sauvegarder, la cou- 
rette où il prend jour à Test a été vitrée pour former un petit Musée. De belles 
jarres peintes y ont déjà été placées et l'on espère pouvoir restaurer sur les 

1. Dans le golfe de Mirabello, proche de l'île de Pseira fouillée en 1906-7 par 
M. Seagcr. Cf. Dawkins, Journ. HeLl. S/ud., 1907, p. 289. 



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VARIÉTÉS 293 

murs les restes des grandes fresques où des dauphins se jouent dans Técunae 
marine. Déjà les colonnes du portique adjacent et de l'alcôve servant de salle 
de bain ont été restituées dans leur forme et avec leur couleur primitives; le 
jour y afflue comme autrefois par les baies donnant sur les cours avoisinantes, 
plus tamisé dans le recoin où, sous les spirales d'une frise peinte, la petite bai- 
gnoire en terre cuite se blottit comme il y a quatre mille ans. Elle porte, en un 
dessin coloré, la marque de la fîn du grand « style Palais », et demeure telle que 
la laissa la dernière reine, mère d'un Minos qui ne sut pas maintenir la puis- 
sance et la gloire des ancêtres. 

A. J. Bbinach 

(d'après A. J. Evans, Times du 27 août 1908). 



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BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 



SÉANCE DU 7 AOUT 1908 

M. Châtelain communique un feuillet de parchemin du xiiie siècle, orné de 
miniatures, qui recouvrait un volume in-folio de la Bibliothèque de TUniversité, 
Fouyrage de Jansènius, intitulé Augmtinua, publié à Paris en 1641. C'est le 
reste d'un beau manuscrit du roman en prose de Lancelotdu Lac, qu'un relieur 
a employé comme couverture. Il est probable que d'autres exemplaires de la 
même édition ont été reliés avec des fragments du même manuscrit. 

M. Antoine Thomas signale l'existence aux Archives nationales d'un docu- 
ment inédit, classé depuis peu, qui fournit des données nouvelles sur la per- 
sonnalité et la famille de Jehan de Monstereul, prévôt de Lille, un des précur- 
seurs de l'humanisme en France, massacré comme Armagnac lors de l'entrée 
des Bourguignons à Paris, en 1418. L'écrivain s'appelait, de son vrai nom de 
famille, Charlin; il l'abandonna pour prendre celui de Monstereul^ du nom de 
sa patrie (probablement Montreuil-sous-Bois, près de Paris), mais il était aussi 
désigné par le sobriquet de Johannès, Au moment de sa mort, il était proprié- 
taire de deux immeubles à Paris, sis, l'un rue du Grand-Chantier, l'autre, ie 
plus important, dans la rue Simon-le-Franc. Ces deux immeubles furent acquis 
par maître Jehan Rapiout, avocat au Parlement, qui se les vit disputer par un 
héritier éloigné de Jehan de Monstereul, nommé Colin de la Rue, avec lequel 
il fit une transaction amiable. C'est cette transaction, datée du 4 août 1427, qui 
se trouve aux Archives nationales. 

SÉANCE DU 14 AOUT 1908 

M. Babelon, président, annonce à l'Académie la perte qu'elle vient de faire 
par la mort du doyen de ses correspondants, M. Charles de Robillard de Beau- 
repaire, à Rouen. 

M. Thomas commente et complète un mémoire récemment publié par M. le 
professeur W. Foerster, de Bonn, sur l'étymologiedumot français vernis. Con- 
trairement à l'opinion de Diez, ce mot n'a rien à voir avec le latin vitrum, 
verre. Il vient, par l'intermédiaire de l'italien, du grec berenice ou beronice, 
dont le 5 se prononçait comme le v français. Galien et Oribase emploient bere- 
nicion ; mais chez eux, comme dans tous les textes antiques, ce mot désigne le 
natron ou soude brute, lequel devait probablement ce nom à la ville de Béré- 
nice où on l'exploitait. M. Thomas signale daus des recettes conservées par 
un manuscrit de Lucques, contemporain de Charlemagne et publiées par Mura- 
lori, la plus ancienne mention connue du vernis, sous la forme ueronice. Le 



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BULLETIN MENSUEL DE l' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 295 

mot a désigné à Torigine la sandaraque, résine qui entrait dans la composition 
du vernis, puis le vernis lui-même. 

L'abbé Henri de Genouillac communique à l'Académie une note sur la culture 
des plaines de l'Euphrale vers le milieu du 4« millénaire. Il étudie à part la cul- 
ture des champs et celle des jardins, et à propos de Tune et l'autre parle de la 
répartition des terres, du personnel agricole et des produits. 

SÉANCE DU 21 AOUT 1908 

M. Senart donne à TAcadéraie des nouvelles de la mission de M. Pelliot dans 
le Turkestan et présente une série de photographies reproduisant des parties 
caractéristiques delà décoration des grottes des Mille Bouddhas à Tien fo Tong. 

M. Salomon Reinach présente, de la part de Hamdi-bey, directeur du Musée 
de Constantinople, les photographies d'un admirable bas-relief du v« siècle 
récemment découvert dans l'île de Thasos. Le sujet est un banquet funéraire, 
avec un mort héroïsé couché sur un lit, une femme assise, un jeune échanson 
et des animaux familiers. C'est le plus ancien et le plus bel exemplaire que Ton 
ait encore signalé de cette série de représentations. 

M. Reinach annonce ensuite une découverte extraordinaire faite, au mois de 
juillet dernier, par la mission italienne, à Phaestos en Crète. Il s'agit d'un 
disque en argile de 16 centimètres de diamètre, qui porte sur ses deux faces 
plus de 120 signes pictographiques, hommes, animaux, arbres, etc., consti- 
tuant le premier texte considérable que l'on possède de l'ancien système d'hié- 
roglyphes usité en Crète. Ces signes ne sont pas gravés, mais ont été imprimés 
à Taide de poinçons ; il y a là un premier essai de typographie remontant aux 
environs du xx'' s. a. C. 

M. L. Delaporte communique les empreintes de deux cylindres, dont l'un, 
appartenant à M. Albert Maignan, a été gravé à l'époque de la première dynas- 
tie de Babylone et comporte cinq personnages, parmi lesquels un lion à face 
humaine, le premier que l'on trouve sur un monument babylonien. L'autre 
cylindre est conservé au Cabinet des Médailles; dans la scène, dérivant d'un 
mythe solaire, Tun des personnages est un génie à corps humain dont les pieds 
et les mains sont remplacés par des griffes et la bouche par une gueule de lion. 
Dans l'inscription, gravée en caractère de Tépoque de la domination d'Agadée 
et formée d'un seul nom propre : DAR-na-pi-ir, le signe DAR est l'idéogramme 
très rare d'un nom divin à déterminer. — MM. S. Reinach, Heuzey et Pottier 
présentent quelques observations. 

M. Héron de Villefosse communique, au nom de M. Max Ringelmann, pro- 
fesseur a l'Institut agronomique, une note sur des essais de fonctionnement de 
iam|>e3 puniques. Il résulte des expériences de M. Ringelmann que les petites 
mèches en fibres végétales ont donné les meilleurs résultats. Le combustible 
employé a été de Thuile d'olive venue d'Afrique; en y ajoutant un peu de sel 
marin, on a obtenu une lumière plus forte sans production de fumée. La 
manœuvre des mèches expérimentées s'est effectuée sans difficulté à l*aide d'une 
pointe ou d'une petite pince métallique. — M. Ch. Joret présente quelques 
observations. 



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296 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

M. Salomon Reinacb présente ia photographie d'une statuette en bronze d'Her- 
cule qui a été vendue à Londres en décembre 1907. Il donne des raisons pour 
y reconnaître la copie réduite d*un Héraclès de Polyciète et en rapproche la 
tète, qui est parfaitement conservée, d'une tête en marbre du même héros au 
Musée du Louvre. Cicéron et Pline connaissaient un Héraclès de Polyciète qui 
est peut-être l'original de la statuette décrite par M. Reinach. — M. Poltier pré- 
sente quelques observations. 

SÉANCE DU 28 AOUT 1908 

M. Babelon, président, prononce une allocution à l'occasion du 90« anniversaire 
de M. Henri Weil, membre de l'Académie depuis 1882. 

M. Henri Cordier donne des nouvelles de la mission de M. le capitaine 
d'Ollone, qui a rejoint la mission de M. Pelliot. 

M. Henri Cordier communique un mémoire relatif aux Mossos, population du 
S -0. de la Chine, apparentée aux Tibétains. Après avoir retracé leurs mœurs 
et leurs coutumes, il donne trois de leurs vocabulaires, puis il parle de leur 
écriture pictographique. Le prince Henri d'Orléans avait rapporté cinq manus- 
crits mossos qui entreront dans les collections de l'École des langues orien- 
tales; M. Bonin en a présenté un au Congrès des Orientalistes tenu à Paris 
en 1897; enHn. M. Jacques Bacot, au cours d'un voyage récent, a recueilli à 
Li-Kiang 200 manuscrits dont 18 sont certainement mossos ; deux de ceux-ci 
sont coloriés; les deux autres semblent écrits dans une variété de l'écriture lolo. 
H. Bacot a remis à M. Cordier ces manuscrits qui sont destinés à l'École des 
langues orientales. 

M. Salomon Reinach montre une photographie de la statuette de terre cuite, 
récemment découverte près de Nauplie, où la presse a cru voir une copie 
ancienne de la Vénus de Milo (Qg. 1 et 2). Il n'y a, en réalité, aucune analo- 
gie de style entre ces deux œuvres, et l'analogie de leur attitude est beaucoup 
moins frappante que les différences. La Vénus de Nauplie, tenant un miroir 
de la main gauche et ramassant sa draperie de la main droite, incline la tête 
vers le miroir tandis que la statue de Milo regarde au loin. On pourra désor- 
mais alléguer la statuette grecque à rencontre et non pas à l'appui de toute res- 
tauration de la statue du Louvre sous l'aspect d'une Vénus au miroir. M. Rei- 
nach réitère sa conviction que la prétendue Vénus est une Amphitrite et qu'elle 
tenait, de son bras gauche étendu, un sceptre ou un trident. 

M. Edmond Pottier donne lecture d'un mémoire de M. Lechat, correspondant 
de l'Académie, sur une des figures de la frise du Trésor de Cnide, à Delphes 
que l'on interprétait comme Dionysos et qu'il explique comme un Géant. — 
MM. Collignon, S. Reinach et Babelon présentent quelques observations. 

SÉANCE DU 4 SEPTEMBRE 1908. 

M. Maspero donne lecture d'une lettre de M. Capart, où celui-ci, se raUiantà 

l'opinion des égyptologues réunis à Berlin, à l'occasion du Congrès des sciences 

historiques, déclare qu'il adhère aux arguments présentés contre l'authenticité 

des deux scarabées relatifs au périple de l'Afrique par les Egyptiens. 



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BULLETIN MENSUEL DE l'aCADÉMÏE DES INSCRIPTIONS 297 

M. Maspero résume ces arguments, qui sont de deux sortes, les uns tirés de 
Faspect matériel des pièces et du caractère de l'écriture, les autres déduits de 
la rédaction des deux inscriptions. M. Moret est également convaincu que les 
deux scarabées sont Tœuvre d'un faussaire. — M. S. Reinach présente quel- 
ques observations. 




Fig. 1. — La Vénus de Nauplie. Fig. 2. — La Vénus de Nauplie. 

M. Léon Dordz communique plusieurs lettres inédites de François I''^, con- 
servées à la Bibliothèque nationale et relatives au voyage de Jean de LaRocque, 
sieur de Roberval, au Canada (1541). Ces lettres complètent la série de docu- 
ments analogues qui a été publiée, dès 1872, par M. Henry Barrisse, d'après 
un dossier des Archives nationales. 

SÉANCE DU li SEPTEMBRE 1908. 

M. Haussoullier communique et restitue une inscription grecque provenant 
de Suse, où elle a été découverte dans la dernière campagne de M. de Morgan. 

IV* SÉRIE, T. XII. 20 



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298 REVUE AKGHÉOLOGIQUE 

C'est le premier acte d'affranchissement grec que l'on ait découvert dans ces 
régions. — M. Bouché -Leclercq présente quelques observations. 

M. Héron de Villefosse annonce qu*il a reçn de M. le D'' Simon, président 
de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur, le texte d*une 
inscription votive, découverte dans les dernières fouilles d'Alise-Sainte-Reine. 
Elle est gravée sur un beau vase en bronze de 0,46 de hauteur : Deo Ucueti 
et Bergusiae Remus Trimi fil{iu8) donavit ; votum solvit libens merito. L'intérêt 
de ce document consiste dans les deux noms divins inscrits au début du texte. 
Le premier est connu par une inscription gauloise découverte en 1839 sur 
le plateau d'Alise ; mais on n'était d'accord que sur le sens des cinq premiers 
mots de ce document : « Martialis, ûls de Dannotalos, a consacré à (la déesse) 
Ucuetis ». Or la nouvelle inscription montre qu'il s'agit d'un dieu, et non pas 
d'une déesse. Ce dieu local a pour compagne une divinité féminine locale qui 
porte le nom de Bergusia, Comme beaucoup d'autres noms divins de la Gaule, 
Bergusia se retrouve dans la nomenclature géographique. D'après l'Itinéraire 
d'Antonin, c'est le nom antique de Bourgoin (Isère) ; une place forte des lier- 
gètes en Espagne portait aussi le nom de Bergusia. Dans une inscription de 
Narbonne, on relève l'ethnique Bergusitanus qui se rapporte à l'une ou l'autre 
de ces localités. 

M. Héron de Villefosse annonce ensuite qu'il a reçu de M. Henri Rouzaud, 
percepteur à Narbonne, la photographie d'un monument funéraire très intéres- 
sant, découvert le 20 août dernier dans les fondations des vieux remparts de 
la ville. Ce monument, en pierre du pays, se compose d'un bas-relief et d'une 
inscription eu excellent état de conservation. Le bas-relief représente un moulin 
à grain : au centre, la meta enveloppée par le catillus; un mulet, les yeux 
bandés avec des œillères eu cuir, est attelé aux barres de bois du c&tillus. 
Dans le second compartiment, on voit un chien, avec un collier et une sonnette 
au cou, assis sur son arrière-train et paraissant surveiller le mulet. Au dessus 
de ce chien fidèle, un petit autel surmonté de volutes. Un autre monument de 
Narbonne montre un chien de môme race, assis entre deux époux. — L'inscrip- 
tion est ainsi conçue : M{arcus) Careieus M{arci) l{ibertus) Asisabisio vivos 
sibi fecit et Careie Nigellae et Carieae M{arci) f(Uiae) Tertix [an\nQrum VU 

Mater cum gnata [i]aceo miserabile fato 
Owa[sJ pura et una dies detul[i]t a[d] cineres. 

Le nom de famille Careius ou Kareiusesl assez répandu en Narbonnaise. On le 
retrouve à Narbonne et dans les environs de Nîmes, d'Arles et d'Orange. Le 
surnom du meunier, Asisabisio, semble nouveau. 

M. Emile Eude lit une note sur un épisode des projets de croisade au xv« siècle, 
où il étudie diverses tentatives, dirigées non contre les Turcs, mais contre les 
Maures par Alphonse V dit l'Africain, roi de Portugal, d'après le garde des 
Archives Ruy de Pina, dont l'œuvre n'a pas été traduite en français. Les ten- 
tatives d'Alphonse V aboutirent finalement à la prise de Tanger (1471). 

M. Clermont-Ganneau explique une inscription nabatéenne dont plusieurs 
passages avaient résisté aux efforts des premiers interprètes. Il montre que les 



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BULLETIN MENSUEL DE l'aCADÉMIE DES INSCRIPTIONS 299 

difficultés de ce texte de basse époque peuvent êlre résolues si Ton fait intervenir 
la langue arabe qui, à ce moment, commençait à envahir le nabatéen qu'elle 
devait bientôt complètement supplanter. 

SÉANCE DU 18 SEPTEMBRE 1908. 

M. Bouché-Leclercq commence la lecture d'un mémoire sur les Écoles* ou 
Universités d'Athènes sous le Bas-Empire. 

SÉANCE DU 25 SEPTEMBRE 1908. 

M. Clermont-Ganneau annonce que, au cours des fouilles exécutées à Déios 
grâce à la libéralité de M. le duc de Loubat, les membres de TÉcole française 
d'Athènes ont découvert une curieuse inscription bilingue, grecque et sabéenne, 
gravée sur un autel. Il s'agirait, d'après le déchiffrement de M. Clermont-Gan- 
neau, d'une dédicace faite au dieu national des Sabéens, par un certain Zaïdil^ 
à Délos. 

M. Philippe Berger communique, de la part du R. P. Delattre, correspondant 
de TAcadémie, deux nouvelles inscriptions votives de suffètes, et, de la part de 
M. Eusèbe Vassel, cinq inscriptions provenant de Tunisie. 

M. Maurice Groiset donne lecture d'une notice de M. Gustave Lefebvre, ins- 
pecteur du service des antiquités dans la moyenne Egypte, sur deux stèles 
récemment trouvées à Batn-Herit, l'ancienne Théadelpbie, au Fayoum. Ces 
stèles reproduisent un acte officiel de la reine Bérénice IV (58 à 55 a. C), 
accordant le droit d'asile à un temple du dieu Pnephéros. C'est un document 
intéressant pour l'histoire administrative et religieuse de l'époque ptolémaïque. 

M. Bouché-Leclercq continue la lecture de son travail sur les Écoles ou Uni- 
versités d'Athènes sous le Bas-Empire. 

SÉANCE DU 2 OCTOBRE 1908 

L'Académie fixe au vendredi 20 novembre sa séance publique annuelle, où 
M. Henri Gordier fera une lecture intitulée : La OMne en France au xvuio siècle, 

M. le C** Robert de Lasteyrie communique en seconde lecture un mémoire 
sur l'église de Saint-Pbilbert de Grandlieu. 

L'Académie procède à l'élection des deux commissions suivantes : 

Prix extraordinaire Bordin, 1911 (moyen âge) : M. Delisle, R. de Lasteyrie, 
Meyer, Longnon ; 

Prix ordinaire, 1911 (antiquité) : MM. Alfred Croiset, Gagnât, Châtelain, 
HaussouUier. 

L'Académie déclare la vacance de la place de membre ordinaire vacante par 
suite du décès de M. Gaston Boissier. La date de l'élection sera fixée dans la 
prochaine séance. 

Les RR. PP. Janssen et Savignac fout une communication sur le résultat 
de la mission archéologique en Arabie qui leur a été confiée par la Société 
française des fouilles archéologiques. Leur itinéraire s'est étendu de Jérusalem 
à Medaïn S&leh. Ils ont trouvé 201 inscriptions ou graffites nabatéens^ 34 ins- 
criptions ou graffites minéens et lihyanites, 180 graffites tamoudéens, 5 ins- 



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300 HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

criptions arabes et une inscription turque. Les inscriptions minéennes con- 
tiennent un nom nouveau ; les inscriptions arabes mentionnent la conslruclion 
de châteaux destinés à protéger les pèlerins de la Mecque au xvii» s'ècle. 
Quand aux monuments de Hégra qu'ils ont étudiés, ce sont des tombes et des 
stèles ou niches religieuses. 

M. Paul Gauckler, correspondant de l'Académie, rend compte des fouilles 
récemment exécutées, sous sa direction, au Janicule à Rome. Ces recherches 
ont porté sur l'emplacement de l'ancien Lucu& Purrinae où se tua Csîus Grac- 
chus, et que M. Gauckler avait déjà identifié avec le ravin de la villa Sciaira. 
Une première fouille amena la découverte, à 12 m. de profondeur, de Tanlre 
des hymphae Furrinae, D'autres recherches, entreprises sur le versant N. du 
ravin par MM. Georges Nicole et Gastoo. Darier, de Genève, mirent au jour, 
exactement au point indiqué par M. Gauckler, une des chapelles du sanc- 
tuaire syrien. C'est une cella rectangulaire qui se termine au fond par une 
abside avec niche, abritant encore une statue de divinité assise sur un trône, 
sans doute un Jupiter syrien. La statue recouvrait un petit ossuaire creusé 
dans le sol de la niche, et renfermant un demi -crâne humain, dont il est diffi- 
cile de s'expliquer la présence et le rôle en cet endroit. Au milieu du petit 
temple se dressait un autel triangulaire, dont la face antérieure est évidée en 
demi-lune. Le seuil, remanié, était formé d'une table d'autel en marbre blanc, 
présentant d'une part, sur la tranche, une dédicace exactement datée des derniers 
mois de Pan 186 p. C, et due a un certain Gaionas, qui porte ici le titre énig- 
matique de Cistiber Augustorum, et de l'autre, sur le plat, une seconde inscrip- 
tion consacrée par le flamine G. Aeflanius Martialis à Venus CaelestiSy sans 
doute VAtargails syrienne. 

(Revue critique,) Léon Dorez. 



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SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 



SÉANCE DU 13 MAI 1908 

Lecture est donnée de la lettre de candidature de M. Georges Espinas au 
titre de membre résident. 

M. H.Martin, trésorier, présente un rapport sur Tétat financier de la Société. 

Lecture est donnée d'une lettre de M. Omont, directeur du Cabinet des 
Manuscrits, annonçant le retour de 272 manuscrits ayant fait partie de la col- 
lection de Sir Thomas Philipps et rendus à la France par la générosité de 
M»« la baronne James de Rothschild, de M. le baron Edmond de Rothschild 
et de M. Maurice Fenaille. La Société décide d'exprimer sa gratitude à ces 
bienfaiteurs de notre Bibliothèque Nationale. 

M. Jules Maurice communique une étude sur les ateliers monétaires de 
Gyzique et de Carthage qui ont été parfois confondus. 

M. P. Monceaux et M. Prou y ajoutent diverses observations et notent 
la persistance de Fatelier de Carthage sous les Vandales. 

M. Gh. Ravaisson commente un croquis de Léonard de Vinci qui semble 
figurer une passerelle à bascule pour l'embarquement de la cavalerie. 

SÉANCE DU 27 MAI 1908 

M. Léon Dumuys communique les photographies d'un buste de Minerve du 
xvu* siècle découvert aux environs d'Orléans et d'une frise de bois sculpté de 
l'époque de la Régence. Il fait hommage d*une de ses publications sur l'icono- 
graphie de Jeanne d'Arc et donne des détails nouveaux sur son portrait de 
THôtel-de-Ville d'Orléans. 

M. Henri Stein fait part de la découverte qu'il a faite de l'identité du portrait 
de Glouet récemment entré au Louvre. C'est un apothicaire et botaniste pari«- 
sien notable et célèbre en son temps, Pierre Cuthe. 

M. Max Privet communique une étude sur un manuscrit du Séjour d'Hon^ 
neur d'Octavien de Saint-Gelais conservé à la Bibliothèque Nationale et sur la 
famille de Prié pour qui ils furent exécutés. 

M. P. Monceaux communique une bulle de plomb du préfet Martialis, décou- 
verte à Carthage par le R. P. Delatlre et formée de deux feuilles rapprochées 
à la pince. 

M. J. J. Marquet de Vasselot présente une remarquable statuette de saint 
Pierre en bronze doré du commencement du xiv* siècle, provenant des environs 
de Florence et acquise par le Louvre. Cette belle œuvre semble de travail fran- 
çais. 

M. de Villenoisy présente un vase antique en bronze de forme rare décou- 
vert par le D' Bonnet près de Saint-Marcellin (Isère). 



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302 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

SÉANCE DU 17 JUIN 1908 

M. P. Monceaux communique divers plombs découverts à Cartbage parle 
R. P. Delattre. 

M. GouloubefT présente un recueil de dessins de maîtres formé par Horace 
Walpole et appartenant au prince Paul Dolgoroukoff à Moscou. M. Michon 
identifie une aigle antique qui y est représentée. 

M. Henri Stern détermine remplacement de la maison qu'habitait François 
Clouet rue Sainte-Avoye, aujourd'hui du Temple. 

M. Ch. Ravaisson-Mollien insiste sur les difTérences que présentent la Vénus 
de Milo et la statuette de Mombazia qu'on lui a comparée. 

M. Martroye fait Thistorique d'un jugement rendu par saint Augustin entre 
deux monastères d'Afrique et montre qu'il fut le créateur de la législation qui 
a régi l'état monastique. 

M. Laffay communique de la part de M. Franck Moulin les résultats des 
fouilles de Tancien cimetière de l'Almanar près Hyères. 

SEANCE DU 24 JUIN 1908 

M. F. de Mély entretient la Société de la tête du Laocoon de la collection 
d'Aremberg, 

M. Ph. Lauer communique les résultats des fouilles de Saint- Sylvestre in 
Capite à Rome. 

M. Martroye discute la date de la prise de Carthage par Bélisaire. 

M. E. Chinon communique un buste relatif à des représentations scéniques 
dans les arènes de Bourges en 1487. 

M. Ciouzot parle d'une espèce de roseau employée pour fixer les dunes de 
Noirmoutiers au xv* siècle. 

SÉANCE DU 7 JUILLET 4908 

M. Pallu de Lessert commente une inscription récemment découverte à Tim- 
gad et qui précise l'histoire d'un préfet de Numidie. 

M. l'abbé Corbière communique une note sur l'origine de la médaille de 
Saint-Benoît. 

M. Ch. Ravaisson-Mollien rapproche la Victoire de Samothrace de la Vénus 
Euploia. 

M, Babelon confirme ses observations par les monnaies de Cnide. 

M. Monceaux communique deux coupes d'argent romaines ou byzantines 
découvertes à Carthage par leR, P. Delattre. 

SÉANCE DU 15 JUILLET 1908 

M. Etienne Michon communique une notice sur des plaques de marbre à 
rebords sculptés usitées dans la liturgie byzantine et dont le Louvre possède 
divers fragments. Il donne lecture au nom de M. Cagnat d'une notice du 
D' Carton sur une inscription romaine découverte à Sidi-bou-Arkoub. 

M. Max Privet identifie des armoiries qui précisent l'origine et la date d'une 



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SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 303 

miniature représentant le grand reliquaire de la Sainte-ChapeJle et exécutée 
pour Etienne Petit peu avant 1502 g 

M. le D' Gebbart fait hommage de la conférence qu'il a faite à Autun sur 
les enceintes préhistoriques et en donne un résumé. 

M. Gauckler entretient la Société d*une statuette de vermeil d*un dadophore 
trouvé à Rome dans la villa Patrizzi. Il fait remarquer que celte découverte 
confirme l'existence en cet endroit d'un sanctuaire de Mithra. 

SÉANCE DU 22 JUILLET 1908 

M. Pallu de Lessert communique, au nom de M. Merlin, une inscription 
romaine de Tunisie donnant un nom inédit de proconsul et datant de 388 à 392. 
Il la commente et échange quelques observations avec M. Monceaux. 

Ce dernier communique, au nom de M. Héron de Villefosse, une bulle de 
plomb byzantin trouvée à Carthage par le R. P. Delattre. 

M. Vauvillé présente des coins monétaires romains trouvés récemment à 
Soissons. 

M. Bavaisson-Moliien communique quelques observations sur le sarcophage 
dit d'Actéon, conservé au Musée du Louvre. 

SÉANCE DU 29 JUILLET 1908 

M. René Fage communique des observations sur les représentations de clo- 
chers et de serrures sculptées sur les portails romans de Conques, Moissac» 
Beaulieu et Lagraulière (Corrèze), tous quatre du type limousin. 

M. P. Monceaux commente une épitaphe chrétienne datée de 314, découverte 
à Milianab. 

M. Héron de Villefosse décrit une sardoine antique trouvée à Durand près 
d'Auch. Elle porte une ligure de guerrier avec son nom et un autre nom propre. 

M. Chenon communique des observations sur Guillaume de Ghauvigny, com- 
pagnon de Saint Louis, et sur une monnaie de lui découverte à Carthage. 

M. H. de la Tour communique une notice sur trois camées imités par Dona- 
tello dont les décorations pourraient dater du début du xv* siècle. Il cite à 
l'appui de cette hypothèse un camée de la plus grande beauté figurant Jean 
sans Peur. 

M. Ch. Ravaisson- MoUien explique pourquoi, à son avis, le sarcophage dit 
d'Actéon du Musée du Louvre n*est qu'une restitution exécutée au xyiii" siècle 
d'après des fragments antiques. 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 



ERNEST HAMY 

Les premiers froids de Thiver (10 novembre) nous ont enlevé ce travailleur 
intrépide, qui représenta à la fois ou successivement, dans notre pays, les éludes 
d'anthropologie somatique, d'archéologie préhistorique, d'américanisme, de 
géographie historique et d'histoire des sciences. Partout, dans ces disciplines 
encore jeunes, il s'est montré créateur ou novateur. Nul n'ignore que les Cra^ 
nia Elhnica, ouvrage de tout premier ordre, signés de son nom et de celui de 
son mattre Quatrefages, sont presque entièrement de lui ; que son Précis de 
paléontologie humaine a été, jusqu'au manuel de M. Dèchelette, le meilleur et 
le plus sûr des guides en la matière; que ses Décades américaines et sa Galerie 
américaine du Trocadéro sont des œuvres puissantes de pionnier; enfin que son 
nom vivra avec ce beau Musée du Trocadéro qu'il a fondé et dont il est resté 
longtemps le directeur. Né à Boulogne-sur-Mer en i842, aide-naturaliste au 
Muséum en 1872, directeur du Musée ethnographique du Trocadéro en 1881, 
il fut nommé, en 1890, membre libre de l'Académie des Inscriptions, puis 
membre de l'Académie de Médecine. Depuis quelques années, sa robuste cons- 
titution avait éprouvé des atteintes. «Je veux vider mes tiroirs », me disait-il. 
Et, infatigablement, il donnait à notre Revue, à V Anthropologie , aux Bulletins 
de la Société de géographie et à dix autres périodiques des articles remplis 
de faits nouveaux, minutieux peut-être, mais recueillis avec une passion de 
l'exactitude, combinés avec une puissance de synthèse qui en font des modèles 
de méthode, de clarté et de rigueur scientifiques. On ferait beaucoup d'excel- 
lents volumes .avec les mémoires qu'il a ainsi éparpillés — entr'autres dans la 
Revue d'ethnographie^ qu'il dirigea pendant dix ans et dont il fut le principal 
rédacteur. Aucun d'euz, je crois pouvoir l'affirmer pour les avoir lus, n'est 
sans importance ; il y en a vingt qui sont admirables. Si la vie scientifique 
d'Brnest Hamy a été une suite de succès, sa vie privée fut traversée de cruels 
chagrins qui laissèrent leur empreinte sur sa vigoureuse intelligence ; on le 
trouvait quelquefois un peu bourru, d'une susceptibilité excessive. Mais ce 
n'étaient là que des apparences. Hamy était de ceux dont les qualités solides 
doivent ôtre étudiées de près et inspirent alors autant d'affection que de respect. 
Nous perdons avec lui un des savants les plus universels de notre temps, égale- 
ment à l'aise dans l'archéologie gallo-romaine, dans l'ethnographie des peu- 
plades du Pacifique et dans les sciences naturelles. Plus connu peut-être en 
Europe qu'en France même, il sera partout profondément regretté et loué comme 
il mérite de l'être — comme un homme qu'on ne remplacera pas, un grand 
défricheur. 

S. R. 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 305 

Autour des Monuments historiques. 

La dénonciation du Concordat (1905) et les événements qui en ont été la con- 
séquence n'ont pas entraîné que des effets d'ordre politique et religieux. Il en 
est résulté pour le service des Monuments historiques une extension pro- 
digieuse et une terrible surcharge. La tâche lui incombe à présent de con- 
server non seulement les joyaux de notre architecture nationale, les spécimens 
les plus caractéristiques et les manifestations les plus rares de notre goût en 
matière de construction civile ou religieuse, mais des milliers d'églises dont la 
plupart d'ailleurs s*imposent à l'attention et que le premier devoir de l'Etat 
est de préserver d'une ruine souvent imminente. 

Les ressources du service, il est vrai, se sont accrues dans des proportions 
analogues. Au crédit des monuments historiques, celui des édiGces diocésains 
s'est adjoint. Quelque respectable pourtant que puisse paraître le chiiïre des 
deux crédits réunis, il est loin encore de suftlre aux exigences nouvelles d'un 
service qui n*a jamais tenu, dans les préocupations du Parlement, qu'une place 
plutôt secondaire et dont la commission du budget, depuis bon nombre 
d'années, réduisait avec une régularité inquiétante la pitance de tout temps déjà 
maigre. 

M. Dujardin-Beaumetz, depuis peu, s'est attaché à l'étude de tous les 
problèmes soulevés par la mise en vigueur du nouveau régime. Mettant à 
pro6t les loisirs que les vacances parlementaires lui fournissent, il visite un à 
un tous les points sur lesquels on lui signale soit des difScultés à résoudre, 
soit des mesures à prendre d'urgence. C'est dans ces conditions qu'il a visité, 
au cours de la dernière quinzaine, les villes de Laon et de Soissons, et qu'il a 
consacré sa journée d'hier à l'examen des édifices civils et religieux dont 
Bourges, du treizième siècle à la fin du seizième, s'est fait une parure si variée, 
si pittoresquement séduisante et si riche. 

A Soissons, il a mis fin aux difficultés qui s'étaient produites à propos des 
admirables restes de l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes, entre la municipa- 
lité, le ministère de la guerre et celui des beaux-arts. Écartant définitivement 
le projet proposé par un architecte local, qui consistait à déloger des locaux 
qu'ils occupent actuellement les services de l'intendance et ceux de l'artillerie 
pour les installer dans de nouveaux bâtiments dont l'édification dans l'en- 
ceinte actuelle et dont les plans sont désapprouvés par le ministre de la 
guerre, M. Dujardin-Beaumetz a trouvé la solution qui convenait, et l'a fait 
adopter en principe par la municipalité d'un côté, l'artillerie et l'intendance de 
l'autre. Au lieu de construire pour la guerre, on la laissera libre, en la dépos- 
sédant des locaux qu'elle occupe, d'en construire de nouveaux à sa guise sur 
les terrains que la désafTectation du grand séminaire laisse libres. Les frais de 
la construction seront couverts en partie par les beaux-arts et par la municipa- 
Hlé de Soissons. Celle-ci, en compensation, deviendra propriétaire du terrain de 
Saint-Jean-des-Vignes, où elle organisera un jardin public, et où les Monuments 
historiques préserveront et remettront en état le cloître, la façade et les tours, 
seules parties de la constlruction primitive qui subsistent. 



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306 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

 LaoD, où d*aUleurs nulle question importante ne se posait^ le sous-secrétaire 
d'État aux beaux-arts a donné son approbation aux travaux qui se poursuivent 
actuellement bous la direction de M. BœswiUwald fîls et qui ont trait à la 
réfection du transept nord. Cette réfection une fois faite, on aura réalisé dans 
toute son étendue le plan d'ensemble de restauration élaboré dès 1845, com- 
mencé en 1852 par BœswiUwald père, et poursuivi par lui jusqu'à sa dernière 
heure avec un zèle et un goût dont il est superflu de faire Féloge. Cette magni- 
fique restauration aura coûté cinq millions, mais elle aura préservé d*une dis- 
location qui eût entraîné une ruine irrémédiable un des édifices les plus somp- 
tueux de style roman que la France du moyen âge ait élevés. 

La visite de Bourges comportait un programme bien autrement étendu. 
M. Dujardin-Beaumetz y a passé en revue tour à tour la maison de Jacques 
Cœur, l'bôtel Cujas, l'ancien parloir aux bourgeois, la maison Lallemant et la 
cathédrale. Il y a étudié, d'autre part, avec soin les locaux du grand sémi- 
naire dont l'utilisation reste à déterminer 

Installés dans la maison de Jacques Cœur, les services judiciaires y sont aussi 
mal logés que possible. Installé dans l'hôtel Cujas, le musée d'antiquité, de 
sculpture et de peinture y est effroyablement à l'étroit. Lequel des deux, la jus- 
tice ou les arts, logera- t-on dans le grand sé.minaire où la place ne manque 
pas, où la chapelle, construite par Mansard, et la vaste salle qui y attient se 
prêteraient à merveille au rôle de palais de justice ou de musée? 

Seul, le musée, à vrai dire, s'accommoderait avec joie d'une solution qui lui 
attribuerait 1er séminaire, avec lequel il est mitoyen. Quant au premier prési- 
dent, homme d'une culture raffinée, comme la plupart des hauts dignitaires de 
la magistrature, il repousserait plutôt, semble-t-il, l'hypothèse d'un déména- 
gement, dût ce déménagement favoriser, en les mettant plus au large, le libre 
jeu de ses services. Le bijou architectural qu'est la maison de Jacques Cœur lui 
est cher, et ce serait un chagrin pour lui de le quitter. 

Il n'est pourtant pas douteux que cette confortable maison de bon bourgeois 
ne s'arrange guère d'être transformée en palais de justice, et que transformée 
en musée régional, ou adaptée à des usages municipaux qui n'entraîneraient ni 
affluence populaire ni aménagements intérieurs spéciaux, elle pourrait, avec 
infiniment plus de succès, être l'objet de la part des Monuments historiques 
d'une de ces surveillances constantes qu'exigent, comme les personnes fort âgées, 
les édifices sur lesquels tant de siècles ont passé. 

Il est, en effet, hors de doute que si l'on avait visité avec soin et à d'assez 
fréquents intervalles toutes les parties de cette délicieuse construction, les 
crédits que réclame aujourd'hui l'architecte et que M. Dujardin-Beaumetz a 
promis de fournir pour des réfections de balustrades et de lucarnes, ne seraient 
nullement nécessaires. Que d'économies on réaliserait de ce chef, et que de 
ruines on pourrait empêcher en reportant en travaux d'eatretien cet argent sur 
une multitude d'édiBces qu'on est contraint, pendant des années, de négliger, 
et dont la. restauration exige ensuite des millions ! 

L'affectation à l'usage de palais de justice des locaux du grand séminaire 
n'empêcherait d'ailleurs pas le musée de s'agrandir. Qu'on lui accorde ou non 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 307 

la chapelle, il lui restera toute une zone de terrain sur laquelle il lui sera aisé de 
déborder et qui lui permettra enfin de mettre sous les yeux du public, en belle 
lumière et en bel ordre, toutes les richesses entassées jusqu ici dans des salles 
trop étroites, et où le salpêtre et Thumidité ont élu irrévocablement domicile. 

Voilà pour les questions essentielles. Il nous suffira d'ajouter, pour le reste, 
que M. Dujardin-Beaumetz a demandé Tisolement définitif et la transformation 
en parloir ou en bibliothèque du charmant rez-de chaussée ogival de Tancien 
parloir aux bourgeois, enclavé aujourd'hui dans le lycée ; qu'il a approuvé la 
restauration qui se poursuit dans Thôtel Lallemand, cette habitation Renais- 
sance si curieuse et d'un goût ornemental si délicatement pur; qu'enfin, dans 
la cathédrale, après s'être émerveillé des résultats obtenus, et surtout du bel 
efîet produit par le dégagement, à Textérieur, des parties basses, si originales, 
de l'abside, il a promis les crédits nécessaires pour la réfection de la façade et 
posé les bases d'un accord avec la municipalité pour le dégagement complet 
des parties de l'abside maintenues par une antique servitude dans un ensevelis- 
sement non moins préjudiciable à leur conservation qu'à leur bel aspect artis- 
tique. (Petit Temps, 11 octobre 1908.) 

Les Musées nalionaux en 4901, 

Le Journal officiel du 2 août 1908 a publié le rapport annuel de M. Léon 
Bonnat, président du conseil des musées nationaux, sur les opérations de ces 
musées pendant l'année précédente. 

Le budget des dépenses s'élevait à 575.521 francs. Sur cette somme, il a été 
dépensé 534.633 fr. 81, dans lesquels les acquisitions nouvelles entrent pour les 
chiffres suivants : 

Département des peintures et des dessins 

Deux portraits par Chardin 350.000 » 

Un portrait de remme, par Millet . ... . . . 3.000 » 

Un dessin attribué à Durer ........ 4.047 » 

Département des objets d'art du Moyen âge, de la Renaissance 
et des temps modernes. 

Une petite Vi«?'j/e en bronze 1.800 » 

Une Vierge en ivoire 1.800 >^ 

Un lot d'objets japonais 7.000 » 

Une aiguière et un bol 3.500 » 

Un bol et une assiette persane 5.000 » 

Département de la sculpture du Moyen âge, de la Rmaissance 
et des temps modernes. 

Vierge et Enfant {Yenie Y AnYilie) 1.608 15 

Une Vierge en pierre 2.500 » 

Sculptures (vente Thiébault-Sisson) 1.917 » 

Une statuette du Moyen âge 38.000 » 

Deux anges 10.000 » 

Statues 5.000 » 

Département des antiquités égyptiennes. 

Un lot d'objets égyptiens 1.925 » 

Un lot d'objets égyptiens (mission G. Bénédite) : 



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308 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

objets en bois, statue en basalte » modèles pour 

sculpteurs 10.000 » 

Divers objets égyptiens 390 ■ 

Départements des antiquités grecques et romaines. 

Un groupe antique en marbre (Elercule et Diomède) 3.000 » 

Une tôte archaïque d'Apollon 2.000 >• 

Deux bronzes antiques 6.000 » 

Tôte d'Apollon en marbre 9.000 » 

Statuette de Vénus 3,500 » 

Antiquités orientales et céramique antique. 

Cylindre assyrien, un lot de bulles chaldéennes, 

tablettes et amulettes 3.625 » 

Quatre vases grecs 1.500 » 

Deux vases corinthiens 4.000 »» 

Douze pièces céramiques antiques 7.000 » 

Un vase antique 3.500 » 

Divers départements. 

Des objets dont le prix d'acquisition a été infé- 
rieur à 1.500 fr 20.439 90 

Musée de Cluny. 

Une statue en marbre blanc du ziv" siècle prove- 
nant de l'hospice de Sens 4.80O » 

Musée de Versailles. 

Un portrait de Ninon de Lenclos 2.500 » 

Un portrait de Camille Desmoulins et de sa famille i .000 » 

Collection Grandidier, 
Six pièces de céramique chinoise ....... 6.000 » 

Vient ensuite la nomenclature des dons et legs faits aux musées nationaux 
(Chronique des Arts)*, 

Un nouveau traité de saint Irénée. 

Le texte arménien, récemment découvert, du traité de saint Irénée el; imM^^ 
ToO àico(TToXixoO xY)p\JY{iotToc, a été publié en 1907, avec une traduction allemande, 
dans les Texte und Untersuchungen de M. Harnack. L'intérêt en est médiocre; 
mais il y a un passage curieux (c. 74, p. 41). Hérode, le roi des Juifs, etPooce 
Pilate, le procurateur de l'empereur Claude^ condamnent Jésus à être cruciûé. 
Sur quoi M. Harnack écrit (p. 62) : « Assurément, cela n'est pas nouveau pour 
celui qui a lu sans prévention les textes parallèles d'Irénée {Adv, haer. II, 32. 
Se fondant sur saint Jean (8, 57) et sur la tradition des presbytres, Irénée a 
admis que Jésus était arrivé à l'âge de quarante-six à cinquante ans. Ainsi il 
ne serait mort que sous Claude. Mais il faut se demander très sérieusemeDt 
{aller Ernsts) si Jean lui-même n'a pas déjà partagé cette erreur. En tous les 
cas, le fardeau de la preuve incombe aujourd'hui à celui qui prétend que, 

1. Une fois de plus, on trouvera que les Musées Nationaux n'ont rien acquis 
dans les ventes faites à l'étranger. Avec les règlements actuels, cette abstentioa 
est inévitable ; il faut donc re viser ces règlements, qui sont malfaisants. — S. R. 



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NOUVELLES ARCHEOLOGIQUES Et CORRESPONDANCE 309 

• 

d*après saint Jean, Jésus serait mort sous Tibère ». Ceci vient à l'appui de ce 
que j*ai écrit dans le t. III, récemment paru, de mon ouvrage Cultes^ mythes et 
religions (p. 16-23) ; mais on s^étonnera que M. Harnack n*ait pas rappelé, à ce 
propos, que le plus ancien texte du prétendu rapport de Pilate à fempereur est 
ainsi intitulé : IIôvTto; IIiXaToc KXauSCo» x^^P^^v. Dans sa Chronologie (p. 607)» 
M. Harnack avait considéré cette mention de Claude comme négligeable; peut- 
être a-t-il changé d'opinion depuis. S. R. 

La danse grecque. 

Le bon livre de M. Emmanuel sur la danse grecque a porté ses fruits, même en 
dehors du monde savant. Ceux et celles qui Font lu regardent avec plus de curio- 
sité les représentations si variées et si nombreuses de la danse dans les peintures 
et les bas-reliefs antiques. On commence à comprendre un peu partout combien la 
danse grecque, où la mimique importe plus que le mécanisme, est supérieure, 
esthétiquement et même moralement, aux ineptes « danses tournantes » de nos 
salons, ainsi qu*aux pirouettes, pointes, grands écarts et autres acrobaties qui 
constituent une bonne partie de nos ballets. Je dis « une bonne partie », car, 
fort heureusement, le principe de la danse antique, l'éloquence des gestes et 
des attitudes, n*apas disparu des ballets à scénario. Un excellent article sur la 
danse grecque comparée à la danse moderne a été publié dans le Nineteenth 
Century (mars 1906, p. 447) par une toute jeune Qlle, Miss Marcelle Âzra 
Hincks, qui joint à la connaissance des textes et de la « littérature » un talent 
fort admiré pour cette danse parlante oix Isidora Duncan etMaud Allen, profes- 
sionnelles applaudies en Angleterre, ont acquis une juste renommée. Je traduis 
de mon mieux une demi-page vraiment exquise; mais il faut lire tout l'article : 
<c L'harmonie délicate, le port aisé et gracieux qui caractérisent les Grecs dans 
l'art antique, sont le résultat de Texercice gymnastique. Le charme expressif 
des attitudes, la manière dont le corps, la tête, les bras et les mains disent ce 
qu'ils ont à dire, l'éloquence de chaque membre, tout cela refilète Tintelligence 
parfaite de cette partie spirituelle et émotive de la danse, qui est la mimique. 
Nulle part ailleurs, dans aucun art, nous ne trouvons si clairement réalisé l'équi- 
libre du corps et de l'esprit... Entre la danse grecque et notre conception 
moderne delà danse, il y a un abtme. Aucun art n'est tombé de si haut; aucun 
n'est tombé si bas. La danse, autrefois si pleine de sens, si passionnée et si 
solennelle, la danse, qui rendait si magnifiquement hommage aux dieux, la 
danse, jadis une vraie sœur des Muses, est déchue au rang d'un simple exer- 
cice acrobatique, d'un simple prétexte for hicking and flirtation (intradui- 
sible). Dans une civilisation complexe comme la nôtre, où la religion et l'art 
ne font plus partie intégrante de la vie de chacun, où il suffit à un homme 
d'être religieux le Dimanche, artiste dans les galeries et aux concerts, rien 
de surprenant que l'art le plus vivant et le plus réaliste, celui qui est lié le 
plus intimement à la vie quotidienne, ait dégénéré si complètement qu'il tende 
à disparaître tout à fait. Et pour comprendre si nous devons ou non pleurer 
la mort de Terpsichore, c'est assez que nous cherchions à savoir ce que la civi- 
lisation grecque, avec son culte de la danse, a légué à l'humanité ». Ne nous 



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310 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

pressons pas tant de « pleurer la mort de Terpsichore » ; si bas qu'elle soit tom- 
bée, elle peut à nouveau gravir le Parnasse et je crois bien que l'archéoogile 
l'y aidera. 

S. R. 
V origine du blé cultivé. 

Il y a plus d*un demi siècle, Theodor Kotschy trouva à Raschaya sur l'Her- 
mon quelques spécimens de blé sauvage. En 1906, M. Aaronsohn a recueilli 
sur THermon et près de Safed beaucoup d'autres exemplaires de triticum noa 
cultivé. M. Schweinfurth conclut de là : « L'indigénat du blé primitif est ainsi 
établi sans doute possible; la thèse longtemps combattue de Kôrnicke (qui avait 
insisté sur la découverte de Kotschy) est définitivement démontrée^ ». On fera 
bien de se méûer et de ne pas partager cet enthousiasme avant que les faits 
allégués n'aient été vérifiés par d'autres savants. D'abord, ce qu'on appelle du 
blé primitif peut tout aussi bien être du blé marron, du blé devenu sauvage ; 
en second lieu, le fait de Tindigénat du blé en Palestine, s'il était démontré, 
ne suffirait nullement à établir l'origine exclusivement palestinienne de cette 
céréale. N&^e xa\ (Uitvatr' àiciorelv. 

S. R. 

— La Revue de l'Art Ancien et Moderne, Sommaire du numéro du 10 août 
1908. — Texte : La Porcelaine hollandaise (I), par M. Henry Havard. — Gra- 
veurs contemporains : Emile Lequeux^ par M. Emile Dacier. — Le Retable du 
Cellier et la signature de Jean Bellegambe, par M. F. de Mély. — Le Pastel 
et les pastellistes français au XVlll* siècle (II), par M. Louis de Fourcaud. — 
Un Peintre humoriste russe : Paul Andréévitch Pédotav (fin), par M. Denis 
Roche. — Bartholomeus van der Helst, peintre de nu mythologique, par 
M. François Benoît. — L'Esthétique janséniste, par M. André Fontaine. — 
Bibliographie. ^ Gravures hors texte : Femme de Bruges en prière, pointe 
sèche originale de M. Emile Lequeux. — Les Cygnes, pointe sèche originale de 
M. Emile Lequeux, photogravure. — Le Retable du Cellier, peinture de Jean 
Bellegambe (collection de M. le baron A. de Tavernost), héliogravure. — 
M. Duval de VÉpinoy, pastel de La Tour (collection de M. Jacques Doucet), 
photogravure. -~ Dame en habit de bal {la Présidente de Rieux'i), pastel de La 
Tour (collection de M. Arthur Veil-Picard), photogravure. — Vénus triom^ 
phante, peinture de B. van der Helst (musée de Lille), héliogravure. — La 
Cène, gravure anonyme du xvii« siècle, d'après le tableau attribué à J.-B» de 
Champaigne, photogravure. — Nombreuses illustrations dans le texte. 

— La Revu£ de l'Art Ancien et Moderne. Sommaire du numéro du 10 sep- 
tembre 1908. — Texte : La Donation Armand- Vallon au Cabinet des médailles 
(Ij, par M. E. Babelon. — Lambert d'Amsterdam {Lambert Zustris)^ par 
M. François Benoit. — La Porcelaine hollandaise (fin), par M. Henry Havard. 
^ Le (xeste du discobole dans Vart antique et dans le spoi't moderne, par 

1. Schweiûfurth, Ueber den Urweizen (Triticum dicoccum) in Paldslina, extrait 
des Berichle de la Bolaniche Gesellscfiafi, Berlin, 1908, p, 310. 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 311 

M. Jean Richer. — Le Triptyque mutilé de Zierickzée, par M. Louis Maeter- 
linck. — Une Aiguière en cristal de roche, gravure originale de M. B. Kriéger, 
par M. E. D. — Le Pastel et les pastellistes au XVllle siècle (III), par M. Louis 
de Fourcaud. — Correspondance de Londres : l'Art à l'Exposition franco-bri- 
tannique, par M. P. A. — Bibliographie. — Gravures hors texte : Jésus appa- 
raissant à Marie-Madeleine, peinture de Lambert d'Amsterdam (musée de 
Lille), héliogravure. — Vénus et l'Amour, peinture de Lambert d'Amsterdam 
(musée du Louvre), photogravure. — Le Discobole de Myron, reconstitution 
en plâtre exécutée au moyen de fragments antiques (musée des Thermes), pho- 
togravure. — Le Jugement dejmier, panneau central du triptyque de Zierik- 
zée, peinture attribuée à Jacob van Laethem (Gand, collection de M. R. Ram- 
lot), photogravure. — Aiguière en cristal de roche, travail français du 
xvie siècle (musée du Louvre), gravure originale de M. B. Kriéger. — Portrait 
d'enfant, pastel de J.-B. Perronneau (collection de M. Jacques Doucet), photo- 
gravure. — Portrait de If"* Olivier, pastel de J.-B. Perronneau (collection de 
Mna Groult), héliogravure. — Nombreuses illustrations dans le texte. 

^ Sommaire de la Gazette des Beaux-Arts du l«r août 1908. — Le Mausolée 
de Charles le Noble à Pampelune et l'art franco-flamand en Navarre, par 
M. Emile Bertaux. — Deux dessins de Titien, par M. Emil Jacobsen. — 
L'Eau-forte américaine au Salon de la Société des Artistes français, par M. S. 
— Les Portraits de Rabelais, par M. Henri Clouzot. — Artistes contemporains. 
J.'J. Henner (?• et dernier article), par M. Léonce Bénédite. — Chronique 
musicale. — Académie Nationale de Musique : Boris Godounov, de Mous- 
sorgski; — Théâtre National de l'Opéra-Comique : Sniégourotchka, deRimski- 
Korsakov, par M. Louis Laloy. — Bibliographie : Une Chronique alexandrine 
(A. Bauer et J. Strzygowskij, par M. T. R. ; — Les Clouet et les Du Monstier 
(K. Moreau-Nélaton), par M. Jean Laran; — L'Armée du Grand Frédéric, par 
Menzel (éd. Oldenbourg), par M. A. M. — Trois gravures hors texte : Chez le 
planeur, eau-forte originale de M. G. Chandler (Salon de la Société des 
Artistes français). — Les Naïades, par J.-J. Henner (app. à M°*» Soyer) : hélio- 
gravure. — Portrait de l'apothicaire Pierre Quthe, par François Clouet (Musée 
du Louvre) : héliotypie Portier- Marotte. — 34 illustrations dans le texte. 

— Sommaire de la Gazette des Beaux- Arts du 1»^ septembre 1908. — Carpeaux 
peintre et graveur, par M. Paul Jamot. — Charles Perrault commis de Colbert 
et l* Administration des Ans sous Louis XIV, d'après des documemis inédits 
(1« article), par M. Paul Bonnefon. — Les Primitifs et leurs signatures. 
Quinlen Metsys et Marinas, par M. F. de Mély. — Un Album de M, Malo Re- 
nault, par M. Roger Marx. — L'Exposition théâtrale au Musée des Arts 
décoratifs, par M. Maurice Tourneux. — Artistes contemporains. Hennann 
Urban, par M. William Ritter. — Un Gentilhomme artiste : CarmontellCy 
diaprés deux documents inédits, par M, Charles Oulmont. — Bibliographie : 
Le « Térence des Ducs y» (éd. par M. Henry Martin), par M. Paul Vitry. Trois 
gravures hors texte : Le Banquier et sa femme, par Quinten Metsys (Musée du 
Louvre) : héliogravure. — Sirène de Paris, eau-forte originale de M. Malo 



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312 REVUE AREHÉOLOGIQUE 

Renault. — Illustration d'une scène de « VHécyre », miniature du « Térence 
des Ducs », école française, xv* siècle (Bibliothèque de l'Arsenal) : héliogra- 
vure. — 42 illustrations dans le texte. 

— Sommaire de la Gazette des Beaux-Arts du !•' octobre 1908. — Artistes 
contemporains, Max Klinger (!«' article), par M. Louis Réau. — Un Trésor 
de peintures inédites du xv® siècle à Grenade, par M. M. Gomez-Moreno. — 
Quelques objets égyptiens acquis par le Musée du Louvre en 1907, par M. Georges 
Benedite. — Charles Rossigneux, architecte-décorateur (18^8-1907), par 
M. Léon Deshairs. — Charles Perrault commis de CoWert et l'Administration 
des Arts sous Louis XIV, d'après des documents inédits (2* article), par 
M. Paul Bonnefon. — Trois gravures hors texte : La Vierge aux anges, par 
Thierry Bouts (Chapelle royale de Grenade) : eau-forte par MM. J. Volot et A.-J. 
-r- Descente de Croix, par Memling (Chapelle royale de Grenade) : héliogravure. 

— Cuillers de toilette en bois provenant de Médinet el-Gorâb, époque de Tii, 
XVIII* dynastie (Musée du Louvre) : héliolypie. — 42 illustrations dans le 
texte. 

— Miitheilungen uni Nachrichten des deutschen Palaestina- Vereins, 1908. 
N»» 4 et 5. — Kaulzsch, Notice nécrologique sur C, Furrer, — Thomsen, Les 
fouilles anglaises en Palatine (suite). — Nouvelles diverses. 

— Zeitschrift des deutschen Palaestina- Vereins, t. XXXL fasc. 4. — Dalman, 
Notes topographiques sur la route menant à Pétra\ — Notes épigraphiques*» 

— Thomâ, La vallée du Cédron entre El-Qd'o et Bir Eyioub. — Grûohut, 
L'aire du Temple d'après Estori hap-Parchi. — Mommert, La memoria de 
Saint'Getha à Thesbé. — E. y. Mûlinen, Les villes de la correspondance de 
Tell El'Amama et la Bible. — Sur le CarmeL— Bibliographie. — (Un fasci- 
cule spécial, joint à celui-ci, contient les index des tomes XXVI -XXX.) 

— Proceedings of the Society of biblical archxology, t. XXX, 28« session, 
5» séance, 10 juin 19i)8. — E. Legge, Les titres des rois thinites (suite, 
planche). — S. Langlois, èurra, épaule; Aèdi'u, assembler. — A. H. Sayce, 
Les inscriptions hittites de Emir Ghazi et d^Alep (planche). — P. D. Scott 
Moncrif, Les sites ruinés de Masawvrat es-Safra et de Naga (6 planches. Curieux 
détails, illustrés par de bonnes photographies, sur les monuments de ce que 
l'auteur appelle la civilisation négro-égyptienne de l'Ethiopie). — W. E. Crum, 
Un ostracon copte. — A, F, R. Platt, L'origine du nom de Vile d'Éléphantine 
(planche). 

— American Journal of archxology, 2» série, 1908. Cahier 2, avril-juin. — 
William B. Dinsmoor, Le Mausolée d'Halicarnasse (suite) : II. Les données 
architectoniques (PI. V-VII. Part de cette idée très juste et très simple que, 

i. Corrige plusieurs points des itinéraires de Mueil et de BrQDnov. 

2. Le petit texte de Khisfio est peut-être incomplet. Je serais tenté Je resti- 
tuer : [xaXw;] n(oi)Yioov • xai cru, et de comprendre : « Sois heureux ! (réponse) 
toi aussi l r. — Gl.-G. 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 313 

pour restituer le monument, il faut se replacer dans la situation d'esprit d*un 
architecte ionien du iv« siècle. L'auteur recherche donc dans d'autres édifices 
du même temps et de la même contrée les éléments que Pythios a dû combiner 
quand il a été chargé de la construction du mausolée. Dans sa conclusion, il 
indique ce qu'il croit avoir ajouté aux résultats obtenus par Smith, Pullan, Fer- 
gusson et Adler, qui lui paraissent être ceux qui, dans leurs tentatives de res- 
tauration, ont serré de plus près le problème). — Jesse Benedict Quarter, 
Romaquadrata et le Septimontiuni (ne croit pas que le Palatin ait été le berceau 
de Rome). — L. D. Caskey et B. X. Hill, Le metopon à VErechlhéion (expli- 
cation, justifiée par des figures, d'un texte difficile, C. J. A. 1, 322). — 
0. M. Washburn, Le cocher d'Amphion à Delphes (étudie à nouveau la ques- 
tion de Tattribulion du char de Cyrène et répond aux objections de Pomtow. 
La note 1 donne une bibliographie très complète de tout ce qui a été écrit sur 
ce monument). — J. Palon, Discussions archéologiques» résumés d'articles or- 
ginauxt publiés surtout dans les périodiques, — J. Paton, Bibliographie de 
livres archéologiques^ 19 J7. Une carte postale adressée à tous les abonnés du 
Journal fait savoir qu'à partir du n» 3 du volume XII (1908) M. Paton cesse 
de prendre part à la préparation et à la publication du recueil. La direction de 
celui-ci appartiendra désormais au secrétaire de l'Institut archéologique, le 
professeur Mitchell CaroU, Georges Washington university, Washington, D. C. 
à qui devront être notifiés tous avis, abonnements, changements d'adresse. Le 
département des Nouvelles et discussions ainsi que de la bibliographie des 
livres archéologiques sera géré par le professeur William S. Bâtes, 220, squaer 
de Saint-Marc, Philadelphie, Pa. 

Nous ne pouvons souhaiter à M. Bâtes que de porter dans le dépouillement 
et l'analyse des périodiques comme dans la critique des livres la conscience et 
la compétence auxquelles nous avait accoutumé M. Paton, dont la retraite sera 
vivement regrettée par tous les lecteurs du recueil. 

G. P. 

— Bullettino délia commissione archeologica comunale di Roma, 1908, 
cahiers 1 et 2 : — A. Délia Seta, Une statue de marbre de la villa Borghèse 
(pi. I-Iil. Article bien long sur une statue virile qui doit dater des environs de 
Tan 500 et à laquelle a été adaptée une tète de Trajan). — G. Tomassetti, 
Découvertes vaticanes (étude des traditions qui, dans l'antiquité, se rappor- 
taient à la colline vaticane). — G. Gatti, Les Lares curiales (pi. IV, explication 
de ce terme). — Nouveau sceau de tuilier trouvé dans le territoire de Sguryola 
(ligure dans le texte). — Inscriptions sur des tuyaux de plomb. — M. Lazzarini, 
Une série d'étalons de poids romains. — L. Cantarelli, Mélanges épigraphiques 
(deux figures dans le texte). — V. Castiglioni, Sur quelques pierres funéraires 
juives avec incriptions qui existent dans le monastère de Saint-Paul à Rome. 
— G. (jatli, Note sur les découvertes récentes d'antiquités faites d Rome et dans 
sa banlieue (pi. V). — Morpurgo, La porte triomphale et la voie des triomphes 
(propose, pour des raisons qui paraissent très spécieuses, d'admettre qu'il n'y 
avait pas de règle absolue établie pour Ir chemin que devaient suivre les triom- 
IV* SÉRIB, T. Xll. 21 



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314 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

phateurs dans leur marche vers le Capilole. Ils pénétraieat dans Rome tanlôl 
par une porte, tantôt par une autre. La porte et la voie triomphale variaient 
avec les itinéraires adoptés). — L. Cantarelli, Découverltis archéologiques en 
Italie et dans les antiques provinces romaines, — Notes bibliographiques. 

G. P. 

A NOS LECTEURS 

La Revue s'est ouverte, il y a quelques années, à des articles écrits en langues 
étrangères, c'est-à-dire dans les langues que savent lire les archéologues — 
l'anglais, l'italien et l'allemand. Le Jahrbuch allemand, le Bulletin de Corres- 
pondance Hellénique elp\vis\eursdL[i[res recueils nous en avaient donné l'exemple. 
Quelques personnes, en petit nombre, ayant réclamé, la Revue est revenue à sa 
vieille tradition. Mais voici que, de divers côtés, on nous demande l'inserlion 
d'articles dans d'autres langues, en insistant, d'une façon fort aimable, sur 
l'avantage que des savants trouvent à écrire dans une Revue aussi répandue et 
aussi lue que la nôtre. Nous ne prétendons pas instituer à ce sujet de référen- 
dum] mais nous recevrions avec plaisir, de nos lecteurs français et étrangers, 
quelques avis sur la question ainsi soulevée. Prière de les adresser, sur carie 
postale, à l'Institut de France ou au Musée des antiquités nationales à Saint- 
Germain-en-Laye. 

G. P. - S. R. 



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BIBLIOGRAPHIE 



Arorlo Mosao. Le Armi più antiche di Rame e di Bronze. 105 p., ia-4o ayee 
68 figures et 5 plaucbes. Extrait des Mémoires de la ReaU Accademia dei 
Lincei, 1907-8. 

Physiologiste bien connu, M. Mosso avait déjàété amenépar Tétude de l'homme 
à s'inquiéter de ses origines quand le voyage en Crète qu'il a si pittoresque- 
ment narré dans ses Escursioni nel Mediterraneo e gli Scavi de Creta (Milan, 
1907) rindina vers Tanthropologie et l'archéologie préhistorique. 11 y apporte 
une rigueur scientifique qui, à en juger par ce premier mémoire, fait de lui une 
recrue précieuse. Toutes les armes dont il s'occupe sont miautieusemement 
décrites, mesurée?, analysées; haches, poignards, épées, lances, coutelas, fau- 
cilles sont étudiées à la fois en Grèce et dans les îles grecques, en Italie et en 
Sicile, et, de tous ces rapprochements, il ressort avec toujours plus d'évidence 
qu'une même civilisation a dominé dans ces régions au début de l'dge du bronze. 
D'où venait ce bronze? M. Mosso se rallie à la théorie de l'origine asiatique, 
d'après l'hypothèse erronée qui fait venir d'Arabie les premiers Pharaons sous 
lesquels le bronze apparaît en Egypte à côté des lames de cuivre prédynastiques. 
En réalité, ce n'est qu'entre la XII» et la XVIII' Dyn. (2000-15C0) que s'est 
produite cette transformation, résultat d'une arrivée plus abondante de l'étain 
caucasique, espagnol ou breton qui permit de transformer peu à peu en bronze 
le cuivre du Sinaï. Non seulement les analyses de M. Mosso, après celles de 
Berlhelot et de Zeiighelis, mettent en meilleure lumière le passage pro- 
gressif du cuivre au bronze» mais elles nousapprenent pour la première fois que 
les Cretois n'ont pas eu à sortir de leur Ile pour trouver le métal essentiel. À 
Chrysocamino, en eflet, prés de Gournia, M. Chalzidakis a découvert des mine- 
rais de cuivre exploités de toute antiquité; d'autres ont été trouvés à Gozzo, 
l'ilôt voisin de Malte. On comprend maintenant pourquoi, sur les peintures du 
tombeau de Rekhmara (v. 1500), les Cretois apportent en tribut ou en présent 
des lingots de cuivre tout semblables à ceux qu'on a retrouvés à Haghia-Triada; 
bien plus, en rapprochant de la présence du cuivre en Crète les légendes rela- 
tives aux Daktyles crétois, la prépondérance de la Crète au début de l'âge du 
bronze apparaît sous un jour tout nouveau 

Entre autres armes inédites publiées par M. M. (fouilles italiennes de Crète ; 
musée de Syracuse; collection Bellucci à Pérouse; musées de Modène et de 
Brescia), se trouve une admirable bipenne en bronze de Phaestos; au centre, 
de part et d'autre, un papillon aux ailes éployées, semblable à ceux des 
disques d'or de l'Acropole de Mycènes, se détache en si lin relief qu'il faut 
supposer que l'arme fut fondue à la cire perdue. La Crète n'a donc pas seule- 
ment réalisé, la première dans le monde é^^èeu, ralliage du cuivre et de 



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316 ftEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Télain ; dès l'époque de Kamarès (v. 2000), l'art du bronze y atteignail uoe 
perfeclioa qui ne devait guère être dépassée. 

A. J.-Reinach. 

R. Paiubfni. Statuine in branzo di gaarrieri Galli. 10 p. iu-4«. Extrait de Aufo- 

nia (11.1907). 

Une de ces statuettes, trouvée à Télamon, est conservée au Musée archéo- 
logique de Florence, les deux autres, de provenance inconnue, au èiuseo KirrA- 
eriano de Rome. Elles ont été soumises par M. P. à une étude attentive au 
point de vue de l'armement: casque à calotte hémisphérique avec gros boulon 
terminal et garde-joues, bouclier elliptique avec partie centrale saillante, court 
sagum laissant les bras et les cuisses libres, serré à la taille par une large cein- 
ture, courte épée pendue au côté droit, lance allant du pied au front du guerrier 
et dont la pointe quadrangulaire semble faire corps avec la hampe, — autant de 
caractères qui paraissent nettement gaulois. Toutefois, pour le bouclier et 
pour le casque, M. P. incline à croire que les Gaulois les ont empruntés à 
Vancile et à l'apex des Etrusques. Il est possible qu'il en soit de même pour le 
gaesum{voir R, arch y 1907,11, 135), et j'inclinerais aussi à considérer comme 
un exemplaire de cette arme la courte lance, d'un seul tenant avec la pointe, 
qu'undes guerriers tient dans la main droite. Pour ce qui est des jambières, rares 
chez les Gaulois, à Tezemplaire des tombes de ^esto-Galende cité par M. P., 
on doit ajouter celles de la tombe marnienne de Ghampigny {Matériaux pour 
l'Hist. de CHommSt XVI, p. 115), celles de la coll. G. de Mougins à Lyon dont 
le Musée de S^-Germain possède un galvano (salle VI, n» 49.914) et celles qui 
sont figurées sur les trophées galates de Milet (Knackfuss, Dos Bouleuterion von 
Milet, 1908) et les arcs de triomphe provençaux (Espérandieu, Bas-reliefs de 
la Gaule, I, n. 157, 234). A. J.-R. 

Bruno Kaisbh. Untersuchungen sur Geschichte der Samniton. I. 33 p. iii-4*. 
Programm der Landesschale Pforta, Naomburg, 1907. 

Gette consciencieuse dissertation apporte plus d*un renseignement nouveau à 
l'histoire trop peu connue du Samnium. 

1» Traitant des sources, M. K. revendique la valeur de Diodore qui, 
directement ou indirectement, puise aux Annales de Fabius Pictor; peut-ôtre 
se servait-il également d'extraits sous forme de dialogues historiques comme ce 
Frngmentum Valicanum en grec imprimé dans le Caedlius de Teubner. Fabius 
Pictor est également la principale autorité de Tile Live qui puise moins fré- 
quemment chez Caipurnius Piso, Valerius Ântias, Glaudius Quadrigarius, 
Licinius Macer, Q. AilWiis Tubero ; Tubero et Macer seraient aussi les sources 
deDenysd'Halicarriasse; Âppien,dans sa SatxviTixYJ, s'inspirerait de compilateurs 
qui ont combiné Tite Live avec Denyset Juba; Dion Cassius se sert des mêmes 
auteurs; Florus, Eulrope, Orose, etc. remontent à une Epitome de Tite Live. 
n'y a pas beaucoup à tirer des textes osques, la plupart postérieurs à la con- 
quête romaine, ni des Triomphes Capitolins trop souvent interpolés. Pour 
les monnaies, M. K. aurait pu ajouter aux Oskische Mùnzen de Friedlftnder, 



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BIBLIOGRAPHIE 317 

Touvrage de Bompois, Les types monétaires de la guerre sociale (Paris, 1873). 
Quant à l*archéoIogie, tolalement négligée par M. K., elle ne devrait pas seu- 
lement entrer en ligne de compte avec l^s instruments et armes découverts en 
pays samnite; les vases de Lucanie et de Campanie, postérieurs à la conquête 
de ces régions par les Samnites, pourraient aussi fournir de précieux renseigne- 
ments; môme une fresque trouvée à Home, relative à l'histoire du Samnite 
M. Panoius, constitue un document de premier ordre (cf. A. arch, 1907, II, 234). 
2^ Au milieu du iv* siècle le Pseudo-Scylax montre les Samnites s'élendant 
de la plaine campanienne au plateau apulien. Leur confédération comprend 
Pentri et Camceni au N., Hirpini et Caudini au centre, AbeUinicates au S. ; 
ces tribus, qui peuvent mettre sur pied 70.000 fantassins et 7.000 cavaliers, 
ont à leur tête un medix tuticus annuel, chef de guerre et grand justicier, sié- 
geant à Bovianum et transmettant ses ordres par les praetores des différentes 
tribus. Les divisions de leur armée, légions et cohortes, leurs armes princi- 
pales, pilum et scutunii paraissent leur avoir été empruntées par les Romains. 
A partir du début duv*^ siècle, la surpopulation les contrainte déborder hors de 
leurs montagnes, en Lucanie d*abord, puis, en 356, dans le Bruttium, enfin en 
Campanie, oiî ils prennent Cumes en 334 et Capoue en 331. L'année suivante, 
ils sont vainqueurs d'Alexandre d'Ëpire, allié de Tarente et de Rome. C'est alors 
que Lucaniens et Campaniens, en appelant les Romains à leur secours, vont 
déchaîner la guerre qui décidera si l'hégémonie de Tltalie doit appartenir au 
Samnium ou à Rome. Espérons que M. K., en racontant bientôt cette guerre 
du point de vue samnite trop négligé par son dernier historien, G. P. Burger, 
nous donnera pour les Samnites ce que Tropea a fait pour les Lucaniens, 
Haimundi pour les Freotans, Napoletani pour les Picentins — trois études que 
M. K. eût gagné à connaître. 

A. J -Rbinach. 

G. Napolbtani. Ferme nel Piceno. vii-19i p. in-S», avec un plan et 3 planches 
Rome, Loescher, 1907. 

J. GouASANTi. Fregellae, 285 p. in-S» avec 2 plans. Rome, Loescher, 1U06, et 
Pinna, 125 p. iu-8<» avec l plan. Rome, Loescher, 1907. 

La monographie de M. N. fait partie des Stwiî di Storia Antica dont le 
fasc. précédent était précisément consacré par B. Bruno à une bonne étude sur 
La terza Guerra Sarmitica, L'histoire de la capitale des Picentins n'est guère 
moins utile à celle du Samnium qui enveloppe le Picenum au Sud et à l'Ouest. 
Quand M. N. prouve que les Siculi qui, d'après Pline (lll, 112), auraient 
occupé plusieurs points de la côte entre Ancône et Adna, ne sont pas les Sicu- 
les de la préhistoire, mais les colons siciliens envoyés par Denys le Tyran, vers 
397, pour assurer son hégémonie dans l'Adriatique; quand il montre que ce 
sont les Liburnes d'illyrie qui ont donné aux nids de pirates qu'ils s'étaient créés 
sur le littoral picentin les noms de Mandridium et de Mons Liburnus ; que les 
Étrusques n'ont jamais occupé le Picénum et que, dans le passage de Strabon 
d'où l'on avait tiré cette conclusion (V, 241), tyrrhénoi désigne les populations 



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318 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

indigènes de Tltalie centrale, notamment les Ombro-Sabelliens, adorateurs de la 
déesse Kupra qui a donné son nom à l'un des ports du Picénum; que c*est 
entre Pépoque où le Pseudo-Scylaz ne connaissait que les Ombriens sur cette 
côte (370-50) et le début du m*' siècle, où l'on voit Rome s'allier avec les Picen- 
tins, que se place le ver sacrum qui amena cette peuplade sabine dans le pays 
qui prit d'elle le nom de Picénum ; que ce ver sacrum est un fait économique, 
dû plus à l'excès de la population qu'à l'esprit de conquête et d'aventure, com- 
parable à la colonisation grecque; que des deux montagnes qui dominent Fir- 
mum, le Mons Visidianus conserve le nom d'une divinité ombrienne, le Morts 
Sabulus celui du Sabus des Picentins; que Firmum est un équivalent sabel- 
lien d'oppidum — ce sont là autant de questions dont la solution importe à 
l'histoire générale de cette partie de Tllalie. M. N. a su résister à la ten- 
dance de solliciter les auteurs ; il a même renoncé, chose rare dans une mono- 
graphie locale, à tirer à soi un texte: ne lisant pas Firmum au lieu de Saepi-^ 
num dans un passage de Frontin(IV. 1, 24), il a ramené ainsi des environs 
de 280 à 264 la fondation de la colonie romaine de Firmum. Dans tout ce qui 
a trait à la topographie de la ville, à ses murs, ses portes, ses monuments, 
aux -routes qui s'y croisent, on remarque la même prudence critique. Si 
tous les élèves de M. Beloch font preuve du même esprit scientifique, la Biblio- 
theca di Geografia Siorica qu'il vient de fonder pourra s'unir aux grandes 
monographies de notre École de Home et au tableau d'ensemble tracé par 
Nissen dans son Italische Landeskunde pour préparer l'histoire de l'Italie 
antique qui reste à écrire à côté de celle de Rome. Les deux premiers fasci- 
cules, dus à G. Colasanti, forment un début du meilleur augure. Pour Pinna, 
capitale des Vestins voisins du Picénum, et pour Frégelles, la grande ville du 
Liris, M. G. donne successivement un aperçu de géographie historique, un 
examen topographique et monumental approfondi, une étude historique. 
Pour l'histoire de la Guerre Sociale, les 25 pages qui lui sont consacrées dans 
chacune des deux monographies sont d'un intérêt tout pariiculier ; on ne 
saurait que se féliciter de voir M. G. promettre de compléter l'étude de la 
région par une monographie sur Fabrateria Nova, tandis que E. Grossi étudie 
sa voisine Aquinum et que G. Napoletani consacre le 4*> fascicule de la collec- 
tion à une seconde cité du Picénum, Cupra Maritima. A. J.-R. 

Juan Roman y Galvbt. Los nombres é importancia arqueolôgica de las Islas 
Pythiusas. Grand in-4S 342 p. et 176 pi. Barcelone, TAvenç, 1906. 

M. J. Roman a fait, dans l'île d'Ibiza, de très belles découvertes; il les 
publie en un superbe volume qui n'est pas dans le commerce, mais que l'au- 
teur distribue libéralement aux bibliothèques et aux savants qu'intéresse parti- 
culièrement l'archéologie espagnole. 

Jusqu'à ce jour les trouvailles d'objets importés par les Phéniciens aux lieux 
où ils établirent leurs comptoirs ôtaient rares et imprécis. Même Gadès n'a 
rendu que de rares monuments de sa plus haute antiquité. Le célèbre sarco- 
phage anthropoïde, parure du Musée de Cadix, est une œuvre grecque» 
d'époque assez récente. Les nécropoles de la province d'Âlmeria, qu'explore si 



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BIBLIOGRAPHIE 319 

heureusement M Louis Siret, ne lui ont encore livré que les prémices de leur 
mobilier funéraire. Les tombes Hes Alcores ont enrichi les collections de 
M. Georfi^es Bonsor, leur brillant explorateur; mais rélémeot punique est 
presque réduit à des ivoires gravés, de très haut intérêt sans doute, mais qui 
ne représen tentent cependant qu*un aspect de l'industrie carthaginoise. Malaga, 
dont des terrains importants, au pied de TAlcazaba, en arrière des murailles 
phénicien ne8« viennent d'être remués en grand pour l'exécution de travaux 
publics, Malaga, malgré les espérances et des arfirmations un peu trop con- 
fiantes de M. Manuel de Berlanga, est restée stérile. 

A Ibiza, enSn, D J. Roman a ramassé des antiquités puniques à la pelle, 
dans les villes et villages, la Marina de la Monjas^ les pueblos de San Rafaël, 
San Juan, Talemanca, Portus Magnus, surtout dans les cimetières d^Ereso, 
los Jebuseos, Purmany, Elles remplissent le musée, fondé pour elles, de la 
Société archéologique d'Ibiza; M. Roman en conserve en foule, d^ns sa collec- 
tion particulière, de très précieux spécimens. 

A Ibiza désormais, peut-être mieux encore qu'à Carthage. il faut aller étudier 
Tart et l'industrie puniques. 

On voudrait,dansle volume de M. Roman, quelques précisions meilleures sur 
les circonstances des découvertes, sur la disposition des tombeaux, afin de péné- 
trer plus avant dans les mœurs et les coutumes, dans la religion des colons 
qui fondèrent Eresus 160 ans après Carthage (720 avant J.-C), de ceux qui 
leur succédèrent de génération en gi^nération jusqu'à la conquête romaine, 
sans rien perdre de leur pureté ethnique, de ceux qui môme après la conquête 
restèrent près de deux cents ans puniques, presque exclusivement puniques. 

Du moins la multitude des monuments, figurines de terre cuite, lampes et 
vases d'argile, objets de verre ou de p&te de verre, objets de métal, armes, 
outils, ustensiles, objets d'or et d'ivoire, perles, pendeloques, amulettes, 
bijoux, œufs d'autruches, monnaies, qui pullulent sur les 74 grandes et belles 
planches du livre, forment une collection unique, dont chaque numéro, ou 
peu s'en faut, a de la valeur. 

Les terres cuites surtout présentent un vif intérêt. Chose surprenante et 
vraiment fâcheuse, ce sont les images de style punique très pur, les images de 
divinités en particulier qui font surtout 'défaut. Le dieu Cabire. par exemple, 
dont l'image est exclusivement représentée sur les monnaies d'Ibiza, n'appa- 
ratt qu'une seule fois. Il est vrai qu'une idole féminine est très souvent repro- 
duite, sous des formes variées de déesse-mère ; mais elle n'est pas très antique, 
car elle est fortement hellénisée dans son aspect et son style. Cette lacune, 
heureusement, sera vile comblée, et, si l'indiscrétion prudente est permise, je 
sais que de nouvelles trouvailles, toutes récentes et vraiment sensationnelles, 
nous révéleront beaucoup de ce que nous regrettons aujourd'hui de ne pas 
connaître. 

Il y a du reste, parmi les figures publiées, des morceaux de premier ordre, 
que les Orientalistes verront et étudieront avec non moins d'intérêt que les 
hellénistes, tant l'industrie des Phéniciens de Carthage y apparaît vivifiée par 
l'influence de l'art grec. 



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320 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

La numismatique est particulièrement redevable à M. J. Rooiàn, car son 
livre écarte une erreur invétérée. On prétendait que jamais une monnaie punique 
n'avait été trouvée dans Tîle d'Ibiza, et l'on attribuait sans discussion aux autres 
îles Baléares les pièces bien connues au type du Cabire. M. Roman a publié 
près de 300 monnaies au Cabire, toutes trouvées à Ibiza. Il ne peut y avoir de 
doute; elles appartiennent bien à Tile. Ce trésor, d'ailleurs, mérite une étude 
approfondie qui sera très instructive. 

Une bonne partie du livre de M. Roman, comme Tindique le titre, est con- 
sacrée à ridentification d*Opbiusa. M. Roman propose une solution ingénieuse 
du problème. Il attache une grande importance aux recherches qu'il a faites 
dans ce sens, car si Ton accepte sa théorie, le texte de Festus Avienus relatif 
à Ophiusa et aux côtes d'Espagne en recevra une lumière qui lui manque 
jusqu'à présent. Je laisse aux spécialistes de la géographie ancienne le soin de 
juger ce que vaut l'ouvrage sur ce point. 

Pierre Paris. 

ViLLB DB GsNèvB. GoIIections d*art et d'histoire. Oomptes-rendos pour 
l'année 1907. Genève (impr. W. KQndig), 1908. Io-8, 32 p. et 1 planche). 

La ville de Genève a publié sous ce titre, conformément à l'usage, un inven- 
taire des dons et des acquisitions dont ont bénéficié les Musées de Genève dans 
le cours de l'année 1907, ainsi qu'une série de renseignements sur le budget 
de chacun d'eux et sur le nombre des visiteurs qui les ont parcourus. 

Nous nous bornerons à signaler les plus importantes des très nombreuses 
acquisitions de cette année. Le Musée des Beaux -Arts a reçu un portrait de 
Louis XIV en émail, dû à l'artiste genevois Petitot, et des portraits de la 
famille de Lor. Mentionnons en particulier une série de vases en argile trouvés 
dans l'Italie méridionale par feu Arnold Meyer et acquis par le Musée Archéo- 
logique. La plus remarquable de ces quatre pièces, dont la brochure contient 
une belle reproduction, représente OEdipe et le sphinx : c'est une œuvre at- 
tique des environs de 430. Les trois autres, du iii* siècle av. J.-C, font 
partie de la série dite de Gnathia. 

Louis Caillet. 

F. PsLLATi. Le Torri deir alto Monferrato (secoli xii-xiti). Extr. de la Nuova 
Anlologia, juin 1908. In-8, 16 p., avec IS^fig. 

M. Franz Pellati, qui prépare un important ouvrage sur l'architecture féodale 
de l'Italie, vient de consacrer aux tours du Haut-Montferrat une brochure où 
il condense des observations curieuses et précises. L'auteur étudie la tour de 
San Giorgio Scarampi, celle de Merana, le clocher de l'église de Cortemilia, 
celui de la cathédrale d'Acqui, celui de l'abbaye de S. Giulia a Monaslero Bor- 
mida, la tour de Roccaverano. Parmi ces irours, les unes étaient des sortes de 
donjons ou de forteresses ; d'autres servaieut à des églises de clochers forti- 
fiés ; certaines enfin étaient de simples postes d'observation. La plus impor- 
tante est celle de San Giorgio Scarampi qui ne mesure pas moins de 10°°,50 de 
large à la base. De forme carrée, elle était divisée en six étages éclairés chacun 



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BIBLIOGRAPHIE 321 

par une seule embrasure; les trois étages supérieurs, réservés à la garnison, 
étaient voûtés, ainsi que la chambre inférieure qui servait de dépôt de vivres. 
Les deux autres étages intermédiaires étaient couverts d*un plancher de bois. 
Contrairement aux usages de la contrée, les diverses parties de cet édifice 
communiquaient entre elles non par un escalier, mais par des trappes pra- 
tiquées dans les voûtes et dans les plafonds. L'entrée se trouvait au nord-est- 
nord du côté le plus escarpé, vers Bubbio et le cours de la BormiHa. 
Cette tour était surmontée d^uoe terrasse dont la corniche extérieure, en partie 
conservée, était formée d'une triple série « d*arcs lombards » posés sur des 
consoles arrondies. 

Les autres tours élevées à la même époque, au xn* siècle, étaient aussi de 
forme carrée. Le xiii" siècle vit s'élever une fouie de tours rondes attestant 
un progrès sérieux dans l'art de la défense, comme celle de Boccaverano. Mais 
la forme rectangulaire fut encore adoptée à cette époque par les constructeurs 
ecclésiastiques; quant à Tarchitecture féodale, elle ne l'employa que pour les 
postes d'observation du genre de la tour de Merana, caractérisée par l'exiguïté 
de ses embrasures et l'alternance de ses voûtes et de ses planchers. On ne 
rencontre dans cette région ni la forme octogonale, comme à Gonegliano 
d'Alba, ni la forme semi-circulaire comme à Varese Ligure ou à Sagliano di 
Crenna, ni la forme de polygone irrégulier, comme à Saint-Christophe; ni 
enfin la forme d'éperon employée par les constructeurs de la belle tour de 
Caslel Govone, une merveille de l'architecture féodale italienne. — Il est à 
remarquer que cette contrée est restée fidèle très longtemps aux traditions de 
l'époque romane, bien qu'on y trouve quelques constructions gothiques im- 
portantes : ainsi la belle voûte d'ogives du ch&teau de Ponti, la reconstruc- 
tion delà cathédrale d'Acqui, l'intérieurde l'église de S. Giovantii u in Boccave- 
rano ». De plus, l'auteur insiste sur l'influence exercée par l'art de la Provence, 
déjà signalée par Dartein et plus récemment par Venturi au t. III de son Histoire 
de l'Art, influence qu'il mentionne en môme temps que les rapports de Tarchi- 
tecture lombarde et de l'architecture germanique. Cette influence se manifeste 
dans la décoration et aussi, comme à Vezzolano, dans la construction. Cette 
contrée est restée très ouverte aux influences provençales, alors qu'elle fut 
fermée aux influences gothiques de l'école bourguignonne et de l'école cister- 
cienne dont s'inspiraient les constructeurs de toute l'Italie. 

Louis Caillet. 

G. Arnaud d'Aonbl. Les Comptes du roi René, publiés d'après les origiaaux 
inédits conservés aux Archives des Bouches-du-Rhône. Tome 1, Paris, 1908. 
In-8, xxvHi-409 p. 

En 1873, Lecoy de la Marche a publié, d'après les originaux conservés aux 
Archives Nationales, des Extraits des Comptes et Mémoriaux du roi René, qui 
sont une mine précieuse de reoseigncuents pour l'histoire de l'art au iv® siècle. 
Mais cette excellente publication, comme l'indique une rubrique accompagnant 
le texte, ne contient pas l'analyse des pièces conservées jadis aux Archives de 
la Chambre des Comptes d'Aix. Or, le roi Bené ayant gouverné aussi la Pro- 



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322 BEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

vence, les documents de ce fonds qui le concernent sont extrêmement nombreux 
et du plus haut intérêt. Un érudit déjà connu, l'abbé Arnaud d'Agnel, vient 
d'en commencer l'édition ou plutôt l'analyse. Son premier volume, paru en 
1908, contient une savante introduction et le dépouillement de pins de 1.300 
de ces actes (exactement 1.333), qui sont tirés pour la plupart des Comptes du 
roi de Sicile, de ceux de la reine Jeanne de Laval et du duc de Caiabre, con- 
servés aujourd'hui à Marseille, aux Archives des Bouches-du -Rhône. Au lieu 
de les grouper par ordre chronologique, le savant éditeur les a distribués par 
matières, suivant, autant que possible. Tordre des dates à Tintérieur des divers 
paragraphes correspondant à des villes où à des sujets différents. 

Ce premier volume est divisé en trois chapitre; intitulés : Bâtiments et 
domaines d'Anjou; édifices de Provence; objets d'art. Le premier (p. 1-14), 
qui est insignifiant, donne divers renseignements sur le château d'Angers. Le 
second (p. 14-181) contient de nombreuses pièces relatives à Aix, à Avignon, 
à Marseille, à Peyrolles, à Tarascon, à Gardanne. A la fin de ce chapitre se 
trouvent des documents très curieux sur la ménagerie et l'oisellerie du roi 
René, ainsi que sur ses voyages en bateau. La 3* partie (181-401) suffit à 
nous donner une idée des goûts artistiques du roi René. Peinture, enluminure, 
sculpture, livres, tapisserie, broderie, orfèvrerie, armures, verrerie, rien n'a 
été négligé par lui : il donnait ses soins aussi bien à Tornementation de ses 
ouvrages qu'à la décoration de sa maison et à la fabrication de ses armes 
quant à sa ménagerie, elle se composait surtout d'oiseaux : on y voit cependant 
mentionnés un chameau, un éléphant, et une autre bête « appelée le tigre », 
ainsi que deux lions En ce qui concerne les livres, nous voyons qu'il avait des 
bréviaires, une Vie de saint Honorât, la légende des Saints nouveaux, les 
Fables d'Ésope, etc. Au surplus, nous renvoyons le lecteur curieux de plus de 
détails au livre lui-même. Ils abondent dans ces 1.333 pièces écrites pour la 
plupart en langue vulgaire, quelques-unes en latin. 

L'annotation est excellente et nous félicitons l'auteur de n'avoir présenté sea 
conjectures, même les plus vraisemblables, que comme des hypothèses. S'il 
nous était permis d'émettre un vœu, nous demanderions qu'à la fin du volume 
suivant, consacré au costume, aux équipages, aux meubles, à la vie et aux 
mœurs, l'éditeur ait soin de placer une table ou plutôt plusieurs tables détail- 
lées. Ces sortes d'ouvrages ne rendent véritablement de services qu'à la condi- 
tion d'être pourvus d'index minutieusement établis. Nous souhaiterions d'y 
trouver : 1^ une table chronologique des pièces, indiquant les dates seulement; 
20 une table des noms de personnes ; 3° une table des noms de lieux ; 4** une 
table alptiabétique explicative des matières; 5* une table méthodique des matières, 
reproduisant l'ordre des chapitres et des paragraphes. — Si elles doivent for- 
mer un ensemble trop considérable, rien n'empêche l'auteur d'en (aire l'objet 
d'une brochure séparée. Un pareil travail doublerait la valeur de l'ouvrage. 

Louis Caillet. 

G. BiADBQo. Pisanus Pictor. (Extr. des Alli delreale Insiilulo Veneio di scienze, 
ieltere ed arti, 1907-1908, 2® partie, p. 837-59). ln-8, 23 p. 
Sous ce titre, M. Giuseppe Biadego vient de publier une brochure qui bou- 



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BIBLIOGRAPHIE 323 

leverse tout ce que Ton croyait savoir sur la ebronologie et le nom du célèbre 
peintre Fisaneilo. Jusqu'ici, on admettait qu'il se nommait Vittor Pisanell*», 
qu'il était né en 1380 et qu'il était mort après 1450, en 1451 suiv&ot les uns, en 
1455 suivant les autres. Or, ce sont là autant d'erreurs (la date de sa mort 
exceptée). Le grand peintre vénitien se nommait en réalité Antonio Pisano ; il 
Daquit à Vérone en 1397 et mourut au mois d'octobre 1455. C'est ce que nous 
apprend M. Biadego par des documents irréfutables, tin ce qui concerne la 
forme de son nom, il n'y a pas le moindre doute : il a signé Pisanus dans la 
seule lettre autographe que nous possédions de lui (28 juin 1431), qui est écrite 
& Philippe Marie Visconti. Deux de ses tableaux authentiques, conservés l'un 
à Londres, l'autre à Vérone, portent le nom de Pisano, C'est sous ce nom, 
d'ailleurs, que le désignaient ses contemporains. La forme Pisanello se trouve 
cependant dans un saul conduit d'Eugène IV, du 26 juillet 1432, et dans un 
privilège d'Alphonse I", de 1449. On peut admettre que ce diminutif était la 
forme familière de son nom. 

Quanta son prénom et à la date de sa naissance, nous les connaissons main- 
tenant par un document des Archives de Vérone de 1433, découvert par l'au- 
teur et qui est à vrai dire la raison d'être de sa brochure. Nous le transcrivons 
en entier : 

Dona Isabella uxor condam Filipi de Hostilia, 70 ann. 

Antonius Pisanus pictor ejus fiiius 36 ann. 

Camila ejus filia â ann. 

Jf.'kannes ejusfamulus 44 ann. 

Rieha ejus famula 45 ann, 

Antonius pictor [dicta») pisanus, celte loruie se trouve encore dans un docu- 
ment du 21 novembre 1442: c'est avec raison que M. Biadego, combinant ces 
deux pièces avec d'autres, restitue au célèbre peintre italien son véritable nom 
et nous renseigne sur sa famille. 

Sa mère se nommait Isabella (di Nicola), et son père, Bartolomeo da Pisa (c'était 
un drapier, fils d'Enrico Pisano). Il avait une sœur nommée Bona, mariée à 
Bartolomeo dalla Levata, et une fille de 4 ans appelée Camilla. La date de sa 
naissance est suffisamment attestée par ce document qui lui donne 36 ans 
en 1433 : notre artiste est donc né en 1397, et non en 1380, comme on l'a 
répété par erreur jusqu'ici. Quant à celle de sa mort, M. B., par l'ingénieux 
rapprochement de deux textes, établit qu'elle doit être placée en octobre 4433. 
Si nous consulions, en eiïet, le testament de Bartolomeo délia Levata, du 
14 juillet 1455, nous voyons qu'à cette date Pisano et feue sa mère lui devaient 
encore diverses sommes empruntées depuis le 16 novembre 1434 usqut inpre^ 
senttm diem, ce qui le suppose encore en vie à celte date. En second lieu, 
nous apprenons par une lettre de Charles de Médicis à Jean de Méiicis, écrite 
de Rome le 31 octobre 1455, qu'à. cette date il était déjà mort: la avevoa questi 
di comprate circha di 30 medaglie di arientOt multo buone da uno garzone 
del Pisanello che mori a questi di, 

À la fin de ce travail se trouvent cinq pièces justificatives écrites en latin 
(pour la plus grande partie). Ce sont des documents de 1438 et de i442; les 



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324 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

deux plus intéressants sont le testament d*Isabelle et celui de Bartolomeo dalla 
Lavata. 

Nous ne terminerons pas ce compte rendu sans rappeler, comme *ra déjà fait 
à TAcadémie des Inscriptions M. Salomon Reinach, que la découverte de la 
date exacte de la naissance de Pisano autorise à penser que Tauteur des Belles 
Heures du duc de Berri, conservées à Gbantilly, a inspiré le peintre italien au 
lieu d'avoir été inspiré par lui. Les ressemblances des deux œuvres avaient été 
notées, et M. Durrieu penchait pour l'imitation de Tœuvre française par le 
peintre italien; la découverte de iM. Biadego confirme cette tbése. 

Louis Gaillbt. 

Dr CuAUMB, de la Société historique du Périgord. Le Trajectus de la Dordogne. 
— Périgueux, 1908, in-S*», 33 p. et 4 pi. 

Où se trouve au juste. le Trajectus indiqué dans l'Itinéraire d*Antonia 
comme lieu de passage de la Dordogne sur la route Bordeaux-Argenton, entre 
Agen et Périgueux? Les uns Tont placé à Pontours, d'autres à Mouleydier» 
d'autres à Couze. Voici qu'un érudit du pays, grâce à des informations habile- 
ment recueillies, a su fouiller au bon endroit; il a retrouvé dans le lit de la 
Dordogne, à Pontours près de la Linde, le gué pavé des Romains ou du moins 
les vestiges de ce curieux travail récemment détruit par les pêcheurs. Le 
D' Chaume reconstitue, avec des croquis explicatifs, et la rampe qui donnait 
accès dans la rivière, et la charpente de bois large de 2 m. posée sur le fond, 
et le conglomérat d'argile et de galets qu'on y avait tassé. La découverte d'un 
gué pavé est une rare fortune; de plus, que Drayaux, qui est à quelques hec- 
tomètres de là, retienne ou non le souvenir de Travectum*, la position du Tra- 
jectus de l'Itinéraire est désormais fixée. Notre auteur explique en même temps 
pourquoi, à son avis, aucun endroit ne pouvait être mieux choisi pour passer 
la rivière à gué. 

Le D^ Chaume ne s'en tient pas là. Il identifie le Diolindum de la table de 
Peutinger avec la Linde et avec le Trajectus de l'Itinéraire ; cette opinion n'est 
pas nouvelle, mais les fouilles du D^ Chaume y apportent un regain d'actualité. 
Si Diolindum s'est substitué à Trajectus dans les textes, c'est, dit>il, que le 
Trajectus, gué en été, bac en hiver, avait été remplacé par un pont près de la 
Linde, lequel a d'ailleurs laissé son nom au village de Pontours. 

Non content des avantages que lui donne sa connaissance des lieux, le 
D' Chaume recherche dans les auteurs anciens les moindres traces du genre 
de construction dont il vient de nous entretenir. Leur laconisme à ce sujet est 
désespérant; encore ne faut-il pas méconnaître leurs allusions de rencontre. 
C'est ainsi que ce passage de Tacite {Annales^ I, 56) : « Germanicus expeditum 
exercitum in Chaltos rapit, Lucio Apronio ad munitiones viarum et fluminuai 
relicto » ne devrait pas se traduire, comme on Ta fait jusqu'ici, « Germanicus avait 
laissé Apronius pour travailler aux digues et aux chemins », mais « il laissa 
Aproniuspour empierrer les routes et le passage des cours d'eau ». Celle hypo- 

l. C'est très possible; mais pourquoi £>ra^acum au moyen- âge? 



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BIBLIOGRAPHIE 325 

thèse mérite d'être prise en sérieuse considération par les latinistes. I«a dis- 
sertation archéologique et géographique du D' Chaume se double par là d'un 
petit intérêt philologique qui n'est pas négligeable*. 

A. DiEUDONNÉ. 

Publications of the Princdton Univarsity. Archaeologioal Expédition to 8yria 
in 1904-1905. — Division II : Ancient Architecture in SyriOy by Howard 
Crosby Botlbr. Section A. Southern Syria. Part l. Ammonilis. 6r. 4«, zii-62 p , 
avecSpl. et 42 ill. — Section B. Northern Syria. Part 1. The *Alâ and Ka§r ibn 
Wardân. Gr. 4», iv-46 p., avec 7 pi. et 40 ill. Leyden, Late E. J. Brill. 1908. 
Prix total du i*' fasc. des Divisions 11 et III, 31 fr. 50. 

Au cours de son long Survey (13 oct. i^Oi-U^ mars 1905) dans le IjLaurân et 
le Nord de la Syrie, la mission de Princeton Universily s'est donné la tâche 
de compléter les recherches de G. Rey, du C'"de Vogué, de Laborde et de 
l'Expédition archéologique américaine de 1899-1900. Détournant leur attention 
des monuments déjà bien connus et suffisamment publiés, les savants explora- 
teurs se sont attachés surtout à ceux qui avaient été peu étudiés, comme à ceux 
qui n'avaient pas encore été Tobjet de relevés scientifiques. M. Butler était tout 
désigné pour cette tâche et l'on retrouve dans ce nouvel ouvrage les qualités 
tout â la fois sérieuses et brillantes qui ont fait le succès de sa première publi- 
cation sur Tarchitecture syrienne. 

L*ouvrago complet embrassera, outre les ruines d^Arâ^L il-Emîr, *Ammân, 
Bosra, Umm idj-djimâl, Si", qui seront Tobjet d'une étude tout â fait 
approfondie, la description plus ou moins complète de 2 pyramides â degrés, 

11 temples, 87 églises, 12 couvents, 52 maisons, 8 villas, 2 palafs, 16 tours, 

12 tombes, 3 étables, 9 forteresses ou camps, 4 ponts et 2 mosquées. L'ordre 
suivi est l'ordre géographique ; de là deux sections correspondant au double 
champ de recherches de l'expédition, Qaurân et Syrie du Nord. 

La première partie de la section A {Southern Syria) comprend deux mor- 
ceaux de résistance : *Arâl^ il-Emtr et 'Amman. Reprenant et complétant les 
études des de Vogué, de Saulcy, Conder, M. B. consacre une description des 
plus minutieuses (p. 1-25) aux ruines d'^Arâl^ il-Emir (=:Tyros), dont la 
principale, Kasr il-*Abd, représente tout ce qui reste de l'imposante construction 
attribuée à Hyrcan sur la foi de Josèphe. Temple ou palais? M. B. déclare 
franchement que, tant qu'on n'y aura pas pratiqué de fouilles plus sérieuses 
que les quelques sondages qu'il a pu y tenter, on ne pourra pas déterminer 
avec certitude la nature précise de ces ruines. Peut-être cependant seraient- 
elles les restes d'un temple construit environ un siècle avant Hyrcan et, dans 
cette hypothèse, la tradition recueillie par Josèphe serait inexacte ; en tout 
cas, l'influence ptolémaîque ou plutôt hellénistique est évidente (p. 18). — 
A*Ammân, par contre, tout est romain, à la réserve peut-être de quelques parties 
des remparts de l'acropole, qui semblent un peu plus anciennes. Ayant examiné 
personnellement les ruines, j'ai pu constater avec plaisir que M. B. décrit 

1. J'aime moins les recherches sur l'étymologie de Diolindum qui est rap- 
proché de Lindus (de l'ile de Rhodes)! 



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326 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

avec beaucoup d'exactitude (p. 34-62) lets monuments encore subsistants : 
murailles, temple de l'acropole, propylées, colonnades, tbé&tre, odéon, nym- 
phaeum. Ce dernier nom est attribué par B. aux énormes ruines où Ton recon- 
naissait des thermes, un palais ou une basilique ; il en donne une séduisante 
restitution. 

Dans la portion de la Syrie du Nord que couvre ce premier fascicule 
(Section B. Northern Syria. Part. 1. The *Alâ and Ka§r ibn Wardàn), les explo- 
rateurs américains n'avaient eu que très peu de devanciers (v Oppenneim, 
Oestrup, Hartmann); tout est donc à peu près inédit dans les nombreux 
monuments d'architecture religieuse, civile, militaire, domestique et funéraire 
qu'ils ont relevés dans 19 localités. Un temple représente seul l'élément païen ; 
toutes les autres ruines sont chrétiennes el presque toutes celles qui sont 
datées — églises, tours, couvents, maisons — sont de la fin du vi* siècle. 
Toutes ces ruines, par ailleurs, sont de proportions réduites, sauf celles de Kasr 
ibn Ward&n (561 et 56i J.-G.) qui forment un des plus imposants groupes de 
constructions de la Syrie du Nord. Il y a là les restes d'une église quadraa- 
gulaire à trois nefs, surmontée d'un dôme ; ceux d'un grand palais à coupoles et 
d'un castrum pouvant contenir 1.000 h. et 200 chevaux, La structuie, les 
matériaux (basalte, calcaire, briques, marbres, mosaïques et stucs), les pro- 
cédés de construction (arc brisé), les détails de l'ornementation (chapiteaux) 
différencient profondément ces monuments de ceux qui les entourent dans cette 
région de la Syrie et rappellent par contre e très près les constructions coa- 
temporaioes de Justinien sur le Bosphore. Tout semble donc concourir à démon - 
trer (contre l'hypothèse de Strzygowski) que ces édifices forment un groupe à 
part, probablement une résidence impériale, bâtie sous l'influence directe d'ar- 
chitectes byzantins; M. B. prononce môme le nom d'isodoros, le neveu d'un 
des architectes de Sainte-Sophie. 

Ce beau travail, solide, précis et largement illustré, fait grand honneur à Ja 
jeune école archéologique américaine; c'est pour les studieux d'art byzantia 
un instrument de travail de premier ordre. L'impression et l'illustration, coa- 
6ées à la maison Brill, sont vraiment dignes de tout éloge. 

L. Jalabbrt. 

Publications of the Princeton University. Archaeological Expeditionto Syria ia 
1904-1905. — Division IN : Greek and Latin InscHptions, by Enmo LiTr^ANiv 
and WiLLTAM Kblly Prbmticb. Section A. Southern Syria. Part l. Ammonitis. Gr.4«» 
iv-20 pages, avec 19 ill. — Section B. Northern Syria. Part l. The 'Alà and K»sr 
ibn Wardân. Gr. 4«, iv 42 pages, avec 54 iU. Leyden, Late É. J. Brill. 1908. 

Le butin épigraphique de l'expédition ne compte pas moins de 1.200 inscrip- 
tions grecques et latines. MM. Prenlice et Littmann se sont partagé la publi- 
cation de cette riche récolte, en se conformant à la division déjà adoptée dans 
la partie archéologique (Division II) : M. Prentice s'est réservé les textes de la 
Haute Syrie qui appartiennent à la môme famille que ceux déjà relevés dans 
son premier voyage dans le nord de la Syrie ; à M. Littmann revient le soin 
d'éditer ceux que l'expédition a srecueillis dans le Qauràn et les régions voisine 



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BIBLIOGRAPHIE 327 

(no>~l à 806) : s*il n'est pas épigraphiste de profession comme son collègue, du 
moins sa compétence de sémitisantle servira beureusemeot dans Tétude de ces 
textes où les noms orientaux sont nombreux. Pour éviter les retards inhérents 
à toute publication de ce genre, les éditeurs se sont décidés à distribuer en 
fascicules les matériaux de leur publication : la première section comprendra 
7 parties {Ammonitis, Southern Haurân, Umm idj-Djimâl, Bosra^ Dj. IJaurân, 
S{\ Haurân plain and Ledjd) et la seconde 6 (The 'AW and Kasr ibn-Wardân, 
Andêrin-Keirâtîn'Ma'râlâ, Dj, Rîhâ, Dj, Bdrishâ, Dj. SimUtn, Dj Halakah 
and Dj. il-Wastân(). Le premier fascicule double qui vient de paraîlre ren- 
ferme la première partie des deux sections et contient 16 inscriptions, recueillies 
dans la région d**Ammân et Gérasa (n»» 1-16) et 101 textes (n»» 807-908) pro- 
venant du massif el-*Alâ, — haut plateau qui s'étend à Test de Hamâ, à 
partir de Selemîyeh, sur une longueur de 25 milles, — et de Kasr ibn Wardân 
plus au nord encore. 

Dans la première partie, l'inédit est représenté par quelques fragments seu- 
lement (no* 6, 7, 8, 12 à 16); les autres textes ont déjà été publiés ancien- 
nement, ou Tont été Tannée qui suivit le passage de la caravane américaine. Les 
notes de Liltmann, bien que succinctes, sont généralement très bonnes. 

Je me contenterai de signaler quelques détails : p. iv, à propos du culte 
d*Héraklèsà *Ammân, il fallait citer Rec. d'Archéol, orient., VII, p. 147-155 et 
VIII, p. 121-125 ; — n« 1, Herculeus (Liltmann), la Rev, BibL, donne claire- 
ment Heraclitus ; la lecture Solvedi[enu}S ( = Salvidienus) n'est pas certaine : 
le S appartient à la finale du gentilice qui précédait; — n» 2, j'ai revu le 
texte, en août 1905 : la moitié supérieure du cippe avait déjà disparu ; la note 
sur le cursus de L. Aemilius Carus n'est ni complète ni tout à fait exacte : un 
simple renvoi à la Prosopographia serait préférable ; — n« 3, Tancieu nom 
d'Hiérapolis est Baiiêuxiri, non pas Bo|i.6r3xYj ; sur l'ethnique Mapiêoyatoc (non 
Mav6oraïoç), cf. Mélanges de la Fac. orient, de Beyrouth, II, p. 290, n. 1 et 2 ; — 
n» 4, bibliogr. écourtée, ajouter Am. Journal ofPhiLy VI p. 191-2; Revue Bi- 
blique, 1895, p. 587 ; Année épigr., 1895, n» 179 ; Inacr, graecae ad res rom„ III, 
1378 ; ayant examiné l'inscription avec soin, je ne crois guère à la lecture 
•PouixlOtov ; — n° 5, ajouter à la bibliogr. non seulement le nom de Buckingham 
(p. iv), mais encore ceux de Conder {Pal. Expl. Pund, 1882, p. 107), Allen 
(Am. Journal of Phil., Vï, p. 191), S. Merrill (East of the Jordan, p. 265), 
Germer-Durand [Rev. Bibl., 1895, p. 587) ; le P. Germer-Durand a vu un de ces 
tambours qui porte, au-dessous de ACûC€OC, le numéro TTZ ; — n» 6, 
KOKKITTOY doit se lire Koxx(yjOou ; l'interprétation chrétienne de la finale 
est inadmissible. 

La grande majorité des textes publiés par M. Prentice sont inédits (19 seu- 
lement étaient déjà connus) ; malheureusement beaucoup sont très fragmen- 
taires. L'intérêt de ces textes, à peu près exclusivement chrétiens et dont la 
plupart datent du vi» siècle (40 inscr. datées sont réparties entre 363 et 605 
J.-C.)) vient surtout de leur connexion avec les monuments qu'ils datent et 
aussi de ce qu'ils nous renseignent sur l'importance et la vitalité des commu- 
nautés chrétiennes qui occupaient cette partie de la Haute Syrie et y multipliaient 



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3 28 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

les constructions de basalte, rudement taillées, mais dont presque aucune n*est 
dépourvue dMnscriplions, de monogrammes, de symboles religieux. Les inscrip- 
tions bien souvent se réduisent à'un nom propre, une date ou une maxime 
pieuse ; les doxologies y sont assez fréquentes, comme aussi les textes scriplu- 
raires. Je signale notamment: Ps. 792 (n»» 830-:U), 83*1 (838). 99* (842). 
11719 (84i;, 11720 (822, 826, 907), 1208 (816); Cant. canlic. 4*.».*. 7 (839), 
5* (8i0); Isaïe 63 (856, 859, 895) ; I Cor. i03i (908); Rom. 83» (905); Hebr. 
132 (832). 

Les lectures et les interprétations de M. P. sont irréprochables et dénotent, 
avec beaucoup de perspicacité, une connaissance peu commune des textes 
difficiles de ces régions. 

Quelques remarques : pourquoi ne pas attribuer à Deissmann {PhilologuSf 
191^5, p. 475-8) la restitution des n- 830, 839, 842, 9*38 ? Je ne vois non plus 
nulle part la mention des rectifications apportées par M. Clermont-Qanneau 
(Rec. (TArchéol, o.ient.y VII, p. 217 seqq.) à quelques-uns des textes de 
Lucas, repris par M. Prenlice ; — n© 819, 2aXapLavic = 2aXaïi.avri;, on pourrait 
encore citer la variante SaXajxavtoç [Rev, Bi6/., 1902, p. 595); — n« 834, 
çp = itpeaoutépo-j me paraît très hasardé; — n© 850, je préférerais Bé(<T)(TMvo; à 
BÉEffCDvoc ; — n© 877, MvT^aOr.Ti, K(ijpi)€, toîç xap7coçopé<xa<jiv a déjà des ana- 
logues à Madaba (Rtv. Bibl,^ I, p. 641) et à Dana (Izviestiia deTInst. archéol. 
russe de Conslantinople, Vil, p. 198): — n» 885, TTHAEZEI me semble 
devoir donner {t)r^ XlÇEi(cf. Mélanges de Beyrouth, II, p. 298); lire xoopatTopa et 
non pas xupdTopa. 

L. Jalakert. 



Hbl^hi Loriqubt. Le beffroi de Rouen avant la sédition de UHarelle, Rouen, 1906. 
ln-8, 23 pages et 1 pi. hors texte. 

M. H. Loriquet vient d'apporter, dans la discussion pendante sur l'origine de 
la tour Saint-Romain à la cathédrale de Rouen, un argument absolument 
nouveau. D'après lui, cette tour ne serait autre que le premier beffroi communal 
de Rouen et le premier lieu de réunion du conseil des échevins. L'auteur s'ap- 
puie sur un texte de William de Newborough d'où il appert que, le jour de la 
Saint- Laurent, 1174, la ville étant assiégée par Louis VII, le signal d'alarme 
fut donné par des clercs qui se reposaient dans une tour d'église où se trouvait 
la cloche La Rouvel. Cette tour d'église abritant une cloche civile, était elle 
celle de la cathédrale? M. Loriquet croit pouvoir l'aHirmer en s'appuyant sur 
les caractères très particuliers du munuement : son allure défensive du côté de 
la ville, tandis qu'il s'ouvre et s'éclaire sur la cour. La fondation de la commune 
de Rouen aurait fourni aux Rouennais l'occasion d'édifier à côté de leur cathé- 
drale, mais en étroite connexion avec elle, une tour qui eût servi de befTroi 
jusqu'à la construction de celui de 1386. A Nîmes et en maint autre lieu au uioyea 
âge, ou vit ainsi l'église abriter la cloche communale. 

Louise PiLLioN. 



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BIBLIOGRAPHIE 329 

Aduifo Vkrturi. Storia deir arte Italiana. Vol. V. La Pittura del Tracento e le 
soeorigini. Milan, HoepH, 1907. Iii-4o, xzi-1903 pages, avec 818 figures dans 
le texte. 

M. Venturi mérite toute la reconnaissance des travailleurs pour avoir entre- 
pris et pour conduire avec tant de vaillance cette œuvre immense qu'est une 
histoire générale de l'art italien. Les quatre volumes précédents, qui se sont 
succédé dans un délai très court, traitaient des débuts de Part chrétien, de 
Tépoque barbare, de l'époque romane, de la sculpture du xiv« siècle. L'auteur 
mène chacune de ces enquêtes avec une abondance d'informations, une acuité 
de sens critique, une chaleur communicative qui font oublier ce que certaines 
hypothèses ont parfois d'arbitraire, et Tillustration très riche de ces livres con- 
tribue encore à en faire d'indispensables instruments de travail. C'est aujour- 
d'hui de la peinture du xiv* siècle qu'il s'agit et Giotto apparaît au centre de 
l'étude, à la fois comme un aboutissant et comme un point de départ. Ce mo- 
ment de l'histoire de l'art vient d'être, en France, l'objet de deux travaux impor- 
tants. On a parlé récemment ici même du Giotio de M. Bayet. Je voudrais, 
pour ma part, comparer sur quelques points, les conclusions de M. Venturi 
avec celles que M. Pératé formulait, simultanément, dans le t. II (première et 
seconde parties, 1907), de r Histoire de Vart publiée sous la direction de 
M. André Michel. Disposant d'un espace beaucoup plus restreint, M. Pératé a 
su n'omettre rien d'essentiel et son étude est un modèle de belle tenue litté- 
raire et de saine critique. 

Sur la question des origines de Giotto, sur le rôle de Cimabué et de Caval- 
lini, nos deux auteurs concordent à peu près complètement. Notons cependant 
que M. Venturi attribue à Cavallini, appelé à Naples en 1308, les peintures de 
Santa-Maria di Donna Regina, ces fresques données jadis par M. Bertaux à 
récole siennoise et où M. Pératé, qui leur assigne une date plus tardive que 
M. Venturi. ne voit qu'une influence, rapidement éliminée, du mattre romain. 
En revanche, M. Pératé inclinerait « avec quelques bons juges » à reconnaître 
Cavallini dans le peintre de la Sainte Cécile des OfQces que M. Venturi croit être 
un élève de Giotto : Buffalmacco. — Giotto lui-même entré en scène et devenu 
un maître, quelle part convient-il de (aire, dans les œuvres qui lui sont le plus 
coonmunément attribuées, à des collaborateurs qui durent être nombreux et dont 
quelques-uns, certainement, sortirent du rang des simples manœuvres? C'est 
ici que l'auteur italien va très loin : le partage qu'il fait entre trois ou quatre 
mains différentes des peintures de VArena^ notamment, sera fort discuté et Ton 
savait déjà, par un article publié dans VArte en 1906, qu'il essayerait de retirer 
au maître, non seulement l'exécution, mais la conception même des voûtes du 
chœur de l'église basse d'Assise. M. Pératé se refuse à le suivre jusque là en 
l'absence de toute preuve, à inventer un autre Giotto, « un artiste capable de ré- 
sumer tous ses dons en les animant d'une vie nouvelle sous l'inspiration francis« 
caine)». Parmi les victimes de M. Venturi figure le Saint François du Louvre, 
naguère brillamment détendu par M. Schubring (Zeitschriftfûr christliche KunsU 
1901) et à qui M. Pératé laisserait volontiers, sur la foi de Vasari, l'attribution 
traditionnelle. Plus heureuse est la Mort de la Vierge du musée Condé où M. Ven- 

IV« SÉHIE, T. XII. 22 



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330 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

turi voit Tœuvre de Giotto, aidé d'un élève. Une telle collaboration est-elle vrai- 
semblable pour un si petit tableau? En ce qui concerne les dates, M. Venturi 
place vers 1320, malgré le témoignage de Ghiberti, la tavola de Saint-Pierre et 
rejette également jusqu'aux dernières années de la vie de Giotto la décoration 
de la chapelle du Podestat, placée par M. Pératè en novembre 1301. — Arrivant 
à Andréa Orcagna, M. Venturi ne lui laisse que le tableau d*autel de la chapelle 
Strozzi, tandis que toutes les fresques seraient dues à son frère Nardo. Il semble 
suffisant à M. Pératé d'attribuer à. celui-ci, comme Vasari nous y incite, la pein- 
ture de l'Enfer. — Plus intéressante et d'une portée plus générale est la ques- 
tion des fresques du Triomphe de la mort, du Jugement, de la Vie des ana- 
chorètes au Campo-santo de Pise. M. Pératé, sacrifiant ici à un honorable 
scrupule ses chères amitiés siennoises et suivant Topinion naguère émise par 
M. Supino, y voit Tœuvre du Pisan Traini, élève probable d'Orcagna, tandis 
que M. Venturi reconnaît, dans ces trois fresques, la main d'un élève de Luren- 
zetti. L'espace me manque pour pousser plus loin ces intéressantes confronta- 
tions. Notons, au passage, dans le relevé fait par M. Venturi de ce qui sub- 
siste de peinture du xiv* siècle en Italie, les fresques de la salie capilulaire du 
couvent des dominicains à Trévise par ce Thomas de Modène qui fut au ser- 
vice de l'empereur Charles IV à Prague. Il y a là des figures de moines et de 
clercs lisant, écrivant, d'un caractère aigu et qui, à ce moment de l'art, ne 
semble pas purement Italien. Tommaso da Mutina aurait-il reçu, en Bohème, 
autant ou plus qu'il n'a donné? M. Venturi le croit. La question serait fort inté- 
ressante à suivre de près en comparant aux peintures de Trévise les demi- 
figures d'évêques et de docteurs attribuées à Tbéodoric de Prague et qui^ 
comme uue tapisserie serrée, décorent les murailles de la chapelle de la Croix au 
ch&teau de Karlstein. 

Louise PiLLiON. 

A. de Mortillet. Classification palethnologique. Paris, Schleicher 1908. 
In-12, 15 pi. avec texte. — Les bons dessins réunis sur les planches de ce 
petit volume reproduisent des objets typiques de l'industrie en Gaule, depuis 
les temps les plus anciens jusqu'à l'époque de Charlemagne. La plupart sont 
empruntés au Musée préhistorique ^ qui a également fourni les éléments du 
texte. C'est ainsi que les silex de Thenay sont encore figurés comme des arte- 
factat que Tàge de bronze est appelé période tziganienne, que l'époque gallo- 
romaine est divisée en lugdunien et en chdmpdolien. Quoi qu'on pense de ces 
désignations, proposées jadis par Gabriel de Mortillet, ce petit manuel sera utile 
aux collectionneurs et povrrait être répandu avec avantage dans les écoles pri- 
maires. 

S. R. 



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RËVDE DES PUBLICATIONS ÉPIGRAPBIQDES 

RELATIVES A L'ANTIQUITÉ ROMAINE 



Mars-Juin. 



1» PÉRIODIQUES 



American Journal of archaeo- 
LOGY, 1908. 

P. 39 et suiv. G. N. Olcolt. 
Inscriptions d'Italie. 

P. 39. APréneste. 
38) FORTV nae 

primigE N l A E • s acrum 

VILLIVS-P 
VAG • NAVA/ium 

ex voTO • swscepto 

L ' M 
D • D • D 

L. 6 : l{ibens) m(erito) d(edit) 
d{e)d{icatnt). 

P. 4o. Rome. Sur une amphore 
trouvée en dehors de la porte 
S. Lorenzo. Fac-similé. Lecture 
certaine. 

39) Q.-IVNIVS 

BLASIVS- SER 

CVBVCILARIVS 

SER EGO • HERMEROS 

COMPOPILARIVS 

L. 4 : [ff]er{es) egol; 1. 5 : corn- 
popitariusy sens obscur. 



P. 42. Entre la porte Pinciana 

et la porte Salaria. 

40) 

POLLIA-C->.L 
VRBANA • ORNAT • DE 
AEMILIANIS • OLLAS • II 
M • CALIDIVS • M • L • TOSOR 
APOLONI • DE AEMILIANIS 

L. 1 : C{aii) (et) m{ulieris) l{iberta). 

P. 45. Même endroit. 
41) W • OBELLIVS 

ACASTVS 
AVRVF • DE • AVRELIN 

1. 3 : Auruf{ex). 

American Journal of philology, 
1907. 

P. 373. Minton Warren. Nou- 
vel essai d'interprétation de l'ins- 
cription du soi disant Tombeau de 
Romulus. 

P. 452. Harry Langford Wilson. 
Inscription sur une passoire ap- 
partenant à l'Université de Balti- 
more. L'objet viendrait de Cor- 
tona. 



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332 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



42) SACRO • MATRE • MVRSINA 

Date : au moins 200 av. J.-C. 

L'Antiquaire (Starinar) publié 
PAR LA Société archéologique 
Serbe, .1907. 

P. 22 et suiv. M. Vacitch. Ins- 
cription de Viminacium. 

43) P. 26. Briques de la lé- 
gion IIII Fiavia. 

Archaeologiai Ertesitô, 1906. 

P. 221 274. J. Hampel. Inscrip- 
tions et monuments figurés de Du- 
napentele {Intercisa), Fac-simile 
d'un certain nombre de textes 
déjà connus (cf. Ann. épigr., 1906, 
no8 107 et suiv.). 

P. 241. 

44) lONHERONI PRO SAL^ I 

D N se^EK^ alexandri 

NG CVLTOFES COLLEGIl 

Eivs "emplvm a solo 

5 EXTRVXERVNT CVRANTI 
BVS AVRFL et MESERI 
O PATRE 

L. 1 : J{ovi) 0[ptimo) M[aximo) 
Hei'oni pro salute /{mperatorîs), 

P. 321-330. G. Teglas. Sur le 
temple des divinités syriennes à 
Varhély (Sarmizegethusa)^ C. 7. 
L,, III, 7954 et 7955. 



Id. 



1907. 



P. 37-45. A. BOrzsOnyi. Inscrip- 
tions de Gyôr (Arrabona). 
P. 40. 



45) I o m 

AL A I ^L • C O 
îf • 00 c R CVl 
PRE- Q.-TER- IN 
GENVS • PRAE 

L. 23 : ala I Ulp[ia) contlario- 
rum) miliaria c{ivium) H{omano' 
rum)\ 1. 4 • pr{a]e[est), Ter[en' 
tius)\\. 5 : prae[fectus) . 

P. 41. 

46) P R O • S A L • l AP P • C iE 
SS • L • SEPT • SEVERI 
ET M AVR • AN T O N I îJ 
AVGG • SEPT GETAL • CiCS 

5 ET IVLIAE • AVG • M • C 
aLa i VLP-CON 
TARIOROO C-R-CI 

LTVS • CAIANVS 

PRAEF P • C • A • AVR 
10 GRACILIS • D • LEG • X • G 

L. 5 : m{alris) C(aesarum ; I. 9 : 
[p]raef[ectiLs) ; p{raefectx) c{uram) 
a[gens)', 1. 10 : c{entuno) leg^io- 
msj X G[eminaé). 

P. i3o-i4o. A. Hekler. A Var- 
hély, bas-relief portant l'image de 
divinités chtoniennes. 

Au-dessus du bas-relief : 

47) 

DITO • PATRI • ET • PROSERPI 
NAE SACR 

Au-dessous : 

C-VALZENO-DEC-ET II vk-eLVS 
L . M 

Dec[urio) et {duum)vir co{lo- 
niae). 



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49) 
Ibid. 

. . . . INA • CORN • AVÎEL lA 

FIL • ET • M A-ER • TITVLVM • P Ci V 

IT • CVîffE • AVRE • SAL 

AVG • COL • ACIV • 

L. 4 : Aug[ustaU) col(oniae) 
Aqu{inci). 

P. i47. 
50) I O M 

C CR ÎE 

DIBPEF 

V L M 

L. 2 et 3 : Comeli{us) benef[i' 
ciarius), 

P. i49. 

51) 

D-S-INVICTO-M 
ANT • VERANVS • PATER 
PIENTISSIMVS- S VO -IN ' LOCO • FEL • POS 

û{eo) S{oli) Jnvicto M[itkraé) 
Ant{pnxu$) Veranus pater pientis- 



333 

simus suo in loco fel{xciter) po- 
s{uit). 

P. i5o. Autre dédicace, presque 
identique. 



REVUE DES PUBLlCAirONS EPIGRAPHIQUES 

P. i4o-i5i. Ed. Mahter. Inscrip 
tians de Pannonie. Environs d'A- 
quincum. 

P. i45. 
48) SACRAE memoriae 

M MINICii 

IN HONorcm 
I o M 

... .MI 

DIGNI 

L. 4 : 1(ovis) 0{ptimi) M{aximi). 



P. i5o. 




62) 


D • S • 




IVL • DOLI 




ATVS ^ 




S-C • V- S- 




L- L- M 



L. 2 : Do[n] ; 1. 3 : s(trator) clon- 
sularis) v{otum) s{olvit). 

P. 189-191. F. Gabor. A Pilis- 
marot. Estampilles sur des briques 
romaines. Cf. CJ.L,^ III, p. 172- 
175. 

53) 

!*• LEG II AD 

Leg(io) Il Ad(iutrix). 

2° aADRIB 

Q{u)advib[urg%um), 

AusoNiA, 1907. 

P. 197 et suiv. Gantarelli. Les 
decemviri ex senatus consulto rei- 
publicae curandae au temps de 
Maximin. 

Bulletin de Gorrespo.ndance 
hellénique, 1902 (xxvi). 

p. 291 et suiv. Jamot. Inscrip- 
tion de Tbespies. 

P. 291, n. 1. 



64) nOAYKPATlAHZ ©EMIflNOI lEPATETON TITON 
ZTATEIAION TAYPON TON EATTOY nATRIlNA 



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334 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



P. 297, "• »6- 

66) PnMAIOI 01 nPArMATEYOMENOI EN eE2 

niAIZ nOATKPATHN APGEMinNOZ 

npnroN anagenta kai attoiz rr 

MNAZION KAI AAIMMA AIA BIOT 



P. 298,11. (7. 
66) TENEI ZEBAuTou 



P. 322 et SUIT. Jardé et Laurent. 
Inscriptions de la Grèce du Nord. 



P. 340. Ruines de Drymaea. Sur 
trois colonnes, la première dé- 
truite. 



67) 



KAI PHMHI KAI 
OIAEINOZ MOvSuvo; 
THN ZTOAN ex xwv 
lAinN 

lOTAlAN AOMNAN CEBACTHN 

Xouxiou (TenTiMIou acouvjpou oeSxir 
TOu xepTivaxo; apa6ixou aStafi 
HNIKOT i:*p6txou \>,iy \Li » 
TYNAlKa 
!ll 



68) 



MHTEPA CEBACTOY APABI 
KOY AAIABHNIKOY HAP 
0IKOY MEnCTOY A nOAlC A THN 
APYMinN 

AYTOKPATOPA xataapa 1*. aup. 
ANTHNEINON CEBA<7xov Xou 
xtou oeitTi|*IOY CEOYHPOY Hep 
TINAKOC APAB AAIAB HAPeiKOY 
MEFICTOY ulON A nOAIE A THN 
APYMinN 



Da'e : entre 199 et et 210. 



P. 390. Ruines de Lamia. 



69) Tt6eptsN KAAYAION KAIZAPA ZEBAZTON 

yspixavIKON nOAIZ AAMIEflNQN («» 
zra To)v xcPI AnOAAnNION TAfflN 

P. 44o etsuiv. Lefebvre. Inscrip- ont été insérées dans les Insc. gr. 
tiens grecques d'Ésîypte. Celles ad res rom. pert. , I, fasc. V. 
qui intéressent l'antiquité romaine 



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REVUE DES PUBLICATIONS EPIGRAPHIQUES 



335 



P. 480 et suiv. Dûrrbach, Fouil- 
les de Délos. 



P. 536. 



60) 



P-VENOLEIVSCL 
NNIMMIVS- NO- F 
L- VISEIVS CL 
CVENOLEIVS C F 
MAIAM STATVERVNT 
EISDEM • AARAM 

Eni AIONYZIOY APX0NT02 A0HNHZIN 
EniMEAHTOT AE THZ NH20T EYAriflNOl 
TOY AAKETOY KO©nKIAOY 



nOnAIOl OYENEAHI02 FAIOY 
NEMEPIOZ NIMMIOZ NOYtOY 
AEYKIOZ OYIIHIOZ TAIOY 
rAIOZ OYENEAHIOZ TAIOY 
THN MAIAN ANEeHKAN 



Date : deuxième moitié du 11* siè- 
cle av. J.-C. 

61) 



P. 541. 



TAION lOYAION yaiou ulOv 
KAIZAPA AHAIOI TON EAYTcov 
nATPHNA AnOAAflvt 

ApTeMiAl AHTOI 



C'est C. Julius César, père du 
dictateur. 
P. 543. 

62) P POPLILIVS • Q.- L 
L VISEIVS • C • L 
C • NVMITORIVS • A • L 

a nvmitorivs c- l 
dionvsivs niconei f 

Bulletin de la Société d'Études 
DES Hautes- Alp£S, 1908. 

P. 93-103. G. de Manteyer. 
Fragment découvert au Monétier- 
AUemont (Hautes-Alpes), an- 
cienne station sur la route romaine 
de Turin à Arles. 

63) 

vs • macellvm de suo fecii 

ob Aaec - meriTa monumentum 



paGVS • DEGRE vif 

perPETVAM • in memoriam 

Avant la 1^ ligne, traces de la 
partie inférieure de quelques let- 
tres peu reconnaissables. 

Bulletin de la Société natio- 
nale DES Antiquaires de 
Frange, 1907. 

P. 262-255. Pallu de Lessert. 
Sur l'inscription d'El-Mellah {Ann. 
épigr., 1907, rM). 

P. 260. P. Gauckler. A Rome, 
au Janicule, villa Scîarra (Cf. Ann. 
épigr.y 1907, n®» 94-97)- 

64) 6elo Malachbelo 

AVG saci'um 



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336 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



P. 278. Merlin et Héron de 
Villefosse. Nouvelle lecture du 
C. /. L., VIII, no ii34i (inscrip- 
tion de Sbeltla). 

P. 279. Carton et Héron de Vil- 
lefosse. A Bab-Khalled, dans le 
Djebel-Oust (Tunisie). 

65) PRO • SAL 

P NN 
MER SIL-VOT 
SOL • ON • SER 



Pro sal[uté) PI n{ostrorum) 
Mer{cuno) Sil(vano) vot{um) sol- 
(vit) On{esimti8)t ser{vu9). 

P. 384. L. Poinssot et Héron de 
Villefosse. Inscriptions funéraires 
chrétiennes d'Uchi Majus (Tuni- 
sie). 

P. 290. L. Poinssot. A Dougga. 



66) 



FORTISSIMO AC NOBI_LISSIR«0 

Mj jjjiM iji GALERlo^VA^LERio maximiano 

COS III PROCOS 



ANNO PROCOS POSTVmi... dedicante 
TVCCIANO c V NVMiNi Eius devoto 



p. 291-294. E. Babelon. Cachet 
d'oculiste, trouvé à Langres. 

67) IL- PAMI HYGINI AD 
ASPRITV CROCODr// 

2 L • PMI HYGINI AD 
OMNEM LIPPITV 

3 L • PAMI HYGINI AD 

SEDATAM • DIASM • 

4 L-PAMI HYGINI AD 

CALIGINEM 

1" face, 1. 2 : crocode[s] ; 3« face, 
1. 2 : diasm(yrnes). 

P. 295. Joly et Pallu de Lessert 
AMdaourouch. 
68) 

EXCELLENS GLOI 

TISSIMORVM PRINcipiim 

SEMPER AVGGG ADMînistrante 

VC PROCONS P A LEG 
MEGETIO V C • CL • S 
CVRATOR REIP CE 



SERIE TEMPORVM R 
LAVACRORVM DEN 
CMOERAM CVM SVSPErWUra 
AB SPLENDIDO ORDIN6 

Megethius est déjà cité, comme 
légat d'un proconsul d'Afrique, au 

C./. /.., VIII, 5341. 

P. 3o6. Chaillan et Héron de 
Villefosse. Inscription funéraire 
conservée dans la chapelle du 
prieuré de Saint-Germain à Si- 
miane (Bouches-du-Rhône). 

P. 3o8. P. Gauckler. Sur un 
poids romain, trouvé à Tebour- 
souk en 1901; deux inscriptions 
placées en sens contraire l'une de 
l'autre. 

69) 

l* TI CLAVDIO lîÏÏ 

LVITELLIO III COS 

IVSS AEDILI 
EXACTA AD ARTIC P • III 



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REVUE DES PUBLïCATrONS EPIGRAPHIQUES 



337 



Cf. C. L A., X, 8067; XIV, 
4124, elc. Date : 4; p. C. — L. 4 : 
exacla ad Artic(uleiana) p{ondera) 
77/ (au C. 7. L, X, 8067, 1, il 
faut lire : pondéra exacta, ad Arti- 
cule%an{a)j cur(a) aed(ilium)^ et 
non pas pondéra exacta, M. Arti- 
culei(o), Cn Turannio)aedili{bus)y 
comme Ta fait de Rossi). 

70) 2» EX • AVCIORIT 
Cl-IVNI- RVSTICl 
PR • VRB • 

Cf. C. I. /.., II, 4962. 2; 6245, 
i ; IX, 6088, 1 etc. — Date ; vers 
162 p. C. — Trajan ou Hadrien 
avait transféré des édiles au préfet 
de la ville la vérification des poids 
et mesures. C'est la première fois 



qu'on trouve les deux formules 
réunies sur un même objet. 

P. 3i3. Icard et Héron de Ville- 
fosse. Inscription funéraire chré- 
tienne, trouvée à Cartbage. 

71) ►?• ANNIBAL In pace 
►p. AVRELivs m pace 

P. 328. Cl. Pallu de Lessert. 
Fragment d'inscription qui pro- 
viendrait de Carthage. 

72) s VII VIR 
MVNDEDIC 

. .^emLIVS • NONIANVS 
s PROCOS PATRON 

P. 33 1. A. Merlin et Héron de 
Villefosse. A Choud-el-Batel, près 
de Medjez-el-Bab (Tunisie). 



73) lovi Plvtoni 

Imp Ca«s m iuli phihjapi piifelicis ati^. pont. max. tri b. pot. 



, COS.. .. P'J^» procos, et 



M IVLI PHILIPPI NOBIL CAE S pr iNctpts inventutis et marc iae otaciliae Jteverae 
AvG CONIVGIS AVG tOTiusdue divinae domus eorum 



Q. ' ACaVS • ROGAtANVS • CAECILIANVS • SAC • M • *£ • SEX • FVRNIU* 



Date : 244-246 p. C. 
sac^erdos) m{axifmLs). 



L. 5: 



P. 333. Même provenance. 



74) 



serapidl'îAAGNO ' AVG • SAC • PRo sainte ... . 
co meLiAE ' SALON IN AE DOMINAE - AVG - CoNiVGi aug. n. galUeni 



LIANVS • SACERDOS ^ MAXIMVS • EX • l?KAeceptO 

75) 



P. 335. Delattre et Héron de 
Villefosse. Inscriptions funéraires 
chrétiennes à Carthage, dans la 
basilique deMcidfa, près de ce que 
l'on dit être le tombeau de sainte 
Perpétue. 



PERPETVE • FILIE 
DVLCISSIMAE 



P. 338. p. Gauckler et Cl. Pallu 
de Lessert. A Aïn-Djal (Tunisie). 



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338 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



76) PRO GLORIA 

VINCENTIVM proconsulatu 

TABILIS . V • S I • M • SENIVS CARl 
e*SIONE -SVA-NOVVM-FON 



D-DNN- HONORIET THEODOSI VEIQ 
C • AELl • POMPEI • PORFIRI PROCVLI • V C ET SPFC 
PA • PATRONVS • DEVOTVS • MVNICIPI • EX PROF 
TEM HABERE PERFECIT 



P. 353-355. A. Merlin et P. Mon- 
ceaux. Inscriptions funéraires 
chrétiennes du Kef (Tunisie). 

Bulletin trimestriel de la So- 
ciété DE Géographie d'Oran, 
1908. 

P. 29 et suiv. Fort. Inscriptions 
d'Aîn-Sbiba (déjà connues); ins- 
criptions de Tangazouth. 

Bullettino Comunale di Roma, 
1907. 

P. 45-81. P. Gauckler. Le bois 
sacré de la nymphe Furrina et le 
sanctuaire des dieux syriens au 
Janicule (Ann. épxgr,^ 1907, n®» 94- 
97)- 

P.96-101.E. Ghislanzoni. Sceau 
de bronze [Ann, . épigr.^ 1907» 
no 2i4). 

P. 102-107. E. Ghislanzoni. Sur 
un donarium de bronze, prove- 
nant du temple de Diane Aricine à 
Némi. Vase avec inscription ar- 
chaïque : 

77) DIANA • AF • LOVCO 

c.-à-d. Dianae a luco. 

P. 108-114. L. Gantarelli : ins" 
cription grecque d*Éphèse men- 
tionnant un curator Tiben's {Ann. 
^pigr.y «907» II® *^o). 

P. ii5-i2i. G. Gatti. Fragment 
d'une inscription relative à un 



grand travail d*utilité publique 
(Ann. épigr,^ *907, n® 208). 

P. 182-201. G. Gatti. Inscrip- 
tions funéraires provenant du ci- 
metière situé entre les voies Pin- 
ciana et Salaria. 

78) D M 

L • SPOREN 
N I O • I V S T O 
MCHO-XII • 
VR-7-SABINI 
FEC • ANCHA 
RIVS • ITALICVS 
AVNCVL VS 
ART 

L. 9. A.r.tt 

p. 202-203. G. Gatti. Inscrîj>- 
tions récemment découvertes à 
Rome et aux environs (reproduites 
ici d*aprës les Notizie degliscavi), 

P. 232-245. L. Gantarelli. Ins- 
criptions récemment découvertes 
en Italie et dans les provinces 
(déjà reproduites dans VAnn, 
épigr.j 1906, n^ 147 et i56; 1907, 
no« 18, 196, 206, 212). 

GOMPTES-RENDUS DE L'AcADÉMIE 

DES Inscriptions et Belles- 
Lettres, 1907. 

P. 791. Gauckler. Inscription de 
Tunis, déjà publiée par le même 
ailleurs (plus haut, n^ 29). 



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REVUE DES PUBLICATIONS ÉPIGRAPHÏQUES 



339 



ÎD., 1908. 

P. 59 et suiv. Delattre. Inscrip- 
tions trouvées dans. la basilique de 
Mcidfa à Garthage. Funéraires. 

P. 98. Merlin et Grondouin. 
Inscription trouvée â Henchir- 
Ghett (Tunisie). 

79) PROCOS DIVl M Antonini 
pu GERMANICI SAKmatici 
fiLlO DIVI COMMOrfi 
fraTKl DIVI ANTONINi 

pii nepoti dîui HA 
driani pronePOTl 
d i u i tr ai a n i par 



t ki c i abnepoti 
d i u i n e r u AB ad ne 

POTI PAGU* 

SVTTVENSIS D D 

P P 

JaHRESHEFTE DES OESTERREIGHIS- 
GHEN ARCHAEOLOGtSCHEN InSTI- 
TUTES, 1907. 

P. 264 et suiv. Von Premerstein. 
Elogium de C. Sempronius Tu- 
ditanus. Fragment déjà connu 
(C. /. L., V, 270) et fragment nou- 
veau : 



c. sempronius c. f, c. n. tuditanus eos. 



todemque tempoKE ET TAVRISCOS cay'nos 

magnis cladibvs COACTOS Uanus dare in deditionem accepit; obsidibus 
mo suppliciteK QVINEIS OVAterneisue quos singuleis populeis imperAvn dateis 
et compiuribus SIGNETS CONSi/io publico gentis redditeis etiam histros tvd»/anvs 
pacauit et romaE EGIT TRiVMPVm; ccloneis aquileiensibus agros captos DEDIT timavo 
tenus praidam ardiAEl RESTiTVere coacti sunt res populei romanei posteKEîS TRAdit 



Ce personnage fut consul en 
625 z= 129 av. J.-C. 

P. 282 et suiv. E. Groag. Sur 
quelques inscriptions relatives à 
des familles originaires d'Asie Mi- 
neure qui ont fourni des fonction- 
naires à l'époque romaine (déjà 
publiées). Étude des personnages 
dont les noms y figurent. 

P. 299. E. Ritterling. Gomplé- 
ment d'une inscription de Sardes 
(Athen. MitheiL, VI, p. 147) rela- 
tive à T. Julius Gelsus Polemaea- 
nus [Ann, épigr,, 1907, n" 120 et 
121). 



P. 307. 7rf., Restitution à L. Mi- 
nicius Natalis Quadronius Verus 
de l'inscription {Insc. gr, ad res 
rom, pert., I, 653). 

Id. Beiblatt. 

P. 67. Heberdey. Fragment 
d'un décret en grec. A la fin on y 
lit en cursives. 

81) DAT m IDVS FEBRVAR CO 
NSTANTINVPO IMP 

D N mauricii t 

IBERI PEPE AVG ANN III 
ET POST CONS EIVS 
ANNO I 



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340 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



Dat[um) m Idus Fehruar[ias) 
Constanlinupo{li) Jmp[eratoris) 
d{omini) n[o8iri) [Mnuricii 7*]iberi 
pe{r)pe{tui) Aug(usti) ann{o) III 
et post cons(ulatum) ejus{dem) 
anno L 

Klio, Beitraege zur alten Ges- 

CHICHTE, VIII, 1908. 

p. i29-i3o. M. Vulié. Sur les 
briciues légionnaires trouvées aux 
environs d*OEscus, portant l'es- 
tampille 



82) 



L • V MOES 



Cf. C. y. A., III, 624a (voir 
aussi : 8068; i2523). 

Lire : non pas l[egio) V Moe- 
s{iaca)^ mais l{egio) V M{acedo' 
nica) Oes{ci). 

Mélanges de l^Égole française 
DE Rome, 1907. 

P. 495-607. R. Laurent- Vibert 
et A. PiganioL Inscriptions de 
Minturnes. 




L'inscription a été martelée. 

P. 497- 
84) SILVANO 

SACRVM 
C • CAECINA PAETVS 



Jbid. 

86) SILVANO SACR 

PRO SALVTE 
C CAECINAE PAETI 
C CAECINA TAL^TICVS 
ARA FECIT 

P. 498. 

86) SILVANO SACRVM 

PRO SALVTE C • LAECANI 

BASSl • CAECINAE • PAETT 

LIBERORVMaVE • EIVS 

THESEVS • SER • V - S 

P. 5oo. 

87) C • COR 

C • CORNEL 
C ■ CORNE 
ARRITI 

C C • varIor 

ERONIS 

Les Cornelii d'Arezzo sont bien 
connus. 

P. 5oa. 

88) ...t?aRIO-L-F 

Il • VIRO 

,,variO' L -F- FRATRI 

variae QVARTAE 

S07V RI 

P. 5o3. 
89) 

CAECILIIS CHILAE ERONI 
ANTHO 
PARENTIBVS LWÊB 
C ' CAECILIVS • SECundu* awGVSTAL 

P. 5o5. Deux fragments d*une 
borne milliaire delà via Appia. 



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REVUE DES PUBLICATIONS EPIGRAPHIQUES 



341 



90) IMP 

DM 
M A X E N 

TI IN VI 
CTIACpER 
pETVI SEM 
FER AVG 

MiTTHEILUNGEN DES AHCHAEOLO- 

GiscHEN Instituts, Atpenisghe 

ÂBTHEILUNG, I907. 

P. 241-377. H. Hepdi/îg. Ins- 
criptions découvertes à Pergame 
pendant les fouilles des année:s 
1904-1905. 



P. 3o6 

91) [A]<jxXY;xt(i)' ISwTYjpt 

r. ^Xao'jwvioç 
[Ajvtxuvcç SavxTSç 
AvTto^reuç ^7:&p ts 
5 eauTou /.a» -cou utou 
<ï>Aacua)vtou AoXXiavou 
auYxAYjTtxs'j eu;a|Xc- 
vo^ avîOr//.&v t5 
L. 4 •' personnage originaire 
d*Antioche de Pisidie, où se re- 
trouve le nomen Flavonius (C. /. L., 
III, 68i5-68i6). 
P. 3o8. 

92) Ejpa)jT[i]a'. 
nc(zAio;) ArA('.o;) 0£(i)v 

Zr,vooGT[s]j 

Pca-oç 

xat' ovap 
EjpwffTia, divinité associée à 
Esculape, identiûée par Hésychius 
avec 'rysia. 



P. 286-292. Fragments d'une 
grande inscription contenant la 
reproduction de plusieurs lettres 
ou rescrits d'empereurs Antonins. 

P. 296-302. Fragments d'un rè- 
glement de collège mentionnant le 
consulaire RuQnus déjà connu. 

P. 3i8. 
93) Stqjjloî 

Acuxiov Avtwvtou Maapxs'j u'.ov Taixt- 
av xat avTKJTpair^Ysv ica-cpwva xat (J(»>- 
TTjpa Oixato5oTr,(7avTa ty^v £xap)[T|av 
xaOapa); xat Stxaiwç x[a' c]s['.(i)]; 

L. Antonius M. f., quaestor pro p, 31 g, 
praelore en Asie en 49 a. C. 

94) cr^iJLOç eT£i{jLr<(7£v 

Aeux'.ov Kopvo©ix'.ov Aeux'.ou uiov ota Te taç 

stç eauTOu euepYSffiaç xat 8ta Taç etç Newva IloXe 

jjwovc? gsuSav T5V (jTpaTYJYOv çjtAavôpwTutaç 

L. CornificiusL. f. , consul en 35 av. 
J.-C. ; Nscov n9Xé|X(i)vcç Bouôaç, 



général de Pergame jusqu'ici in- 
connu. 



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342 

P. 321. 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

95) Oi vecc eTtixYjaav 

Faicv IcuXiov Saxepîwxa xov 
veb»copov QtOLq P(i)[jLt;ç xat 0cou 
^eSoi(Txo\j Kaijapoç X2i tepea 
5 Ttéepiou KXauBiou Nepwvcç xai 
yuiJLvafftap^ov xcov ^wîexaxwv 
SeôaffTwv Pa)[jLai(i)v twv tc6vt6 
YU[jLvaai(i)v aXeiçovra ey Xôunrjpwv 
5'/ oXy;ç iQixepaç ex twv iSiwv 
10 icpovoTfjaavTa tt)ç te auiwv xat to)v 
[e^]r,6a)v aY(«)YY;ç voijlouç te raTp'.ouç 
[xai YjJÔT) xrra to xaXX'.axov 
[avJavecoaajJLÊVOv 

uiov ^Xaouiou MYjvcçavTC'j 
Tou y\j\tM2G\.oLpyo\) xat 
apxtepewç xrjç Aaïaç xat xaç 
XoiTuaç ap)raç Tcaciaç a^ta)ç 
10 TT^ç TCaxpiîoç ::cicXr^pa)xoTo<; 
Bia T6 TO Tou i:aTpoç a^t(i){xa 
xat ty;v toj ^Xwpou 
apsTYjv 

Inscription antérieure à l'année 
1 i3-i i4 p- C., date du second néo- 
corat de Pergame. 

P. 335. 

^®) H [PouXt;] xat o §T2[jlo<; 
Twv [xpwjxwv vecoxc- 
pa)V ÎIspfyaJiJLTfjvwv 
£Ti[JLir;ffev gaaiXtajav 
5 KXauStav KaTCtTa)Xe[tvT;v] 
louvtou Pcuçou axoxa- 
TaoTY)(jaaav Ta XP'^îP"*^" 
Ta TY) TÇoXsi a o TraTYjp aj- 
TYjç KX. 3^X6tXXo<; 

10 xzOtepcojev. 

P. 337. Fragment d'une des 
nombreuses inscriptions en l'hon- 
neur de C. Antius Aulus Julius 
Quadratus. 



P. 324. 

®®) CYÎIJ.OÇ eTt{JLr<ff£V 

Mapxov A tov KaXouetvov 

eTcapxov [ap]eTY;ç 6vexe[v 
e-îTiflJLeXrJôevToç 

P. 327. 

97) Ot veot ETtjJLtjaav 
Faiov louXtov MaÇtjJLOv 
TOV cauTwv utov ^etXt- 
ap}(ov Xeytwvôç e! exap- 

5 5(ov tTCXswv xpuTavtv 

tspea §ta 0tou tou Iluôtou 

AtToXXwVOÇ TlfXTJTr^V 

apYopoTaiJLiav ŒTpaTYj 
yov S ta TY)v avuiwspôXiQ 

10 TOUÇ 

av. 

P. 328-33o. Autres inscriptions 
en Thonneur du même person- 
nage. 

P. 332-333. 

98) H 0ouXiQ xat 37][JLOÇ 
Twv xpwTcov vewxopwv 
nepya[JiYjva)V eTtixrjje 

TtTOV <ï>Xaouiov <ï>Xa)pov 
5 Y2pa)a 



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343 



P. 357. Hymne à Helios, par p 3^^^ 

ArXwç NstXCOV, àp)rtT£XT(i)V. 

100) r. KX. ArcfaXoç IlaTsJpxXtavoç 

Tp'.Tsfuffo^; fiXcjTijjLox; 
y.ai ey. T(â)[v tîtwv etç xrjv TptTStav 
:coXXa av[aX(»)(jaç eÇs^jcoptjas xat to 
5 Tou ns'jX^[pou £TCtSo(j]'.{i.ov etç e- 
TC'.JxeufriV ToO ... ou. 



L. 1 : Attalus Paterculianus. 
P. 362. Inscription du consul 
Attaie(/inn. épigr.^ «9o5, n<* 189) 



MiTTHEILUNGEN DES ARCHAEOLO- 

GiscHEN Instituts, Roëmische 
Abtheilung, 1907. 

P. 187-197. A. Mau. L'inscrip- 
tion de la colonne Trajane (C./.L., 
VI, 960). 

P. 217-224. Pr. Gamurrini. Sur 
le séjour de quelques rois d'Asie 
dans le territoire falisque, d'après 
les inscriptions (C. 7. L.^ XI, 
3o8o; Nolizi degli scavi, 1894. 
p. i5o). 

P. 225-254. Ch. Hûlsen. Le bois 
de Furrina au Janicule {Ann. 
épigr,, 1907, n®» 94- 97)- 

P. 255-3 10. G. Thulin. Inscrip- 
tions falisques (dialectales). 

P. 333-343. Von Domaszewski. 
Observations épigraphiques sur 
l'histoire des empereurs : i<> ins- 

*®2) V D • VETVRIVS 

en- D • L 

V VETVR lA • D 
DE • SVA • PECVNIA 
5 SîBI • ET • PATRONO 



cription relative au Bellutn Mi- 
thridaticum {Ann. épigr.^ 1907, 
n^ 2o3); 20 les kalatores pontifia 
cum et flaminum (C /. Z-., VI, 
32445 et 3io34); 3» inscription 
des tibicines (C. L Z., XIII, i32o*, 
tragment qui provient en réalité de 
Rome et doit être rapproché du 
no 2229 = 32453 du C. /. L, VI). 



cos 



NOTIZIE DEGLI SCAVI DI AnTICHITÀ, 
1907. 

P. 184. D. Vaglieri. A Rome, 
via Zanardelll, sur un bloc de 
marbre, marque d'extraction. 

101) 

LMP T CiE VÏÏÎ 
DOMITIANO CAE- VI 

Date : 80 p. G. 

P. 207. Sur la voie Latine, funé- 
raire. 

P. 207-211. Sur la voie Salaria, 
funéraires. 

P. 209. 

D • L • DIOG 
• N I C E P O R («»c) 
L • FEDRA 
FACIVND • COIR 
ET COXLIBERT 



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344 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



ET LIBERTO 
NICEPOR • CONLIBERTVS • . 
VIXIT • MECVM • ANNOS • XX 
PVRPVRARIA • MARIANEIS 
VETVRIVS • D • O • L • PHILARCVR 

L. 9 : Marianae^ ville de Corse. 

P. 222. M. Persichetli. A San 
Lorenzo, près de Pizzoli (Sabine). 



viv 
10 D- 



103) 5 1 L V A N O 

SAC 
M • IVNIVS 
DIADVMAEN^ 

P. 224. Pâsqui. A Assise. Sur le 
mur de soutènement du Forum 
(Ann. épigr.y 1907, n® 172). 

P. 284. Rome, via Flaminia. 
Funéraires. 

P. 286. Via Prenestina. Funé- 
raire. 

P. 286-288. Via Salaria. Funé- 
raires. 

P. 288. 
104) 

NOMENCLATORIS 
VITELlI • SPINTHERIS FRAThR 

Affranchi de Tempereur Vitel- 
lius. 

P. 289. A Ostie. Funéraire. 
P. 293. D. Vaglieri. A Pales- 



trina, sur un fragment d'archi- 
trave 

varKO • LVCVLlus 

Cf. C. /. L.,l«, p. 27. Il s'agit 
du consul de 7^ a. G. 

P. .3o2. Même provenance. 
105) 

FORTVNAE • PKimigeniae 

TI • CLAVDIVS • ASINlVf .... 
DON V M • D EDH 

Jôid. Même provenance. 

106) FLAMINIA 

NAIS 
FOR • PRI 
V • S • L • M- 

P. 3o4. D. Vaglieri. A Terra- 
cine (Ann, épigr.^ i907> n® 2o3). 

P. 3o5. Ibid, Funéraires. 

P. 3o6. A Ornaro (Sabine). Fu- 
néraire. 

P. 3' G. A Corneto-Tarquinia. 
Funéraire. 

P. 428. A Montelibretti (Sabine). 
Funéraires. 

P. 4^2. G. Ghirardini. A Feltre, 
sous le pavage de la cathédrale. 

coss 



107) SEVHRO • HT . RVFINO 

V • K . SEPT 
ACCEPERVNT- COLL- FAB • ET • CC • Wt 
i'- aVINGENTA.MILIA • COMPVTATA 
5 VSVRA • ANNI • VKI • CENTKNSIMA • V^A 



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REVUE DES PUBLICATIONS EPIGRAPHIQUES 



345 



10 



X-LX • DE- aVA • VSVRA-PER SINGVLOS- AN 
DIE • V • IDV • lAN • NATALE • IPSIVS • EX • VSVRA • S • S 
AT MEMORIAM- HOS • FL AM IN INI • REFRIGER 
SEBMIDERVNT -ET IIII- VIR-ET -SEX -PRINC 
ET • OFF PVB • SPOR . NO • AVREOS • DEN • ET • SIL 
SING • NEICNON ET • PERROS • AT • MSMOR • EIVS 
REFRIGERAR * DEVEB • NCCCLXII • 



Date : a8 août 323 p. G. — L. 3 : 
coU(egia) fab{rorum) et c[entona^ 
riorum); 1. 8 : Hos{tilii) Flaminini. 

P. 44^-443. D. Vaglieri. A Rome, 
aux abords du palais de Monleci- 
torio. Funéraires. 

P. 461-464. A Rome, via Flami- 
nia. 

P. 46a. 

108) 

C P V P I V s 

RESTITVTVS 

EX- PROVINCIA- BAETICA 
CIVITATE • BAESARENSI 
ANN • XXV -H-S-E-S-T-T-L- 
IN • FR • P • X • IN • AGR • P • X 

Jbid. 
109} D fiS M 

CHRYSEROTI 
B C^ M 

CASsivs • agaIocl 

5 ET 6» BASSVS 

POSVERVNT 

EVNDEM LOCVM 

EMERVNT 

IN • aVO • POSITAE 

10 s V N T 

RELiaVIAE 

EIVS 
VENETIANI 

IV* SÉRK;, t. XI. 



L. : i3 Venetiani, membres de 
la factio veneta. 

P. 462, 
110) T . PERPENNA • T • F 
QVADRA 
MAC • SCR 
C • HOSTIVS • L • F • COL 
REDEMPT 
IN AGR . PED XX 
IN FR • PED • XX 

L. 3 : Mag{ister) scr{ibarum) ou 
mag{ister) {et) scr{iba). 

P. 465. Sur la voie Flaminia, 
station de Prima Porta. Conduite 
d'eau en plomb. 

111) ORFITI • ET • PISONIS 

Ser. CalpHrnius Scipio Orfitus, 
consul en 178 p. C, et L. Caipur- 
nius Piso, consul en ijS, sans 
doute les deux frères. Cf. C. I. L., 
VI, 983oet ii5oi. 

Ibid. Sur la via Portuense. Cippe 
de pépérin : 

112) LARES 
SEMITALES 

Jbid, Même provenance. 

113) LARES 
mVR^lLES 

[c]ur[ià]le5 ou \r]ur[a]le8. 
23 



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346 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

P. 466. Même provenance 
114) 



LARES 
VIALES 

P. 469-470. Via Salaria. Funé- 
raires. 

P. 472. Sarcophage de la voie 
Triomphale avec bas-reliefs et ins- 
cription funéraire. 

P. 473-479. D. Vaglieri. A Pa- 
lestrina. Fragments de dédicaces 
honorifiques et religieuses. 

P. 629. D. Vaglieri. A Rome, 
Montecitorio. 

116) D t6 wi 
^ E L A . . . . 
UB s s ALL i n a e 
NERONIS • SER 

P. 543. A Rome, Prati di Gas- 

tello. Funéraires. 

P. 544. A Rome, via Gasilina. 

116) 

IVVENTIAE 

MAXIMAEC-CA • 

STATILI . SEVERI • HArfriani? 

. . . /gG • PR • PR ' COS • PAT . . . . 



Il s'agit de la femme d'un consul 
jusqu'ici inconnu, apparenté sans 
doute à T. Stalilius Maximus Se- 
verus Hadrianus. 

P. 546-547. A Rome, via Sala- 
ria. Funéraire. 

P. 654. A Rome, via Salaria. 
Funéraires. 



P. 655. D. Vaglieri. 
près du théâtre. 



A Ostie. 



117) 



N V M I N I 
D O M V S 
A VGVST I 
VICTOR • Et 
HEDISTVS 
VERN • DISP 

C V M 
T R A I A N O 
A VG -LI B 
A • X • â 



(•«c) 



118) 

a 



F • T 



A • /aidicio a 
P.657.Mème provenance. Plaque 
de marbre, retrouvée en mor- 
ceaux. 

118 bi8) 

HERCVLI C^ SANCeo 

ET IVNONI SISPITt 

SEX ^ VALERÎVS ^ 

CLAV 

CES A • MILES 

CHO • VII • vigilum . . . 

iM . . 



10 

L. 10 : le sens des derniers 
caractères incertain. 

P. 656. A Civitalavinia, sur un 
vase de bronze. 

rebinio • a • f • aidile • moltatico 

Nouvelles Archives des missions 
scientifiques et littéraires, 
XIV, fasc. 3. 

p. 125-228. A. Merlin. Rapport 
sur les inscriptions latines de la 
Tunisie découvertes depuis la pu- 
blication du suppplément du Corp. 
inscr. latin. ; liste de tous les textes 
signalt^s depuis 1890 environ, dans 
Tordre géographique du Corpus^ 
avec la bibliographie et une table 



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REVUE DES PUBLICATIONS EPIGRAPHIQUES 



347 



ceux pour lesquels M. Merlin pro- 
pose des lectures nouvelles. 

P. 283 et suiv. Gauckler. Rap- 
port sur des inscriptions latines 
découvertes en Tunisie : 780 textes. 
A noter plus particulièrement, 
parmi ceux qui sont inédits : 



n. 2. A Bou-Ghara 



alphabétique par noms de localités 

anciennes et modernes (en laissant 

de côté les inscriptions de Dougga 

et de Garthage, les inscriptions 

chrétiennes, les milliaires, rins- 

trumentum domesticum^ les label- 

lae defixionum, qui ont fait ou 

feront l'objet de publications par- 
ticulières). Sont seuls cités in 

extenso quelques textes inédits et 

119) 

CONCORrfiaE PANTHEAE ^ AVG ^ Sacrum 
M ^ VMmdius sb aviR SEDATVS ^ aeDEM ^ Qyam 
PRO DecurioNATV ^ c . VMmiDu -avir • SEDATI • FILI 
svi ex hs^vi- M • pKOMi«?rAT • inla^w reipublicae LE 
Gia'Mis E< hs XVI . m . amplius etiam hddilis 
araw ^ a solo euu ^ siuuiacro co ncordûe et proNA 

f VM • ET • ARCVM • EX • HS • XXII • M0 rfeDIT . IDEMa • DfrfiCAVIT 



P. 291, 

(Gighthi), 



P. 3o8, n. 33. Id. 



120) 



Q.- IVLIO 
SEVERO 
PROCVLO 
LEGATO 



P. 3o9, n. 35. Id, 
121) 

M . M6mMIO 

CAECILIANO • C • V 
PATRONO 

GIGTHENSES 
P V^ L f C E 
D D • P . P • 

P. 3io, n. 36. Jd. 
122) H E M M I O 
PVDENTI .C.V. Ci 
PATRONOGî» 
g IGTHENSES t& 
p V B L I C E 



P. 3l 



1, n. 



37. Id. 



123) 
L 



MEMMI O • M E S S I O 
P • F • aVIR • PACATO • FLAM 
PERPETVO • DIVX • TRAIA 
NI . CHINITHIO • IN • QVIN 
aVE DECVRIAS- A .DIVO 
HADRIANOADLECTO 
CHINITHI • OB • MERITA 
EIVS- ET-SINGVLA 
REM • PIETATEM • aVA 
NATIONI • SVAE • PRAE 
STAT-SVA . PECVNI 
A-POSVERVNT' 

P. 3ii, n. 38. Id. 

124) L ■ MESSIO • L • F • 
RVFINOj ÎÏÏ VIR 
CAP • a PROVIN 



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348 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



P. 3 17, n. 46. Id. 

125) a 



SERVAEO . FVSCO 
CORNELIANO • C . V 
LEG • PROVINC • GALATIAE . Leg 
LEG • ITALIC • LEG • LEG • XIII • GC 
MIK • PR • HAST • ITEM • EX • DELE^ 
DE LÏBERALIB . CAVSIS . ET . SV 
PREMAR • IVRIDIC • PER CALAB 
LVCANI . APVLIAM - BRVfl • CVR 
VIAE . SALAR • TR • PL • Q . VRB- 
CVR . VNIVERSAE • LIBERA • 
LIBERTiE. EIVS ET FILI EORVM 
ALIMENfs . ANNVIS . FOTI 



P. 365, n. i5o. A Thaï a. 
126) 

L • MARCIVS • L • F . POL • 
DOMO • OSTRA • V • A • LX 
MIL • A • XXX • BELLO • CEClb 
L -MARCIVS- DIVS -POSVf 

P, 389, n- *9*» Henchir-Msaa- 

din [Fumi). 

127} 

COTTINVS ARCHIATrwf 
FIDELIS IN PACE DECCS 
SIT VII IDVS lANVARla* 

ADn. 4od. 

P. 423, n. 246. Carthage. 
128) 

VENERI -ERVCINAE • AVG - Sacr 
C • CASSIVS - APOLAVSTVS - V • S / • a - 

P. 457, n. 3i3. yrf. 
129) 

virivs avdentivs 
aemilianvs-v-c- 
proconsvle . p - a - v • s . i - 
redinTegrationem 
theaTralibvs 

s IGN l s - ADHIBViT 



L. 2 : v[ir) c(larissimus) procon- 
suie p(rovinciae) A{fricae) v(ice) 
s{acra) j(udicans), 

Perioditchesco Spissanié, LXVIII 
(1908). 
P. 625 et suiv. B. Filow. Mé- 
langes épîgraphiques. 

P. 629. Remarques sur des ins- 
criptions déjà connues de Lometz 
(C. /. L., Ilï, 14428, 14429, 
i443o). 

P. 365. Ck)rrection au C. /./.., 

III, p. 23288^ 

Philologus, 1907. 

p. 481-490. Gardthausen. Nou- 
velle lecture du n® i2o53 du 
C.I.L., III (inscription d'Alexan- 
drie, relative à C. Micinius Italus, 
préfet d'Egypte), rapproché du 
CI. L, V, no 875. 

Id., 1908. 

P. 5-8. Von Domaszewski. Res- 
titution de l'inscription de Miiet 



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REVUE DES PUBLICATIONS ÉPIGRAPHIQUES 



349 



reproduite dans VAnn. épigr., 

130) 

Legio VI F]errata, quae \ [hi- 
bernav]it in Armenia \ [Maiore 
sub C]n{aeo) Domilio \ [Corbu- 
lon]e ieg{ato) [Neronù | CaesarVs 
Aug{usti) pro pr{aetore)... Sul- 
picio] P{ublii) ' fiilio) Sca{ptia) 
Aspro I [pr%mipil]o honor{is) eau- 
'[«]. I [A£Yewv(lxTY))St]aY)paiuap3c- 

b]%Q Natov [AofxsTtdv Kop6où- 
X(ova.... 

Rendigonti DEL Reale istituto 

LOMBARDO; 1907. 

p. ii38 et suiv. De Marchi. 
inscriptions funéraires de Milan. 

Revue celtique, 1907. 

P. 1. S. Reinach. Inscription sur 
mosaïque entourant un buste fémi- 
nin tourelé; provenance : Zeugma 
sur TEuphrate. 



gallia 
262-275 E. Ernault. Les 



131) 

P. 

inscriptions celtiques de France 
et d'Italie, d'après Rhys (Procee- 
ding of the British Academy, II) ; 
texte et interprétation; un certain 
nombre de ces inscriptions ont été 
considérées comme latines ou ac- 
compagnent des inscriptions la- 
tines. 

Revue de Gascogne, 1907. 
No 12. Médan. Correction au 



C, L L., XIII, 73 ; lire Arlabre^ 
nom de divinité, au lieu de Arial. 

Revue des Études anciennes, 
1908. 

P. 194. Fac-similé de l'ins- 
cription de Volusianus {C, L /.., 
XIII, 489), la plus ancienne ins- 
cription chrétienne de la Gaule. 

RiVISTA DI STORIA ANTICA, 1907. 

p. 475-490. G. Costa. Sur quel- 
ques monuments de Trajan à 
Rome; conteste l'interprétation de 
l'inscription de la colonne Trajane 
C. L L,y VI, 960) donnée par Boni 
dans la Nuova Antologia de mars 
1907. 

ROmisch-germanisches Korres- 
pondenzblatt, 1908. 

(Continuation du Koi^espon- 
denzblatt der Wesldeutschen Zeit- 
schrift). 

132) (Voir à la page suivante,) 

L. 4 '. c{uram) a{gente) Magissio 
Maina tum praef{ecto) eo[rum]\ 
1. 5 : dec{una) I; Secund{ius) 
Secund(inus) ; 1. 6 : Merit[us]; 
Excingon[ius) ; 1. 7 : Fec[a..]; I. 8 : 
Satu[m[inus)\, Secund{ius) [S]e- 
cun\d]in(us); I. 10 : Arvesc{iiis) 
Niii[dus]; 1. 11 : Jfterca[t]ori{us) ; 
1. i3 : Joinci[on{ius)]; 1. i5 : Mai- 
n[utiu8]; 1. i5 : Quintiu[8], Mes^ 
\s]or{ius) Prim[us]; 1. 19 : Jo[in]' 
cionn{ius) Cossus, Blu[s]sin{ius) 
Sennaug{us);l. 21 : MansueVius). 



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350 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



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Les dolabrarii sont les ouvriers 
qui travaillaient avec la dolabra, 
sorte de hache; leur collège com- 



prenait cent membres, groupés en 
deux décuries. Date probable du 
texte : fîn du ii« siècle p. C. 



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REVUE DES PUBLICATIONS ÉPIGRAPHIQUES 



351 



2<» PUBLICATIONS RELATIVES A L'ANTIQUITÉ ROMAINE 



H. L. AxTELL. The déification of 

ABSTRACT IDEAS IN ROMAN LlTE- 

RATURE AND INSCRIPTIONS. Chi- 
cago, University Press. 1907. 

Dissertation universitaire. Dé- 
pouillement des textes littéraires 
et épigraphiques relatifs au culte 
des abstractions divinisées chez les 
Romains. 

DoBRUSKY. Matériaux d'archéo- 
logie EN Bulgarie, sixième 
PARTIE, 1907. 

Recueil de monuments relatifs 
au culte d'Asclepios en Thrace; 
série de monuments relatifs au 
culte de Zeus, Hera, Pallas Athéné 
et d'autres divinités. Beaucoup 
d'inscriptions grecques ou latines. 

P. 79, n. 109. Dans un asklé- 
pieion, aux sources de Glava Pa- 
néga. 

An sommet de la pierre 
133) SILVANO SANCTO 
Aa bhs 

EX vicolonginopara 

HEREDES EFTECENTHI COCI i^M 

Longinopara est à rapprocher 
de mots de formation analogue 
npi<n:oûxepa et 'ASu-nrapa; Efte- 
centhi s'est rencontré sous la forme 

'EircdcxevSoç. 

Id,, n. 110. Même provenance. 

134) 

L-NAEVIVS PROBVS VET POSVIT 
SILVANO ET DIANAE V S L M P 



L. 2 : v{oto) s{oluto) l{ibens) 
m(erito) p(osuU), 

P. 106, n. i52. A Lublin. 

136) heroni 

CaTalier thrace 
AVRELIVS • MVCAPAIBE* 
miles ex VOTVM L • m • P 

P. io8y n. 154. Même prove- 
nance. 

136) 

Cavalier thrace 

AVRELIVS SVRIVS MILES CO 
H • PIMASENS • ATRE • ER EX VOTO 

L. 2 : Er{oni). La cohors Pima' 
sens{tum) Aure{liana)eQi inconnue. 

P. 111, n. 160. A Karaisen. 

Cavalier thrace 

137) HERONI ITHIOSTLAE 
L TANICIVS ZOSIMVS 
CVM SVIS DE SVO 

POSVU 

P. ii3, n. i63. A Stara-Zagora. 

138) 

Garalier thrace 

AFAGHI TTXHI 

eeo) enHKOco M€ 

nCTCO AYAAPXH 
NCOI ATP OYA 
AHC CTPATIO) 
THC A€r lA KA 
€rXHC XAPIN 

AN€GHKA 

€YTTXCOC 



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352 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



P. 117) n. A Diinikli. 
138) 

Cavalier thrace 

0€CO AnOAACONI AYPHAIC MAPKIANOC CTPATICOTHC 
nPAITCOPIANOC r€IK€0IHNCO 6YXAPICTHPIN 



P. i58, Q. ao8. ABurnusus. 
140) 
€ r 2 A M € N ç 
KAT€CK€rACEN 
€K TCON lAICON TOv 
BCOMON CYN TCO NAo) 
€niTYXCON nAPA TOY 
0€OY CON € Y 5Ato 
€ni YnATCO A KO P 
NHAICO ANYAA6I 
NCO TO B KAI AY0€IAI(u 
0PONTCONI YnATOIC AA 
mOriANOC KOTYOC 

P, (et non L.). Cornélius Anul- 
linus Torquatus II et Auûdius 
Fronto sont les consuls de 199 
ap. J.-C. 

P. 17a, n. 219. A Eski-Dzumaia. 

141) lOVI • SABADIO 

ET MERCVRIO 
M • E • CELERINVS 



PRO SE ET SVIS 
V S 

Mary Bradford Peàks. Tue gé- 
néral CIVIL AND MILITARY ADMI- 
NISTRATION OF NoRlCUM AND 

Raetia {Sludies in classical phi- 
lology of ike University of Chi- 
cago), 1908. 

Forme les chapitres II et III 
d'une histoire de la Rétie; est 
consacré aux gouverneurs et à 
l'armée, dont la prosopographie 
complète est dressée au moyen 
des inscriptions. 

D*" H.-E. Sauvage. Antiquités 

GALLO-ROMAINES RECUEILLIES 

DANS LE Boulonnais et récem- 
ment ENTRÉES AU MUSÉE DE 

Boulogne-sur-Mer. 

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poteries. 

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Histoire grecque de Curtius, Droysen et Hertzbei^, traduite en français, 
la Yolumes in-8^ dont un atlas loo ir. 

Histoire des Lagides. 4 volumes in-8 36 fr. 

Histoire de la divination dans Cantiquité. 4 volumes in-8 4o fr. 

L'Astrologie grecque. In-8, figures 20 fr. 

Ch. Diehl, professeur à la Faculté des Lettres. 

Justinien et la civilisation byzantine au vi« siècle. Un beau volume gr. in-8, 
richement illustré 26 fr. 

L'Afrique Byzantine, Histoire de la domination byzantine en Afrique. 
In-8, carte, fig. et planches 20 fr. 

Henri Omont, de l'Institut. 

Anciens inventaires et Catalogues de la Bibliothèque Nationale, Tome I, 
La Librairie Royale à Blois, Fontainebleau et Paris au xvi« siècle' 
In-8 12 fr. 

Saloxnon Reinach, de Tlnstitut. 

Répertoire de la statuaire grecque et romaine, 3 tomeë en 4 volumes 
in-12 carré 20 fr. 

Répertoire des vases peints grecs et étrusques. 2 vol. in-12 carré. 10 fr. 

Répertoire des peintures du moyen âae et de la Renaissance (i28o-i58o). 
2 volumes in-12 carré, contenant plus de 2.000 gravures .... 20 fr. 

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et de 26 photogravures. 10 fr. 

Cultes j Mythes et Religions, 3 volumes in-8 22 fr. 5o 

Chroniques d^ Orient, Documents sur les fouilles etdécouvertes dans l'Orient 
hellénique (1883-1896). 2 vol. in-8, illustrés. 20 fr. 

Esquisses archéologiques, In-8, fig. et 8 planches 10 fr. 

Traité d'épigraphie grecque. In- 8 de 620 pages, figures et planches. 20 fr. 

L'album de Pierre Jacques, sculpteur de Reims, dessiné à Rome (1072- 
1577). In- 8, illustré de 193 planches en un carton 26 fr. 

Les grandes Chroniques de ^Histoire de France, 4o miniatures du manus- 
crit ayant appartenu à Pûilippe le Bon, aujourd'hui à la Bibliothèque de 
Saint-Pétersbourg et 3 miniatures d'un autre manuscrit. Un volume 
in-4 4o fr. 



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ŒUVRES PHILOSOPHIQUES DE PLATON 

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thèque Nationale. Deux volumes in-folio (1.100 planches), cartonnés. 500 fr. 

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Description historique des Émissions monétaires 

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LES IDÉOGRAMMES CUNÉIFORMES 

Signes archaïques. — Première partie 
Un volume in-4 15 fr. 



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ARCHÉOLOGIQUE 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION 

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G. PERROT ET S. RBINACH 



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QUATRiâMB SÉRIE. — TOME XII 

NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1908 



PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28y RUE BONAPARTE (Vi« 

1908 
Toiu droita réi «nréi. 



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SOMMAIHK DE LA LIVRAISON 



TEXTE 



Poids bilingue provenant de Palestine, par René Dussaud 353 

Le groupe des Muses de la villa d*Hadrien (Planche XVII), par Paul-Gustave 

HUBNER 359 

Les mercenaires et les colonies militaires de Pergame (suite), par A. J.-Rbinach. 364 
Essai sur la Chronologie préhistorique de la Péninsule Ibérique (suite), par 

J. Dbchblettb 390 

Bulletin mensuel de PAcadémie des Inscriptions 4f6 

Nouvelles archéologiques et correspondance 420 

Bibliographie : Ouvrages de MM. Maurice Bbsnibr, Emile Espérandiru, Jules 

Maurice, Pierre Gusman, M''* Louise Pillion, Henri Semsimb, Elle Reclus, 

Emilio Càlvi, W. Kelly Prbnticb . 426 

Revue des publications épigraphiques 441 



PLANCHE 

XVII. — Dessins de Heemskerk d'après les Muses de Tivoli. 



CONDITIONS DE L'ABONNEMENT 



Pour Pans. Un an 30 fr. 1 Pour les dépariemenls. Un ao • . 32 fr. 

(Jn numéro mensuel 3 fr. | Pour l'Etranger. Un an 33 fr. 

On s*abonne également chez tous les libraires des Départementi et de rSlraiiger. 



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POIDS BIUNGUE 

PROVENANT DE PALESTINE 



Nous avons acquis récemment, à la vente du regretté profes- 
seur Naue (le Munich*, une plaquette en terre cuite de prove- 
nance syrienne, portant en relief un lion accroupi et une inscrip- 
tion bilingue assyrienne et araméenne (fîg. I). 

A première vue, cet objet rappelle la série des poids en bronze 
découverte par Layard, en 1846, dans ses fouilles de Nimroud 
et dont le Corpus inscriptiomim Semiticarurn , pars II, a publié 
les textes bilingues assyriens-araméens. La lecture de notre 
plaquette s'en déduit aisément. Sur le corps du lion se lit en 
relief : 

-m HY- y 



K - kal 


« Palais de . . . 


HY^, 




iar mal Âêiur 


« roi cl'A§§ur 


nnih^ii 




4 ma ' na Sa àarri 


« 1 mine du roi. » 



Les textes découverts par Layard portent la mention : palais 
de Salmanasar ou de Sargon, etc. Ils s'étagent entre 745 et 680 
avant notre ère. Ici, le nom du roi d'Assyrie a été supprimé, 
mais son titre subsiste. 

Au-dessous du lion, dans une sorte de cartouche, en carac- 
tères phéniciens anciens : 

["|S]a njQ (( Mine de roi ». 

1. Catalogup, no 2'Z9 : « Liegender Terrakotlalôwe. Flacbreliermil phônikis- 
cher uad Ketlinscbrift. Gefunden bei Kerak (den allen Kirmoab, Falàslina). 
Hôbe 6 cm., Lange 9 cm. » 

IV* SbIUE, T. XII. 24 



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354 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Sans Tanalogie des légendes araméennes gravées sur les 
lions de Nimroud, on pourrait tenir ce texte pour hébreu ou 
phénicien. Les éditeurs du Corpus expliquent l'absence d'état 
emphatique au mot melek par une influence de Tassyrien*. Ne 
faut-il pas plutôt admettre que melek est ici à Tétat absolu ou 
indéterminé, par la raison qu'on ne vise pas le roi régnant? C'est 
pourquoi nous traduisons : mine de roi, mine royale. 

L'épaisseur de la petite brique est d'environ un centimètre; 
sa plus grande longueur de neuf centimètres ; son poids est de 
81 grammes. Terre rouge bien cuite. 



Fig. 1. — Poids bilingue en terre cuite. 

Un poids semblable, conservé dans la collection Ustinow à 
Jaffa, mais en moins bon état, a été publié par le P. Vincent. 
D'après les renseignements que nous transmet l'obligeant et 
savant palestinologue, la longueur maxima est de 108 milli- 
mètres et la largeur maxima de 72 millimètres. L'épaisseur 
atteint 2 centimètres 4 et le poids 296 grammes. Une bélîère, 
semblable à celle des lions en bronze, est simulée en relief sur 
le dos de l'animal. De l'inscription assyrienne il ne subsiste 
que le début des lignes et, de l'inscription aramécnne, la fin : 
•]SQn[JC]. Le P. Vincent remarquait : « La nature de ce petit 

1. CIS, II. 1. 



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POIDS BILINGUE PROVENANT DE PALESTINE 355 

monument est difficile à préciser : trop fragile pour un poids, 
ce n'est pas non plus un moule. L'authenticité, d'ailleurs, ne 
laisse pas d'être sujette à caution. Cinq pièces analogues 
auraient été trouvées en même temps à Simsin [non loin de 
Gaza], il y a quelques années déjà, et vendues à Gaza ou à 
JafTa. J'ignore ce que sont devenues les quatre autres et quelles 
inscriptions elles portaient* ». Il est vraisemblable que noire 
plaquette vient de ce lot et que la provenance indiquée dans le 
catalogue Naue est inexacte. 

Ëtant donnée la patine de ces objets, leur diversité qu'on 
peut aujourd'hui apprécier bien qu'ils paraissent avoir été tirés 
du même moule, nous pensons qu'il faut écarter les doutes 
sur l'authenticité. Il n'y a pas lieu d'être surpris de l'emploi 
de la terre cuite pour constituer un poids : le British Muséum 
conserve des poids babyloniens en terre cuite, en forme de 
canard, pesant un sixième de mine*. Ici aussi, nous sommes en 
présence de fractions de mine. Notre exemplaire représente dix 
sîcles ou un sixième de petite mine et le poids Ustinow deux 
tiers de mine'. On sait que la petite mine — moitié de la 
grande — vaut théoriquement 505 grammes et que, comme cette 
dernière, elle est qualifiée de « mine royale»*. Notre texte le 
confirme. Mais pourquoi ne porte-t- il pas l'indication exacte de 

1. Rtvue Biblique^ 1901, p. 1579. Le P. Vincent veut bien, dans une lettre 
datée du !•' novembre 1908, nous donner son sentiment actuel. L'objet est 
« assez mal conservé. Je l'ai revu souvent dans la collection de M. d'Ustinow, 
sans pouvoir me faire d'opinion ferme sur son authenticité. Tout compte lait, 
il a bonne apparence et j'ai été surtout impiessionné, pour hésiter à son sujet, 
par Tirreguiarité de l'empreinte, la fragilité do l'objet et la difficulté de le faire 
cadrer en quelque série métrologique ». 

2. Ce sont les n»- 14 et 15 de Weissbach, ZDàlG, 1907, p. 397-398. 

3. Notre exemplaire bien conserva donne pour la mine un poids de 486 grammes. 
La mine correspondant au poids Ustinow ne serait que de 444 grammes. Cette 
dernière évaluation, trop faible, tient à ce que cette dernière plaquette non seu- 
lement est usée par le frottement au point que les inscriptions ont en grande 
partie disparu, mais aussi s'est légèrement effritée • 

4. Le lion no 10 de Layard, marqué « une mine royale » pèse 480 grammes 
et le i\^ il pèse 468 grammes. Cependant, on désigne couramment (ainsi Decour- 
demancbe, Jownal asiatique, 1908, I, p. 192 et suiv.), mais à tort, la petite 
miUB comme mine commune et la grande mine comme mine royale. 



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356 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

la fraction de mine? Probablement pour simplifler la fabrica- 
tion, surtout en pays étranger. Du même moule, on voulait tirer 
des poids divers. Ainsi, avant la cuisson, non seulement l'épais- 
seur de notre exemplaire a été réduile, mais on a rogné la pla- 
quette tout autour du lion, on a fait sauter la bélière et même 
les pattes de devant ainsi que la fin de Tinscription araméenne, 
pour obtenir le poids de dix si clés. L'estampille assurait la jus- 
tesse du poids ; l'habitude empêchait de confondre les diverses 
fractions de la mine. 

Nous arrivons donc à cette conclusion que, vraisemblable- 
ment dès la seconde moitié du vin« siècle, on usait en Palestine 
de poids portant C estampille assyrienne et certifiés conformes au 
système de la mine royale assyrienne. 

Il est à présumer qu'avec les poids assyriens, les mesures assy- 
riennes de volume ont été intronisées en Palestine et il s'ensuit 
une explication nouvelle pour les épigraphes sur anses de jarres 
dont près d'une centaine ont été relevées dans les fouilles du 
Palestine Exploration Fund, soit à Jérusalem, à 16 mètres envi- 
ron de profondeur vers l'angle sud-est du Temple, soit dans les 
tells de la plaine philistine. 

Ces épigraphes portent, en caractère phéniciens, au-dessus 
du disque ailé ou du scarabée : LMLK, c'est-à-dire le-melek ou, 
avec l'article, lam-melek. Au-dessous du disque ailé ou du 
scarabée est estampillé le nom d'une des quatre villes suivantes : 
Hébron, Sokoh, Mamchat ou Ziph. Dans les exemplaires que 
nous reproduisons (flg. 2), on lit le nomd'Hébron sur l'anse du 
milieu, celui de Sokoh sur les anses de droite et de gauche. La 
difflculté qu'offre l'interprétation de ces petits textes tient à 
leur concision même. Dans un magistral exposé de la question, 
auquel nous renvoyons, M. Clermont-Ganneau a montré que 
toutes les lectures obtenues en liant les deux termes étaient 
inadmissibles*. Il proposait de les disjoindre : « Au roi, — 
Hébrun ». Il expliquait : a Au roi, sans aucun autre détermi- 

1. GlermoQt-GaoDeau, Recueil (Tarchéotoyie orientale, t. IV, p. 1-23. 



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POIDS BILINGUE PROVENANT DE PALESTINE 357 

natif, voudrait dire « au roi (de Juda) », au roi régnant quel 
qu'il fût. Puis viendrait, tout à fait indépendant de cette pre- 
mière formule qui se suffit à elle-même, le nom de la ville, 
nom variant selon la provenance ou la destination des jarres, 
et indiquant leur origine )>*. 

En adoptant l'idée essentielle que le savant professeur au 
Collège de France a dégagée, mais en se fondant sur les inscrip- 
tions pondérales dont nous avons traité en premier lieu et en 
serrant de près le parallèle, on est conduit à lire, sans l'article, 
U'fnelek « de roi » et à comprendre qu'il ne s'agit pas du roi de 



Fig. 2. « ADses de jarret palettioieooes, trouvées à Lakich. Photographie 
du Palestine Exploration Pund. 

Juda, mais du roi d'Assyrie. En un mot, la contenance de la 
jarre estampillée est certifiée conforme au système royal 
assyrien de oiesure. Il est d'autant plus regrettable que nous 
ne possédions intacte aucune de ces jarres, mais simplement 
des anses. 

A l'appui de cette interprétation, on invoquera une anse de 
jarre, récemment découverte à Gézer*, où l'estampille porte le 
disque ailé et le nom de Mamchat, mais où manque le terme 
LMLK. Ce fait prouve d'abord que les jarres en question n'é- 

1. Clermoni-Ganneau, ibidem^ p. 13. 

2. MacalÎBler, Fatestine Eœplor, Fund, Quart. Statementf octobre 1008, 
p. 281. 



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358 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

taient pas destinées, comme on Ta pensé, à renfermer l'impôt 
en nature dû au roi de Juda. D'autre part, il témoigne que la 
fabrique de Mamchat avait acquis assez de réputation pour que 
le nom seul de la provenance ait suffi. M. Macalister estime que 
le dépôt où il a rencontré cette anse, qui constitue une variété 
nouvelle, n'est pas postérieur à Tan 500 avant notre ère. 

On remarquera, tant l'analogie est étroite, que l'indication de 
provenance marquée sur les jarres ne fait pas défaut sur les pla- 
quettes pondérales, du moins dans la partie assyrienne. Quanta 
la raison qui limitait la fabrication des jarres estampillées à un 
petit nombre de villes, notamment à Hébron et à quelques loca- 
lités du sud de la Palestine, elle a été indiquée par le P. Vincent. 
Ces villes devaient leur privilège à la proximité d'excellentes 
terres à mouler et, de nos jours encore, Hébron ainsi que la 
région de Beit-Djibrîn fournissent Jérusalem de produits céra- 
miques'. 

Ajoutons, en terminant, que le rapprochement que nous 
avons établi entre les anses d'amphore estampillées d'une 
marque royale et les plaquettes pondérales en terre cuite selon 
la mine royale assyrienne, n'implique pas que les premières 
soient tout à fait contemporaines des secondes. Les circon- 
stances des trouvailles comme l'aspect des caractères sémi- 
tiques attestent que les anses de jarre, jusqu'ici connues, sont 
un peu plus récentes que les plaquettes pondérales. 

René Dussaud. 

1. Vincent, Canaan^ p. 359-360. 



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LE GROUPE DES MUSES 

DE LA VILLA D'HADRIEN 



(PLANCHK XVIl) 



L'histoire du groupe des Muses de Madrid peut se poursuivre 
facilement jusqu'à la seconde moitié du xvii" siècle; ces statues 
appartenaient alors à Christine de Suède. Agostino Penna' a 
essayé de rendre vraisemblable l'identité de ce groupe avec les 
neuf statues anciennes découvertes vers 1500 dans la villa 
d'Hadrien; son principal argument, c'est qu'en dehors des 
groupes des Muses assises à Madrid et au Vatican on n'en con- 
naît point d'autres ; or, ces dernières ayant été découvertes en 
1774, la relation de Ligorio sur la trouvaille de Tivoli ne peut 
s'appliquer qu'au groupe de Madrid. Mais Ligorio est un 
hotnme de l'espèce de Ptolémée Héphestion; tant qu'une infor- 
mation venant de lui n'est pas confirmée d'ailleurs, il faut la 
tenir pour suspecte. En outre, il n'existait encore aucune men- 
tion du groupe de Madrid entre 1500 et 1650. Aujourd'hui, cette 
grave lacune est comblée par les dessins de Marten van 
Heemskerck dont il va être question. 

Dans sa première description de la villa de Tivoli, datant au 
plus tôt de 1556', Pirro Ligorio dit que, sous Alexandre VI 
(1492-1503), on a trouvé dans le théâtre de cette ville neuf sta- 
tues de Muses assises : « Son state poste nella viyiia di Papa 
Leone Dectmo (1513-1521) nel Vaticano; altri dicono che furono 

1. Penna, Viagg. pittor. délia VUla Adriana, III (Rome. 1836), pi. IV-XI, 
p. 1 sq. 

2. Vat. lat., 5295, écrit dix ans avant le ms. de Turin ; cf. Winnefeld, Die 
Viliades HiidriaUf p. 3. Le me. Turin,. la troisième description, e<it au plus 
tôt de 1566; cf. C. J. L., VI, I, p. ui. 



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360 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

vendiite a Papa Leone^ ». Il ignore donc où se trouvaient alors 
les statues. Dans sa troisième et dernière relation, il dit positi- 
vement : a Le statue che sono state tolte da questo rnagni/ico et 
omatissimo liiogo, primieramente sono quelle délie nove Muse 
che siedonOf dimarmopario, che sono state trasportate nella vigna 
di Papa Ciemente Settimo (1523-34), pressa Roma sul colle detto 
monte Mare del Vaticano^ ». Cette vigne est la villa Madama, 
bâtie par Clément VII d'après les plans de Raphaël ; elle doit 
son nom à Marguerite d'Autriche qui l'habita plus tard. A ce 
témoignage plus précis de Ligorio s'ajoutent maintenant les 
quatre dessins de Heemskerck dans l'album de Berlin (I, fol. 34 
et 34 by. Si l'on compare ces dessins avec les statues de Madrid, 
en tenant compte des restaurations, il est impossible de contes- 
ter l'identité. Je vais les passer en revue, avec renvois à Clarac- 
Reinach, aux descriptions de Hûbner* et à la revision qu'en a 
faite Amelung*. 

I. Heems. I, 34 a (pi. XVII, en bas à gauche). 

Cl. 279,7 R. Amelung, fig. 21. Hûbner, n° 55. « L'extrémité 
du pied gauche porté en avant et les deux parties supérieures des 
bras sont de vieilles restaurations. La partie inférieure des bras 
et les attributs manquent. La tête était détachée, mais elle est 
antique et appartient au corps ». Amelung, n® 4 A : « Tête 
antique, mais cou moderne. Bras restaurés ». 

II. Heems. I, 34 b (pi. XVII, en bas à droite). 

Cl. 270, 3 R. Amelung, flg. 20. Hûbner, n« 53. a La tête 
manque, ainsi que les bras, dont les morceaux restants pro- 
viennent d'une restauration ancienne. Le pied gauche avancé 
et beaucoup de morceaux de la draperie sont restaurés ». 
Amelung, n® 1 i : « Tête et bras restaurés; une partie de la lyre 
est antique ». Un coup d'œil sur la photographie d' Amelung 



1. Fol. 21 ; publié par Winnefeld, loc, /., p. 3, Dote 14. 

2. Turin, fol. 44'; publié par Lanciani, Storia degli Scatrt, I(, p. 111. 

3. Décrit d*abord par Michaelis, Arch, Jahrb,, 1891, p. 143 sq. 

4. Emile Hûbner, Die antiken BUdwerke in Madrid, 1862, p. 62 sq. 

5. Amelung, Die Basis des Praxiteles^ 1895, p. 35, note. 



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LE GROUPE DES MUSES DE LA VILLA d'HADRIEN 361 

montre avec quelle exactitude la ligne de cassure se retrouve 
sur le dessin. 

III. Heems. I, 34 ô, a (pi. XVII, en haut à gauche). 

CI. 272, 5 R. Hûbner, n° 49 : « La tête couronnée de fleurs, 
les deux bras avec les attributs, la lyre dans la main gauche, 
appuyée sur le genou gauche, le plectre dans la main droite, 
ainsi que les jambes croisées, sont modernes ». — Confirmé 
par Amelung, n** 2. Bien entendu, TÉros n'appartient pas non 
plus à l'original *. 

IV. Heems. I, 34 6, h (pi. XVII, en haut à droite). 

Cl. 274, 7 R. Hûbner, n« 51. « La tête, le bras gauche, la 
main gauche tenant l'extrémité de la draperie, sont modernes ; 
le bras droit avait été restauré, mais manque. Sont encore 
modernes le pied droit avec un morceau de la plinthe et un 
certain nombre de morceaux de la draperie ». — Confirmé par 
Amelung, n° 3. 

L'accord est donc frappant et il est plus que vraisemblable que 
les quatre autres figures de la série, à laquelle elles se rattachent 
par le style, existaient à Tépoque deHeemskerck, qui vécut à Rome 
de 1532 à 1536. Nous savons qu'il a dessiné à la villa Madama, par 
ses esquisses du jardin (I, fol. 24) et de la fontaine de l'éléphant 
(I, fol. 19 a)*. Après Heemskerck, il n'y a plus aucune mention, 
aucun dessin du groupe des Muses, si ce n'est trois esquisses 
rapides dans un album appartenant au duc d'Aremberg à 
Bruxelles, qui contient des dessins de Lambert Lombard (à Rome 
de 1538 à 1540) et de son école (fol. 26); ce sont de mauvais 
croquis à la plume, peut-être inspirés de nos statues'. Margue- 
rite de Parme a pu faire cadeau de ces figures, comme du Jupi- 

1. Le reste de rattribut sur le geoou gauche, dans le dessia de Heemskerck, 
paraît appartenir & un objet discoïde ; le restaurateur de la statue correspon- 
dante du Vatican (Helbig' n. 279), a donc probablement eu raison de figurer 
un tympanon. 

2. Cf. Michaelis, Arch, Jahrb., 1891, p. 135 sq. ; 1898, p. 184 sq. (fig.); 
Egger, Codex Escor., texte, p. 135 sq. (flg.)- 

3. Je ne sais sur quoi se fonde Lanciani {bc, /.) pour reconnaître les figures 
qui nous occupent dans certaines statues du cardinal Carpi mentionnées par 
Aldroandi. 



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362 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

1er dit de Versailles qu'elle offrit en 1541 à Perrenot de Gran- 
velle, ambassadeur de Charles-Quint auprès du pape*. Les sta- 
tues reparaissent ensuite dans les gravures qui ont servi de 
modèles à Clarac, celles du recueil Rossi-Maffei*, où les 
planches CXI-CXX reproduisent un Apollon assis, huit muses 
assises et une debout. L'Apollon porte l'inscription : Statua 
(fApollo parire délie Muse e dio dé poetiy alla guale seguitemo 
qvelle délie Muse stes^e, cioè le otto, che si possedevano délia 
Hegina Cristina di Suezia^ ^oggi nel Palazzo Odescalco, e la nona 
del Palazzo Capitolino. Opéra di Francesco Maria Nocchieri 
Anconitaho (ces derniers mots se rapportent à l'Apollon). La 
collection de la reine Christine, réunie par elle pendant son 
séjour à Rome (de 1670 environ jusqu'à sa mort en 1689) passa 
après elle à Livio Odescalchi, duc de Sirmio et Bracciano, qui 
possédait le groupe en 1704. Les statues sont restaurées 
comme l'indique Clarac; il est probable que Nocchieri, élève de 
Bernin, exécuta ces restaurations en même temps que l'Apol- 
lon. Je parlerai plus loin de la neuvième Muse, qui n'a rien à 
voir avec notre groupe. — La série des Muses est citée en 1714 
dans l'inventaire du palais Odescalchi près de S. Apostoli*; 
bientôt après 1724*, le prince d'Elba, héritier de Livio Odes- 
calchi, offrit en vente sa collection et Philippe V la fit acquérir 
pour 12.000 doublons. Le groupe des Muses prit place au rez- 
de-chaussée du .palais royal de San Udefonso; enfin, vers 
1840, ,^il fut transporté au musée de sculpture, où il est 
encore. 

Il est clair que le chiffre de neuf Muses, donné par Ligorio, 
ne peut fournir un argument contre l'identification proposée. 

1. FroehDer, Louvre^ p. 63, noie 2. 

2. Domenico de' hossi, RaccoUà di statue antiehe e moderne, Homa, 1704. 
Hûbner (p. 63) distin^^ue Rossi de MaQ'ei, de sorte que i*OD songe à la série 
de statues puolièe en 4645 par Giangiacomo de Rossi; mais les Muses de 
Madrid n'y figurent pas. 

3. « Seconda stanza delta dette Atu$e n ; Documenti inediii per sereire aUa 
storia dei Musei d'itatia, t. IV, p. 332 : Otto statue^ etc. 

4. Hûbiier, loc, l., p. 14. 



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LE GROUPE DES MUSES DE LA VILLA D'HADRIEN 363 

Au sujet de la neuvième Muse*, qui servit à compléter le groupe, 
Clarac et Hûbner ont donné des renseignements erronés qu'il 
est inutile de réfuter en détail. Cette figure a fait partie du lot 
offert en 1566 par Pie V au peuple romain ; elle était alors pla- 
cée auprès de l'escalier de Bramante*. Dans la collection de 
gravures de Vaccaria (1584)* elle paraît dans l'état même où 
elle est reproduite par Rossi et par Clarac : Musa representans 
Comœdiam in Capitolio, De même, mais en sens contraire, 
dans Franzini (1596) * : Musae statua in palL Capitolii. Dans la 
gravure de Righetti * manquent le bras droit avec le masque et 
la plupart des doigts de la main gauche. La statue était alors 
sur un palier de l'escalier du palais des Conservateurs, où 
elle se trouve encore aujourd'hui. Elle n'a jamais été à 
Madrid ; peut-être cependant un moulage de cette figure est-il 
arrivé avec la collection de la reine Christine dans cette ville, 
où Hûbner le mentionne à l'Académie de San Fernando. Maffei 
et Righetti ont cru l'original antique, alors que le motif incom- 
préhensible de la draperie sur la poitrine et la manche droite, 
absolument inadmissible, en attestent l'origine moderne. Peut- 
être faut-il y voir un faux de Ligorio, destiné à compléter le 
chœur des Muses découvert par lui. 

CharloUem bourg. ^ 

Paul-Gustave Hûbner*. 

1. Gravée, d*après Rossi-MafTei, dans Clarac, p. 267, 2 R. ; mentionnée par 
Hûbner, p. 63. 

2. Voir l'inventaire du don pontifical (Michaeiis, Arch, Jahrb,, 1890, p. 61, 
n. 47) : « Vna Muaa, alta p. 9. Mandata a di detto (ultimo Febraro) con 
facchini 42 », 

3. Antiquarum statuarum urbis Romae ... icônes, Romae, ex typis Laurentii 
Vaccarii, 1584. 

4. Antiquitates Romanae vrais studio Hieronymi Franzini bibliopolae ad 
Signum Fontis opéra, Romae, 1596. 

5. l)pscr. del Campidoglio, Il (1836), pi. 210. 

6. Traduit, sur le manuBcrit de l'auteur, par S. Reinacb. 



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LES MERCENAIRES 

ET LES 

COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 



{Suite*). 

II 
ORIGfNE ET ÛRGANrSATïON DES MERCENAIRES DE PeRGAME. 

I. — Caractères généraux de l' Armée pergaméntenne. 

L'inscription que Ton vient d'étudier a permis de se rendre 
compte de l'état territorial et militaire de la puissance perga- 
ménîenne à ses débuts ; elle nous a révélé en même temps une 
convention qui, bien que née de circonstances exceptionnelles, 
éclaire singulièrement les questions les plus délicates de l'orga- 
nisation du mercenariat hellénistique. Elle contient, enfin, sur 
la composition et sur l'organisation des mercenaires de Per- 
game, des renseignements précieux qu'il nous reste à utiliser. 
Comme l'état de choses qu'ils font connaître n'a, lui, rien d'ex- 
ceptionnel, il y a tout intérêt à répartir ces divers renseigne- 
ments à la place qui leur revient dans une étude d'ensemble 
sur l'armée pergaménienne, les uns intéressant Thistoire du 
commandement, de L'armement et du cantonnement des merce- 
naires, les autres celle de leur recrutemetit dans ses rapports 
avec le développement de la puissance pergaménienne. Avant de 
s'engager dans le détail de cette double étude, il importe de 

1 . Voir la Revue archéologique de aovdinbre-décembre 1908. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 365 

dégager certains traits essentiels, qui caractérisent et qui domi- 
nent l'histoire militaire de Pergame. 

Dans rétude du recrutement, par laquelle il est naturel de 
commencer, ce qui frappera tout d'abord c'est le petit nombre 
des mercenaires obtenus au prix de tant de difficultés. Les 
effets de cette faiblesse militaire, qui n'a pas été moins grande, 
au II® siècle, en Egypte, en Syrie et en Grèce qu'à Pergame, 
sont parmi les plus importants de l'histoire universelle : 
ce sont eux qui expliquent essentiellement la conquête si facile 
du monde hellénistique par les Romains. Après les avoir long- 
temps négligées, on invoque presque exclusivement aujourd'hui 
les causes économiques et politiques, sociales et morales'; 
mais, dans les œuvres de conquête, c'est, avant tout, la force 
brutale qui prédomine. C'est bien aux légions romaines que la 
conquête du monde gréco-asiatique est due. Tandis que Rome> 
pendant les vingt ans de la guerre d'Hannibal, avait pu tenir 
annuellement sous les armes de 60 à 80.000 citoyens», il ne 
faut jamais perdre de vue que le plus puissant des souverains 
de l'Asie, Antiochos III, ne put amener que 10.000 hommes 
en Grèce et que, dans les deux journées décisives où il semble 
avoir réuni toutes les forces de son empire, à Raphia et à 
Magnésie, le total de ses troupes des plus diverses origines n'a 
jamais dépassé 80.000 hommes, chiffre que son flls Antio- 
chos IV atteindra à peine dans cette grande revue de Daphné 
que les Grecs' admirèrent comme l'un des plus formidables 

4. Voir notainmeiit, le livre caraclMrifitiquH lie C. B^rbagallo, La Fine deila 
Grecia Antica (Ban, 1905). J. Beiocb, le maître de la jeune rcole italienne 
d^histoire anuieiiue, qui possède à un si haut degré le sens des réalités, conclut 
Irès justement, après un tableau cornparatir Fommaire des armp«*8 grecques et 
roinaines du m* s. : « Du jour où, dans \r première guerre punique, les Romains 
sévirent obligés de devenir la première puissance militaire sur mer comme ils 
rétaienl déjà sur term, le sort en fut jeté : l'hégi^monie du monde devait passer 
entre leurs mains » (Griechische GeschicfUe^ III, 1, 1904, p. 367) 

2. En debors de la disciission des cbiiïres de Beloch et de Kornemaon, qiron 
trouvera dans Delbruck, Gubchichte der Krieyskunsl, 1 (2" éd. 1908), p. 358, 
voir» dans les Sludi di Sloria antica de Beiocb, P. Cantatupi, Le legioui 
romane nella guerra d^Annibale (rase. 1, i). 

3. C'est à torty je crois, que Koroemaon veut attribuer cette faiblesse numé- 



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366 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

déploiements de forces qu'un souverain hellène ait jamais pa 
mettre en ligne. 

Si telle fut la faiblesse militaire du plus grand des Séleucides. 
on ne peut guère s'étonner de celle des dynastes de Pergame 
qui, circonscrits jusqu'en 189 dans un canton de l'Asie-Mineure, 
n'obtinrent, après Magnésie, qu'un quart à peine de l'empire 
d'Antiochos III. Avant comme après cette date capitale de leur 
histoire, les causes de leur faiblesse sont les mêmes. Aux cités 
grecques de la côte éolienne et de la vallée du Calque, ils ont 
eu beau ajouter les régions qui comprennent la côte ionienne 
et les vallées de THermos et du Méandre; toutes ces florissantes 
républiques, sûres que leur indépendance jalouse trouvera des 
protecteurs chez tous ceux qu'inquiète la puissance nouvelle 
des Attalides, se font accorder par eux une autonomie plus 
ou moins complète. Si les fils des riches bourgeois de Smyrne 
ou de Tralles apprennent encore le maniement des armes et 
sont portés, comme leurs aïeux, sur les rôles militaires, ces 
rôles n'intéressent que la cité et rien ne permet de croire que le 
souverain de Pergame ait eu le droit d'appeler à son service la 
moindre portion des citoyens figurant sur ces rôles*. Ce droit, 

rlque aux hésitations d'Antiochos III, halançanteiitre la pohiiqup.<le pa maisun^t 
les projets d'Hannibal {Antike SchlcKhtfelder, 11, 200 et Netie âahrhwcher, 1907, 
p. 681). Il Buifit de remarquer que. vingt ans avant l'arrivée d'Hannibal, farmée 
de Raphia n'est pas plus considérable que celle de Magnésie. La cause véritable 
est rafTaiblissement même de la puissance séieucide, incapable de contraindre 
& rimpôt du sang aussi bien les cités grecques que les peuplades indigènes, 
ubligée de se contenter des colons ou des mercenaires qu'il fallait payer en 
terres ou en argent. Or, à 1 drachme par homme et par jour, une armée de 
50.000 soldats revenait dans Tannée à près de 4.000 talents, le montant du 
tribut annuel payé par l'Asie au temps de Sylla ! 

1. On ne peut môme pas allirmer que les Grecs d*Asie aient dressé a celte 
époque ces iironum catalogi dont on a encore tant d'exemples dans la Grèce 
des m* et ii« siècles. Le titre de stratège a perdu toute valeur militaire (pour IfS 
stratèges de Pergame et des principales villes pergaméniennes, voir Cardinali, 
op. cit.t p. 235, 250). Pour les villes du royaume de Pergame que les textes 
nous montrent jouant nn rôle militaire, Abydos (Niese, II, p. 593. 622, 727; lil, 
63), Alexandreia Troas (Niese, II, 642, 690), Ephèse (Niese, 150, 160), llion 
(Niese, II, :Ht^2, 502), Ervlhrées(II, 585,642). Lampsaque (II, 642,669). Sinymc 
(II, 66W, 680), Phocèe(II, 719, 725), Milet(ll, 134. 586. 720), Priène(III,25i). 
etc., ou ne peut aI6rmer s'il s'agit de soldats citoyens ou de mercenaires. Les 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 367 

il Texcerce exclusivement dans le petit nomre de villes qui lui 
appartiennent directement et complètement*. Comme, dans ces 
villes mêmes, il doit prendre soin de ne pas nuire aux intérêts 
économiques qui s'unissent au mépris grandissant du métier 
militaire pour dissuader le citoyen hellénistique de porter les 
armes, en pratique, les levées royales ne devaient être véritable- 
ment efficaces que dans les colonies militaires. On reviendra 
plus loin sur ces colonies fondées pour servir aux armées 
grecques d'Asie de pépinière permanente, mais on peut indi- 
quer dès maintenant que, plus la colonie devenait florissante, 
plus s'y développait l'activité industrielle et commerciale, plus 
aussi la population y perdait de ses qualités militaires et plus 
il devenait difficile de l'appeler sous les drapeaux. 

Ainsi, pour tout ce qui est des cités helléniques ou hellénisées, 
on voit comment se réduisait de plus en plus leur participation au 
recrutement de l'armée pergaménienne. De la plupart on pouvait 
dire le mot dont Phylarque stigmatisait dès la fin du m® siècle 

grands honiipurs rendus aux stratèges d»ylhrées, à Sôtas de Priène, à Thé- 
mistas d'Alexnndreia Troas pour avoir osé se anesurer aux Galates (cf. A. J. 
Reinach. Rtvue Critique 1908, p. 4 du tir. à part) témoijfnent, dès le ni« siècle, 
de rafTaiblissement de Tespril militaire. La présence des mercenaires est av<^rée, 
avec Ptolémaioff à Ephèseet Timarchos à Milet(Haussoullipr, Milet et le Didy^ 
meion^ p 70), Hermokratësà Erylhrées {Sylloge, 210-11), Hiéron à Priène (Insch, 
V, Priène, 11). Dans ces différents cas, le chef des mercenaires paraît s*être 
rendu maître de la cité: aussi, à Erythrées comme à Hérakleia,le premier soin 
est-il, après la chute du tyran, de raser la citadelle; à Priène, on la conserve, 
naais en surveillant de près le citoyen choisi comme phrourarque et dont les 
pouvoirs paraissent avoir été renouvelés tous les 4 mois (Inschr, v. Priène, 4, 
19-23). Cestà Smyrne que Tindice le plus précis d'une organisation militaire 
des citoyens s*e8t conservé dans le fragment épigraphique suivant : v Que les 
hommes du quartier se rangent depuis la tour de la Bonne Fortune jusqu'à 
celle de THeureuse Année » (Perrot, A. Arch,^ 1876, I, p. 41). 

1. Voir la liste dans Cardinali, op. c^^, p. 101 et les excellents chapitres 
où il décrit les rapports de l'autorité royale avec ces villes, notamment avec la 
plus importante de toutes, avec Pergame. Pour cette dernière, des décrets en 
Phonneur de gymnasiarques de la fin de l'époque royale font mention de xoùc 
atà T&v oicXctfv àyâivac (Ath, Mitt., 1904, p. 1.52; 1907, p. 272). Mais, de ces 
exercices militaires des éphèhes pergamèniens, on ne peut conclure qu'ils for- 
massent autre chose qu'une simule milice communale. Il n'y a rien non plus à 
tirer du passage où Appien {Jéithr,, 23) montre les Pergaménieus tuant à 
coups de flèches les Romains réfugiés au temple d'Âsklépios. 



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368 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

la lâcheté des Byzantins : si craintifs, qu'ils ne sauraient, même 
en songe, supporter le son du clairon*. Restaient les popula- 
tions indigènes, très clairsemées, d'ailleurs, là où la civilisation 
hellénistique n'était pas venue les concentrer en groupements 
nouveaux. Ces populations, elles avaient conservé leurs grandes 
qualités militaires dans ces montagnes de Mysîe et de 
Phrygie dont Pergame possédait, avant 189, tout ce qui l'en- 
cerclait immédiatement au Nord-Est et dont la paix de Ma- 
gnésie lui donna la presque totalité. Cette même paix soumit 
encore à Pergame quelques-unes des nations qui passaient 
pour les plus belliqueuses de l' Asie-Mineure, Pisidiens au Sud, 
Galates à l'Est. Mais, chez ces nations, la passion de l'indépen- 
dance allait de pair avec les vertus militaires qui l'avaient assu- 
rée jusque-là. Les souverains de Pergame n'étaient pas détaille 
à réussir où avaient échoué les Séleucides; sans chercher à 
soumettre ces peuples, ils durent se contenter de traités 
d'alliance ou de protectorat*. Trop heureux d'éviter ainsi — et 
ils ne l'évitèrent pas toujours — que lesRhodiens n'excitassent 
contre eux les Pisidiens et que les rois de Pont ou de Bithynie 
n'entraînassent les Galates dans les riches plaines de Lydie ou 
de Phrygie, les Attalides ne paraissent avoir demandé que très 
peu d'auxiliaires à ces nations mal soumises qui ne cessèrent de 
s'agiter sur leurs frontières. Bien que les Mysiens fussent aussi 



1. Phylarch., ap. Athen., X, k22 c=.Pragm. Hist. Gr., I, 336. Je suppo- 
serais volonliers que les plus importantes des villes grecques se rachetaient de 
tout devoir militaire envers le roi en lui Tournissant quelques cavaliers d*élite 
ou lie parade. Ce seraient les koXitixoi qui figurent au nombre de 3.000 dans la 
cavalerie d'Antiochos IV (Pol , XXXI, 3,7) el dont une inscription récemment 
découverte uiontre un détachement dans la garnison d*Hermoupolis (Lesquier, 
Revue de Philologie, 1908, p. 220). Le nom semble s'être appliqué d*abord aux 
seuls Mucédouiens (Diod., XVIII, l'A 'i) ; il se serait étendu à ceux qui jouis- 
saient comme eux de la totalité des droits politiques. 

2. Pour les Galates, voir plus hus. Pour les Pisidiens, je rappelle seulement 
ici les expéditions dirigées contre eux par Achaios et par Antiochos [H et les 
deux tentatives que le prince Attalos paraît avoir faites pour les soumettre, l'une, 
en 188, pendant lu campagne de Manlius contre les Galates qu'ils secondaient, 
Tautre, vers 165, à la suite de leur participation probable à la révolte de Solo- 
vettios. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 369 

limitrophes de la Bithynie, toujours hostile à Pergame, et bien 
que ceux d'entre eux qui s'étendaient au Nord-Est de TOlympos 
et du Temnos aient longtemps fait partie du royaume bithynien, 
tout ce qu'il y avait d'indigènes mysiens, lydiens ou phrygiens 
répandus dans les montagnes qui se succèdent de l'Ida au 
Kadmos se trouvait assez fortement englobé et encadré dans le 
royaume pergaménien pour que celui-ci pût y chercher des sol- 
dats, sans crainte de susciter des révoltes favorables aux inter- 
ventions étrangères. Si les Attalides n'ont pas usé davantage de 
ces facilités apparentes, c'est qu'ils pouvaient redouter que, une 
fois armés et exercés à la grecque, les laoi mysiens * ne montras- 
sent les mêmes velléités d'indépendance qui agitaient les laoi 
égyptiens depuis le jour où le danger de l'invasion syrienne de 
218/7 avait obligé d'organiser 20.000 d'entre eux en une pha- 
lange qui avait puissamment contribué à la victoire de Raphia. 
On sait les réflexions que cette incorporation des Égyptiens dans 
l'armée de Ptolémée IV inspire à Polybe : « résolution avanta- 
geuse pour le moment, mais pernicieuse pour l'avenir » '. Les 
mêmes raisonnements durent dissuader les Attalides de puiser 
trop abondamment au sein des populations indigènes de leur 
royaume; les mieux soumises en apparence pouvaient devenir les 
plus redoutables le lendemain. Profltant surtout de leur trésor 
bien garni, ils donnèrent raison à ce proverbe hellénistique : 
« L'argent est le meilleur compagnon d'armes ». Après l'avoir 
cité, Diodore expose la théorie qui fut celle de Pergame : « Avec 
un peu d'argent on rassemble assez de mercenaires qui s'ex- 
posent pour ceux qui les paient, et, si Ton est vaincu, on en 
trouve encore d'autres à opposer à l'ennemi : battu avec les 
milices nationales l'on perd tout ; avec des troupes étrangères, 
au contraire, on est toujours sur pied tant qu'on a de l'argent' ». 
Ces considérations générales, qu'il sera facile à chacun de 
développer, ne permettent pas seulement de comprendre la fai- 

1. Pour la justiôcalioa de cette expression, voir plus bas p. 387, n. 2. 

2. Polybe, V, 107, 2^. 

3. Diodore, XXIX (trad. Hoefer, IV, p. 337). 

!¥• SÉRIE, T. XU. 25 



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370 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

blesse numérique, si étonnante au premier abord, que Ton sera 
amené à constater dans les armées de Pergame ; elles expliquent 
les traits caractéristiques de leur composition. C'est, d'abord» 
l'absence des trois corps essentiels aux armées macédoniennes : 
l'infanterie lourde des sarissophores formés en phalange, l'infan- 
terie plus légère des hypaspistes dont les argyraspides paraissent 
avoir été l'élite, la cavalerie des hétaïres constituant Vagêma ou 
r</^ royale*. L'absence à Pergame de toute mention de ces corps, 
connus en Macédoine, en Egypte et en Syrie, autorise à supposer 
qu'ils n'y existaient pas. Jusqu'en 189, on s'explique aisément 
que le faible royaume n'ait pu réunir les 30.000 Macédo- 
niens ou macédonisés que ces trois corps réclamaient pour 
le moins. A partir de cette date, ni la Macédoine même (où 
Persée, ennemi héréditaire de Pergame, ne trouvera qu'avec 
peine 30.000 hommes dans sa lutte suprême contre Rome), 
ni les colonies macédoniennes d'Asie Mineure, qui perdent de 
plus en plus leur caractère militaire, n'étaient en état de les 
fournir. L'eussent-elles pu, au reste, que les défaites retentis- 
santes infligées par les Romains aux armées macédoniennes 
attesteraient assez l'insuffisance des armées de ce type. Comp- 
tant sur l'amitié de Rome, Attalos II ne chercha sans doute pas, 
comme Antiochos IV de Syrie*, à former une légion à la 
romaine. Il pensait avoir à lutter seulement contre les royaumes 
limitrophes de Bithynie, de Pont, de Cappadoce, à défendre 
ses frontières contre les Thraces, les Pisidiens ou les Galates. 

1. Sur ces corps, voir H. Droysen, Untersuchungen UberAlexander des Gros» 
sen Heerwesen (1885) et Heerwesen der Griechen (1889); Ad. Bauer, IHe 
griechiscken Kriegsalterthutnerj 2* éd. (1892). 

2. Polyb., XXXI, 3. C'est la fameuse description de la rerue de Daphné 
en 168 : 5.000 hommes armés à la romaine, 5.000 Mysiens, 3.000 Cilidens, 
3.000 Thraces, 5.000 Galates, 20.000 Macédoniens, 5.000 Chalkaspides et pro- 
bablement autant d'Ârgyraspides, 1.000 cavaliers Niséens, 3.000 poUtikoif 
1.000 hétairoU autant de philoi environ et d'épitektoi; [''agêma comptant éga- 
lement un millier d*hommes, enfin 1.500 kathaphraktoit cuirassiers; fermaient 
la marche les chars à faux, 100 à 6 chevaux et 400 à 4, et 36 éléphants de 
guerre. Au total, 51.000 fantassins et 9.500 cavaliers, ce qui, avec les troupes 
d'artillerie et les troupes restées en garnison, suppose une armée d'environ 
80.000 hommes. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PEBGAME 371 

Contre ces belliqueuses tribus des montagnes, il lui fallait sur- 
tout une bonne infanterie légère et une bonne cavalerie légère. 
C'est le pôle que semblent avoir joué les peltastes tralliens, 
thraces où étoliens, les frondeurs ou archers kurdes, mysiens, 
achéens et crétois, la cavalerie galate et lydienne. Sauf les My- 
siens, Phrygiens et Lydiens, dont les provinces furent comprises 
tout entières dans le royaume de Pergame tel qu'il fut consti- 
tué en 189, sauf les Galates et les Thraces, qui débordent en ma- 
jeure partie hors de ses frontières, les peuples que nous verrons 
figurer parmi les mercenaires de Pergame sont totalement étran- 
gers au royaume. On a vu pourquoi les Attalides devaient, de . 
préférence aux Pisidiens ou aux Cariens qui bordaient leur fron- 
tière méridionale, aller chercher des mercenaires à Mastyè en 
Paphlagonie ou chez le» Kurdes du Zagros, en Crète ou en 
lUyrie, auprès des Ligues Étolienne ou Achéenne. Loin de ris- 
quer de mettre aux mains des plus belliqueux de leurs sujets des 
armes perfectionnées que ceux-ci pourraient quelque jour retour- 
ner contre eux, ils créaient ainsi tout autour d'eux, surveillant 
les rois voisins, toujours plus ou moins hostiles, une sorte de 
zone discontinue d'alliés ou d'amis de second ordre où se recru- 
tait la meilleure partie de leur armée. Il suffit de rappeler le 
rôle important qu'ont joué, dans la politique extérieure de l'An- 
cien Régime en France, les régiments étrangers, les uns levés en 
vertu de capitulations spéciales en Suisse ou en Allemagne, les 
autres formés à l'aide des réfugiés et des mécontents que la 
pression des grands États voisins faisaient fuir de Croatie ou de 
Pologne, d'Ecosse ou d'Irlande. 

C'est ce caractère, aussi politique au moins que militaire, que 
prenait à Pergame le recrutement des mercenaires, qui explique 
la diversité des régions où il s'exerçait. En comprenant sous 
ce nom de mercenaires toutes les troupes qu'un contrat quel- 
conque mettait au service du roi, on réunit sous une même 
désignation différents types qu'il importe de distinguer : com- 
pagnies de soldats de toute provenance levés par un seul et 
môme chef qui est à la fois le propriétaire et le commandant 



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372 HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de son régiment, qui opère à leur tête et qui traite en leur nom; 
peuplades belliqueuses qui maintiennent dans leurs montagnes 
une indépendance farouche et qui n'accordent apparemment au 
roi de Pergame le droit de faire des levées chez elles que moyen- 
nant Tappui financier qu'il leur prête, aux Tralles contre les 
rois de Macédoine et d'IUyrie, aux Kurdes contre les rois d'Ar- 
ménie et de Syrie, aux Mastyens contre les Galates et les Bilhy- 
niens. Avec Mastya, le roi de Pergame a peut-être quelque traité 
en bonne forme, comme ceux par lesquels il promet son alliance 
à telle ou telle cité de Crète moyennant le droit d'y envoyer ses 
xénologues. Avec les Ligues Etolienne et Achéenne, il a conclu 
une alliance offensive et défensive qui comporte, dans certaines 
conditions, l'envoi mutuel d'auxiliaires ; en Mysie, comme en 
Thrace ei en Galatie, à mesure que la conquête pergaménienne 
s'affermit et se développe, c'est sans doute l'impôt du sang qui 
est exigé des populations au même titre que le tributum; là où 
la conquête ne s'est pas encore étendue, c'est un traité avec le 
dynaste paphlagonien Morzios, le roitelet thrace Atlesbis ou le 
chef galate Kassignatos qui amène ceux-ci à suivre Euménès II 
à la guerre. La supériorité de la puissance pergaménienne, dans 
ses alliances avec de pareils princes, leur donne encore l'appa- 
rence d'auxiliaires ; ce caractère va en s'atténuant quand c'est aux 
rois de Cappadoce et de Bithynie*, de puissance presque égale à la 
sienne, qu'Euménès II s'allie contre Pharnakès du Pont; il dis- 
paraît tout à fait, au détriment de Pergame, quand c'est avec les 
Romains que les Attalides s'unissent contre Philippe et Persée, 
Antiochos et Nabis, et ce sont alors les historiens romains qui 
parlent dédaigneusement des auxilia d'Attalos ou d'Euraénès. 
Malgré le peu d'empressement que Polybe et ses imitateurs 
et épitomateurs latins mettent à reconnaître, dans l'histoire mili- 
taire, l'importance de l'action pergaménienne, le groupement 
des textes rares et vagues qui la concernent ne laissera pas 



1. (Voir Niese, III, p. 74-8 et Kurt Meischke, Zur Geschichte des Kônigs 
Eumenes II (Programm der Realschule ia Pirna, 1905), p. 30 36, 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DU PERGAME 373 

de la mettre en meilleure lumière. Il permettra surtout de com- 
prendre comment la composition de l'armée des Attalides 
dépend intimement de la politique de ces princes. Ces troupes 
d'origine si différente, qui les servent à des titres si divers, n'ont 
entre elles d'autre lien que le lien tout personnel du contrat 
passé avec le prince, des serments échangés avec lui, de la solde 
payée par lui, du butin distribué par lui. L'armée pergamé- 
nienne, qui n'a rien de national dans son recrutement, est 
l'œuvre et la chose du roi ; en face de la nation armée telle 
qu'elle existe à Rome et en Macédoine, ses soldats sont les 
« royaux », basilikoi, régit. C'est la politique royale que sert 
exclusivement cette armée, et l'on peut dire aussi qu'elle la 
représente, puisque sa composition varie en raison même des 
variations de cette politique. Le recrutement des mercenaires 
des Attalides, dont nous allons retracer les vicissitudes, doit 
donc amener à éclairer où à préciser plus d'un point encore 
incertain de l'histoire extérieure de Pergame. 

IL — Le recrutement des mercenaires dam ses rapports avec 
le développement de la puissance pergaménienne. 

Nous passerons en revue, d'abord, en Asie, les Mysiens, les 
Galates, les Masdyéniens et les Kyrtiens; puis, hors d'Asie, les 
Ligues Etolienne et Achéenne, les Cretois, les Tralliens et les 
Thraces. 

Les Mysiens. — De longue date, les Mysiens formaient, au 
N.-O. de l'Asie Mineure, un des éléments les plus belliqueux et 
les plus turbulents. Ils étaient en pleine révolte à la fin du 
v® siècle et les villes dont ils s'étaient emparés devaient servir 
de prétexte à l'expédition de Cyrus le Jeune qui, à son arrivée 
dans sa karanie, avait déjà marché contre eux*. Lorsque, au 
retour, les Dix-Mille feront, en 299, la guerre en Mysie, ils trou- 

1. Xénoph., Anab.j I, 9, 14; II, 5, 13. La Mysie fournit la meilleure partie 
de Tarmée indigène de Cyrus le jeune. Les cavaliers qu'Agésilas lève à Éphèse 
sont apparemment des indigènes mysiens ou lydiens (Plut., Agés., 9, 4). 



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374 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

veront devant eux, entre autres troupes perses, des cavaliers 
hyrkaniens^ qui ont été manifestement établis dans la plaine qui 
recevra d'eux le nom d'hyrkanienne pour contenir les incur- 
sions des My siens. Par leur position avancée au milieu du 
monde hellénique, les Mysiens s'hellénisent de bonne heure et, 
parmi les Dix-Mille, on trouve des mercenaires mysiens». Aussi 
n'y a t-il rien d'étonnant à ce qu'ils jouent un grand rôle dans 
les armées hellénistiques, parmi l'infanterie légère ou la cava- 
lerie légère'. Ils figurent déjà dans les troupes de Lysimaque à 
Kouroupédion*. Un des cinq régiments qui forment en Egypte 
le noyau de la cavalerie porte le nom de « Mysien* ». Dans l'ar- 
mée qu'Achaios mène en 218 contre Selgè, les Mysiens figurent 
en assez grand nombre pour que 800 d'entre eux puissent périr 
dans un assaut*. Le vainqueur d'Achaios, Antiochos III, pou- 
vait, à Magnésie, placer à l'aile droite de l'armée syrienne 
1.200 archers à cheval Dahes, que suivent 3.000 hommes d'in- 
fanterie légère, moitié Cretois, moitié Tralliens. Duo millia et 



1. Xnah., vu, 8, 15. 

2. L*ui> d'eux porte le nom caractéristique de Muff6« (Ana6., V, 2, 29); un 
autre divertit Tarmée en exécutant des danses de son pays (Ana6., VI, 1,9-13). 

3. Sur la réputation des chevaux mysiens, voir Friedlânder, Sittengenschiehte 
Roms, II', p. 190, 4. Chez Homère déjà le chef des Mysiens s'appelle HippotioD 
et ce sont les Mysiens qui donnent à Priam ses mules divines. C'est avec les 
àSvitpaYoi iicnot qu*il tire de la Mysie que Hermias d'Atarnée remporte le prix 
aux Panathénées (Platon, Epit, 6 ; Théopompe, ap. Didym. ad Dem., c. V, 1. 
24) ; c'est apparemment avec les mêmes chevaux qu*Attalos de Pergame rem- 
porte ses victoires à Olympie (cf. p. 244, n. 7). Cf. encore Euhippia, un des noms 
de Thyateira, et de nombreux noms semblables dans la région qu'on a ratta- 
chés aux légendes amazoniennes. 

4. C'est ce qui résulte de Tépitaphe du tzeI^o^lix^ç bithynieo Menas Hts de 
Bioëris, tombé Kovpou e[jl neSico après avoir tué dans un combat de cavalerie un 
Thrace et un Mysien (G. Mendel, Bull. Corr, HelL, 1900, 380, et Keil, B. de 
Fhilol.f 1902, 257). La guerre entre Lysimaque et Ziboitès de Bitbynie (Mem- 
non, 20) et le fait que Lysimaque régnait en Thrace et en Mysie rendent vrai- 
semblable que Menas servit dans Tarmée de Séleukos. 

5. Il va sans dire que les Mysiens qui forment la 4* hipparchie ne sont pas 
plus tous d'origine mysienne que n'étaient Croates tous les cavaliers du Royai- 
Cravate (voir Pap, Fayoum TownSy 11-12, Hibeh Pap. 32 et 129 et Smyly, 
Pap. Pétrie, III, p. 288). 

6. Polyb., v, 73. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 375 

quingeni Mysi sagittarii hU adjuncti erant^. Antiochos IV en a 
5.000 lors de la grande revue de Daphné (167)'. La môme année, 
il faisait occuper la citadelle de Jérusalem par le mysarque 
ApoUonios'. Les Mysiens paraissent donc avoir formé, dans l'in- 
fanterie des Séleucides, une division spéciale, comme ils consti- 
tuaient un corps particulier dans la cavalerie des Lagides. En 
était-il de même chez les Attalides?Les Mysiens, qui sont cités 
après les Macédoniens dans le testamentum Attali^ désignent-ils 
l'ensemble delà population indigène de la Mysie pergaménienne 
ou une catégorie de militaires d'origine mysienne ? C'est à une 
semblable catégorie qu'appartiennent sans nul doute les Mysiens 
qui soutiennent la cavalerie d'Euménès II dans le premier com- 
bat d'avant-garde livré à Persée*. Pour établir qu'il en était de 
même des Mysiens auxquels Pergame accorde le droit de cité 
en 133, il importe de rechercher quelle pouvait être l'extension 
des populations désignées sous ce nom. 

D'où venaient ces Mysiens, gens ampla per se, etiam cum totum 
Mysia appellaretur^^. La question doit être posée d'autant plus 
que, à l'époque hellénistique, le nom de Mysie ne s'applique plus 
comme jadis à tout l'angle N.-O. de l'Asie Mineure, du Caïque au 
Rhyndakos. Sous la domination perse, ces pays rentraient 
dans la satrapie de Phrygie Hellespon tique. Elle fut maintenue 
par les Séleucides et c'est à l'un de ses stratèges, Méléagros, 
qu' Antiochos I adresse la fameuse lettre relative aux 4 OOOplè- 

1. Liv., XXXVII, 40, 8. 

2. Polyb., XXXI, 3. (= Athen., V, p. 194 C). Le régiment Mysien est cité 
en second, les 5.000 hommes équipés à la romaine venant en tête. 

3. II Macch.t V, 24. Les soldats établis par lui dans la nouvelle forteresse du 
Mont-Sion étant qualiûés de « Macédoniens », on peut supposer, ou bien qu*Ân- 
tiochos IV n'osait confier à d'autres qu'à des Grecs une tâîche aussi délicate, ou 
bien que les Mysiens avaient été assimilés aux Macédoniens au point de vue 
des privilèges militaires. Sur l'interprétetion de ce texte, voir Niese, Hermeê^ 
XXXV, 1900, p. 296 ; Kntik der beiden Makkahàerbùcher, 1900, p. 93. 

4. Voir plus bas, p. 387. 

5. Liv., XLII, 57. Ces Mysi sont sans doute des archers comme ceux de 
Magnésie, d'autant plus qu'ils sont de même associés à des Cretois. 

6. Pline, flUT., V, 126. Xénophon (Ana6., VII, 8, 20) semble considérer que 
passer le Gaîque c'est entrer en Lydie. 



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376 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

thres déterre cultivable que le roî donneàArîstodîkîdèsd'Assos 
dans le voisinage d'Ilion et de Skepsis*; peut-être, Méléagros 
était-il le successeur de cet Antipatros, praefectus Hellesponti 
orae, qui n'avait pas su empêcher en 277 le passage des Galates*. 
Pergame elle-même.appartenait à cette satrapie qui commença à 
se disloquer dès l'avènement d'Antiochos I; elle y formait le 
centre d'une des régions qui avaient conservé le nom particulier 
de Mysie*. La Mysie Pergaménienne, Myaia -^ xepl tov Kaixov -/.ai d;^ 
EfgpYaixYîv^v*, s'étendait au nord du Caïque jusqu'aux bouches du 
fleuve ou plutôt, jusqu'à Teuthrania, la capitale légendaire de 
Teuthras, roi des Mysiens, Teuthrania quant Afysi antiquitus 
tenuere, ibi Caicus amnis orititr, la région côtière ressortissant à 
l'ÉolideV En arrière de cette côte, et au Nord de la région du 
Caïque, la Mysie dite « d'Éolide » ou oc d'au-dessous du Caïque » 

i, Dittenber^er, Orientis Graeci tnscr., 221. De ce que la donation de terres 
faite à Gambreion en 326/5 {Sylloge^ 155) est datée du satrape de Lydie Mé- 
nandros, il faut conclure que cette satrapie s*étendait alors jusqu'au Caïque, ce 
qui concorde avec le texte précité de Xénophon. 

2. LIt., XXXVIII, 16. Je ne crois pas, contrairement à P. Gbione (I eomuni 
del regno di P., p. 19) que le passage de Diodore, XV, 90, suffise à prouver 
Tezistence d'une salrapie (tout au plus y eut-il une subdivision militaire ou 
financière, straté^'e ou nome) perse de Mysie qu*Alezandre aurait unie à la 
Lydie et qu'une lifs^e allant du cap Lekton à Gordion aurait séparée de la 
Pbrygîe hellespontique. La Lydie n'a jamais dépassé le Calque et le Temnos. 

3. Sur la difficulté, devenue proverbiale, de. distinguer entre Mysie, Phrygie 
et Lydie, voir Strabon,XII, i, 4, p. 564 ; 8, 2, p. 572. Elle dérive des invasions 
et des hégémonies successives des tribus mysiennes, phrygiennes, méoniennes, 
lydiennes, etc. qu'on trouvera exposées notamment dans la Lydie de Radet 
(1899), dans le Pergamos de Thraemer (1888), dans le 2* vol. de la GeschicfUe 
dês Alterthums de Ëd. Meyer et dans le III" vol. de ÏHistoire ancienne de 
M. Maspero. 

4. Strabon, XII, 8, 1, p. 571. Stéphane de Byzance, s, v. : 'ASpaiiurrEiov dit 
tc6Xic TYjc xaxoc Katxov Muvt'ac. ^^^te même Mysie d'au-dessous du Calque — sans 
doute identique à la Mysie d^en bas dont on connaît un administrateur à Tépoque 
impériale, âpxàpioc Muafac tt)c xàro) (le personnage est pergaménien et Tinscr. 
provient de Pergame, Ath. Mitt., XXIV, 171) était dite « Mysie de TEolide ». 
Cf. Steph. Byz. s. V, : "AvtavSpoc • 7r6Xtç{iirb rriv "lêtjv Tipb; t^ Muffiqt ttjç AioXido;. 
De même Strabon, XIII, i, 85 : Muai'aç Bï "Aatupa. 

5. Pline, HN., V, 125; Strabon, XII, 8, 1-2, p. 571 ; XIII, 1, 69, p. 615. 
Cependant Xénophon, Anab,, VII, 8, 4 (avec la corr. de Poppo et Dindorf] 
semble appeler OaXaTia ttjc Muafac la mer qui baigne les côtes, de la plaine de 
Thébé aux bouches du Calque. Pour les autres textes, qui considèrent cette 
côte comme]Mysienne, voir Thraemer, op. eit,, p. 279. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 377 

remontait jusqu'à la région d'Adramyttîon et d'Antandros, la 
riche plaine de Thébé, que Mysîens et Lydiens se disputaient 
depuis des siècles*. Au Nord-Ouest de la plaine de Thébé, l'Ida, 
puis TAisépos' qui en descendait, séparaient la Troade de la 
Mysie. Au Nord-Est, cette Mysie Pergaménienne, qui s'étendait 
jusqu'aux sources du Gaîque où l'on place t^v ev Muda ^oph* 
infligée par Attalos I aux Galates, était arrosée par un affluent 
du Caïque du nom caractéristique de Mysios* ; il descendait du 
Temnos qui séparait la vallée du Caïque et de ses affluents des 
bassins de Mékestos et du Tarsios. Le Temnos, lui-môme, jus- 
qu'au Dindymos, formait la limite septentrionale d'une seconde 
région my sienne '. Bien qu'elle fît officiellement partie de la 

1. Strabon, XIII, 1, 61, p. 611; 65, p. 614; XII, 1, 8, p. 586. 

2. Strabon, XII, 4, 6, p. 566 : AfaTiicov xôv Mvaûv 8piov. 

3. Pausanias, I, 25, 2. 

4. Strabon, XIII, 1, 70, p. 616. Diaprés ce texte, le fleuve Mysios était le 
premier affluent considérable du Caïque ; il descendait du Temnos et celui-ci le 
séparait de VApias Pédion, qui se trouverait plus à l'intérieur, à la hauteur de 
la Thébés Pédion. Or, d'après Polybe (I, 77, 9), cette plaine d'Apia serait séparée 
par le Mont Pélékas de la vallée du Mékestos et serait presque contigué au pays 
de (ou des) Kotpaetc qu'on a identifié à la Karéséné qui devait son nom au 
Karésos, affluent deTAisôpos qui coule entre Tlda et le Kotylos (Strabon, XIII, 
i , 44-5, p. 603). Gomme, entre la région de TAisépos où se jette le Karésos et 
le Mékestos, la route traverse la haute vallée du Tarsios pour déboucher vers 
le Mékestos dans la plaine d'Hadrianou Thérai, c'est entre cette plaine et le Tar- 
sios qu'on placera le Mont Pélékas (extrémité N.-O. du Temnos ; le M. Kiminas 
des Byzantins ? cf. Ramsay, Uistor, Geogr,, 159) et c'est à la vallée transversale 
qui prolonge vers le Tarsios la dépression où coule le Karésos qu'il faudra iden- 
tifier l'Apias Pédion. Le Mysios serait donc bien le fleuve qui descend du Ki- 
minas (que Strabon appellerait par extension le Temnos) sur la carte de Ramsay, 
Les cart«8 récentes de Buresh {Aus Lydien, 1898) et de Wiegand {^Reisen in 
Mysien, 1904) placent Apollonia' prés du confluent du Mysios avec le Caïque ; 
mais le texte de Strabon (XIII, p. 625) amène bien plutôt & localiser cette place 
sur la route directe de Pergame à Sardes à travers la chaîne de montagnes qui 
limite au S. la vallée du Gaîque, comme le font Kiepert et Thramer (cf. Pergamos, 
p. 200). D'après une première carte de Kiepert, c'est Germé qui se trouverait 
en face du confluent du Mysios; mais, dans ses cartes postérieures, Kiepert a 
préféré la placer plus à l'Est, à Somah (avec Ramsay, Joum, HelL Slud., 1882, 
p. 202; Histor, Geogr, p. 127), à Yerma Tepè entre Somah et Kirkagatsch avec 
Leake. Vltinéraire Antonin et la Table de Peutinger s'accordent k placer Germé 
à XXV milles de Pergame, à XXXIII de Thyateira. Ce dernier chiffre n'est exact 
que si Germé est, en effet, près du confluent du Mysios; aussi Ramsay (p. 167) 
propose-t-il de corriger en XXIII. 

5. Strabon, XIII, 4, 5, p, 626. Cf. Arrien, Anab., V, 6, 4. 



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378 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Lydie, c'est encore sous le nom de Mysie Katakékauméné' qu'on 
désignait cette région volcanique qui descendait à l'Ouest la 
vallée du Lykos, jusqu'à Thyateira « place extrême des My- 
siens » ■ ; à l'Est, elle était circonscrite par la boucle de l'Hermos 
qui naissait au pied du Dindymos près de Kadoi, autre place 
frontière de la Mysie'; au Sud, on retendait parfois au delà de 
l'Hermos, jusqu'au Kogamis*. 

C'est du Nord-Est que les Mysiens, sous la pression des inva- 
sions successives, étaient descendus si fort avant vers le Sud. Si 
le nom de Bosporos Mysios^, jadis donné au Bosphore, n'était plus 
qu'un souvenir au m* siècle de notre ère; si les érudits étaient 
seuls à rappeler qu'à Kios, à Astakos, à Cyzique, à Daskylion, 
la population primitive était mysienne ; si l'on ne rencontrait 
plus, en Bithynie, que des débris de tribus mysiennes isolées 
sur le Mont Hypios, près d'Héraclée ou sur le Mont Argantho- 
nios près de Kios, les Mysiens s'étaient concentrés loin de la mer 
dans les massifs montagneux qui s'étageaient de l'Olympos au 
Temnos : Mysie Olympênè* qui, au sud des grands lacs, s'allon- 
geait du lac Askanien à l'Aisêpos, appuyée sur 1' « Olympos 
Mysios »' ; Abrettênè*, avec ses villes de Blaudos, d'Eristé-Néo- 
kaisareia et de Hadrianoi, entre le Rhyndakos et ses grands 
affluents de gauche; Abbaïtis', avec ses villes d'Ankyra, de 

1. Strabon, XII, 8, 12, p. 576; 18, p. 579. 

2. Strabon, XIII, 4, 4, p. 625 : BvecTcipa, xaroixCa Maxe86vii>v, ^v Mva&v e^xerniv 
Ttv£; çaaiv. 

3. Strabon, XII, 8, 12, p. 576. 

4. Strabon, XIII, 4, 10-11, p. 628. 

5. Dion. Chalcid. fr. 7 (=F. H. Gr., IV, 395); Eust. ad Dion. Perieg. 140 
(= Geogr. Gr, Min,, II, 241); Arrien, fr. 35; Schol. ApoII. Rhod. I, 1115; II. 
168. Pour les autres faits allégués, voir les textes dans Thraeoner, Pergamos, 
p. 277, 303, 313, 333. 

6. Strabon, XII, 8. 1, p. 572 et 12, p. 576 : My^îa y^ 'OXviiT.YivVi ; 3, p. 572 : 
nepi Tov *Oàui«uov; XII, 4, 5, p. 564 ; Mv»a(av Sii^xoutrav |i,é*/pi toO OXtS|iicou 
a*/e8bv iravtoç. 

7. Strabon, XII, 4, 3, p. 564; 8, 1, p. 571 ; 8, p. 574. Cf. Hérodote, VII, 74; 
Pline, V, 142. 

8. Strabon, XII, 8. 9, p. 574; 11, 576. Cf. Pline, V, 123; Steph. Byi. s. v. 

9. Strabon, XII, 8, 11, p. 576; XIII, 4, 4, p. 625 : t« «à itpoerctpxrta (N.-E.), 
T$ Utpy&^tù Ta icXeîoToi ^vh Muaûv ïxtxat, xà ev de(i& (Est) t&v 'ASaeiTûv XeYO|iivwv, 



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LES MERCENAFRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 379 

Synaos et de Kadoi, d'où s'écoulent vers les quatre points car- 
dinaux, le Tembris, le Rhyndakos, le Mékestos et THermos. Il 
est probable que Ton doit considérer encore comme un prolon- 
gement des terres mysiennes la Phrygie Épiktète*, c'est-à-dire, 

oîç <TuvaicTEi 7j 'EmxtriToç |Uypi Bi^uvtaç. Cf. les inscr. dans Le Bas-Wadd. 
iOOi et les monnaies dans Head, Hist, Numm.^ p. 446 et British Museumt 
Phrygia, p. 4. : MYIHN ABBAITHN- Sur toute la région, voir surtou, 
Buresch, Am Lydien, 1898, p. 139-160. 

i. StraboD, XII, 4, 3, p. 564 : Prusias II, excité par Hannibal, prend les 
armes xai tTjç iç* •EXXtjawévTw ^puyîa; àvaorà; xottà aM[iJèaaziç toT; 'kxxakixoXç 
tjv o\ jièv icp^TEpov èxa\ovv |jitxpàv *puy{av, ixervoi S* 'Eicîxtyjtov ovôiiaerav ; XII, 3, 
7, p. -542: la PhryjjrieHellespontique catU y\ aùtri tîj 'Eitix-niTa) xa\ eîifov aÙTr|v ol 
BtOu>o\ npoTcpov; XII, 4, i, p. 563 : les Bithyniens ont pour frontière au Sud 
ri Tt Mvata xa\ r\ 'EmxTTiTo; xa>oufilvt) *puyîa. La Phrygie, qu'Euménès II avait 
acquise à la suite de cette guerre, s*étendrait, du Mont Arganthonios et du lac 
Âskanien, tout autour de la Mysie Olympéne (Strabon, XII, 4, 5, p. 564; 8, 1, 
p. 571). Dans ces passages et dans les prolégomènes (IL 5, 31, p. 129), le géo- 
graphe répète que ti 'EittxTY,Toç était située ev ty) \u<soyoLla et ne touchait pas à la 
mer. Elle était pourtant limitée au N. et à l'O. par le Galîos et ne décrivait ainsi 
qu'un demi-cercle autour de la Mysie Olympéne: à partir du confluent du Galîos, 
sa limite orientale était marquée parle Sangarios (XII, 3, 7, p. 542), probable- 
ment jusqu*au 31o ; de là, sa frontière allait rejoindre le Tembris à la hauteur 
d*Akkilaion, puis le Parthénios en aval de Nakoleia, et se recourbait au Sud, au 
pied du massif où naissent le Parthénios, le Tembris, le Rhyndakos, THermos. 
G*est, du moins, ce que Ton peut conjecturer d'après les six cités que lui attribue 
Strabon (XII, 8, 12, p. 576). Nous leur avons ajouté Akkilaion pour les rai- 
sons numismatiques alléguées par Imhoof-Blumer {Festschrift f. 0. Benndorf, 
p. 202) et Praipénissos — ou'plutôt le district des Praipénisseis, entre les sources 
du Tembris et celles du Parthénios avec Soa ou Bennisoa pour capitale — 
d'après Ptolémée(cf. Ramsay, Hist, Géogr,, p. 145) qui en fait une ville de 
Mysie. Quand le môme géographe parle des Kadoénoi et des Kidyesseis — immé- 
diatement au SuddesPraipénisseis — comme de populations limitrophes entre 
la Phrygie et la Bithynie, il suit évidemment un auteur qui a écrit à Tépoque 
où la Phrygie Épiktète c'avait pas encore été enlevée à la Bithynie et où celle-ci 
s'avançait tout le long du Rhyndakos. Comme le nom d'Aizanitis s'applique à 
la partie de la Phrygie Épiktète comprise entre le Rhyndakos et le Tembris, 
c'est Môdréné qu'il faut appeler, je crois, la province comprise entre le Galles 
et le Sangarios et c'est en M(ii$pv)V7jc qu'il faut changer la McopTjvYîc, entièrement 
inconnue, dont Auguste aurait donné une partie au chef dé brigands Kléon de 
Gordioukômé (P. Ghione, op. cit., p. 54 propose de corriger en Ab)pY]VT)c une 
inscr. de Julia Gordus associant 6 6yj[jloc 6 'louXtécov ropfiYivwv xaX à AopYivùv 
dT)|to; fiCH., VIII, 381; mais c'est près de Juliopolis-Gordoukômé et non près de 
Julia-Gordus qu'il faut chercher la principauté de Kléon) — qu'il faisait en même 
temps prêtre de Zeus Abrettônos, et, ajoute Strabon (XIF, 8, 9, p. 574), My<r(a 
8* è<rT\ xai ol\jt/\ (Môrôné-Môdrôné) xaOawep ^ *A6pcrcriv^. Or, le môme Strabon 
(XII, 3, 7, 542), place Modra aux sources du Galîos, à 300 stades de Niko- 
médie, surla grande route phrygo-bithynienne, en Phrygie Épiktète; Sagoutè, 
située à la môme latitude, mais à une vingtaine de milles de plus à l'Est, est 



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380 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

sans doute, la province arrachée définitivement, à la suite de la 
guerre de 186-4, à la Bithynîe, et rattachée par les Attalides à la 
stratégie de Grande Phrygie* : de ses huit cités, Kadoi, Aiza- 

encore appelée par Anne Comnène (p. 312 ; cf. Ramsay, op. cit^ p. 209) wapi 
Mvaiotv xcipLtj. De Gordouserba près de Sagoutè, la Modrôné donnée à Kléon se 
prolonfçeait peut-être entre le Sangarios et le Tembris dans la future Gordiana 
(de Gordion dont Justin XI, 7 fait la place frontière entre la Grande et la 
Petite Pbrygie) jusqu'à Akkilaion sur le Sangarios, autre place frontière de 
la Pbrygie Epiktète, et jusqu'à Gordoukômé près du confluent du Skopios et du 
Sangarios, sur la longitude d'Akkilaion, puisqu^on sait par Strabon (loc. cit.) 
que Kléon transforma en Juliopolis sa bourgade natale qui, après sa mort, 
paraît avoir été réunie à Bithynia'Pontus (cf. Babelon-Reinach, Monnaies 
d'Asie Mineure, I, p. 385). Au N.-E., cette Mysie Môdréné s'étendait cerUine- 
ment jusqu'à Méla-Mélagina-Justinianopolis, près du confluent du Galles et du 
Sangarios (Ramsay, op. cit., p. 205). 

1. Des textes précités de Strabon, il résulte que la Pbrygie Epiktète doit son 
nom à ce qu'elle a été ajoutée par les rois de Pergame à la Pbrygie dont elle 
avait été antérieurement détachée au profit des rois de Bitbynie. L'acquisition 
de cette région paraît avoir été l'œuvre de Nikomédès I, le fondateur de Niko- 
médeia, tant par traités passés avec les Séleucides quand sa fîlie épousa Anlio- 
cbos Hiérax qu'au profit dee guerres intestines suscitées par ce prince. Son 
œuvre fut poursuivie par son successeur Prusias I qui, grâce à l'alliance de 
son beau-frère Philippe V, put mettre la main sur « la partie de la Mysie que 
les Byzantins possédaient depuis longtemps en Asie » (Polybe, IV, 50), détruire 
Chalcédoine, refonder Kios sous le nom de Prusias-sur-Mer, Myrleia sous celui 
d'Apameia, créer enfin Prousa au pied de l'Olympos. Il est probable que c'est en 
profitant de la guerre engagée par Pergame contre Achaios, contre Philippe, 
puis contre Antiochos, que Prusias établit sa suprématie dans toute la région 
comprise entre l'Olympos, le Tembris et le Sangarios (sur sa victoire de 
Boosképhalai, en 207, voir plus bas). Pour obtenir sa neutralité en 190, le 
Sénat dut lui promettre de respecter l'intégrité de son royaume (Pol., XXI, 11 ; 
Liv., XXXVII, 25; App. Syr., 23). Cependant, lors de la paix de Magnésie, 
les Romains concédèrent à Euménès II, entre autres provinces séleucides : 
*p\>Ytav tV W *EXXTiffic6vToy, *puytav ttiv MeyaXtjv, Myffo\5ç, 8uc icpÔTcpov avroc 
itape<nteuà<TaTo (Pol., XXI ; 48, 10), Phrygiam utramque et Mysiam quam Prusias 
rex ademerat (Liv., XXXVIII, 39, 15), Phrygiam utramque Mysias regiassilvas 
(Liv., XXXVIII, 56, 2). Sans torturer ces textes comme on l'a fait (voir Niese, II, 
478, 760; III, 72 ; Cardinali, op. ci^, 83), il est permis d'en conclure : 1« que le nom 
de Pbrygie Epiktète n'existait pas encore en 190 et que les territoires dont elle 
fut formée étaient compris dans les deux Phrygies et dans la partie de la Mysie 
que Prusias avait conquise, probablement dès 216 où on le voit tailler en pièces 
les Aigosages près d'Abydos (voir plus bas) ; 2« que cette partie delà Mysie avait 
été enlevée par lui à Pergame qui n'a guère pu l'acquérir, comme on le suppose à 
tort, lors de la campagne d'Attalos I en 218, qui s'arrêta sur le Mèkeslos, mais 
lors des guerres entre Antiochos Hiérax et les Galates dont le résultat fut précisé- 
ment de rejeter les Galates du Mèkeslos sur le Sangarios; 3» qu'Attalos I comme 
Prusias I s'était contenté en Mysie d'une espèce de suzerai neté, ne prétendant 
à la possession directe que des domaines royaux composés surtout de forêts. 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 381 

noi*, Praipénissos,Kotiaion,Dorylaion, Midaion, Akkilaion, Na- 
koleia, deux au moins, Kadoi " et Praipénissos * ont été considérées 
à cette époque comme dépendant géographiquement de la Mysie, 
ce qui, au début du iii« siècle, paraît avoir été le cas de toute la 
future Phrygie Épiktète. 

Malgré l'étendue des régions auxquelles le nom de Mysie 
semble encore s'être appliqué au iii® siècle, il résulte manifes- 
tement de leur répartition môme que toutes ces régions, que 
Pergame, en 188, a achevé de réunir sous son autorité, ne for- 
ment pas une unité véritable. Non seulement des tribus d'origine 
et de langue différentes s'y enfoncent partout comme autant de 
coins ; mais, sur toutes les côtes accessibles et dans toutes les 
vallées fertiles, l'hellénisme domine, refoulant dans les mon- 
tagnes l'élément proprement mysien. C'est dans les puissants 

C*est, apparemment, pour défendre.ses conquêtes myso-phrygiennes quePrusia», 
poussé par Hannibal (dont Pline, V, 148 fait le fondateur de Prusa sub OlympOy 
Brousse), déclara la guerre à Pergame (187-6); le théâtre des victoires décisives 
du futur Attalos II, le Mont Lypédrosetla vallée duBillaios, impliquent que les 
Pergaméniens avaient pu traverser les régions qui, définitivement acquises à la 
suite de cette guerre, semblent avoir pri8;alors;ie nom de ^puyia 'E«(xTtjTo« (185/4). 
C'est sans doute comme une sorte de compensation que Prusias reçut Tios après 
la paix d'Euménès avec Pharnakès du Pont. 

1. En dehors du texte de Strabon, les monnaies d'Aizanoi avec l'inscr. 
EniKTHTEflN (British Muséum Cat., Phrygia, pi. XXVI, 1-4) témoignent 
queTAizanitis rentrait dans la Phrygie Épiktète. Que cet état de choses remontait 
au moius jusqu*à l'époque de Mithridate, on peut le conjecturer d'après la dédi- 
cace consacrée vers 73-2 au propréteur G. Salluvius Naso par les Muao\ 'ASeaieTTai 
%a\ 'EmxvftnXi (Orienlis Qraeci, tnscr., 445). 

2. Strabon, XII, 8, 12, p. 576 : xov; 6Ï Kdi8ou; Ivcoi TTi;";Muff(a« çaaiv. C'est à 
Kadoi que Le Bas a copié la dédicace 6 8tj|ioc à Mu<Tà>v 'À6<SasiTâ>v iT(pLT)(rev rbv 
irponecTopoc j Xp6(iiov {Or. Gr,^ 446). Il existe des monnaies, il est vrai du temps 
de Domitien, qui témoignent d'une sorte d'union entre les Aizanites et les 
Kadoènes {op. cil,, p. 43) et une inser. d'époque antonine parle d'un 
powXevTT); 'Ayxupavb; xa\ AîCeavfTY]; (Buresch, Aus Lydien^ p. 152). 

3. Ptolémée,, V, 2, 14. D'autre part, Ankyra, dans l'Abbaïtis, est dite par Stra- 
bon (XI l, 567) i:pbç AuSia icoXr/VYj ^pvytxxTi et 'Ayxvpa Trj; *A6aeÎTiÔo; (p. 576). 
Ajoutons qu'au temps de Xénophon (Ana6., I, 210) on considérait encore Kéra- 
môn Agora (Islam Keui), la grande étape de la route de Sardes à Ptéria au 
passage du Sénaros, comme ê<rxaTT) icpb; t^ Muaîx x^P?* D'après le contexte, il 
semble qu'on doive entendre que c'est la dernière ville de la Phrygie lorsqu'on 
se dirige en Mysie ; par conséquent, Kadoi et Praipénissos qui sont les pre- 
mières cités qu'on rencontrait au Nord et toute la Phrygie Épiktète dans laquelle 
on les compta plus tard étaient considérées comme faisant partie de la Mysie. 



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382 REVUE ARCHÉOLOGIQUE^ 

massifs qui dominent et qui morcèlent tout cet angle nord-est 
de TAnatolie, s'opposant autant au moins que les conditions 
historiques à ce qu'il se forme une Mysie unie, comme il s'est 
formé une Lydie ou une Carie, c'est dans l'Ida et dans le Tem- 
nos, dans rOlympos et dans leDindymos, dans la Katakékauméné 
et dans l'Abbaïtis, que les indigènes mysiens se sont réfugiés, 
conservant leur dialecte propre * et leurs mœurs propres, lan- 
ceurs de javelots et tireurs de flèches, chasseurs infatigables, 
courant le cerf* sur les petits chevaux qu'ils savent croiser de 
façon à produire une race excellente de mulets', divisés en clans 
ayant chacun son château-fort, où règne un prince féodal*, 
confédérés parfois autour des cultes nationaux, que desservent 
des rois-prêtres, des Zeus dits Abrettênos*, Aizaneus*, Benneus', 

1. Mi-lydien, mi-phrygien d*après le Lydien Xanthos que cite Strabon, XII, 
8, 3, p. 572. D'après la Vita Auxentii {Acta. Sanct.^ 14 fév., p. 780) oq parlait 
encore mysien vers Tan 500. Outre le moi mysos, le nom mysien du hêtre, que 
Strabon cite au passage allégué, et les deux gloses : syhalobos (houlette) et 
mendrouta (hellébore), on doit peut-être considérer comme mysiens Germé sur 
le Calque (forme thrace de 0ep[jL^) et le radical kado qu'on retrouve dans Kadoi 
du Dindymos et dans Kadosia de i'Olympos, benna et soua qu'on retrouve 
dans la plupart des dialectes thraces dans le sens de char et de tombe (Ben- 
nisoa est la tombe du charrier). Soa-soua est également carien et Ton sait par 
Strabon que Mysiens, Lydiens et Cariens partagaient le culte du Zeus guerrier 
de Mylasa ; on connaît une Mysania en Gilicie. Sur la langue mysienne» cf. 
P. Kretschmer, Einleitung z. gesch. d. griech, Sprache, 1896, p. 392; sur sa 
persistance, K. HoU, Hermès^ 1908, p. 241. 

2. Arrien, De Venat,^ 23. L'Empereur Hadrien,' en souvenir de ses chasses 
dans la région du Mékestos, y fonda la ville de Hadrianouthérai. 

3. Sur les mulets mysiens, Iliade^ XXIV, 277; Ànacréon, fr. 34 Bergk. Leur 
nom, {iu^Uç, introduit en grec par les Phocéens, serait à rapprocher de l'illyrien 
mttô-Ao, mus-lo, l'animai mysien (G. Meyer, Indogerm, For^cA., I, 322). 

4. Voir ce que Strabon dit des forteresses naturelles de l'Olympos Mysios 
iv al; xoi TiSpavvoi avvtaravTai noXXaxic (XII, 8, 8, p. 574), l'exemple du Xv^ffnjptwv 
Tjyeiuov Kléon et le décret du Bargylia cité plus loin, p. 388. 

5. Kléon, devenant àvT\ X^orou Svvaoro; et^Upeù; ToO 'ÂSpetTTivoO Ai6c Mu<t:ou 
OeoO (Strab.» loc. cit.). 

6. Sur l'étendue des terres de ce dieu, dont le culte aurait été fondé par 
Euphorbes, qui avait prescrit de lui sacrifier le porc-épic et le renard, l^iv xas 
oOavoOv (d'où 'EÇoudévouv qui serait devenu ÂlÇavoi, Hermogénès, ap. Steph. Byz. 
s.v.)f voir les inscr. Le Bas-Wadd., 860-3; CIG., 3831-5. Sur la grotte de" la 
Mi^p 6eà>v 2TeuvT]vi^, à 1 heure d'Aizanoi» à laquelle nous avons une dédicace 
d'un AlCavetTYî; îepeùç, cf. Buresch, Aus Lydien^ p. 159. 

7. Sur ce dieu des Praipénisseis, voir Ramsay, Hist. Geogr.^ p. 144, 451; 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 383 

ChromiosS etc. Dans ces montagnes boisées, la civilisation 
hellénique a peine à pénétrer, le brigandage reste chronique et 
« pillage de Mysiens » ■ devient un proverbe. 

Dans ces conditions on comprend aisément que le voisinage 
des montagnards mysiens, tout désignés pour fournir des recrues 
aux armées hellénistiques, ait été pour Pergame à la fois un 
avantage et un désavantage. Avantage, parce que le trésor 
usurpé par le gazophylaque Philétairos dut exercer dès le début 
son attraction sur les Mysiens du voisinage*, ceux du Temnos, 
aux sources du Caïque et du Mysios, comme ceux de Tlda, les 
deux montagnes où, on Ta vu, Tétat pergaménien poussait ses 
avant-postes dès Tavènement d'Euménès I ; désavantage aussi, 
parce que, si les Séleucides ont, durant tout le règne d'Eumé- 
nès I, comprimé l'essor de Pergame, c'est, semble-t-il, en se 
servant contre la cité rebelle de la cupidité jalouse des Mysiens 
des régions plus éloignées autant que de celle des Galates qui 
occupèrent longtemps les pays compris entre le Mékestos et le 
Sangarios\ Il fallut les grandes victoires qui marquèrent le 
début du règne d'Âttalos I pour rejeter les Galates dans la 
boucle du Sangarios, et, si c'est aux sources du Caïque que 
leur fut infligée leur première et décisive défaite, dès 240 ^ ce 

CUies and BishopricSt p. 157; Expositor^ 1906, p. 35. Debout sur un char, la 
hache à la main, il aurait été grécisé sous le nom de Zeus Brontôn, dieu qu'on 
connaît à Dorylaion, à Kotyaion, et & Nakoleia surtout en Phrygie Épiktète. 

i. Cf. Buresch, Aus Lydierit p. 158. Ce nom de Gbromios, comme ceux 
d'Olbios et de Ghalaztos que portant d'autres dieux mysiens à tête cornue (cf. 
Edhem Bey, JBCH., 1908, 253), n'est^probablement grec que d'apparence. 

2. Mwûv Xitav. Cf. les textes réunis par Thraemer, Pergamos, p. 283. 

3. On sait qu'on a troufé à Pergame, sur un tambour de colonne, en carac- 
tères grecs du iv s., i'ex-voto IlapTocpac 'A0Y]vaÎ7)t précédé de deux lignes en 
caractères assez semblables à ceux des Gariens, Lyctens et Lydiens, écrits de 
droite à gauche; on ne reconnaît au début, que le nom du dédicant sous sa 
forme indigène Bartara (Fraenkel, n* 1). 

4. Sur le séjour des Galates dans ces régions, les tributs imposés par eux à 
Pergame comme à toutes les cités helléniques, leur entente probable avec Antio* 
chos II, voir mes Documents nouveaux pour l'histoire des Gaulois d'Orient ^ 
dans la Revue Celtique^ 1908 p. 5-10 du tir. à part. 

5. C'est probablement à cette insuffisance de sa frontière orientale, à laquelle 
on verra comment Attalos I chercha à remédier, qu'il &ut attribuer le fait que, 
malgré la victoire du Caïque, les Galates pénètrent quelques années plus tard 



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384 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

n'est qu'en 218 qu'Attalos I put soumettre les « colonies des 
Mysiens » qui, à l'est du Caïque et du Mysios, s'opposaient au 
développement de l'état pergaménien. 

Ces établissements, dits par excellence xaioixCai tûv Muaûv, ne 
nous sont malheureusement connus que par le bref récit que 
Polybe * donne de la campagne qu'Attalos I dirigea contre eux 
en 218. Profitant de ce qu'Achaios, qui, de toutes ses conquêtes, 
l'avait presque réduit à la Mysie Pergaménienne, était absorbé 
par son expédition contre Selgè en Pisidie, Attalos, à la tête de 
son armée grossie par les Gaulois Aigosages qu'il avait pris à sa 
solde, entreprit de dégager les frontières de son royaume. Par- 

jusqu'à Pergame môme (Staehelin, GescMchte des Kleinasiatischen Galater, 
1908, p. 21). 

i. Le texle de Polybe, V,77 manque malheureusement de loute précision topo- 
graphique. C'est ce qui a permis à M. Radet de transporter toute Texpédition 
sur la frontière S.-Ë. de la Lydie, d*où elle aurait menacé les derrières d*Achaios 
occupé en Pisidie : les « Colonies Mysiennes » seraient réparties dans la vallée 
duKogamisoù elles auraient été groupées par synoecisme, trente ans plus tard, 
sous le nom de Philadelphia ; Karséa serait BouUan ou Karaït sur la route de 
Tripolis à Hiérapolis; Didymoteichos» voisin de Kaleh-Keui, aurait gardé les 
défilés menant t la Kibyratide par l'Apas Pedion {VApa actuel < u N. du lac 
d'Ânaua}. C'est après Tavoir traversée qu'on rencontre TAidogh-much-Dagh qui 
serait le Pélékas et le Kara-Arslan-tchaî qui serait le Mékistos, sur la route 
d'Antiochede Pisidie. On sait que ce système, exposé par Radet dans la Revue 
des Universités du Midi, 1896, p. 1-18, a été vivement réfuté par M. Hol- 
leaux {ibid.f 1897, p. 409j. Mais ce savant n'a pas essayé de préciser la marche 
d'Attalos telle qu'elle doit ressortir si l'on essaye d'appliquer en Mysie le texte 
de Polybe. Ni Niese (II, 391 et p. 779), ni Pedroli (p. 26 et 66), ni Staehelin 
(p. 35), ni Cardinali (p. 47), ni Wilcken (art. Attalos 1 du Pauly-Wissowa), 
n'ont fait beaucoup avancer la question. L'identification du Lykos avec le fleuve 
qui arrose Tbyateira (qui résulte du seul texte de Pline, V» 115 : et Thyatira 
adluitur Lyco) a été faite par Schweigbaeuser dans son éd. de Polybe; elle a 
été reprise par Meiscbke (Symbolae <id Eumenes 11 hist.^ 1892, p. 33) en même 
temps que les deux identifications beaucoup plus , douteuses de Kapaeîc avec 
la KapTjoiQVT) de Strabon (XIII, 1, 44, p. 503) et de Didymo-teichos (à distin- 
guer du Didymoteichos que Judeicb, Klio, 1908, 378 place tout près du champ 
de bataille du Granique ?) avec une place des A(v8u(ia, montagne de la Troade 
selon Sleph. de Byzance (confusion sans doute avec le Dindymos de Gyzique 
que Pline appelle Didymus Mons), Ne pourrait-on pas également penser pour 
KapaeTc à KapivY], vers où Xerxès se dirige après avoir passé le Caïque, laissé à 
gauche le massif de Kané et traversé Atarnôe? De Kariné il descendit dans la 
plaine de Thébé (Hérod., VIII, 42). C'est la KapiQvi), ic6Xtc Mvalac de Stéphane 
de Byzance qui donne l'ethnique KapT)vaToc d'après Kratéros et la Carène que 
Pline (V,122) place entre Atarnée et Kisthéné. 



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LES MERCENAIRES ET LÉS CfOLOmÉ^ MILlf AIRES DE PERGAME 385 

tant sans doute du Gaîque, il descendit le long de la côte, rece- 
vant la soumission d'Aigai, de Kymé, de Phocée, de Temnos, 
deSmyrne, deTéos, de Kolophon. De ces deux dernières cités, 
Polybe dit seulement qu'elles lui envoyèrent des ambassadeurs; 
il n'y a donc pas lieu de croire qu'Attalos dépassa en personne 
les bouches de THermos. De là, il dut remonter le fleuve pour 
aller passer le Lykos entre Attaleia, qui lui appartenait certaine- 
ment, et Thyateira, qui était non moins certainement séleucide. 
C'est alors qu'il marcha contre les « colonies des Mysiens » qui 
devaient s'aligner au pied du Temnos, des sources du Caïque à 
celles du Mysios, puisque c'est aussitôt après qu'on le voit arriver 
près de Karseis qu'il y a lieu, peut-être, de placer dans la vallée 
du Karésos, affluent occidental du Haut-Aisêpos. Cette place et 
Didymateiché lui furent livrés par le stratège d'Achaios, Thémis- 
toklès, qui commandait sans doute toutes les forces cantonnées 
en Mysie ' . Cependant les Mysiens de la plaine d' Apia, sans doute 
entre l'Aisôpos et le Tarsios, opposèrent à Attalos une vive résis- 
tance, puisque le roi ravagea leur pays. Il avait apparemment l'in- 
tention de poursuivre la conquête de la Mysie Olympène quand le 
refus de ses mercenaires gaulois, frappés de stupeur par Téclipse 
dul®'septembre218,robligeaàs'arrôtersurlesbordsduMékestos4 
Ces colonies militaires de Mysiens, qui continuaient vers le 
Nord-Est la ligne défensive dont le point d'appui était à Thya- 
teira, se trouvaient donc comme cette place — Mjjwv ecr/a-ci^^* 
— en pays mysien. Ce sont, au contraire, des colons Mysiens 

1. Polyb., toc. cit. : Thémistoklès 5; Wyxave (jTpxTtiybçOw 'A^aioO xaraX»- 
Xei|i|Uvo; T&v tôiwov toiStwv. C'est à tort, je crois, que P. Ghione {op. cit., p. 19) 
conclut de ce passage qu'Achaios, grâce à ses conquêtes, avait créé à nouveau 
une satrapie de Mysie. Mais, si oxpavrirhc est bien le titre officiel du gouver- 
neur de la satrapie sous les Séleucides (cf. B. Haussoullier, MUet et le Didy- 
meton, p. 94), ce môme titre désigne aussi des commandants de places fortes 
ou de corps d'armée. Ainsi, je ne vois aucune raison pour admettre que le 
stratège Thémistoklès auquel un Séleucide ou un AtUlide, au début du ii« s., 
annonce qu'il a écrit dans une affaire de cadastre qui intéresse les Tralliens 
{Bull. Corr. HeU., 1886, p. 515) soit ni satrape de la Lydie, ni identique au 
stratège de 218. 

2. Strabon» XIII, 4, 4, p. 625. 

IV* SÉRIE. T. xn. 26 



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386 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

transplantés que l'on trouve en pleine Lydie, autour de Sardes*; 
il en est de même de ceux qui, au sud-est de la grande ville, au 
pied du Tmolos, nous sont connus sous le nom de Mysomace- 
dones et de Mysoiymolites*. 

i. Strabon, XIII, 4, 5, p. 625 : icepiotxoOat dè(Sap8eic) Audo\ xai Mvvo't xa\ 
Maxe26vec. Si la présence des Lydiens autour de Sardes s'explique parce qu'ils 
dominaient depuis les Mermnades dans la vallée de THermos, centre de leur 
empire, c'est seulement comme colons militaires qu'il me semble qu'on peut 
comprendre ces Mysiens et ces Macédoniens qui « habitent autour de Sardes ». 
Si les bourgades lydienne, mysienne et macédonienne s'étaient groupées par 
synoecisme, on aurait pu avoir là une sorte deJHpolis comme celle qui s'éleva à 
l'époque impériale sur l'emplacement de l'Apollonia du Méandre des Âttalides. 
Il est vrai que Théopompe aurait déjà dit qu'au S. du Tmolos on rencontre 
Huccesâivement d'Est en Ouest Phrygiens, Mysiens, Garions et Ioniens (dans 
Strabon, XIII, 629 et, peut-être, dans le papyrus historique d'Oxyrhynchos 
attribué à Théopompe ou à Kratippos, cf. Wilcken, Hermès, 1908, 1764) et 
qu'à Danaara en pleine vallée de Kaystre, entre Larissa et Teira, on a trouvé la 
trace d'une localité appelé x«&(&t) 'AX(ioupT]vûv $puYb»v ou 'AX(LovpT]v^!>v xa-roixca 
(BCH.f XX, p. 394; Buresch, op. cit. y p. 135). Est-ce une place habitée de toute 
antiquité par des Phrygiens, comme tendrait à le faire croire la terminaison 
lyko-phrygienne en ottraf ou, placée comme elle l'est au milieu de nombreuses 
hatoikiai, estrce une colonie de soldats phrygiens? 

2. Les Myso-macedones ne sont connus que par Pline (V, 31, 9) et Ptolémée 
(V, 2, 13, p. 819, 6 M.) qui les placent dans le conventus d'Ëphèse qui s'éten- 
dait entre la chaîne frontière du Tmolos, le Méandre et les sources du Kogamis ; 
les Myso-tymolites par Pline (V, 30, 1) qui les place, avec Hiérociès et les Notitiae, 
dans le conventus de Sardes limité au N. par le Temnos et le Dindymos, 
au S. par le Tmolos et la Katakékaumène, à TE. par le Haut^Hermos jus- 
qu'à Temenothyrae, Grimenothyrae et Kadoi et par le Haut-Mékestos avec 
Ankyra et Synaos, à l'O. par le Phrygios avec Gordos et Daldis. II n'y a donc 
pas lieu d'identifier les deux localités, mais on peut les rapprocher le long de 
la vallée du Kogamis où se font face la Mysie Katakékaumène dépendant du con- 
ventus de Sardes et le Tmolos ressortissant dans son versant méridional au con- 
ventus d'Ephèse. Myso-tymolos serait donc « l'établissement des Mysiens du côté 
du Tymolos ou Tmolos » et devrait être placé tout près d'Arably dis Mahalè où 
Buresch place Tmolos, à mi chemin entre Maeonia et Sardes, sur un des ponts 
du Kogamis dans la plaine de Sardes {Aus Lydien, p. 193). Ramsay pensait, 
au contraire, que Myso-tymolos s'opposait à Tmolos comme la Tmolos mysienne 
en face de la Tmolos lydienne et tendait à la placer à l'extrémité S. -E. de la vallée 
du Kogamis. Tmolos serait sur l'éperon S.-E. du M. Tmolos; Mysotymolos à 
40 milles au N.-E. devait être identifié à Tomaris et placé sur le Kissos, affluent 
de l'Hippourios entre Téménothyrai (Uschak) et Blaundos (Suleïmanly). Voir 
Ramsay, p. 118, 128 et carte, p. 106. Radet,qui admet l'identification, ramène 
Tomaris-'Tymolos un peu plus au S.-O. jusqu'à Takmak dans les vallées du 
Kogamis. Quant aux Mysomacedones, Radet admet qu'on ne saurait placer an 
N. du Tmolos une ville dépendant du conventus d'Éphèse ; il les localise à l'E. 
du Tmolos, à Bouliadan, 8 km. au N.-O. de Tripolis du Méandre (De coUmiis, 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 387 

Dans le décret de Pepgame *, les Mysiens auxquels le droit de 
cité est accordé ne comprennent donc pas tous les Indigènes de 
langue mysienne de Tétat pergaménien ; ce ne sont pas non plus 
tous les indigènes ayant accompli — ou capables d'accom- 
plir — un service militaire, dans le sens où les documents mi- 
litaires des Lagides parlent des ACy^tctioi — ; ce ne sont pas davan- 
tage ceux des indigènes qui exploitent le sol auquel ils semblent 
attachés — les Xaol dans le sens où ce terme est pris dans les 
mômes documents égyptiens * : ce sont seulement les Mysiens 

p. 29 et cartes de La Lydie et En Phrygie). Mais des considérations numismu- 
tiques ont permis à Imhoof-Blumer {Lydische Stadtmûnzenf p. 167) de placer 
Tomaris dans la région d'Attaleia et de Nakrasa, à 125 km. environ de 
l'endroit où la situe Ramsay. D'autre part, le nom de Mysie ne pouvant 
s'étendre au sud du Kogamis, ni le conventus d'Êphôse au nord de ce cours 
d*eau, les Mysomacedones ne peuvent être considérés que comme une colonie 
mixte de Mysiens et de Macédoniens. D'après Pline, le Conventus de Sardes 
aurait même contenu Apollonos Hiéron aux sources du Kogamis, localité que 
Ramsay identifie au même BouUadan où Radet voudrait placer les Mysomace- 
dones; il faut donc les retirer légèrement vers TOuest, probablement dans un 
des défilés du Tmolos. Ainsi, sans admettre la localisation proposée par Radet 
que domine sa reconstitution de la campagne de 218, sans placer avec lui les 
Mysomacedones à Textrémité septentrionale des xaxoixfai tûv Mu9fi>v dont Didy- 
monteichos en Carie formerait Textrémité méridionale je n'en crois pas moins 
avec lui et avec Schulten {Hermès^ XXXII, p. 531) que les Mysomacédoniens sont 
bien une colonie militaire. Mais, contrairement à ces savants qui interprètent : 
Macédoniens établis au pays mysien, je crois qu'il s'agit d'une colonie mixte. 
Pour prouver que les environs de Tripolis pouvaient être qualifiés de pays mysien, 
Radet invoque une inscr. où il est question de Motioviv) TpticoXi; (6CH., 1884, 
p.. 380) et deux textes de Strabon, le premier, d'après les commentaires homé- 
riques de Démétrios de Skepsis, identifiant les Méoniens et les Mysiens 
(XII, 3, 20), le second remarquant que les uns appellent la Katakékaumène 
Mysie, les autre Méonie (XII, 8, 12). Ce deuxième passage s'inspire probable- 
ment aussi, de Démétrios de Skepsis, puisque Strabon ajoute plus loin que 
cet érudit plaçait les Arimoi d'Homère év xr^ Karaxexauiiév^ tfic Muaîac (XlII. 4, 
6) et il y a lieu de croire que, à l'époque gréco- romaine. Te nom de Mysie, loin 
de s'étendre au delà du Kogamis, se restreignit au N. de l'Hermos, le nom de 
Méonie s'imposant à la Katakékaumène comprise entre les deux fleuves avec 
son centre à Maeonia {Mennè). Orose, suivant Tite Live, dit, en effet, que dans 
la campagne de 73/2, des bandes de Mithridate repoussées in Moesiam (c'est 
l'épisode auquel se réfère l'inscr. des Mv(ro\ 'A66aeîTai %a\ 'EicixxYiTeTc, Or. gr,, 
445), inde in Maeoniam digressi in colles camposque Inarimos {=i}t 'Apipioïc de 
riiade) inciderunt (VI, 2, 16). 

1. Orientis Graeci inscr. sel., n<* 338. 

2. Sur les troupes indigènes de l'Egypte, les laoi avec leurs laarchai, voir 
J. Lesquier, A. de Philologie^ 1907, p. 297. On trouve des paysans des en- 



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âSâ hEVUE ARCHÉOLOGIQtJfi 

qui ont été établis en colonies militaires. Et, comme les person- 
nages qui sont qualifiés de (( Mysiens ï>, dans ces mêmes docu- 
ments égyptiens, les noms grecs que l'on trouve dans les 
inscriptions de Pergame accompagnés de Tethnique Mwàç ' ne 
doivent pas ôtre pris pour ceux d'indigènes de diverses régions 
mysiennes peu à peu incorporées au royaume. Ce sont ceux 
des colons militaires qui reçurent le droit de cité en 133 et de 
leur descendance, ou de leurs prédécesseurs qui, sous la royauté, 
avaient déjà bénéficié d'une mesure semblable. 

Dans les montagnes mysiennes, de l'Olympos à l'Abbaïtis, 
personne, au contraire, n'avait intérêt à se conformer au testa- 
mentum Attali. Bien des Mysiens perdaient sans doute avec la 
royauté le gagne-pain facile qu'avait été pour eux le service 
dans les armées des Âttalides. Aussi est-ce en Mysie que la 
révolte dura le plus longtemps. Aristonikos, son chef, avait 
déjà été envoyé captif en Italie quand le proconsul M. Aqui- 
lius, après avoir pacifié la Carie, dut remonter k%\ Muci'aç | -rtjç 
xaXoufjiéviQç 'A66aïT{îoç etç ovo) toicouç et, là, enlever une à une xi 
oxop(i| [iJtaTa tôv MudSv]... SudaXwt-ua *. C'est à peine un siècle au- 

virons de Zéleia qualifiés de Xao< dans la vente de terre domaniale faite par 
Antiochos II à sa femme Laodikè (Or. gr.^ 225; cf. Haussouilier, Mikt et le 
Didymeion, p. 80); le m6me nom parait avoir été la désignation officielle des 
Mysiens qui exploitaient les terres appartenant aux Byzantins sur la côte asia- 
tique» dans le traité conclu entre Byzance et Prusias I (Polybe, II, 53). 

1. Le seulMu(r6; connu à Tépoque royale est probablement le SevoxXTjc^iXo... | 
MOffoc dont on a découvert récemment la stèle à Êgine (Pfufal, Anz., Jahrbueht 
1907, p. 129). C'est, en effet, sans doute de la fin du ii* s. que datent les 
fragments de listes éphébiques où Ton voit mentionnés des Mysiens qui sont 
nécessairement citoyens de Pergame ...voc i ...ou MO(r[oc et ...Ttoc | ...oju M[0<roc 
(Kolbe, Athen. Milt,, 1907. p. 429, 1. 4-8, n. 275); ...arou MO<ro[c ibid., 
p. 435, n. 297) ; MjOao; (p. 446, n. 331); MO[<toc (p. 446, n. 332). 

2. L. 15 et 21 de Tinscr. de Bargylia relative à la campagne de M. Aquilius 
publiée par P. Foucart, La formation de la province romaine d'Asie, p. 328 (M^m. 
Aead. Inscr,, 1903). C'est avec beaucoup de vraisemblance que M. Foucart 
attribue aux Mysiens l'investissement de Cyzique en 131, investissement dont 
un autre décret nous a conservé le souvenir (p. 323). Les Romains semblent, 
d^ailleurs, avoir laissé assez de liberté aux Mysiens, si Ton en croit les faveurs 
prodiguées par Octave à Kléon, sans doute en récompense de la défection à Ac- 
tium des Mysiens de Médeios. Médeios lui-même reçut le sacerdoce de Komana 
Pontique donné d'abord au Qalate Dyteutos pour prix d*ane semblable défec- 
tion (Dio Cass., LI, 2-3; Strabon, XII, 543). 



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LES MERCENAIRES ET LES COLONIES MILITAIRES DE PERGAME 389 

paravant qu'Âttalos I était parvenu à chasser de Mysîe Âbbaïte 
et de Phrygie Épiktète les Galates qui menaçaient de là Per- 
game. Leur présence n'avait guère dû contribuer à ouvrir à 
la civilisation cette citadelle montagneuse de l'Asie du N.-E. On 
verra, dans la prochaine section de ce mémoire, que les guerres 
que les Attalides ont dû mener contre eux pour les en expul- 
ser, sont une des causes qui ont longtemps empêché les Galates 
de figurer à côté des Mysiens dans les armées de Pergame. 

(il suivre.) A. J.-Reinach. 



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ESSAI 



CHRONOLOGIE PREHISTORIQUE 

DR LA 

PÉNINSULE IBÉRIQUE 



{Suite *). 

Le premier âge du fer 

Entre l'âge du bronze et Tâge du fer apparaît actuellement 
en Espagne et en Portugal un véritable hiatus, une solution 
de continuité qu'on ne retrouve ni dans les autres régions cel- 
tiques, ni dans la Péninsule italique. Ce hiatus ne sera-t-il pas 
comblé par une connaissance plus complète de la fin de l'âge 
du bronze? L'avenir nous l'apprendra. Cependant nous incli- 
nons fortement à admettre une relation entre l'introduction de 
l'épée de fer en Ibérie et l'invasion celtique sur ce territoire. Il 
nous semble du moins d'ores et déjà incontestable que, si la 
culture hispanique de l'âge du bronze est apparentée, comme 
nous l'avons vu, à celle de l'Orient méditerranéen, tout au con- 
traire les éléments les plus caractéristiques de la civilisation 
du premier âge du fer sont vraiment d'origine celtique. En 
effet, la pièce la plus importante de l'armement, l'épée, et l'on 
des objets les plus caractéristiques du costume ou de la parure, 
la fibule, appartiennent l'une et l'autre aux peuples celtiques. 
La môme origine se reconnaît pour le dispositif des sépultures. 

C'est principalement aux fouilles de M. G. Bonsor, dans les 

i. Voir la Revue archéologique septembre-octobre 4908. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 391 

nécropoles des Alcores, en Andalousie, que nous devons les 
premiers documents chronologiques sur cette intéressante pé- 
riode. Nous en avons déjà parlé à propos des sépultures néoli- 
thiques. Des incinérations de Tftge du fer, voisines de ces 
dernières, et pour la plupart enfouies sous des tertres tumu- 
laires, se sont rencontrées par groupes dans les localités sui- 
vantes : TAcébuchal, Alcantilla, La Canada de Ruiz, la Cruz 
del Negro. Ce sont celles que nous tenons pour celtiques et que 
nous classons au premier âge du fer. 

Le groupe de TAcébuchal se composait de onze tertres ou 
motillas, presque tous fouillés sans aucune méthode, en 1891, 
par un habitant de Carmona. M. Bonsor n'a pu que donner 
quelques dessins et une liste partielle des objets ramenés au 
jour et malheureusement dispersés. Comparés à ceux qu'il 
a extraits de ses propres tranchées, ils ne laissent aucun doute 
sur Torigine des tertres. Ceux-ci abritent les sépultures d'un 
peuple profondément pénétré, il est vrai, par la civilisation 
punique, mais qui n'était point de souche sémitique. Nos con- 
clusions diffèrent encore ici de celles de M. Bonsor. Aucun 
doute cependant ne peut subsister : nous avons affaire à des 
Celtes. Pour M. Bonsor, dont l'exposé est malheureusement 
trop confus, les motillas à incinération de l'Acébuchal et des 
groupes voisins auraient été élevées par des « colons agricul- 
teurs, venus d'Afrique (probablement d'origine asiatique), que 
les Tyriens implantèrent dans la vallée* ». 

Des considérations d'un grand poids s'opposent à cette inter- 
prétation ethnographique. La première, c'est que le rite funé- 
raire adopté par les Phéniciens, ainsi que le dispositif de leurs 
sépultures, diffèrent absolument de ce que nous rencontrons 
ici. Les Phéniciens n'ont pas incinéré leurs morts avant le qua- 
trième ou le troisième siècle. Soit en Syrie, leur propre terri- 
toire, soit dans leurs nombreuses colonies échelonnées sur le 
littoral méditerranéen, ils demeurent longtemps fidèles au rite 

1. Bonsor. toc. dt,, Ke\). archéoL, 1899, II, p. 378. 



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392 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de rinhumation. Nous connaissons maintenant un assez grand 
nombre de leurs nécropoles. Or les découvertes récentes con' 
firment pleinement ce qu'écrivait M. Georges Perrot en 1885 : 
« Les Phéniciens ne brûlaient pas leurs morts ; les rares traces 
d'incinération que l'on a signalées dans la Phénicie appar- 
tiennent évidemment à des sépultures de basse époque. C'est ce 
dont l'explorateur est averti par la forme môme des fosses, des 
fours à cercueil et des sarcophages qu'il rencontre dans les 
cimetières de la côte ; malgré les diversités qu'ils présentent, 
tous ces récipients ont la dimension même du corps humain. 
Aucun des squelettes que l'on y a recueillis, entiers ou réduits 
en fragments, n'a subi l'action du feu* ». 

A Cypre, à Tharros (Sardaigne), les anciennes tombes phéni- 
ciennes sont partout des inhumations. Â Carthage, les observa- 
tions plus récentes ne sont pas moins concluantes. Des trois 
nécropoles puniques explorées par le P. Delattre, l'une, celle 
de Saint-Louis, contient des tombeaux de toutes les époques, 
y compris l'époque romaine. Une autre, celle de Bordj-Djedid, 
près de la colline de Sainte-Monique, ouverte au iv® siècle, a 
été abandonnée au ii®, avant la fin des guerres puniques. La 
troisième, celle de Douimès, la plus ancienne, appartient au 
VII® et au VI® siècles. Or, dans cette dernière, synchronique, 
comme nous le verrons, avec les sépultures des Âlcores, dont il 
est ici question, toutes les tombes sont à inhumation. Plus 
tard seulement s'introduisit chez les Phéniciens l'usage de la 
crémation. Au temps de la nécropole de Bordj-Djedid elle suc- 
céda à l'inhumation ou bien les deux rites furent pratiqués 
simultanément*. Par contre, nous ne rencontrons jamais la 
sépulture tumulaire chez les Sémites,. Sidoniens, Tyriens 
ou Carthaginois. Le mode d'ensevelissement variait. Souvent 
les corps étaient déposés dans des chambres souterraines amé- 

1. G. Perrot et Chipiez, Histoire de Fart dans VantiquHi, t. III, Phénicie^ 
Cypre, p. 197. 

2. R. P. Delattre, Nécropole punique voisine de Sainte-Monique^ î^ trimestre 
des fouilles, avril-juin 4898, extr. du Cosmos, p. 28. — Du même, Les tom* 
beaux puniques de Carthage, ISdO, p. 99* 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 393 

nagées avec soin et auxquelles on accédait par des puits ou des 
escaliers. 

Les tombes des Alcores sont, au contraire, absolument sem* 
blables aux sépultures protohistoriques des pays celtiques. La 
description des tumulus de l'Âcébuchal pourrait passer pour 
celle de quelque tumulus bavarois ou bourguignon du premier 
ftge du fer. Le mode de construction en terre, avec loculus cen- 
tral en pierres sèches et chape en argile, est le môme de part et 
d'autre. En réalité, les motillas de l'Andalousie marquent la 
limite sud-ouest de la vaste zone des tertres funéraires celtiques. 
Cette zone commence à l'est par la Bohême, comprend en Alle- 
magne la Bavière, la Hesse, le Wurtemberg, le* duché de Bade, 
r Alsace-Lorraine; en France, elle s'étend principalement sur 
les provinces de la Bourgogne, du Jura, de la Franche-Comté 
et sur les régions du Gard et des Pyrénées. Il n'y a donc plus à 
l'heure actuelle de solution de continuité bien sensible sur ce 
territoire si étendu, auquel nous devrons désormais annexer 
l'Andalousie comme limite méridionale. 

La composition du mobilier funéraire des Alcores confirme 
l'origine celtique des tertres. La flbule en argent de l'Acébu- 
chal (flg. 7 c) « n'est autre chose qu'une variante locale des 
fibules hallstattiennes à long ressort, apparentées déjà aux 
fibules de la Certosa. A la môme époque se classe la fibule ser- 
pentiforme recueillie à la Cruz del Negro' (fig. 7 6). En outre, 
on retrouve dans ce mobilier des pendants d'oreilles creux, 
comme en ont livré des tombes sud-allemandes de l'époque de 
Hallstatt II*. Parmi les importations phéniciennes se rangent 
en premier lieu les magnifiques godets et tablettes d'ivoire, 
avec gravures de personnages et d'animaux de style oriental. 
On peut encore noter, dans cette même série, des peignes, des 
agrafes serpentiformes en M, et divers menus objets, pacotille 

1. Bonsor, loc, cU,^ p. i51. 

2. Ibid., p. 278, 6g. 6. 

3. Reiaecke, Ausgrabungen G. Bonsor's und anderer Forscher bei Carmona 
m Spanien, Zeitschrift TQr Ethnologie, 1900. Verhandlungen, p. 162. 



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Fig. 7. — Fibales du premier Âge du fer. Réoinsule ibérique et Pyrénées Araoçaises : a, Hem-riasi 

— 6, Cruz del Negro ; — c, Acébuchal ■ ; — fi g, h, Sabroso ; — e, Briteiros ; — t, Monte Redoodo ; 

— Ar, Z, Traz-os-Montes ; — o, Santa Luzia; — p, Villa de Mouros'; — d, Sabro8o«; — >, Moga- 
douro*; — m-n, Avezac-Prat (Hautes-Pyrénées)*. 

1. D'après Sirel, ViUancos, p. 400, Ûg. 15, n» 9. 

2. (6-c) D'après Bonsop, toc, cit., p. 278, fig. 91 à 96, n» 6; p. 151, fig. 6. 

3. (6-t, k, ly 0, p) D'après Fortes, As fibulas do noroeste da Peninsula, Portu- 
galia, II, fasc.l, p. 15-33, fig. 11, 1, 8, 7, 10, 20, 19, 16, 9. 

4. D'après Leite de Vasconcellos, archeologo Portugués, 1903, p. 19, fig. 5. 

5. D'après Albino Pereira Lopo, archeologo Portugués, 1899-1900, p. 250. 

6. D'après Piette et Sacaze, Mat., 1879, p. 499-518, pi. xiu, fig. 10, 10 a. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 395 

courante des navigateurs sémites, alabastra, verroteries, pen- 
dants de collier en or, bagues en argent à chaton mobile, 
lampes-coquilles en argile, d'un type si connu depuis les 
fouilles de Carthage, amphores puniques, etc.^ 

 la même catégorie d'objets phéniciens appartiennent le 
bassin et l'aiguière en cuivre ou en bronze découverts dans le 
tumulus de Caiïada de Ruiz Sanchez* (fig. 8). Le bassin cir- 
culaire, d'un diamètre de 0,42, est un large plat dont le marli 
est orné d'un rang de rosaces en relief. Les deux anses mobiles, 
semi-ciculaires, ont pour terminaison des têtes de bélier. Elles 
sont fixées sous le marli à une pièce d'attache dont les extré- 
mités ont la forme de mains allongées. L'œnochoé à bec tréflé 
très rétréci porte comme attache d'anse une palmette. Sa pré- 
sence contribue à préciser la date de la sépulture. Comme l'a 
indiqué M. Reinecke, elle apparaît en Ëtrurie, dans la célèbre 
tombe Beguliîii'Galassi, à Cervetri* (flg. 9). Ajoutons que le 
mobilier de la nécropole carthaginoise de Douimès (vi® siècle) 
contient des œnochoés en argile tout à fait semblables*. On 
sait que la tombe Begulini-Galassi et celles du même groupe, 
tombe del Duce^ à Vetulonia, tombe Bemardini, à Palestrina, 
apportent de précieuses données chronologiques à l'archéolo- 
gie étrusque et indirectement à l'archéologie celtique. Le début 
de la troisième période de Hallstatt, celle qui a introduit dans 
l'Europe centrale et la Gaule des objets de bronze de fabrique 
grecque et de style orientalisant, tels que les vases de Grâch- 
will, de Rappel, de Hundersingen, le trépied de la Garenne 
près de Châtillon-sur-Seine, etc., est synchronique avec cette 

i. Nous n*avons pu avoir connaissance de Farticle de Hubner sur ces trou- 
vailles : Objectos del comercio fenicio eneontrados en Andalucidy Madrid, 1900 
(extr. de Revisla de Archivos). 

2. Bonsor, /oc. oit,, p. 254, flg. 58. 

3. Reinecke, loc. cit., p. iôl ; — Montelius, Civilisation primitive en Italie, 
Italie centrale, II, pi. 336, flg. 12; pi. 339, flg. 7 a et 6. Rapprocher aussi 
du bassin de Canada celui de la môme sépulture étrusque (Montelius, Ibtd., 
pi. 336, flg. 17). 

4. R. P. Delattre, Carthage, La nécropole de Douimès, fouilles de 4898'9A, 
extr. du Cosmos, p. 13, flg. 21 et p. 14, flg. 54. 



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396 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



période proto-étrusque dans l'Italie du centre. La date qu'il 
convient d'attribuer à la période hallstattienne III dépend donc 
de celle qu'on assigne à la tombe Regulini-Galassi. Celle-ci est 
classée au ix® siècle par M. Montelius, mais nous croyons avec 
beaucoup d'archéologues, notamment MM. Reinecke* et Hoer- 
nes*, que cette date trop reculée doit être rajeunie de deux 
siècles. Nous classons entre 700 et 600 les tombes Regulini- 
Galassi, del Duce et Bernadini et plaçons en conséquence la 




.^^ 



T^C 



Fig. 8. — Bassin et œnochoé de bronxe proyeoant d*uD tumulus de la région 
des Aicores (Andalousie)*. 

période de Hallstatt III entre 700 et 500. Il est très intéressant 
de constater que les sépultures des Aicores, où apparaissent à 
la fois les fibules de Hallstatt III et l'œnochoé du type de la 

1. ReiDecke, loc, cit,^ p. 161, note i ; — du même, Brandgrâber vom Beginne 
der Hallstattzeit ans den ôstlichen Alpenlândern und die Chronologie des Grab- 
feldes von Hallstatt, Mitlheilung. d. Anthrop. Gesellscb. in Wien, 1900, p. 47, 
note 1. 

2. Hoernes, Vrgeschichte der Bildenden Kunst in Europa, p. 542; —du môme, 
Die Halls tattperiode^ Archiv fUr Anthrop., III, cahier 4, 1905, p. 372. 

3. D'après Bonsor, loc.cit., 1899, II, p. 254. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PENINSULE IBÉRIQUE 397 



tombe de Regulinî-Galassi, apportent une nouvelle confirmation 
d'un synchronisme déjà maintes fois reconnu comme un fait 
acquis. 

D'autres nécropoles ou stations de l'Espagne ont livré des 
fibules hallstattiennes semblables à celles de Carmona. Une 
fibule serpentiforme (fig. 7 «), pareille à celles qui, dans le 





Fig. 9. — OEaochoéB en broDxe. Tombe Reguliai-Galassi à Gervetri (Etrarie) <. 

camp de Salins (Jura), accompagnaient des fragments de vases 
grecs du vi® siècle, a été rencontrée par M. Siret dans une 
urne cinéraire à Herrerias, au sud de l'Espagne, mais nous ne 
connaissons pas les conditions exactes de cette découverte. 

Au groupe du premier âge du fer de la Péninsule appartient 
par exemple la fibule incomplète de Cividade Velha de Santa 
Luzia* (fig. 7 o), identique à un type recueilli dans les tumulus 
d'Avezac-Prat (Hautes-Pyrénées) (fig. 7 m-n) avec le poignard de 
fera antennes'. 

1. Diaprés Montelius, La civilisation en Italie. Italie centrale, II, pi. 336» 
6g. 12 a et 12 6; pi. 339, 6g. 7 a. 

2. José Leite de Vasconcelios, Cividade Velha de Santa Luzia, archeologo 
Porlugaôs, t. VIII, no 1, p. 19. 

3. Pietle et Sacaxe, Les tumulus d^Avezac^Prat, Matériaux, 1879, p. 499, 
pi. Xlll, fig. 10 a. 



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398 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Si l'on se reporte à un inventaire qu'a dressé avec le plus 
grand soin M. José Fortes*, on constate que les fibules de forme 
intermédiaire entre celles de Hallstatt III et de La Tène I (fig. 7) 
ne sont pas rares au nord-est de la Péninsule où les modèles 
de l'Europe centrale ont été, les uns copiés exactement, les 
autres interprétés librement par l'industrie locale. 

Le second type caractéristique de cette même période est le 
poignard de fer à antennes (fig. 10), dont l'Espagne et le Portu- 
gal ont livré d'assez nombreux exemplaires, malheureusement 
dans des conditions encore mal déflnies. Ils doivent provenir 
très probablement de sépultures à incinération. M. Cartailhac 
en a publié quelques-uns*. On remarque sur quelques exem- 
plaires la suppressioi^ des antennes, réduites aux deux sphères 
terminales greffées directement sur le pommeau. Cette 
variante paraît typologiquement plus récente que le type à 
antennes véritables, dont on connaît l'aire celtique de diffusion, 
depuis l'Europe centrale jusqu'aux Pyrénées*. On en rencontre 
un exemplaire isolé dans un groupe de la nécropole de Villa- 
ricos^ dont nous parlerons plus loin, groupe où la grande 
majorité des tombes appartiennent au second âge du fer. 

La découverte des sépultures celto-puniques de Carmona 
comptera parmi les plus importantes trouvailles de l'archéo- 
logie péninsulaire. D'une part, elle démontre que l'influence 
punique, dès le vi« siècle avant J.-C, n'était pas limitée à la 
zone du littoral dans le sud de l'Espagne, mais avait déjà péné- 
tré à l'intérieur. D'autre part, elle nous procure sur la date de 
l'invasion celtique en Ibérie des données qui s'accordent assez 
bien avec celles de l'histoire et de la linguistique. M. d'Arbois 
de Jubainville place cette invasion, d'après l'interprétation 



' 1. José Fortes, As fibulas do noroeste da Peninstda, Portugalia, II, fasc, i 
(i905), p. 15. 

2. Cartailhac, loc. cit,, p. 245 et suiv. 

3. Voir notre notice, Les Glaives à antennes de Vépoqtie halls tat tienne, Re^. 
préhist., 1906, p. 305. 

*. Siret, ViUancos y Herrerias, p. 400, pi. VH, fig. 69. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 399 

des textes, vers la fin du vi® siècle ou, au plus tard, dans les 
premières années du v®*. 

Pour satisfaire aux données de l'archéologie il serait néces- 
saire de reculer tout au moins jusqu'au commencement du 



Fig. 10. — Poignarda à lame de fer avec poignée à antennes ou à boutons rem- 
plaçant les antennes : a, Villaricos*; — 6, c, Espagne ou Portugal, localités 
indéterminées '. 

VI® siècle la date de cet événement, d'autant plus que, si nous 
en jugeons par les découvertes de M. Bonsor, les Celtes de 
Carmona apparaissent comme ayant subi l'influence des popu- 
lations sémitiques, ce qui semble indiquer une période préa- 
lable de contact d'une durée déjà appréciable. 

1. H. d*Arbois de Ju bain vil le, Les Celtes en Espagne^ Rev. celtique, XiV, 
1893, p. 358. 

2. D'après Siret, Villaricos y Herrerias, pi. vu, fig. 69. 

3. D'après Gartailhac, Ages préhUt., p. 246, fij;. 358 et 360. 



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400 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Observons enfin, à l'appui de notre système, que l'épée pri- 
mitive de Hallstatt, la grande épée de fer sans antennes, si 
connue par les découvertes de FAutriche, de l'Allemagne du 
sud et de la France orientale', fait jusqu'à ce jour complète- 
ment défaut sur le sol ibérique. Mais il ne s'agit là, pour le 
moment, que d'une observation négative, dont la portée demeu- 
rera précaire tant que nous ne connaîtrons pas le type de glaive 
usité en Espagne aux époques qui correspondent à celles de 
Hallstatt I et II dans la Gaule et l'Europe centrale, et c'est là, 
croyons-nous, une des plus grandes lacunes de l'archéologie 
hispanique à l'heure présente. 

Il est probable que certaines trouvailles d'objets groupés ou 
isolés, telles que le trésor d'objets en or de Lebuçao (Traz-os- 
Montes), comprenant notamment une armille et deux torques 
richement ornés, pourront être ultérieurement rattachés à la 
période de Hallstatt III, insufflsamment connue*. Il en sera sans 
doute de même des fameux bandeaux en or deCàceres (Estra* 
madure), conservés au musée du Louvre', bandeaux que nous 
considérons, d'accord avec M. Paris, comme des ouvrages indi- 
gènes, exécutés sous l'influence de modèles gréco-orientaux, et 
dont la date nous semble voisine du vi* siècle*. 

La céramique de ce premier âge du fer en Espagne est 
encore mal déOnie. Cependant les quelques spécimens publiés 
par M. Siret, d'après ses fouilles de Villaricos et Herrerias, 
nous procurent des indications précieuses. Là encore nous 

1. On sait que la grande épée de fer hallstattienne est dérivée d'une épée de 
bronze du même modèle. Au sud^est de la France, diaprés nos stalistiques encore 
inédiles, le modèle en bronze s*est rencontré dans les départements de Vauclose 
et du Lot, le modèle en fer dans le Lot, TÂveyron, la Lozère et le Cantal. 

2. Ricardo Severo, Thesouro de Lebuçâo, Portugalia, t. H, fasc. 1, 1905, 
p.l. 

3. Schiumberger, Bandeaux d*or estampés d'époque archaïque^ Gazette archéo- 
logique, 1885, p. 4, pi. II ; ^ Cartailhac, loc. cit.^ p. 234, pi. IV ; — Pierre Paris, 
loc, cit., II, p. 248, pi. IX. 

4. Telle est aussi Topinion de M. Reinecke, loc, cit,, p. 162, note 1. D'après 
M. Mélida, les fameux bandeaux proviendraient probablement des Asturies et non 
de Câceres, El Tesoro iberico de Jàvea^ dans Las Ësculturas dei Gerro de los 
Santos, p. 107; — Paris, Le trésor de Jdvea, Rev. Archéol., 1906, II, p. 434. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 401 

nous trouvons en présence de produits de la civilisation hall- 
stattienne récente du plateau de Ger, dans la région de Tarbes. 
La similitude des deux groupes céramiques pyrénéens et anda- 
lous, mise en relief par les rapprochements de la figure 11, peut 




Fig. 11. — Poteries du premier âge du fer : a, Bordes (Ariège) • ; — 6» Alinizaraque ; — d, Cabezzo 
Colorado (Vera) (forme approximative d'après aoe recoDatitutioQ de M. Siret); — e, Los Capor- 
chaoes (Palomares) •; — c, Vase d'uu tumulus du plateau de Ger^. 

se passer de commentaires. Elle porte tout à la fois sur les 
formes et sur le décor, composé d'un motif typique : des raies 
parallèles disposées en chevrons avec encadrement continu 
d'une ligne ponctuée *. 

1. Voir noie ci-dessous, note 4. 

2. D'après Sirel, Villaricos, p. 430, fig. 32, 1, 6, 7. 

3. D'après Cartailhac, Mat., 1886, p. 559, fig. 198. 

4. Siret, Viilancos y Hcrrerias, p. 54, fig. 6-10; — Cartailhac, Cu//ech*u/i 
archéoi de Vécoie d'artillerie de Tarbes, Matériaux, 4886, p. 559, fig. 198; — 
Cf. Pothier, Les tumulus du plateau de Ger, p. 160, tumulus K. Le vase repro- 

1V« SERIK, T. xu. 27 



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402 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



Il est donc bien acquis que la civilisation du premier âge du 
fer dans l'Andalousie est au fond celle des peuples celtiques qui 
ont construit les tumulus des Landes, des Basses-Pyrénées et 
de la Haute-Garonne, c'est-à-dire la civilisation de Hallstatt III. 
Le dispositif des tumulus à incinération, le type des poignards 






Fig. iir„ — a, 6, c, e, Fibules hispaniques et italiques; — d, objet eu os : a, Provenance incoanae 
(Espagne) < ; — 6, Villa Benvenuti (Este) ; — c, Marzabotto; — d, Arnoaldi (Bologne) ; — e, Benacci 
(Bologne) •. 

de fer à antennes et des fibules, les formes et le décor des 
poteries constituent à cet égard un faisceau d'indications tout 
à fait concordantes. Toutefois les Celtes des régions pyré- 
néennes, isolés dans leurs montagnes et conservant toute la 

duit fîg. 11 a est emprunté à un album de photographies composé par le général 
Polhier, d'après ses fouilles des tumulus du plateau de Ger, album qui nous a 
été obligeamment communiqué par M. Cartailhac. Ce vase provient de Bordes 
(Ariège). 

1. Coll. Vives. D'après P. Paris, Essai, II, p. 268, fig. 401. 

2. Diaprés Monlelius, La civilisation primitive en Italie, pi. 51, fig. 4; 
pi. 79, fig. 5; pi. 84, fig. 1 ; pi. 94, fig. 19. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 403 

rudesse de leurs coutumes ancestrales, formaient une popula- 
tion pauvre. Aucun objet précieux d'importation étrangère 
n'apparaît dans l'inventaire monotone du mobilier de leurs 
tombeaux, tandis qu'à la même époque leurs frères de l'Ibérie 
méridionale, en contact avec les Orientaux, mêlaient aux pro- 
duits de leur propre industrie les objets de toute sorte dont les 
marins de Carthage approvisionnaient les bazars phéniciens. 

Peut-être faut-il attribuer à l'alliance historique des Phéni- 
ciens et des Étrusques vers le vi® siècle l'origine des influences 
toscanes que nous avons déjà eu l'occasion d'indiquer ailleurs 
dans l'archéologie ibérique. A cette influence est due certaine- 
ment l'apparition d'une des fibules les plus répandues en 
Espagne au premier âge du fer. Nous voulons parler de la 
fibule au cavalier ou au cheval, connue surtout par le récent 
ouvrage de M. Pierre Paris (fig. 12 et 13). 

Nous croyons avoir montré {UAnthrop,, 1905, p. 29-40) que 
ce type industriel, dont l'exemplaire le plus complet est celui de 
la collection Vives, appartient par ses origines à la civilisation 
de l'âge du fer de la Haute-Italie et qu'il est chimérique d'y 
chercher avec M. Mélida l'image d'un dieu cavalier propre aux 
Ibères. La figure 12 en fait foi et la comparaison des exemplaires 
a (exemplaire hispanique de la collection Vives) et b (fouilles 
de la villa Benvenuti à Este en 1842) est tout a fait caractéris- 
tique. Il nous suffira d'appeler l'attention sur certaines parti- 
cularités typiques, telles que la suppression des jambes et k 
dégénérescence des boucliers circulaires. L'âge de ces fibules, 
qui ont toujours été recueillies isolément, ne peut encore être 
fixé qu'approximativement, M. Montelius classant celle de la 
villa Benvenuti à la deuxième période de l'âge du fer d'Esté, 
période qui correspond sensiblement à la seconde période de 
Benacci (fouilles de Bologne). Ce serait donc, si l'on adoptait 
les dates de M. Montelius, aux x®-viii« siècles qu'il faudrait 
reporter l'apparition du modèle étrusque. Mais, d'autre part, 
la ville de Marzabotto, d'où provient le second exemplaire ita- 
lique (fig. 12c), n'a été fondée par les Étrusques que vers l'an 500, 



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REVUE ARCHEOLOGIQUE 



et c'est aux vi®-v® siècles que nous aurions à classer ce second 
exemplaire, car son décor typique se retrouve sur des objets 
d'argile appartenant à cette période. Bien que ce type soit 
encore trop rare pour qu'il soit possible de lui assigner une 
date très précise, il est du moins incontestable qu'il appartient 
au premier âge du fer italique. 







Fig. 13. — Fibules bispaniqueB. Froveuaoces diverses i. 

Les exemplaires hispaniques sont certainement de fabrique 
indigène. Les modèles seuls sont italiques et ont pu être importés 
directement par le commerce étrusque. 

En résumé, le premier âge du fer de l'Espagne et du Portugal 
comprend à coup sûr le vi® siècle. Quant à ses limites chrono- 

1. D'après P. Paris. Essai, II. pi. v, 6g. 1 ; p. 270, fig. 402-40». 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 405 

logiques extrêmes, on pourrait les placer provisoirement entre 
les années 600 et 400 avant J.-C, mais il convient d'attendre 
que les découvertes ultérieures aient précisé ces premiers 
aperçus en nous livrant des sépultures de la fin de Tâge du 
bronze et du début du premier âge du fer. 

Le SECOND AGE DU FER 

Nous appliquerons cette désignation à la période comprise 
entre le commencement du iv® siècle et Tan 133 avant J.-C, 
date de la prise de Numance par Scipion Emilien. Cette phase 
qui touche à la période romaine est marquée par une nouvelle 
prédominance des influences orientales et l'affaiblissement gra- 
duel des éléments celtiques. Un glaive ondulé de type gréco- 
oriéntal se substitue, tout au moins dans l'Ibérie méridionale, à 
l'épée hallstattienne. Cependant les types de fibules demeurent 
encore apparentés à ceux de l'Europe centrale, tout en présen- 
tant des formes locales. Enfin une poterie peinte, à décor liné- 
aire, de fabrique indigène, mais sans doute dérivée de modèles 
phéniciens, se répand dans toute la Péninsule et même au-delà 
des Pyrénées jusque dans la Gaule méridionale. Pendant cette 
phase les Carthaginois approvisionnent de plus en plus les 
marchés de la Péninsule en produits de l'industrie punique, 
menus bijoux, amulettes, verroteries. Les vases peints helléni- 
ques y pénétrent aussi en abondance, introduits au nord par 
les colons grecs, au sud par les Phéniciens. 

A cette période, correspondant chronologiquement aux 
époques de La Tène I et II, se classent un certain nombre de 
trouvailles récentes, déjà fort nombreuses. Les plus importantes 
et les plus typiques sont constituées par le troisième groupe de 
la nécropole de Villaricos, d'après le classement de M. Siret, 
explorateur de cette nécropole. Ce groupe comprenait environ 
125 sépultures à incinération*, qui pour la plupart appartien- 
nent à notre second âge du fer. 

1. Sirel, Iqc, cit., p. 23. 



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REVUE ARCHEOLOGIQUE 



Quelques-unes des urnes cinéraires sont des vases grecs clas- 
siques du IV® siècle, à peintures rouges avec rehauts blancs et 
jaunes, qui permettent de dater Tensemble de ces tombes; les 
autres sont des vases indigènes de couleur claire, avec peintures 
rouges foncées, de tons variés. Le décor consiste en tracés 
linéaires où dominent des bandes caractéristiques de demi- 




Fig. 14. — Sabres du type d'AlmediDilla *. 

cercles concentriques, des zones de triangles à hachures, des 
lignes verticales parallèles à ressauts ou à ondulations, parfois 
de simples raies horizontales*. 

Le mobilier fort abondant comprend des objets variés, notam- 
ment des armes de fer, glaives et têtes de lance. Le glaive n'est 
autre chose que le fameux sabre du type d'Almedinilla (fig. 14), 
désormais daté avec certitude, grâce à ces découvertes. Il était 

i. D'après Siret, ViUaricos, pi. xv. 
2. Siret, toc, c^^, p..23, pi. VIII. 



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CHRONOLOGFK PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 407 

bien connu depuis la publication des Ages préhistoriques de 
M. Cartailhac, mais son Age exact demeurait problématique. 
C'est un glaive court dont la lame présente sur son unique 
tranchant une double ondulation, résultant tout à la fois de sa 
courbure dorsale et de son élargissement près de la pointe. La 
poignée est découpée en silhouette de cheval et se complétait 
de deux plaques d'applique en bois, os, ou corne. Plusieurs 
exemplaires sont déposés depuis longtemps dans les musées de 
Madrid et de Cordoue ; mais on ignorait de quel milieu archéo- 
logique ils provenaient. Nous savons maintenant que ce glaive, 
associé à des vases grecs du iv® siècle, correspond chronolo- 
giquement dans la Péninsule ibérique à Tépée de La Tène I des 
des pays celtiques. 

Il est remarquable que jusqu'à ce jour aucune épée de La 
Tène n'a été signalée ni en Espagne, ni en Portugal. Le glaive 
celtibérique d'Almedinilla dérive, comme on sait, d'un modèle 
de la Grèce classique connu surtout par des peintures de vases*. 
Son importation en Ibérie paraît due aux Phéniciens plutôt 
qu'aux Grecs eux-mêmes •, car il ne semble pas que l'influence 
hellénique ait exercé une action directe sur les régions du sud de 
l'Espagne. Ce sont des Carthaginois, maîtres de ce littoral, qui 
y importaient les produits de la Grèce, tels que les vases 
peints. 

L'épée de La Tène faisant défaut en Espagne et en Portugal, 
si l'on admet avec M. Reinach que l'épée historique des Celti- 
bères, dite hispanique, adoptée par les Romains au moins dès le 
IV® siècle, ait été celtique d'origine', il faudrait en chercher le 
type au premier âge du fer dans la courte épée à antennes et, 
dans ce cas, tenir pour inexact le témoignage recueilli par Sui- 
das ; car, suivant ce témoignage, l'épée des Celtibères n'aurait 



1. Cartailhac, Ages préhistoriques, p. 255. 

2. M. Siret fait observer qu'une représdntàtioa de cette arme est figurée sur 
une stèle punique de Carthage, mais il ne donne par de référence {Villaricos y 
Uerrerias, p. 400). 

3. Salomon Reinach, Cultes , Mythes et Religions, III, p. 142, note 1. 



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408 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

été adoptée par les Romains qiî'«\ partir de la guerre contre 
Hannibal. En réalité, comme Tont démontré des trouvailles 
récentes, la courte épée de fer à antennes était répandue en 
Italie vers le v® siècle et les Romains pouvaient s'en procurer le 
modèle sans recourir aux armuriers de Tlbérie. 

L'abondance des armes et notamment des épées dans les 
tombes protohistoriques de l'Espagne pendant le premier et le 
second Age du fer, contraste nettement avec leur extrême 
rareté dans celles des pays classiques de la même époque. 
Nous les cherchons vainement dans les nombreuses nécro- 
poles explorées à Carthage par le R. P. Delattre. L'usage de 
déposer les armes des guerriers dans les sépultures, usage 
propre aux peuples barbares, est au contraire fort rare chez 
les Grecs classiques, chez les Romains, comme chez les peuples 
sémites. De plus, les glaives à lame ondulée des dépôts funé- 
raires sont ordinairement repliés, ce qui établit la relation de 
cette période avec la précédente, celle des épées de Hallstatt III, 
également repliées. 

Comme l'a indiqué M. Salomon Reinach, la coutume de 
déposer dans les tombes des guerriers des épées intentionnel- 
lement tordues, doubléees ou repliées en trois ou même en quatre, 
est un rite celtique, démontré par de nombreuses trouvailles. 
« Signalées d'abord en Normandie, ces épées repliées l'ont été 
depuis en Champagne, dans la vallée du Rhône, dans celle du 
Rhin, en Suisse, dans l'Italie du nord, en Hongrie, en Roumanie, 
en Espagne et même en dehors du domaine propre de la civili- 
sation celtique, au Danemark et à l'île de Bornholm » '. M. Rei- 
nach n'oublie pas, comme on le voit, dans cette énumération 
les trouvailles de Villaricos qu'il paraît bien regarder comme 
celtiques*. 

Ces diverses considérations nous semblent révéler le véritable 
caractère ethnique des tombes de cette période de Villaricos. 
Leur mobilier étant punique, on les attribue généralement aux 

1. Reinach, loc, cit , p. 148. 

2. Cf. Reinach, Revue archéoL, 1907, II, p. 453. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 409 

Phéniciens d'Afrique, colonisateurs du sud de Tlbérie. Nous 
inclinons à les restituer encore, en partie, à une population cel- 
tibérique, très fortement pénétrée par la culture sémitique. En 
réalité, à cette époque déjà très postérieure à l'arrivée des pre- 
miers colons phéniciens, il est probable qu'une fusion s'était 
opérée sur bien des points entre les Orientaux et les Occidentaux, 
Celtes et Ibères. De cette intime pénétration d'éléments origi- 
nairement distincts était issue une culture mixte à faciès orien- 
tal, avec survivance d'éléments indigènes. Ici la pénétration 
des barbares par la culture méditerranéenne s'était opérée 
plus profondément que dans la Haute-Italie. Au iv® siècle, les 
Sénons d'Ornavasso, malgré leur étruscisation si complète, 
avaient conservé l'épée gauloise, celle qui avait frappé d'épou- 
vante les défenseurs du Capitole*. Les Celtibères, à la même 
époque, étaient armés d'une épée de type oriental, mais ils 
demeuraient fidèles au rite ancestral de la déposer pliée dans 
leurs tombes. 

Quant aux sépultures proprement phéniciennes, on les a ren- 
contrées à Cadix, en 1887, dans la nécropole de la Punta de la 
Vaca, qui a livré un magnifique sarcophage anthropoïde ana- 
logue à ceux de la Phénicie et de Carthage. Ce monument pré- 
cieux est conservé au musée de Cadix. De la même nécropole 
sont sortis des bijoux divers, amulettes, colliers, verroterie, 
rosaces, Bès, uraei, etc., dont l'origine punique n'est pas moins 
certaine'. 

1. Joseph Déchelelle, Montefortino nt Omavasso. Étude sur la civilisalion 
des Gaulois cisalpins^ ext. de hRev. archéoL, 1902, I, p. 245. 

2. Ajoutons que le bel ouvrage publié récemment par M. J. Roman sur les 
antiquités des îles Pytiuses, Tun des deux groupes de Tarchipel Baléare, con- 
tient d'intéressants documents pour Tétude du mobilier funéraire chez les Phé- 
niciens, parttcuiièreiuent pour la céramique. (Don Juan Roman y Calvet, Los 
nombres e importancia arqueologica de las Islas Pythiusas, Barcelone, 1906, 
in-4% pi. en couleurs.) Parmi tous les objets reproduits dans cette luxueuse 
publication, à travers ceux d'origine punique, grecque, italique et gallo-romaine, 
nous ne voyons & peu près rien de spécifiquement indigène. Impossible de 
classer avec l'auteur quelques fragments de céramique peinte découverts à 
Puig d'en Valls parmi les « produccionnes peidgiscas 6 de Mycenas ». Pour le 
préhistorique des iles Baléares, il faut encore s'en tenir à l'ouvrage de M. Car-^ 



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410 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Comme celle de Tharros en Sardaigne*, la nécropole delà 
Punta de la Vaca a livré quelques-uns de ces étuis funéraires 
en or à têtes d'animaux, fabriqués à Tyr ou à Carthage et con- 
tenant une feuille d'argent, gravée de caractères phéniciens». 

Quelques-unes des sépultures de Herrerias, en forme de fosses 
profondes constituant parfois de véritables puits, doivent être 
également carthaginoises. Les corps étaient déposés dans des 
cercueils, parfois avec des amphores et un récipient formé d'un 
œuf d'autruche à décor peint ou gravé. 

On trouve encore dans les urnes cinéraires du second âge du 
fer, à Villaricos, d'autres armes de fer, telles que des poignards, 
des lances et des flèches et des fragments de boucliers. 

Quelques lances sont ornées à la base d'incrustations de 
bronze, de cuivre et d'argent*. Les lames sont alors de type 
effilé, à ailettes étroites*. 

Une des fibules les plus caractéristiques du second âge du fer 
en Ibérie est d'un type fort particulier qui ne s'est pas rencontré 
jusqu'à ce jour, à notre connaissance, hors de la Péninsule. 
C'est un dérivé de la fibule hallstattienne à timbale, avec cette 
particularité que les spires du ressort sont traversées et main- 
tenues par une tige annulaire sur laquelle, en un point diamé- 
tralement opposé, s'appuie également le pied delaflbule(flg. 15). 
Elle est fort répandue dans toute la Péninsule. M. Horace San- 
dars en a recueilli un grand nombre parmi les offrandes votives 
du sanctuaire de Despenaperros, près de Castulo. Il s'est atta- 
ché à en déterminer la date, à l'aide de quelques trouvailles con- 

tailhac, Monuments primitifs des îles Baléares, 1892. Notons à ce propos uq fait 
intéressant. Depuis la publication de son livre, M. Cartailhac a reconnu que 
le <' disque en bronze » de la collection Sureda (Majorque) est un bouclier 
votif, semblable à ceux des anciens sanctuaires crétois. C'est le bouclier que 
portent plusieurs des statuettes sardes de Tâge du bronze et là encore nous 
trouvons une attestation manifeste des inQuences égéennes. 

1. Spano, Bulletino archeol, Sardo, t. IV ; — Perrot et Chipiez, Histoire de 
rartdansVantiquité.i. lU, Phénicie, Cypre, p. 238, fig. 183-184. 

2. Voir Bonsor, toc. cit., p. 132. 
''^. Siret, loc. d^., p. 460. 

4. Cartailhac, loc, cit., p. 248, fig. 361; — Siret, Ibid., pi. XIV, fig.6, 7. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 411 

tenant des monnaies. L'une d'elles, venant de Dianium (Dénia), 
ancienne colonie grecque à Test de l'Espagne, était associée à 
seize monnaies de Marseille, de Rhodes, et de Sicile, la plus 
récente d'environ 360 avant J.-C. D'autres proviennent d'une 
nécropole de Mataro, en Catalogne, nécropole qui a livré un 
glaive ibérique et des vases grecs, et dont la date serait d'envi- 
ron 240 avant J.-C.«. 




FU. 15. — Fibule8 annulaires ibériques : a, Deapaùapepros*; — 6, Villaricos'; — c. Coimbre 

— d, Galiice*. 

Les découvertes de Villaricos confirment et précisent ces 
données : c'est dans les sépultures du troisième groupe de 
M. Siret qu'apparaissent les fibules annulaires'. Comme on le 
voit, cette fibule se trouve déjà datée avec autant de précision 

1. Horace Sandars, Pre-roman bronze votive offerings from DespenaperroSy 
in Uie Sierra Morena, Spain, p. 21, pi. XXIX A. 

2. D'après S. Reinach, Rev. arch'., i90:3, il, p. 4U. 

3. D'après Siret, loc. cit., pi. xvi, fig. 13. 

4. D'après Forles, loc. cit., Portugalia, II, fasc. 1, p. 20-21, fig. 13-14. 

5. Siret, loc, cit., p. 400, pi. VII, p. 13; — M. Bonsor reproduit également 



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412 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

que les* glaives ondulés. Nous pouvons la classer au îv® siècle, 
en admettant une survivance probable au m*. Elle servira à 
son tour à classer chronologiquement d'autres objets. Tel est 
le cas pour une petite statuette ibérique d'un personnage qui 
porte sur l'épaule droite une fibule de ce modèle, d'après une 
observation de M. Horace Sandars. Certaines fibules du type 
de La Tène I, à extrémité caudale en tête d'oiseau (fig. 16, a, A, c), 
appartiennent à coup sûr à cette période. Nous en rencontrons 
un exemplaire à Villaricos*. 

Pour les menus objets de parure, bagues, anneaux, grains de 
collier en pâte de verre, amulettes, osselets, etc., sur lesquels 
nous ne pouvons insister, nos lecteurs se reporteront au texte 
et aux planches de M. Siret, qui a noté la ressemblance de ces 
menus objets avec les trouvailles carthaginoises*. 



une fibule annulaire trouvée à Carmona, où les tombes sont de diverses époques 
(loc.cit., p. 279). 

]1 serait urgent que les explorateurs des sépultures de la Péninsule ibérique 
missent la science en possession d'inventaires par tombes minutieusement dres- 
sés. La méthode qui consiste à décrire sommairement les sépultures par grou- 
pes prétendus homogènes et non par unités est absolument vicieuse, carelie ne 
permpt pas de connaître exactement fassociation des types. C'est ainsi que le 
K troisième groupe » créé par M. Siret pour Villaricos contient tout à Ja fois 
des vases grecs à figures rouges et aussi quelques monnaies romaines. Faute 
d'un inventaire détaillé, ou ne peut savoir dans quelle mesure ce soi-disant groupe 
n'est pas homogène. M. Siret j a réuni des sépultures du iv* siècle et des dépôts 
plus récents. 

L'archéologie prolohislorique de l'Ibérie ne réussira à distinguer nettement 
les diverses subdivisions de T&gedu 1er que lorsqu'elle possédera des monogra- 
phies d^explorations de tombes, rédigées d'après la méthode exacte qui a donné 
déjà pour l'Europe centrale de si excellents résultats. A l'heure actuelle, par 
suite de l'insurfisance et de l'obscurité des comptes rendus de fouilles, auxquels 
les auteurs mêlent d'ailleurs trop de vues subjectives, la systématisation des 
découvertes constitue, comme nous avons pu le constater dans cet essai, une 
œuvre fort laborieuse. Lorsque l'explorateur d'une nécropole s'est soustrait & 
l'obligation impérieuse de publier un inventaire par tombes^ nous n'hésitons pas 
à déclarer qu'il a accompli souvent une œuvre plus néfaste qu'utile, car il a anéanti 
des sources d'information dont la perle peut être irréparable et dont un autre 
eût pu tirer plus tard un bien meilleur parti. Ajoutons cependant que la revue 
Portugalia a publié des monographies de dépôts funéraires qui peuvent être 
pris pour modèles. 

1. Siret, Vi/Zaricos y f/errerias, pi. XIX, 12. 

2. Ibid., pi. XVÎ. XVII, XVIII. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 413 

Parmi les sépultures de ce groupe, M. Siret a rencontré un 
torse de sphinx sculpté, une statue de déesse-mère assise, tout 
à fait fruste, enfin une stèle funéraire portant une inscription 
phénicienne, dont M. Berger a donné la lecture suivante : Tom- 
beau d'Abdmelqart^ fils de Baalpillès, a C'est la première fois, 
observe M. Berger, qu'une inscription punique sort du sol 




Fig. 16. — Fibules du type de La Tène 1 : a, Quintos (Portugal) « ; 
6, Viilaricos*; — c, Villaricos»; — rf, Sauta Olaya*. 

d'Espagne, où l'influence phénicienne a été si profonde et si 
étendue* ». L'âge de cette stèle correspond-t-il à celui des 
sépultures du second âge du fer à Villaricos ? 11 ne nous appar- 
tient pas d'aborder ce problème. Ajoutons avec M. Salomon 

\, D'après J. Leile de Vasconcellos, archeologo Portugués, 1903, p 163, 
fig. 1. 

2. D'après Siret, Villaricos^ pi. xix, fi^. 12. 

3. D'après Siret, Anthrop., 1907, p. 290, fig. 21 f, 

4. D'après Ricardo Antonio dos Sanlos Rocha, Portugalia, II, fasc. 3, 
pi. XIX, 28. 

5. C. ft. Acad. Inscript. ^ 1904, p. 35. La lecture du R. P. Delattre diffère en 
ce qui concerae le nom du défunt. 



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414 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Reinach que cette stèle « prouve qu'il y avait des Carthaginois 
parmi les incinérés de Villaricos, mais non pas que la nécro- 
pole fût punique »*. 

Quant au torse de sphinx ailé publié par M. Siret, il se rat- 
tache étroitement par son style à un ensemble de monuments 
sculptés, bien connus depuis les beaux travaux de MM. Heuzey, 
Mélida et Pierre Paris. Nous voulons parler des fameuses statues 
du Cerros de los Santos, près d'YecIa et de Montealegre, sur les 
confins des provinces de Murcie et d'Alicante, des fragments 
du Llano de la Consolacidn, à Montealegre même, enfin de la 
perle de cette série, la fameuse « Dame d'Elche », du Musée du 
Louvre. Dans ce mémoire, spécialement consacré à la classifi- 
cation générale des antiquités de Tlbérie, nous ne nous arrê- 
terons pas aux nombreuses discussions qu'a fait naître l'exa- 
men du style et la recherche de la nationalité de ces monuments 
si souvent décrits. Un point demeure acquis, c'est la parenté 
des sculptures du Cerro et du buste d'Elche. Pour M. Théodore 
Reinach, ce buste « ne peut être que la création d'une main 
grecque et spécialement ionienne », tandis que les statues du 
Cerro seraient « en grande partie l'œuvre de praticiens indi- 
gènes formés à l'école de contre-maîtres grecs »». De l'avis de 
M. Heuzey et de M. Paris, il faudrait voir dans le buste d'Elche 
une œuvre espagnole de style gréco-asiatique. Comme M. T. Rei- 
nach reconnaît l'empreinte de l'art phénicien sur les acces- 
soires du fameux buste, les opinions précitées ne semblent pas 
inconciliables et l'étiquette du Musée du Louvre — Style gréco- 
phénicien de l'Espagne — demeure encore la formule la plus 
adéquate aux caractères du fameux buste et des statues du Cerro. 
La barbarie de quelques-unes de ces dernières, comparées à la 
dame d'Elche, s'explique surtout par leur destination votive. 
Combien de sanctuaires célèbres où de grossières icônes se 



1. Cf. Aeu. archéoL, 1907, If, p. 453. 

2. Théodore Reinach, La tête d^Elche au Louvre^ Rev. Études Grecques, 
1898, p. 47. 



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CHRONOLOGIE PRÉHISTORIQUE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE 415 

trouvent confondues parmi les offrandes avec de véritables 
œuvres d'art ! 

La Vicha de Balazote, les sphinx d'Agost et du Salobral, les 
animaux fantastiques de Redobân, étudiés et reproduits dans 
l'ouvrage de M. Paris, révèlent eux aussi, comme le sphinx 
de Villaricos, l'influence de l'art gréco-phénicien. Nous n'insis- 
terons pas sur ces divers monuments dont la genèse artistique 
semble suffisamment élucidée. 

(A suivre,) J. Déchelette. 



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BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉMIE DES LNSCRIPTIONS 



SEANCE DU 9 OCTOBRE 1908. 

M. Gaston Maspero expose en détail les travaux de restauration poursuivis 
cette année par le service des antiquités de l'Egypte qu'il dirige, et les fouilles 
entreprises sur divers points du pays, particulièretnent en Nubie. 

M. Merlin, directeur des antiquités de la Tunisie, rend compte des recherches 
sous- marines exécutées cet été au large de Mahdia, avec le concours de la 
marine française, à l'endroit où, Tan dernier, des pêcheurs d'épongés avaient 
trouvé de remarquables statues de bronze. Les travaux de celte année ont 
fourni des renseignements très précis sur la nature du gisement : on est en 
présence d*un bateau chargé de colonnes, de chapiteaux et d'œuvres d'art, qui 
a sombré par 40 mètres de fond, à 5 kilom. environ du cap Africa. Ils ont 
aussi amené la découverte de nombreux objets en bronze ou en marbre, eu 
particulier de fragments ayant appartenu à plusieurs grands vases monumen- 
taux. L'un de ceux-ci était un double du célèbre cratère Borghèse, aujour- 
d'hui au Louvre. Les fouilles seront continuées. 



SÉANCE DU 16 OCTOBRE i908 

La commission du prix Bordin décide que le prix extraordinaire sera décerné 
en 1911 à un ouvrage sur l'histoire ou l'archéologie du moyen âge, publié dans 
la période comprise entre le l^' janvier 1908 et le U' janvier 1911. 

M. Salomon Reinach montre la photographie d'une miniature d'Attavante, 
conservée au Musée du Havre, où elle a déjà été étudiée par M. Bertaux. Cette 
miniature fait partie d'un missel daté de 1483; comme le Baptême de Verocchio 
est reproduit dans l'encadrement, on peut en conclure d'abord qu'Attavaute fut 
l'élève de ce maître et ensuite que le Baptêrne\ dont on ignorait la date, est 
sensiblement antérieur k 1483, probablement de 1478. 

M. Clermont-Ganneau déchiffre et commente l'inscription bilingue minéosa- 
béenne et grecque dont il a signalé précédemment la découverte dans l'île de 
Délos. Il montre que c'est la dédicace d'un autel élevé à leur dieu national par 
deux marchands minéens ongiuaires de l'Arabie méridionale et fixés dans le 
grand centre commercial et religieux qu'était alors Délos, pour y faire l'importa- 
tion des parfums et autres produits similaires d'Arabie si estimés des anciens. 
L'apparition de ce monument inattendu, que le texte grec permet de reporter 
au 11* siècle avant J.-C, vient ruiner )a théorie, préconisée en Allemagne, d'après 
laquelle le royaume minéen aurait pris fin au viii*' siècle avant J.-C. 

iM. le comte R. de Lasteyrie continue la lecture de sou mémoire sur l'église 
de Saint-Philbert de Graudiieu. 

L'Académie décide que la présentation des titres des candidats à la place de 



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BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 417 

membre ordinaire vacante par suite du décès de M. Barbier de Meynard aura 
lieu le 30 octobre. 

SÉANCE DU 23 OCTOBRE 1908 

M. le Secrétaire perpétuel conomunique les lettres par lesquelles MM. Clé- 
ment Huart, V. Scheil, C. Jullian nt Paul Girard posent leur candidature à la 
pldce de membre ordinaire vacante par suite du décès de M. Barbier de Mey- 
nard. 

M. le duc de Loubat annonce, de la part de M. HoUeaux, directeur de TÉcole 
Trançaise d'Alhènes, une importante découverte récemment laite à Délos par 
les membres de cette École. Il s*agit d'un grand bas-relief en bronze, d'un 
très beau travail de l'époque hellénistique, représentant un sacrifice à la déesse 
Hécate. C'est le premier bas-relief en bronze que l'on ait découvert jusqu'ici à 
Délos. 

SÉANCE DU 30 OCTOBRE 1908. 

M. le Secrétaii-e perpétuel donne lecture des lettres par lesquelles posent 
leur candidature : M. Fsichari, à la place de membre ordinaire vacante par 
suite du décès de M. Barbier de Meynard; et M. Maurice Prou, à la place de 
membre ordinaire vacante par suite du décès de M. Hartwig Derenbourg. 

L'Académie procè<Ie, en comité secret, à l'élection d'un associé étranger en 
remplacement de M. Theodor von Sickel, décédé. M. Edouard Naville, de 
Genève, correspondant étranger depuis 1893, est élu. Cette élection sera sou- 
mise à l'approbation de M. le Président de la République. 

SÉANCE DU 6 NOVEMBRE 1908. 

M. le Secret ire perpétuel donne lecture d'une lettre de M. Maurice Besnier, 
professeur à l'Université de Caen, relative à des découvertes archéologiques 
(tombeaux antiques et inscriptions funéraires) faites au Maroc par MM. Michaux- 
Bellaire et Buchet. 

L'Académie procède à l'éleution d'un membre ordinaire en remplacement de 
M. Barbier de Meynard, décédé. Au premier tour de scrutin, M. Paul Girard 
obtient 12 voix; M. Huart, 1; M. Jullian, 3; M. Psichari, 3; M. l'abbé V. 
Scheil, 14. Au second tour, M. Girard obtient 17 voix; M. Jullian, 1; M. l'abbé 
Scheil, 15. Le nombre des volants étant de 33 et la majorité absolue de 17, 
M. Paul Girard est proclamé élu. Son élection sera soumise à l'approbation 
de M. le Président de la République. 

L'Académie procède à la nomination des deux commissions chargées de pré- 
senter des candidats aux places vacantes parmi les correspondants étrangers et 
parmi les correspondants français. ■— Sont élus pour les correspondants étran- 
gers : MM. Delisle, Senart, Meyer et Léger; — pour les correspondants fran- 
çais : MM. Delisle, Héron de Villefosse, Ornonl et Thomas. 

L'Académie décide que la présentation des titres des candidats aux places 

IV* SÉRIE, T. XII. 28 



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418 tlEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de membre ordinaire vacantes par suite du décès de MM. Hartwig Derenbourg 
et Gaston Boissier aura lieu le 27 novembre, et Télection le 4 décembre. 

M. Glotz fait une communication sur les esclaves et la peine du fouet en 
droit grec. — MM. Maurice Croiset étPerrot présentent quelques observations. 

SÉANCE DU 13 NOVEMBRE 1907 

M. le secrétaire perpétuel donne lecture des lettres par lesquelles MM. Clé- 
ment Huart et Paul-Frédéric Girard se présentent, le premier à la place de 
membre ordinaire vacante par suite du décès de M. Derenbourg, le second à la 
place de membre ordinaire vacante par suite du décès de M. Boissier. li com- 
munique ensuite une lettre de M. Prou, qui déclare présenter sa candidature 
aux deux fauteuils. 

M. Franz Cumont, correspondant de l'Académie, fait une communication sur 
la théologie du culte solaire, qui fut la dernière forme du paganisme antique. 
De la constatation que le soleil règle le mouvement des planètes, les astrologues 
chaldéens tirèrent la conséquence qu'il était le maître de Tharmonie cosmique; 
ils virent dans cette lumière intelligente le créateur des âmes, qu'il faisait après 
la mort remonter dans son sein. Constituée au ii« siècle après J.-C, cette théo- 
logie fut propagée par les philosophes stoïciens et par les mystères orientaux 
dans TËmpire romain, où elle devint prédominante au ms siècle. 

M. Léon Dorez lit une note sur Tinventaire dressé après le décès de Giovanni 
Marcanova, professeur de médecine et de philosophie à Padoue et à Bologne de 
1440 à 1467, Tun des créateurs de l'épigraphie latine. Cet inventaire énumère 
520 manuscrits environ, chiffre considérable pour une bibliothèque privée, et 
renferme les détails les plus curieux sur la lingerie, la batterie de cuisine, 
récurie, etc., d'un professeur du xv« siècle. Il a été découvert par M. Ferdi- 
nando Jacoli, qui a consenti à le communiquer à M. Dorez et qui le publiera en 
collaboration avec ce dernier. 

M. Héron de Villefosse communique, au nom du R. P. Delattre, un rapport 
sur les fouilles exécutées à Carthage, au cours de Tannée 1908, dans le flanc 
sud de la colline de Bordj-Djedid. Ces fouilles ont amené la découverte de 
sépultures puniques, qui avaient déjà été visitées dans l'antiquité, d'un aque- 
duc et de thermes. Le P. Delattre a également trouvé un important dépôt de 
lampes romaines provenant d'un atelier ou d'un magasin. Il envoie le dessin 
d'une de ces lampes portant les images d'Isis et d'Hermanubis. Ce dernier est 
représenté avec un buste humain drapé et une tôte de chacal ; il tient un cadu- 
cée de la main gauche. 

SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DU VENDREDI 20 NOVEMBRE 1908 

I. Ordre des lectures : 1» Discours de M. Babolon, président, annonçant les 
prix décernés en 1908, et les sujets des prix proposés; 2« Notice sur la vie et 
les travaux de M. Marie-Louis-Antoine-Gaston Boissier, membre de TAcadé- 
mie, par M. Georges Perrot, secrétaire perpétuel ; 3<^ La Chine en Europe au 
xviu* siècle, par M. Henri Cordier, membre de l'Académie. 



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BdLLÊTIN MEPÎSUEL t)E l' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 419 

SÉANCE DU 27 NOVEMBRE 1908 

M. Babelon, président, donne lecture des décrets approuvant Télection de 
M. Paul Girard membre ordinaire, et celle de M. Edouard Naville, associé 
étranger. — M. Paul Girard est ensuite introduit en séance. 

M. Perret, secrétaire perpétuel, donne lecturd des lettres par lesquelles 
MM. Jullian, Scheil, Psichari, Cuq, Carra de Vaux et Diehl posent leur can- 
didature aux places de membre ordinaire vacantes par suite du décès de 
MM. Gaston Boissier et Hartwig Deren bourg. 

SÉANCE DU 4 DÉCEMBRE 1908. 

Sur itn rapport lu par M. Chavaones au nom de la commission de l'École 
française d'Extrême-Orient, une prolongation de s<^jour d'un an est accordée à 
MM. Noël Péri et Henri Maspero, membres de cette École. 

SÉANCE DU 11 DÉCEMBRE 1908. 

M. Paul-Frédéric Girard écrit qu'il se désiste de sa candidature à la place 
de membre libre vacante par suite du décès de M. Gaston Boissier. 

M. Henri Cordier communique une lettre du commandant d*011one, datée de 
Cbang-baî, 5 novembre 1908, qui a fait des fouilles dans le désert d'AIa-chan 
et a visité, après M. Chavannes, Ta-t*ong fou, le Wou t'ai chan et Long-men. 
Il a cdnstaté que les bas-reliers et statues qu'il a photographiés au Se-tch*ouan 
sont de la même facture et de la môme époque que ceux de Long-men. — 
M. de Fieurelle, second de la mission d'Ollone, a communiqué à M Cordier 
une vingtaine d'inscriptions, sur 176 qui forment la collection rapportée. 

L'Académie procède à l'élection de deux membres ordinaires, en remplace- 
ment de MM. Hartwig Derenbourg et Gaston Boissier, décédés. 

M. l'abbé V. Scheil et M. Camille Jullian, ayant obtenu la majorité absolue, 
sont proclamés membres ordinaires de l'Académie. Leur élection sera soumise 
à l'approbation de M. le Président de la République. 

L'Académie procède à l'élection d'un membre de la commission des inscrip- 
tions et médailles en remplacement de M. Gaston Boissier. M. l'abbô Thédenat 
est élu. 

Sur un rapport lu par M. Haussoullier au nom de la commission Piot, l'Aca- 
démie accorde des subventions à M. HébrarJ et Zeiller, pour continuer leurs 
recherches dans le palais de Dioclétien à Spalato ; à M. Grenier, pour conti- 
nuer ses fouilles dans l'antique nécropole de Bologne; à M. leD' Carton, 
pour terminer les fouilles qu'il a entreprises à Dougga. 

(Revue critique.) Léon Doriz. 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 



V homme fossile de la Chapelle-aux-Sainls . 

11 a été présenté à l'Académie des Sciences une note relative à la découverte, 
près de la Chapelle-aux-âaints, dans la Corrèze, par les abbés Bouyssooie et 
Bardon, de restes humains qui provoquent dans le monde scientiBque une vive 
émotion. 

La pièce principale est le crâne, qui est à peu près complet, grâce à la 
patience avec laquelle M Marcellin Boule en a rapproché et réajusté les éléments. 
On possède aussi partie du bassin et des membres, plus plusieurs vertèbres 
ou côtes. 

Ce squelette a été trouvé dans une grotte de quelques mètres de profondeur. 
Le sol de la grotte est en place et stérile, c'est-à-dire sans restes. Sur ce sol 
repose une couche d'apport renfermant au contraire bon nombre de restes 
d'animaux, en particulier de rhinocéros tichorinus, de renne, d'hyène des 
cavernes, de marmotte, de loup. Le squelette ne se trouvait pas dans cette 
couche superficielle : il reposait dans une cavité creusée dans la couche stérile, 
couché sur le côté, jambes repliées vers le corps. Il y a là toutes les appa- 
jences d'une sépulture. Cette fosse est à trois mètres de l'entrée de la grotte 
et peu profonde, et il semble bien — ce qui confirmerait l'opinion qu'on est en 
présence d'une sépulture — qu'à côté du corps on ait placé l'extrémité de la 
patte postérieure d'un grand bovidé. Était-ce à titre de provisions de bouche, 
comme l'humanité primitive en a si longtemps mis à côté des morts? L'homme 
était-il déjà religieux? La question se pose. 

Ajoutons que la grotte ne semble pas avoir jamais servi d'habitation et que les 
débris en silex qui accompagnent le squelette sont de la belle époque mousté- 
Tienne Du reste, les débris de faune qui, eux aussi, contribuent à dater l'en- 
semble, indiquent la même conclusion ; on est en pleine époque moustérienne, 
une époque non pas tropicale, mais tempérée, plutôt fraîche même, faisant par- 
tie du pléistocène, venant aussitôt après la dernière période d'extension gla- 
ciaire. 

Il faut considérer le crâne dans les conditions où nous l'avons fait, c'est-à- 
dire avec des pièces de comparaison : la calotte de Néanderlhal, celle du pithé- 
canthrope de Java, un crâne de race inférieure actuelle — un Australien par 
exemple — et un crâne de race actuelle. 

Ce qui frappe d'abord, c'est que la calotte du crâne corrézien est exactement 
comparable, presque superposable à celle du néendertlialien ou du pithécan- 
lhro()e. Môme front très bas, môme voûte surbaissée. Mais c'est incontestable- 
ment humain et le crâne de la Chapelle, étant à peu près complet, nous fait 
voir ce que pouvait ôtre tout ce qui manque aux restes dont il vient d'être parlé. 

Les sinus frontaux sont grands, de même que les arcades orbitaires en 



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NOUVELLES ARCHEOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 421 

visière; l'analogie avec TAuslralien est évidente, et la dissemblance d'avec les 
anthropoïdes aussi. 

En arrière, le torus occipital, très marqué chez le singe, mais moins chez le 
pithécanthrope, est plus atténué dans le crâne de la Chapelle, mais pas autant 
que chez l'Australien. Le trou occipilal est très en arrière : c'est un signe d'ani- 
malité; il est évident que la nuque était faite de muscles très puissants pour 
maintenir la tôle en état de regarder vers l'horizon. 

L'examen du palais est intéressant aussi. Les bords latéraux en sont presque 
parallèles, au lieu de décrire un segment d'ellipse ; c'est là un caractère simien. 
Autre caractère simien : un très grand prognathisme. Comme Ta fait observer 
Cuvier, le prognathisme est un caractère d'animal, d'être chez qui la 'partie 
masticatrice de la face prend un développement extrême par rapport à la partie 
cérébrale ou intellectuelle. L'homme de la Chapelle avait un vrai museau. 

Un fait qui contribue encore à accentuer ce caractère animal est la totale 
absence des fosses canines, des deux fosses qui existent entre le nez et les 
joues. 

Pourtant, et cela frappe, la fosse temporale n'indique pas un appareil masti- 
cateur très puissant. 

La mandibule offre entre autres particularités celle de posséder des condyles 
énormes; elle est épaisse aussi. C'est celle d'un sujet ayant déjà de l'âge, plus 
de cinquante ans, selon toute probabilité; car le corps de la mâchoire, en 
arrière, a déjà subi une notable réduction en hauteur. Il reste peu de dents ; 
les canines sont très développées. A noter l'absence de menton. Le menton est 
un caractère tout à fait humain, qui s'exagère par l'âge. Or, il est très signiGca- 
tif que chez le crâne de la Chapelle, crâne d'un sujet déjà âgé pourtant, le 
menton manque totalement. 

Des autres parties du squelette, il suffira de dire pour le présent que mani- 
festement celui-ci appartenait à un sujet de petite taille, plutôt trapu; le fémur 
présente une incurvation en avant, qui donne à penser que le membre inférieur 
avait une attitude fléchie : le sujet devait se tenir sur des jambes non pas 
droites, étendues, mais en légère flexion. Ajoutons que le tibia présente de la 
platycnémie^ comme cela a lieu chez les races inférieures, et que le sujet a dû 
connaître les ennuis du rhumatisme. 11 était assurément arthritique. 

Au total, un homme, incontestablement un homme. Mais l'homme le plus 
bas placé, et aussi le plus complet des hommes fossiles que nous connaissions. 
Si, aux deux bouts d'une ligne, on met à gauche les anthropoïdes et à droite 
l'homme, le pithécanthrope se place entre eux, plus près des premiers ; ie sujet 
de la Chapelle plus près de l'homme, mais pouvant donner la main au pithécan- 
thrope. 

Le très grand intérêt du crâne de la Chapelle, c'est qu'il nous fait voir com- 
bien une calotte analogue à celle de Néanderthal s'accorde avec un reste de 
crâne évidemment humain. 

Nous tenons donc l'homme moustérien authentique. Il est très intéressant de 
rapprocher de cet homme à type animal encore l'outillage moustérien, qui reste 
simple, pour comparer ensuite à l'homme de Cro-Magnon, beaucoup plus élevé 



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422 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

anatomiquement, l'outillage qu*il nous a laissé, iémoignanl d*un grand progrès 
dans l'intelligence et l'adresse. Le perfectionnement marche de pair, dans l'ou- 
vrier et dans l'œuvre. Au reste, il est bien probable que le type de Cro-Magnon 
et le Moustérien Torment deux races. 

La découverte de la Chapelle-aux-Saint's vient d'autant plus à point qu'une 
découverte similaire faite au Moustier, il y a quelques mois, échappait à l'an- 
thropologie française. 11 n'y a pas de législation concernant les gisements pré- 
historiques. Chacun est libre d'y entrer et d'y puiser, après entente avec le 
propriétaire du terrain. Un amateur suisse ayant donc monopolisé, moyennant 
flnances, un certain nombre de gisements, dont celui du Moustier, a trouvé 
dans âelui-ci un squelette qui a pris immédiatement le chemin de l'Allemagne. 

On ne sait pas encore grand'chose sur ce squelette. Ce semble être celui 
d'un sujet jeune, à caractères peut-être insufGsamment prononcés. Mais on est 
probablement en présence d'un néanderthaloïde de l'époque du Moustier. Uq 
anthropologis te allemand en donnera prochainement la description. 

Mais dès, maintenant, il convient d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur 
ce fait qu'au moment même où, en Suisse, le gisement célèbre de La Tène est 
fouillé par la-commune de Neuckâtel avec l*appui de la Confédération suisse, 
en France nul ne se soucie de protéger les antiquités de nos gisements. A 
condition de se mettre en règle avec le propriétaire du sol, — ce qui est une 
affaire d'argent —, n'importe qui peut fouiller, extraire, et après cela vendre. 
Car au fond de tout cela on trouvera peut-être plus de commerce que de préoc- 
cupations scientifiques. 

Pourtant, nous le savons, des personnalités autorisées et des collectivités 
aussi, qui prévoyaient cette issue, ont demandé qu'une législation protégeât 
nos gisements préhistoriques, si intéressants, si riches encore, au point de vue 
de la science, de l'art et de l'histoire des premiers habitants de notre sol. Cela 
n'a jusqu'ici servi de rien. Mais on peut espérer qu'il n'en sera pas toujours 
ainsi. 

Ajoutons que le squelette de la Chapelle-aux-Saints est l'objet d'une étude 
approfondie de M. Marcellin Boule, et qu'aussitôt celle-ci achevée, le public 
pourra considérer le représentant le plus ancien de Tbumanité en France dans 
le musée qui est tout désigné pour recevoir les restes de l'homme paléontolo- 
gique : dans 1 admirable galerie de paléontologie du Muséum d'histoire natu- 
relle. 

Henry de Varigny. 
(Le Temps, 19 décembre 1908.) 

Exploration du Turkestan*. 

Sur des fragments de manuscrits rapportés du Turkestan oriental à Berlin, 
on a reconnu l'existence de deux nouvelles langues indo-assyriennes; il y a là 
un événement scientifique de tout premier ordre. L'une de ces langues était 
parlée dans le sud, l'autre dans le nord du Turkestan oriental. La langue n« 1 

i. Gazelle de Francfort, 17 octobre 1908. 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 423 

a des affinités avec le perse et rindou ; elle est aryenne. Les noms de nombre, 
de 21 à. 99, y sont exprimés avec Taide du mot signifiant sur; ainsi 2i se dit 
un survingtf manière de parler dont on a cité un exemple védique. Cette langue 
a fait des emprunts considérables à celles de la Perse et de Tlnde; Ahura-mazda 
(Ormuzd) y signifie le soleil. La langue n* 2 remonte à une époque très ancienne, 
antérieure de mille ans peut-être aux débuts du groupe aryen (voir le stemma 
ci-joint dressé par le Prof. G. Leumann). Par certains traits elle se rapproche 
du latin : 8 se dit ohadh (= octo). Malheureusement, les fragments où Ton a 
déchiffré quelques mots des deux nouvelles langues sont si misérablement muti- 
lés qu'il n'en faut pas en attendre de grandes lumières. 



[/nité indo-germanique 



3000 av. J.-C. 



Celtique 



Grée 



Italique 



Germanique 



Unité arienne 
«000 av. J.-C, 



Perse 



Indou 



Slave 



Langue du 
Turk. Sud 



Langue du 
Turk. Nord 



L'exploration archéologique du Turkestan, commencée par Sven Hedin, 
Grûnwedel et Le Coq, se poursuit par les soins de M. Aurel Stein. Ce dernier, 
envoyé par le gouvernement de Tlnde, parcourt depuis deux ans le bassin du 
Tarim\ le 15 juillet 1908 il était à Khotan, occupé de l'emballage de ses décou- 
vertes. Au nord du lac Bagratch, il a trouvé les restes de villes pré-islamiques qui, 
d'après les monnaies chinoises, ont dû être habitées jusqu'au ix* siècle. Au sud 
de la rivière Karahissar, il a exploré des chapelles bouddhiques dites Ming-oi 
(les mille maisons); il y a recueilli de beaux reliefs en stuc, des fragments de 
fresques, des bois sculptés et dorés du meilleur style gréco-bouddhique, des 
manuscrits ouigours et indous. Sur la hauteur de Khora il a visité un très 
grand nombre de petits temples et de cellules de moines bouddhiques qui 
dominent la vallée du Karashahr; là aussi il a ramené au jour des bois sculptés 
échappés à la fureur iconoclaste des musulmans. Dans l'oasis de Kouchar, 
plusieurs groupes de temples souterrains et de chapelles d'une construction 
originale attestent la floraison du bouddhisme avant l'Islam ; c'est là que le 
missionnaire français, M. Pelliot, a conduit récemment des fouilles fructueuses. 
L'oasis de Domoka a fourni aussi des peintures bouddhiques sur bois et des 
manuscrits bien conservés en écritures indoues. Entre Domoko et Khotan, 
M. Stein a trouvé un grand temple bouddhique, orné de fresques, datant des 
premiers siècles avant notre ère. Les ruines du fort de Majar-tagh, détruites 
par le feu, contenaient des quantités de documents indous, chinois et tibétains, 
écrits sur papier ou sur bois. En même temps que l'exploration archéologique 
de ces régions si mal connues, s'opérait le relevé cartographique par les soins 
d'un géomètre du gouvernement de l'Inde; toutes les cartes existantes seront, 
dit-on, à refaire d'après les relevés de M. Stein et de ses courageux collabo- 
rateurs. S. R. 



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424 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Les cerfs mangeurs de serpents. 

Je crois devoir communiquer ici un document curieux que j'ai extrait des 
Archivts suisses des traditions populaires (année 1908, 2« livraison, p. f09).OQ 
sait que plusieurs auteurs classiques ont mentionné l'hostilité qui existe entre 
les cerfs et les serpents Pline, par exemple, y fait allusion (Histoire naturelle, 
XXVIII, 42 et VIII, 50). Comme remède aux morsures de ces reptiles il indique 
la présure d'un faon tué dans le ventre de sa mère. Pour être à Tabri de ces 
animaux, il suffit de s'étendre sur des peaux de cerfs, car Todeur du cerf est 
odieuse aux serpents, qu*on chasse également si Ton se munit de cornes brû- 
lées. Brehm dit qu'ils ont l'organe de l'odorat très imparfait; cependant ils 
sentent les cerfs à distance, et ie parfum de certaines plantes, telle que la lysi- 
machie, leur est désagréable (Histoire naturelle de Pline, XXV, 55). Brebm a 
oublié de mentionner les cerfs parmi les ennemis de ce reptile. A ce proposée 
ferai observer combien il serait utile d'avoir des répertoires complets, renfer- 
mant tous les renseignements donnés par les auteurs classiques sur les obser- 
vations zoologiques, botaniques, etc , qu'ignorent presque toujours les natura- 
listes modernes. L'orientaliste lui-même y trouverait son profit. Maint fait 
curieux, signalé par les écrivains grecs ou latins, serait de nature à stimuler 
certaines recherches scientifiques. Mais j'en reviens au texte précité, tiré du 
folklore suisse, de la région du Pays d'En-haut, Haute-Gruyère. Il s'agit d'un 
exorcisme contre les morsures du serpent. 

Il faut dire cette prière : <c Ce sont les trois cerfs qui vont en bas la montagne 
du Jardin (des Oliviers?) et rencontrent notre Seigneur J.-C. qui leur dit : Où 
allez-vous les trois cerfs? ~ Nous sommes tant onxtiè (oints?) de Tonxion (steij 
du serpent, que nous n'en pouvons plus. — Onlion (onction?) morsure va-t-en, 
que (tu ne) fasses mal à chose qui (qu'il y) ait sur la terre et que tu t'en ailles 
de dessus les vivants et de dessus la personne (dites son nom de baptême, de 
qui il est né, son nom de famille), etc., etc. » 

Si vous pouvez attraper le serpent, coupez-lui la tête, pilez- la, appliquez-la 
sur le mal. A défaut, prenez un emplâtre de fiente déjeune personne et l'appli- 
quez sur le mal. Si une bête a été piquée, par le même remède elle peut être 
guérie. » Si Ton se rappelle ce qui a été dit ailleurs (Revue arch., 1906) et si 
l'on recueillait tous les passages relatifs à la question, il ne saurait plus y avoir 
de doute sur l'ophiophagie des cerfs. 

Genève. Alfred Boissibr. 

-^ M. Garstang, de l'Université de Liverpool, a découvert à 30 milles vers 
l'ouest d'Ainl&b et au nord d'Alep un temple entouré d'un mur, avec une porte 
monumentale décorée de lions et de quadrupèdes ailés à figures humaines dont 
les queues se terminent en têtes d'oiseaux. Ce dernier détail est du plus grand 
intérêt; on trouve des parallèles dans l'art sibérien. Le style général témoigne 
d'une influence assyrienne, mais sur un fonds différent. On peut attribuer ces 
constructions aux Hittites, vers le viii« siècle av. J.-C. Aucune inscription n'a 
été découverte au cours des fouilles, mais il est question (dans le rapport publié 



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NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 425 

par VAthenaeum) de fragments de poteries « minoennes », superposés à ud 
étage de débris néolithiques. 

S. R. . 

— 'Eç/jptepU otpxoLtolo^tx^, 3» série, 1908, 1" et 2» cahiers : A. S. Arbanito- 
poulos, La signification des stèles peintes de PagassB (pi. MV, 7 figures dans 
le texte. Il s'agit de stèles funéraires qui ont été remployées comme matériaux 
dans la construction d'une tour b&tie à Tépoque romaine. Dans toutes ces 
stî^Ies, le décor de la face antérieure avait été exécuté non au ciseau, comme 
c'est rhabiturle, mais au pinceau. Une vingtaine de ces stèles ont conservé très 
vives les couleurs des tableaux qui les ornaient. Toute l'image est apparente; sur' 
deux cents environ il y a des traces de coloration et on dislingue quelques con- 
tours. Les sujets sont identiques à ceux que figurent d*ordinaire les bas-reliefs 
des stèles ; le mort est assis et des parents, debout devant lui, lui tendent ou lui 
serrent la main. Toutes ces peintures ont été exécutées à Tencaustique. La pièce 
la plus curieuse est la stèle de la planche l. Elle parait représenter le môme thème 
qu'un tableau funéraire vu par Pausanias (II, 17, 3) à Sicyone, une jeune 
femme morte en couches). — Spyridakis, Inscription archaïque thessalienne 
qui a trait d une constitution de dot. — Sotiriadis, Vases préhistoriques de 
Cheronée et d'Elatée {pi. V et une planche additionnelle. 6 figures dans le 
texte). — A. Chr. Chalzis, Lois relatives au culte trouvées en Achaïe (un 
simple fragment). — Svoronos, Nouvellei interprétations de bas-reliefs prove- 
nant de C Asclépieion d'Athènes (6 figures dans le texte. L'auteur appelle 
l'atteition sur quelques-uns de ces bas-reliefs qui lui paraissent distingués 
du gros des monuments volifs en ce qu'ils auraient trait aux mythes d'As- 
clépios et à l'histoire du temple). — B. Staïs, Figurine d* Aphrodite en terre 
cuite (pi. Vl-Vn. Deux figures dans le texte et une planche complémentaire. 
Cette figurine a fait plus de bruit qu'elle ne le méritait. La statuette de 
Monemvasie n'a qu'un rapport très lointain avec la Vénus de Milo. La tête n'a 
pas la même noblesse, la draperie est autrement disposée ; les pieds n'ont pas 
le môme mouvemenL On ne peut tirer aucun parti de cette image pour la 
restitution de la célèbre statue). — Maltezos, L'ancien calendrier attique et la 
période de dix-neuf ans à Athènes, suite. 

— 'A6t)vô(, t. XX, 1908, cahier 1-3. Dans ce recueil, qui n'est pas purement 
consacré à férudilion, nous relevons les articles suivants : Pappageorgios, 
Inscription de Derriopos en Macédoine (publie, d'après une meilleure copie, 
une inscription intéressante qui a été éditée, dès 1864, par Coumanoudis). — 
Xanthoudidis, Compléments à ^inscription de Miletopolis, — Zolotis, Corpus 
des inscriptions de Chios et d'ErythréeSy publié^ après sa mort, par sa fille (il 
y a là jusqu'à 196 textes inédits pour l'antiquité, suivis d'observations intéres- 
santes sur les textes déjà publiés, puis un certain nombre d'inscriptions chré- 
tiennes, de textes latins et génois. Ces textes du moyen âge et des temps 
modernes, ainsi que quelques vases et bas-reliefs, sont donnés en facsimilés 
dans les 27 planches par lesquelles se termine le cahier. Le tout est accompa* 
gné de tables très complètes). 



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BIBLIOGRAPHIE 



BB8NIBR (Maurice). Les Catacombes de Rome; iD-12« de 290 pages 
avec 20 planches hors texte. Paris, Leroux, 1909. 

M. Besnier n'a pas la prétention d'avoir découvert les Catacombes ; mais il 
nous aidera assurément à les mieux connaître. Il a dépouillé pour nous toute 
la littérature qui sV rapporte et qui, en ces dernières années, s'est enrichie 
d'ouvrages importants ; il a suivi de près les fouilles récentes; et, de tout cela, 
il a composé un vigoureux tableau d'ensemble, complet et précis dans sa 
brièveté. Lui-môme, dans son Avant-Propos, explique nettement et modestement 
ce qu'il a voulu faire : <c J'ai voulu, dit-il, j'ai voulu simplement, dans ce livre, 
exposer les résultats généraux des travaux archéologiques et critiques dont les 
catacombes de Rome ont été l'objet depuis un demi-siècle. Il m'a semblé qu'il 
ne serait pas inutile de tracer, une fois de plus, cette esquisse rapide. De 
nouvelles découvertes et d'érudites publications ont notablement modifié, ces 
dernières années, Taspect et les données des problèmes que soulève l'élude 
des anciens cimetières chrétiens de la Campagne romaine ; il est bon que de 
temps à autre le public lettré soit mis au courant de l'état de ces questions et 
renseigné sur l'enrichissement progressif de nos connaissances. » 

Souvent déjà, dans des ouvrages de vulgarisation, dans des manuels ou des 
articles de Revue, on avait tenié d'initier le public lettré aux mystères des 
Catacombes. M. Besnier y a peut-être réussi mieux que personne» grâce à 
l'étendue de son information, à la rigueur de sa méthode» à la sûreté de sa 
critique, à l'absence de tout parti-pris. En deux cent cinquante pages, il nous 
donne la substance des vastes publications antérieures et des rapports sur les 
fouilles, dont il a enregistré et contrôlé les résultats essentiels dans un livre^ 
très clair, bien ordonné et bien écrit, à la fois très savant et agréable à lire. 

Il nous conte d'abord l'histoire de l'exploration des Catacombes dans les 
temps modernes ; il analyse l'œuvre de De Rossi, actuellement poursuivie par 
ses élèves. Puis, il résume ce que Ton sait sur l'histoire des Catacombes dans 
l'antiquité, au temps des persécutions, et dans la période de paix qui a suivi 
l'édit de Milan. Vient ensuite une description générale des Catacombes 
romaines, étudiées successivement dans leur répartition topographique et dans 
leurs dispositions intérieures. Un chapitre fort intéressant, et qui jette quelque 
lumière sur les origines de TÉglise romaine, est consacré aux souvenirs 
de saint Pierre et de saint Paul recueillis dans les Catacombes. Après 
ces études d'ensemble, M. Besnier décrit plus en détail les principaux cime- 
tières souterrains, ceux de Priscille et de Dumitille, celui de Calliste et ses 
dépendances ; c*est encore une occasion d'évoquer les souvenirs historiques ou 
légendaires qui se rattachent à ces vieux cimetières. Plus loin, l'auteur nous 



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BIBLIOGRAPHIE 427 

conduit dans les dernières catacombes du m* et iv* siècle: celles de Saint- 
Hippolyte, de Sainte-Agnès, de Conomodille, de Génerosa, de Pierre-et-Marcellin. 
Les derniers chapitres contiennent une vigoureuse esquisse de Tart des 
Catacombes : éléments divers de la décoration ; caractères généraux des peintures; 
sujets traités, figures mythologiques et symboles chrétiens, scènes de la vie 
présente et de la vie future, scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament ; 
statues, bas-reliefs, sarcophages ; objets d'ivoire, pierres gravées, médailles de 
dévotion, lampes àe bronze ou d'argile ; vases en terre cuite, en albâtre, en 
verre. Le volume se termine par deux Appendices: une Bibliographie raisonnée; 
un Tableau topographique des Catacombes romaines, avec des renseignements 
précis sur chaque cimetière. Vingt planches hors texte éclairent les descrip- 
tions. Une carte des environs de Rome indique remplacement des diverses 
catacombes. 

On le voit, M. Besnier n'a négligé aucun des aspects de son sujet. En 
évitant la sécheresse des énumérations et des nomenclatures, en mêlant à la 
description les souvenirs historiques et les préoccupations d Vt, il a su choisir 
et grouper habilement plus de faits et d'observations précises que n'en con- 
tiennent certains gros ouvrages sur la même question. Assurément, son petit 
livre ne dispensera pas de se reporter aux grandes publications de De Rossi, 
de Wilpert, ou d'autres. Mais il sera lu avec profit par les gens du métier; et, 
pour les étudiants, pour les lettrés, ce sera une excellente et très commode 
Introduction à l'élude des Catacombes. 

Paul MONCBAUX. 

EspâRA'iDiiu (Emile). Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 
tome 11 (Aquitaine), in-i» de viu-478 pages. — Parie, Imprimerie nationale, 
4908 (dans la Collection des Documents inédits sur l'histoire de France). 

M. le Commandant Espérandieu poursuit méthodiquement et allègrement la 
publication de son excellent Corpus des sculptures gallo-romaines. Nous venons 
à peine de signaler le premier volume, terminé en 1907, et voici que paraît le 
^tome II. Cette ponctualité, qui atteste l'activité féconde de Tauteur, prouve 
aussi qu'il a vu juste en traçant le plan de son Recueil. Renonçant aux longs 
commentaires, que semblaient appeler bien des monuments, mais qui auraient 
causé d'interminables retards, il s'est proposé avant tout de faire œuvre utile, 
en dressant l'inventaire raisonné de la sculpture gallo-romaine, en mettant à 
la disposition du public savant une reproduction exacte et une bibliographie 
de chaque monument. On ne saurait trop le féliciter de s'en tenir à son ferme 
dessein, qui témoigne d'une vue si juste des besoins les plus pressants de la 
science. 

Le tome I était consacré aux provinces du Sud-Est et du Sud, Alpes-Mari- 
times, Alpes Cottiennes, Narbonnaise, avec un appendice sur la Corse. Le 
tome II se rapporte tout entier à l'Aquitaine. L^auteur a suivi le même plan, 
qui avait été unanimement approuvé: classement par localités, avec de courtes 
notices sur la formation des musées et autres collections. Signalons pourtant 
une innovation, qui sera bien accueillie: aux bas-reliefs, M. Espérandieu 



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428 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

joint cette fois les sculptures de ronde bosse et quelques monuments des 
temps antérieurs à la conquête. Évidemment, dans un recueil de ce genre, 
dont l'un des mérites essentiels est d'être complet, il y avait quelque incon- 
vénient k laisser de côté les statues ou fragments de statues. M. Espèrandieu 
n'a pas hésité à grossir encore sa besogne ; il mérite d'autant plus la recon- 
naissance des savants, dont il facilitera les études. 

Ce second volume contient la reproduction de près de neuf cents monuments: 
n^' 836 à 1733. Dans le nombre figurent des séries importantes. Nous 
signalerons surtout les sculptures de Martres-Tolosanes au musée de Toulouse, 
les bas-reliefs du Comminges, de Bordeaux, de Périgueuz, de Saintes, 'ip 
Poitiers, de Bourges, de Néris, de Limoges, de Clermont-Ferrand et du pays 
arveme, les sculptures décoratives du Puy. Le volume se termine par un 
Index alphabélique, qui contient le relevé de tous les sujets traités sur les 
monuments galio-romains de la région, et qui facilitera beaucoup les recherches 
des érudils dans la comparaison des thèmes similaires. 

Dans le troisième volume, qui sera bientôt prêt, M. Espèrandieu nous fera 
les honneurs de la Lyonnaise. 

Paul MONCKAUZ. 

Mauricb (Jules). Numismatique constantinienne. Iconographie et chronologie ; 
description historique dds émissions monétaires. Tome I, in-8* de clxzix- 
507 pages, et 23 planche^) hors texte. Paris, Leroux, 1908. 

M. Jules Maurice s'est voué depuis bien des années à l'étude de la numisma- 
tique constantinienne. 11 a complètement renouvelé la question par l 'étendue 
de ses recherches, par la méthode qu'il a inaugurée, par l'idée très féconde 
qu'il a eue de chercher toujours le rapport des monnaies avec les événements 
historiques et les textes de cette période. Sur tous les ateliers monétaires qui 
fonctionnèrent alors, il a publié des monographies précises et complètes, qui 
ont été accueillies avec empressement par les principales Revues numismatiques 
de l'Europe. Il s'est décidé à réunir toutes ces monographies, ou plutôt, à les 
fondre dans un ouvrage d'ensemble, synthèse de ses multiples travaux. Cet 
ouvrage, dont le premier volume vient de paraître, deviendra vite classique 
dans le monde des numismates ; mais il mérite également d'être signalé aux 
historiens, aux archéologues et au public* lettré. 

Ce premier volume se compose de trois parties. D'abord, une grande 
Introduction de près de deux cents pages, où l'auteur étudie tour à tour l'admi- 
nistration des monnaies à l'époque constantinienne, l'anatomie de la monnaie 
pendant cette période, les espèces monétaires, la chronologie, les généalogies 
impériales. Le chapitre sur la chronologie a une importance toute particulière. 
L'auteur s'est proposé d'y contrôler par l'étude des monnaies toute la chrono- 
logie de cette période. De 305 à 337, année par année, il suit l'histoire du 
temps, enregistrant avec soin tous les événements qui sont connus par les 
textes ou les médailles. Sur beaucoup de points, il a pu rectifier ou compléter 
cette histoire: bien des faits, omis ou déformés par les historiens, sont révélés 
ou précisés par l'examen parallèle des émissions monétaires. On voit tout 



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BIBLIOGRAPHIE 429 

rintérèt que présente cette enquête pour les érudits qui s occupent de la 
période constantinienne. M. Maurice leur fournit à tous une base solide. Il 
apporte môme des indications utiles à Thistoire littéraire. Il nous aide à 
apprécier la yaleur relative des témoignages contemporains. Il nous démontré, 
par exemple, que Lactance, dans son pamphlet De mortibus persecutorum, est 
merveilleusement informé du détail des faits et qu*on a eu tort de contester 
son autorité : un coup d*œil sur les légendes monéUires nous renseigne beau- 
coup mieux, sur la valeur objective du De mortibus, que toutes les dissertations 
des humanistes sur la « véracité » de Lactance. 

La seconde partie renferme une étude très curieuse et très neuve sur l'icono- 
graphie des empereurs romains à la fîn du jii* siècle et au début du iv«. La ques- 
tion était, jusqu'ici, fort obscure. En désespoir de cause, les numismates avaient 
fini par admettre que les effigies mont^.taires de cette catégorie n'étaient pas 
des portraits réels. M. Maurice a trouvé la clef de Ténigme. Il explique fort 
bien la raison de ces substitutions d'effigies qui déconcertaient les numismates : 
« Le fait, dit-il, le fait particulier et capital, à Tépoque qui nous occupe, est 
la frappe de monnaies aux noms d*un empereur régnant, inscrits autour de 
l'efQgie d'un autre prince, son corégent et son allié. Quelque extraordinaire 
que paraisse ce fait, qui explique le plus grand nombre des substitutions 
d'effîgies, il fut la conséquence de l'organisation de l'Bmpire par Dioclétien sur 
une base nouvelle... Les empereurs se considérant comme des collègues 
associés, chacun d'eux émettait des monnaies, non seulement à son nom, mais 
aux noms de ses corégents : les échanges commerciaux et l'unité fictive de 
l'Empire l'exigeaient. Mais la chancellerie de l'un ne possédait pas les effigies de 
ses corégents ; et il eût fallu, pour que celle d'un Auguste ou d'un César parvint 
dans les ateliers de l'autre Auguste ou de l'autre César, un véritable acte 
diplomatique, c'est-à-dire un échange de celte effigie entre deux chancelleries, 
ou, si Ton aime mieux, entre deux administrations centrales des monnaies. Or, 
cet échange ne fut pas constant entre les princes dont les rapports étaient 
limités... Les ateliers monétaires se trouvèrent dans la nécessité de frapper des 
pièces aux noms d'empereurs dont il n'avalent pas reçu les effigies. Ils leur 
attribuèrent celles qu'il possédaient. C'est ce qui produisit les substitutions 
d'effigies, innombrables à cette époque... On trouve l'effigie personnelle d'un 
empereur de fépoque qui nous occupe sur les monnaies et médailles frappées 
à son nom dans les ateliers qui lui appartenaient en propre depuis un temps 
suffisant pour que Ton ait pu renouveler les coins de l'atelier » (p. 4-6). — 
Armé de ces principes, M. Maurice a pu identifier les effigies, et déterminer 
quels sont les portraits authentiques des empereurs de cette période. Il a 
reconstitué ainsi toute la galerie des portraits impériaux ou princiers: Dioclétien 
(planche I) ; Maximien Hercule (pi. Il); Constance Chlore (pi. III); Galère 
(pi. IV); Sévère II (pi. V); Maximin Daza (pi. VI); Valérie, Maxence et 
Romulus (pi. VII) ; Hélène et Constantin (pi. VlII-IX) ; Alexandre et les deux 
Licinius (pi. X) ; Crispus, Fausta, Delmatius et Hannihalianus (pi. XI) ; 
Constantin H (pi. XII) ; Constance II (pi. XIII-XIV) ; Constant 1" (pi. XV-XVI). 
Il est à noter que pour ces personnages, là où la comparaison est possible, le 



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430 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

témoignage plastique des monnaies 8*accorde entièremeDl avec les portraits 
tracés par Lactance et autres écrivains du temps. 

Dans sa troisième partie, M. Maurice commence Tétiide détaillée des divers 
ateliers monétaires : ateliers de Rome (p. 163 et pi. XVII) ; d'Ostie (p. 263 et 
pi. XlX);d'Aquilée(p. 289 et pi. XX); de Garthage (p. 339 et pi. XXI); 
de Trêves (p. 370 et pi. XXIIXXIII). Nous laissons aux numismates le soin 
d'apprécier cette partie du travail de M. Maurice. Nous avons voulu surtout 
indiquer Tintérét que présente son livre pour la chronologie et Ticonographie 
des empereurs contemporains de Dioclétien ou de Constantin. 

Paul MONCBAUX. 

GusnAN (Pierre). La Villa d'Hadrien près de Tivoli. Guide et description, anivit 
d'un Catalogue des œuvres d'art; in-ie» de 171 pages, avec nombreuses 
gravures. Paris, Hnchette, 1908. 

Nous avons signalé naguère le grand^ouvrage illustré de M. Pierre Gusman 
sur la Villa impériale de Tibur (1904). L'auteur vient de publier, sur un plan 
nouveau, un abrégé de son gros livre. C'est à la fois un résumé succinct de 
Touvrage antérieur, et un Guide commode à Tusage des touristes. Une première 
partie contient une Notice historique sommaire sur les voyages d'Hadrien, et 
sur les destinées de la Villa depuis ses origines jusqu'à nos jours. Dans une 
seconde partie, intitulée VArt à la Villa, Tauteur décrit brièvement les princi- 
paux groupes de ruines et les séries d'œuvres d'art qui y sont conservées ou 
qui en proviennent : morceaux d'architecture, fontaines, candélabres, vases, 
bachiques, peintures, mosaïques, bas-reliefs et autres sculptures, etc. La 
troisième partie, qui a pour titre Une visite à la Villa, renferme le Guide 
proprement dit : on y trouve un itinéraire méthodique, des itinéraires restreints 
et des renseignements sommaires sur les diverses antiquités que rencontre le 
touriste au cours de sa promenade. L'ouvrage se termine par un intéressant 
catalogue des œuvres d'art qui ont été découvertes dans la Villa d'Hadrien 
et qui sont aujourd'hui dispersées dans de nombreux musées : on peut ainsi, 
par la pensée, reconstituer la décoration ancienne des divers monuments. Le 
livre est joliment illustré : nombreuses vues de ruines, plans des édifices, 
reproductions de neuf dessins originaux de l'auteur. A la fin du volume, un 
plan d'ensemble, net et pratique, avec des numéros correspondant à ceux du 
Guide, Ce petit livre, qui contient la substance du gros, sera Tort apprécié des 
touristes et rendra service aux lecteurs pressés. Il prendra place à côté de deux 
ouvrages de la même collection, auxquels il ressemble beaucoup, au moins par 
la destination» le format et la couverture : le Forum romain de M. Tbédenat, 
et le CapUole romain de M. Rodocanachi. 

Paul Monceaux. 

M"« Louise Pillion. Les Portails latéraux de la Cathédrale de Rouen. 
Paris, 1907, in-8, vin -f- 250 pp. et 69 fig. 

Cet ouvrage, qui a valu à son auteur le diplôme de l'École du Louvre et un 
prix de l'Institut, est connu, au moins en partie, des lecteurs de la Hevue archéo- 



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BIBLIOGRAPHIE 431 

logique puisqu'ils ont eu ici-mème la|primeurd*un de ses chapitres*. Dans Ten- 
semble du travail sont décrits et très heureusement commentés tous les petits 
bas-reliefs, inscrits dans des quatre-feuilles, qui tapissent le soubassement du 
portail de la Calende et du portail des Libraires. Ces charmantes sculptures, 
jusqu'alors trop négligées des historiens, restaient presque totalement inintelli- 
gibles pour nous. M^'» Pillion, en retrouvant autant qu'il était possible leur 
signification, a fait mieux que rendre la vie à cette partie du monument et que 
fournir une importante contribution à la monographie que la cathédrale de 
Rouen mérite d'avoir un jour. Son étude sera indispensable aussi à tous ceux 
qui poursuivent des recherches sur l'iconographie du moyen âge. Les sculpteurs 
de Rouen ont traité avec une prolixité sans autre exemple et avec un souci nou- 
veau de l'anecdote et du pittoresque des motifs comme les histoires de Jacob, 
de Joseph, de Job, de Judith. La parabole du Mauvais Riche, qui tenait à l'aise, 
cent ans auparavant, sur un chapiteau des cloîtres d'Elne ou de Moissac, se 
développe ici en vingt tableaux. Cette riche matière est enrichie encore par les 
commentaires de l'auteur sur les sources d'inspiration, par des comparaisons 
avec des sculptures, des manuscrits, des vitraux et des ivoires. L'index et les 
tables qui terminent ce répertoire en rendent le maniement très commode. 

Dans la partie proprement archéologique du mémoire, l'auteur s'efTorce de 
situer très exactement les sculptures de Rouen dans la série des bas-reliefs 
analogues, en France et à l'Étranger. Le seul texte que l'on pût utiliser indique 
seulement que l'archevêque songeait en 1280 à édifier la porte des Libraires. 
Il était donc nécessaire, pour dater Texéculion môme, de recourir aux comparai- 
sons techniques. Elles Fournissent ici des conclusions presque trop rigoureuses. 
On peut toujours en effet se demander si des nuances de style suffisent à préci- 
ser Tordre de succession des travaux. A quel résultat invraisemblable nous 
entraînerait l'application de ce principe si nousopposions, par exemple, devant 
l'Arc de l'Étoile, les sculptures de Rude à celles d'Etex; devant l'Opéra, le 
groupe de Carpeaux à ceux de Perraud ou de Guillaume I Ce n'est pas trop de 
toute la prudence de Mt'e Piliion pour éviter les dangers de cette méthode. Ce 
qui reste incontestablement acquis de son travail, c'est que les bas-reliefs de 
Rouen sont du dernier quart du xiii*' siècle : postérieurs à ceux du portail sud 
de Paris, antérieurs à ceux de Lyon, ils pn'«cèdent de loin les fameuses portes 
du baptistère de Pise, qui leur ressemblent à plus d'un titre. Ce n'est pas le 
moindre intérêt du travail que nous venons d'analyser que d'avoir attiré l'atten- 
tion sur un des ancôtres gothiques immédiats de cette Renaissance italienne, 
où l'on ne vit longtemps qu'un retour aux formes et aux principes de l'Anti- 
quité. 

J. Laran. 

Henri Sbnsimb. Dans la Inmiôre de la Grâce. Lausanne, Payot, 1908, in-16, 344 p. 

D'une croisière elTectuée l'an dernier en Grèce, M. Sensine a rapporté un 
joli bouquet de souvenirs qu'il nous olTre aujourd'hui sous un titre clair et sug- 
gestif : Dans la lumière de la Grèce. C'est en effet par de beaux jours à la 

1. Revue archéologique^ 1905, p. 71 et 384. 



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432 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

lumière radieuse qu'il a visité en pieux pèlerin Athènes, Olympie, Delphes, 
Délos, Théra, la Crète, tous les sites de la Grèce dont les vestiges attirent le 
lettré. Et les impressions qu'il a éprouvées à la vue de ces monuments, il les a 
consignées en quelques chapitres fort agréables à lire. L'exemple donné par 
M. G. Boissier dans ses Promenades archéologiques, par M. Diehl dans ses 
Excursions archéologiques et son En Méditerranée, a été suivi ici, et ce sont 
aussi des promenades dans le passé. Bien que Tauteur ne soit pas archéologue 
de profession, on ne peut que le louer de la sûreté de sa documentation, sans 
toutefois aucune trace de pédantisme qui serait à déplorer dans un volume des- 
tiné au grand public. Et cette information précise n'est pas seulement emprun- 
tée aux ouvrages spéciaux, elle est sans cesse contrôlée par Texamen même des 
monuments. C'est ainsi qu'à, Volo, M. S. a observé attentivement les stèles 
peintes découvertes récemment à Pagasae (p. 20S), si précieuses pour la con- 
naissance de la peinture antique*. Ce volume, écrit clairement et sans le ton 
guindé et affecté que se croient parfois obligés de prendre ceux qui rédigent 
leur voyage en Grèce, est d'une lecture facile et intéressante. 

W. Deonna. 

Les croyances populaires. Leçons sur THistoire des Religions professées à l'Uni- 
versité Nouvelle de Bruxelles. — Première série: La Survie des Ombres, par 
Elle Rbglus; avant-propos par Maurice Vbhnes. — Pari?, Giard et Briëre. la-8, 
xxviit-279 p. 

Elie Reclus est peu connu du grand public. Il n'a pas, comme son frère 
Elisée, attaché son nom à une œuvre monumentale. Ce fut pourtant un écrivain 
fécond : pendant un demi-siècle, il ne cessa d'envoyer aux revues du monde 
entier des articles sur les sujets les plus divers. Ces articles n'ont malheureu- 
sement jamais été réunis. Ses goûts le portaient plus spécialement vers les 
études ethnographiques et religieuses. Il a publié deux volumes sur les « Pri- 
mitifs » et sur « les Primitifs d'Australie ». Dans les dernières années de sa vie, 
il fit à l'Université Nouvelle de Bruxelles une série de leçons sur l'histoire des 
religions. Ce sont ces leçons qu'édite aujourd'hui M. Maurice Vernes, à qui 
Elie Reclus laissa, en mourant, ses notes et ses n.anuscrils. 

Au nombre d'une centaine, elles se divisent en quatre groupes : la sur- 
vie des Ombres, Magisme et Démonisme, Sorcellerie et Présages, Sacrifices et 
Dieux de la Nature, La première série seule a paru. Elie Reclus y montre le 
rôle de l'âme séparée du corps par la mort : devenue esprit, elle peuple le 
monde et elle le gouverne, en intervenant dans toutes les manifestations de 
l'activité humaine. Comme Tindique le titre général, ce que l'auteur étudie, ce 
ne sont pas les dogmes religieux en eux-mêmes ; ce sont les croyances popu- 
laires qui ont servi à les former, c'est le fait religieux tel qu'il s'est présenté à 

1. Varl et /es artistes, 4908, août, p. 241 ; Arch. Anzeig , 1908, p. 135; Amer. 
Journal of arch., 1908,p. 102, 364; liev. des El. grecques, 1908 p. 175 ; 'AOîivai, 
supplément, février 1908, p. 445 sq. : Eph. arch., 1908, p. 159. 



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BIBLIOGRAPHIE 433 

l*esprit de l'homme primitif, tel qu'il a évolué et tel qu'il a survécu dans Vtcae 
du peuple. C'est ce fait religieux qui forme le fond de toute religion, aussi bien 
des cultes savants comme le christianisme ou l'islamisme, que des cultes sau- 
vages el fétichisies. 

Quelques citations feront connaître, mieux qu'une sèche analyse, le caractère 
et l'objet de ces leçons. Elles permettront en môme temps au lecteur d'apprécier 
la forme nette et précise donnée par Técrivain à sa pensée. 

M Les religions savantes, dit Ëlie Reclus, ne nous suffisent pas. Nous les 
complétons pour l'étude des croyances popu/aire^ qui constituent, selon nous, la 
religion universelle, celle de tous les peuples^ dans tous les temps et tous les 
lieux. Nous n'expliquons pas les superstitions par la religion, mais nous expli- 
quons les religions par la superstition... La substance d'une religion, la moelle 
de ses os lui est apportée par le pauvre Jean-Jean, par le misérable Jean-Jacques 
et leurs pareils. Jacques et Jean donnent leur personne, donnent leur foi naïve, 
donnent leur âme. Les intellectualistes donnent leur approbation... Aux religions 
déjà existantes, aux cultes en vigueur, les intellectualistes rendent d'incontesta- 
bles services... ils y font de l'ordre et de l'équilibre dans la mesure du possible.» 

L'étude des religions, et surtout celle des croyances populaires, sont indis- 
pensables pour suivre le développement de l'humanité. <c Sans la science des 
religions, ils serait impossible de rien comprendre à la genèse intellectuelle 
des peuples et des nations... Pour comprendre l'histoire, il faut s'entendre aux 
religions, car les peuples pensent et sentent sous la forme religieuse; les reli- 
gions font partie intégrante de l'évolution humaine. » 

Gr&ce aux efforts faits par les sorciers pour expliquer les mystères dont 
l'homme était entouré, les premières religions donnèrent naissance à la première 
science. « Des magiciens s'essayèrent à la médecine et à la philosophie, essais 
informes, ridicules aujourd'hui, mais par lesquels il fallait débuter. Ils mirent 
en circulation quantité d'idées, tant fausses que vraies, lesquelles, maintenant 
encore, font partie intégrante de notre développement et môme de notre intel- 
ligence; il semble que l'humanité ait dû épuiser l'entière série d'erreurs pos- 
sibles avant d'être admise au parvis de la vérité. » 

En môme temps que la science, et plus vite qu'elle, s'affirma la morale, u Les 
premières religions, môme les plus grossières, furent une aspiration vers le bien, 
vers le mieux, vers l'existence parfaite... On décréta que la justice, si souvent 
ignorée ou môme pourchassée parmi nous, serait du royaume éternel l'auguste 
souveraine. De cette affirmation, toute nation plus ou moins débarbouillée de 
Tinculte sauvagerie fit le premier et grand article de foi. » 

Au fur et à mesure que l'homme se perfectionne, ainsi en est-il des religions. 
«c C'est l'homme, en effet, qui évolue dans les religions, les arts, les sciences 
et les industries; il ne peut laisser d'œuvre, exprimer de pensée qui ne soit 
empreinte de sa personnalité. Sur l'évolution historique de notre espèce se 
calque son évolution religieuse. Tel homme, tel dieu. Aux époques de barbarie 
règne le barbare démonisme, fouillis d'incohérence, de stupéfiantes absurdités... 
Nulle chose au monde ne semble sotte et stupide autant qu'une religion en 
la phase enfantine. » 

IV« SÉRIK, T. XII. 29 



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434 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Cette phase dura fort longtemps, sans doute des milliers d*années. Puis, 
peu à peu, v parmi les sorciers qui opéraient sur la multitude démonique, des 
Sapients, les premiers intellectualistes en date, des rhapsodes peut-être, maui- 
pulèrent la légende divine, éliminèrent les plus grosses niaiseries, les plus 
repoussantes difformités, firent le départ entre les figures principales et les 
secondaires, « échenilièrent les dieux », introduisirent quelque ordre et 
quelque mesure dans la démonaille bizarre. De génération en génération, les 
fables se transformaient en mythes, les mythes se poétisaient, se moralisaient 
presque; certains noms se chargeaient d^idée; la raison commençait à trans- 
paraître. Insensiblement, les légendes qui se rapportaient aux grands phéno- 
mènes physiques et aux profonds sentiments du cœur se fixaient plus nette- 
ment dans les mémoires. Dans l'esprit de Thomme, la nature se reflétait moins 
obscurément, son image s'éclairait et se complétait. On y mit le temps, un long 
temps. » 

C*est ainsi que se formèrent insensiblement les idées qui présidèrent à la 
naissance et à révolution des grandes religions modernes. L'auteur donne en 
ces termes la formule de ces lentes transformations, qui finissent par aboutir 
à la suppression du Divin. 

« Résumons-nous. Les religions sont polythéistes, d'essence et d'origine. 
L'Intelligence travaille ces produits du Sentiment, supprime les doubles em- 
plois, simplifie, coordonne; tôt ou tard, elle transforme les polythéismes en 
oligothéismes. Puis les intellectualistes s'éprennent du Théisme, manipulent 
les divinités, les concentrent en un seul être, qu'ils présentent volontiers sous 
Taspect d'une essence en trois modalités. Arrivés à ce point, les intellectualistes 
n'ont fait que la moitié de leur œuvre. Maintenant, ils s'appliquent à volatiliser 
leur essence théiste, ils lepandent, l'introduisent partout; le Théisme devient 
Panthéisme. L'infusant partout, l'atténuant toujours, le sublimant, le subtili- 
sant sans cesse, leur Panthéisme finit par se dissiper et disparaître. C'est 
l'Athéisme. Force est alors aux intellectualistes de s'arrêter; ils se regardent 
étonnés, ils cherchent autour d'eux. Et peut-être les entendez-vous qui s'é- 
crient : Notre Dieu s'est perdu... Qu'en avez- vous fait? » 

On voit la portée philosophique de l'œuvre d'Élie Reclus. Le lecteur y trou- 
vera le témoignage d'une immense érudition et d'une merveilleuse sagacité. 
Nui n'a su, mieux que l'auteur, découvrir dans le fait en apparence le plus 
banal la survivance d*une ancienne croyance ; nul n'a su, mieux que lui, mon- 
trer comment un vieux rite, par une adaptation insensible aux circonstances de 
temps et de milieu, a 6ni par donner naissance à telle pratique courante, que 
chacun répète machinalement, sans se douter qu'il accomplit, ce faisant, un 
acte religieux. 

L'esprit détaché de tout dogme, Ëlie Reclus a pu apprécier en toute liberté 
et sans parti pris les faits religieux qu'il a décrits. Son livre, s'il en fut jamais, 
est un livre de bonne foi. 

P. DE Bruqièrb. 



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BIBLIOGRAPHIE 435 



Emilio Calvi. Bibliografia di Roma nel Medio Evo (476-1499). Supplemenlo l, 
con appendice suite cntacombe e sulle chiese di Roma. Rome, Loescher, 1908. 
1d-8«, ix-162 pp. (15 fr.). 

La partie la plus intéressante de cet utile répertoire n'est peut-ôtre pas le 
supplément à la bibliographie de Rome médiévale publiée antérieurement par 
M. Calvi, mais bien plutôt l'excellent appendice consacré par l'auteur à la biblio- 
graphie des catacombes et des égUses romaines. Cette liste de plus de deux 
mille six cents ouvrages et articles en toutes langues, classés par ordre de 
matières, décrits sans trop de minutie bibliographique, mais avec une grande 
exactitude, rendra les plus grands services à tous ceux qui s'occupent de la 
Rome chrétienne. Les descriptions que nous avons pu contrôler nous ont paru 
fort correctes. Nous n'avons relevé qu'une seule grosse omission, celle des 
Inscriptiones christianae de G. B. de Rossi, ouvrage capital tant pour l'histoire 
des catacombes que pour celle des églises. 

Comme dans tous les recueils bibliographiques, il est facile de relever quelques 
petites erreurs ou omissions : 

N. 5. Du Bulletino di arckeologia christiana il existe une édition française 
pour les années 1867 à 1883 (par Martigny et Duchesne) ; elle est bien connue 
et beaucoup moins chère que l'édition romaine; ce que Ton sait moins, c'est 
qu'il existe aussi une édition française des premières années de ce recueil. Nous 
possédons l'année 1863 et M. Gatti a recueilli les deux ou trois premiers fasci- 
cules de Tannée suivante. En eiiste-t-il davantage? 

N. 13. Il fallait dire que le Conventus est en 6 fascicules. 

N. 32. Lire £Tpa>(xd(xiov et non STp(ji>pLâTia>v. 

N. 67. Le ms. de L'Heureux est à la bibliothèque d'Amiens; l'édition citée 
est de Garrucci, dont le nom ne devait pas être omis. 

N. 120. Bosio, Roma sotterranea, 11 en existe une édition in-4«, de 1650, 
moins chère (mais moins bonne) que la grande édition de 1632. 11 en existe 
aussi au moins une réimpression du xviu" siècle. 

N. 169 6is. 0. Jozzi a répondu à Tarticle de Gatti, cité par M. Calvi, en publiant 
une feuille in-4o de 2 ff. intitulée Prima riposta al calunnioso articolo del Sig, 
Giuseppe Gatti (s. L n. d.). 

N. 202. Utinéraire de M. Marucchi, dont il existe une deuxième édition 
française revue et augmentée (1903), a paru d'abord eu avril 1900 sous le titre : 
Guide des catacombes romaines, 

N. 240. Raoul- Rochette. 11 existe une édition de Bruxelles (1837, in-16). 

N. 334. Nortet. La septième édition est de 1893. 

N. 2390. Existe aussi « Rome, 1858, in-16 ». 

Une liste comme celle de M. Culvi n'est jamais tout à fait complète. Nous 
pourrions facilement la grossir d'une centaine de numéros ; mais ne voulant 
mentionner que des ouvrages que nous avons sous les yeux, nous nous borne- 
rons à indiquer ici quelques volumes et brochures Q<;urant dans une petite 
collection spéciale que nous avons eu l'occasion de former il y a quelques 
années, au cours d'une mission en Italie : 



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436 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Maurice Besnier, L'exploration des catacombes de Rome dans les temps 
modernes (Paris, 1904» in-8«). Extrait de la Revue des cours et conférences. 

Abbé Alphonse Cordier, Lettres à Edouard sur les catacombes romaines 
(Paris et Lyon, 1852,in-8«) 459, p. et pi. 

Desbassayns de Richement, Les premiers monuments chrétiens à Rome 
(Bruxelles, i865, in-8'). 

Charles Mac Farlane» The catacombs of Rome (Londres, 1852, in-12). 

De Richemond, Voyaye à la cité souterraine. Le dernier explorateur des 
catacombes de Rome (Rocbefort, 1882, in-8"). 

H. de Lépinois, Roma subterranca christiana (Paris, 1868, in-8»). 

Desbassayns de Richemont, Le cimetière de Calliste devant Vhistoire dans la 
Revue des questions historiques, t. VI (1869), pp. 5-145 et tirage à part. 

Louis Lefort, La basilique de Sainte- Pc troni lie au sein de la catacombe de 
Domitille prés de Rome (Paris, 1875, in-8*). Extrait du Correspondant. 

Aug. Stegensek, Ein longobardischer Altar in S. Maria del Priorato auf 
dem Aventin dans SxptoixaTtov «pxaioXoyixév (Rome, 1900, in-8*), p. 78 suiv. 

Louis Lefort, Deux mosaïques chrétiennes du iv** siècle. Église de Sainte- 
Pudentienne. Baptistère de Sainte-Constance à Rome (Paris, 1894, ia-8°). 
Extrait de VEnseignement chrétien, 16 avril 1894. 

Ces omissions, on le voit, ne portent que sur des points de détail. Au con- 
traire dans l'article Cimiteri degli Ebrei, p. 20-21, il ne serait pas difficile d'in- 
tercaler une dizaine de renvois importants. 

M. Calvi s'est attaché dans son ouvrage à citer non seulement les imprimés, 
mais encore les manuscrits. A-t-il réussi même à citer les plus importants de 
ces derniers? Nous ne le croyons pas, puisqu'il passe sous silence, parmi les 
manuscrits de la bibliothèque vaticane, les admirables collections de documents 
réunies par de Rossi et Stevenson. 

Seymour ob Ricci. 

PablicationB of an American archaeological Expédition to Syria in 1899-1900. 
Part III : Greek and hatin Inscriptions, by W. Kelly Preotice. Published by the 
Century Ce., New- York, 1908. Ia-i«, xiv-352 p. avec de nombreuses illastrations 
dans le texte En vente chez W. Heioemaon, 21 Bedford Str. London. Prix : 
78 fr. 75 net. 

11 n'a pas fallu moins de huit ans à M. Prentice pour préparer l'édition des 
textes recueillis par lui et ses collègues, au cours de l'expédition archéologique 
envoyée en Syrie, en 1899- 1900, par quelques Mécènes américains. C'est dire 
avec quelle conscience le savant proFesseur de l'université de Princeton s'est 
acquitté de sa tâche. Cette t&che, d'ailleurs, ne manquait point de dirHcullès : 
les textes grecs orientaux sont, en efTet, souvent d'une orthographe si barbare, 
d'une syntaxe si fantaisiste et si riches en abréviations que le déchifTrement en 
est très laborieux; ajoutez à cela l'onomastique sémitique aboutissant en grec 
à des graphies étranges, qui compliquent d'autant les lectures et d(^couragent les 
tentatives de restitution. Il faut tenir compte de toutes ces difficultés pour appré- 
cier à sa juste valeur le travail de M. P. On y reconnaîtra vite des qualités de 



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BIBLIOGRAPHIE 437 

premier ordre : une méthode rigoureuse, une sagacité très clairvoyante, beau- 
coup d'ingéniosité mais surtout une connaissance approfondie des anciennes 
liturgies chrétiennes et de Tépigraphie syrienne. 

Les textes réunis dans ce somptueux recueil* proviennent de quatre régions. 
La première comprend trois massifs montagneux (Dj.il-Â*i&, Dj. Bàrîshâet Dj. 
Halakab) qui courent approximativement dans la direction N.-S. entre Âlep et 
le grand coude de l'Oronte et dont l'extrémité N.-E. est formée par le Dj. Sbékh 
Berekât et le DJ. Sim*iln. Un peu plus au sud, la seconde région est celle du 
Dj. Rîhâ; on y a annexé Âpamée. La troisième groupe les districts de Selemî- 
yeh et de Kinnesrîn, ainsi que les massifs du Dj. il-Has§ et du Dj. Shbêt ; on 
y a joint une série d'inscriptions de provenances diverses : Ba*albek, Tell Nebî 
Mindô, Hamd, Palmyre, etc. Enfin la quatrième région couvre un secteur 
important du Haurân, comprenant il-Haiy&t, Sha{^(^ft, Mushennef, Sbebbft, 
Kanawàt, Si', etc. 

M. P. s'étant proposé de présenter une série complète des inscriptions 
grecques et latines du Dj. Ribft, du Dj. il-A*lft,du Dj. B&rÎ8b& et de la partie du 
Dj. Hals^ah qui ferme, au N. et à TO., la plaine de D&n&, et de grouper autour 
des textes nouveaux, publiés dans les chap. iv et v, les inscriptions déjà, con- 
nues qui peuvent avoir une connexion spéciale avec les textes qu'il a relevés, 
c'est tout au plus si des 478 textes publiés la moitié sont inédits ; mais. la lec- 
ture de beaucoup d'inscriptions déjà connues est confirmée ou modifiée par de 
nouvelles copies. Il faut signaler comme particulièrement intéressants : les opoi 
à(Tv).ia; d'un sanctuaire de saint Etienne (28-29), de celui du martyr Kérykos 
(298), de l'église de la sainte Vierge et des saints Côme et Damien (350) ; les 
inscriptions de Burdj Bâkirh& (Ai\ B(i>|i<o) et du temenos du temple des dieux 
Madbachos etSélamanès (48 et 100-108 a); les inscriptions d'Apamée (KaPatil- 
Mudil^), dont onze sont inédites (125-143); la série complète des inscriptions du 
tombeau d'Eusébioset d'Antoninos (157-170) ; celles du monument d'Abedrapsas 
(242-247); trois sentences curieuses sur la vanité de la vie (227, 230-231); Tins- 
cription de Phocas et de Léontia (319); une bonne photographie du texte de 
Khàn il-Abyad (355); une dédicace aux deux Philippe (400); la mention d'un 
a\5v5ixo; vo|xàôa)v (383), de l'euvoOxo; tûv KepCiXavou (387 et 389), etc. 

Le commentaire de M. P. est excellent. 11 a eu de plus l'heureuse idée de 
grouper en un chapitre spécial (The character and purpose of the Inscriptions 
of northern central Syria, p. 1-25) les faits principaux qui se dégagent de l'étude 
des textes des deux premières régions (chap. ii et m), de celles justement dont 
il a tenté de donner une sorte de Corpus provisoire. En groupant les textes 
datés, il arrive à constater que Tépigraphie chrétienne apparaît dans ces régions 
à la fin du premier quart du iv* siècle; pendant près de 300 ans (324-609), les 
textes datés se multiplient et nous renseignent sur la situation, la vie, les 
mœurs, les croyances des populations chrétiennes qui habitaient les 2 ou 300 



i. Pourquoi faut-il que les savants, dont la bourse est souvent légère, paient 
la rançon de tout ce luxe inutile? N'aurait-on pas pu supprimer la dorure, le 
papier glacé, diminuer les marge» pour rendre le prix du volume abordable? 



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438 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

villes dont les ruines s'éparpillent dans ces montagnes aujourd*hui désolées et 
attestent, par leur caractère monumental et leur confort, le luxe et le raffine- 
ment des cités qui y florissaient entre le milieu du i*' siècle et la moitié du yii«. 
Revenant sur un sujet qu*il a été le premier à mettre en lumière, il y a quel- 
ques années, M. P. précisela parenté de nombre de ces inscriptions chrétiennes, 
formées de lambeaux de textes scripturaires, avec la liturgie de l'époque. Âprèa 
un examen très minutieux de ces précieux témoignages, antérieurs à toute tra- 
dition manuscrite, il conclut (p. 10-11) que le rituel usité dans le nord de la Syrie, 
entre le iii« et le vu' siècle, ressemblait davantage à la liturgie de saint Jacques 
ou à celle de saint Basile, dans la forme sous laquelle elles nous ont été con- 
servées, qu'à aucune autre liturgie parvenue jusqu*à nous. Mais une question 
se pose : pourquoi ces textes liturgiques ou scripturaires sont-ils gravés un peu 
partout et notamment sur les linteaux des portes ou des fenêtres de toute 
sorte d'édifices (églises, étables, pressoirs, boutiques) et en particulier des 
maisons d'habitation? M. P. leur assigne un rôle prophylactique : ils sont là 
pour écarter les mauvais esprits. Le fait est certain dans un nombre de cas 
assez restreint (menaces à Satan), très probable dans nombre d'autres, vrai- 
semblable dans le cas des textes qui se présentent sous forme de crypto- 
grammes isopséphiques; Pest-il toujours? Je n'oserais Tiffirmer et je crains que 
M. P.. n'ait un peu exagéré la thèse du caractère magique de la plupart des 
so-called Christian insci-iptions. 

Voici maintenant quelques observations suggérées par une première lecture : 
n° 9, mauvaise leçon, cf. Rev, archéoL, 1907», p. 288, n*' 7; — n« 14, lire 
rW(p)îa)v(oç) ou r[a]6(p)cov(o;), cf. n° 66, et MI(v)av8poç, à moins qu'on ne doive 
préférer l'ancienne copie {Rev, archéol.y ibid., p. 287, n. 1); — n» 18, la lec- 
ture iva avv6a(jTd!;a)(ri Trj yua^r^-zoL^ a déjà été proposée et justifiée par Frôhner, 
Mélanges d'Epigr, et tVArchdoL xi-xxv, p. 32; — n* 41, le texte est complet, 
lire M(a)V/o;, en supposant une ligature ; — n° 48, le n. pr. qui accompagne 
licoîxiov, dans les inscriptions du type àizh lizomioM MeiOou, me semble élre géné- 
ralement un n. pr. de personne, cf. ctno eKotxîoj rewéou ( ^ Tewatoy), C. I. L., 
V, 8728; a. etc. 2ex>S ( = Se(OXa?), C. f. L., V, 8730; a. eic. XptiaijjLtavoO, 
Mélanges de la Pac. orient, de Beyrouth, III, p. 314; cependant [àno l]izotx{io\j) 
'AWàvwv (C. I. G., 9875) pourrait faire difficulté; — n» 51, ÇriYCAMIN • lire 
Eii(oiYi)<ia|i(Yi)v au lieu de an' T<xa|xtv; — n* 86, MavXaio; ( = Manlius), plutôt 
Mav(v)aîoç; — n* 113, lu par Frôhner (loc, cit., p. 32) : 'Epto-cS (n. pr.) xaTtx- 
•^6(ovîo*j ?); — n* 126, n'est pas une dédicace à un Antonin, mais bien à Julia 
Domna, dont le début devra être restitué ainsi : ['louXîav Aô|xvav Seg.] j [\Lr^Ti^a 
ToO xupiou] I [T|fi.]à)v A(ù)TOx[p. M. Aup.] I 'AvTwveivou, etc.; — n* 135, lire: 
Succ{e)ssOj {vicario) Gemelli, (servi) A{uU) Larcii LyJi et ^o\jx%ia(Ttù TefjLlXXou, 
"UXou Aapxi'ou Aufiou; — n* 336 a, la trilingue de Zebed se trouve, depuis 1904, 
au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles (cf. Bulletin des Musées royaux,,. 
à Bruxelles, 1905, p. 58-59); Dussaud, qui a revu récemment l'original, atteste 
(Les Arabes en Syrie avant Vlslam, p. 169 n. 2) que les lectures A60NTIC 
APXneC (lig. 4), C€PriOY et MAPABAPKAA (iig. 5) sont certaines. 
Je crois impossible d'admettre la lecture proposée par P, : ?xTi((r«v) o-ùv 



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BIBLIOGRAPHIE i39 

Su{i6wv[i], *A|ipaa, 'IlXsa, Asovxt; àpx(i)«(âp)0(evo)c*; — n* 352, meilleure lecture 
de Puchstein et Sobernheim dans les Mitt. d, vorderasiat, Ge'^elkchafty 1905, 2, 
p. 17-20, cf. Kec, d'Archéol, orient., VII, p. 13-14; — n» 356, lire Wp6|ioipo;; 

— no 406, AjÇovi (lâxapt : c'est Maxâpi(o)c qui est le n. pr. ; sur la formule 
aû'$Êi,aùÇ6vi (=» auÇàvsi) cf. Rec, d'ArchéoL orient., V. p. 368; VI, p. 298, VII, 
p. 210; Bull, de corresp. hellén., XXIV, p. 293 n. 9. 

M. P. se plaint (p. xiii) de Tinsuffisance des bibliothèques américaines, on 
ne saurait donc lui tenir rigueur de quelques lacunes dans son information; je 
ni 'étonne cependant de ne voir citer, dans le chap. I, ni le Dictionnaire ct'Ar- 
chéologie chrétienne et de Liturgie, publié par dom Cabrol et dom Leclercq, 
ni les Menumenta Ecclesiae liturgica des mômes savants bénédictins; dom 
Leclercq a consacré également à Tépigraphie liturgique de la région d'Antioche 
un article intéressant, dans une revue malheureusement peu accessible (Revue 
Bénédictine, XXII (1905), p. 429 et suiv.). 

N'ayant pu faire tous les dépouillements nécessaires, M. P. s'est trouvé exposé 
à donner comme inédits des textes déjà publiés au moins partiellement (n** 130, 
132, 134, 210, 270, 371, 372, 394, 416, 426) ou à écourler la bibliographie de 
textes réédités par lui (n" 344. 345, 348, 352, 364 a, 392 a, 393, 402, 431, 
432a, 433); je donnerai ailleurs les suppléments nécessaires. Enfin, comme 
M. P. n*a pu utiliser, en cours d'impression, les anciennes copies de textes 
syriens, publiées par Seymour de Ricci (Rev. archéol., 1907*, p. 281-294), il 
sera peut-être utile d'en donner ici la concordance avec les textes de Prentice, 
en suivant Tordre des numéros de la publication américaine : n*» 8 (10), 9 (6) 
14 (1). 20 (3), 22 (5), 57 (18), 60 (19), 6i (20), 87 (14), 89 (13), 98 (24), 100 
(23), 102 (21), 104 (22), 110 (31), 111 (27-28), 112 (26), 113 (30), 116 (25), 119 
(32). 

Ces menues observations, — est-il besoin de l'ajouter? — n'enlèvent rien à 
la valeur scientifique de la publication de M. P. : toute œuvre de ce genre est 
destinée à conserver, quels que soient le soin et le savoir de son auteur, de 
ces petites imperfections de détail ; mais, ici, c'est à peine si le critique peut 
en relever quelques-unes et toutes sont légères. 

L. Jalabbrt. 

Victor Chapot, La frontière de VEuphrate de Pompée à la conquête arabe. 
Paris, Fontemoing, 1907, xv-408 p. 8% avec 22 fig. et une carte hors texte. 

— Le livre est une thèse de doctorat ès-lettres dans laquelle Tauteur a groupé, 
sous un titre régional, des questions très diverses, géographiques, ethnogra- 
phiques, politiques et administratives, envisagées surtout au point de vue mili- 
taire, la frontière de l'Ëuphrate ayant été, durant sept siècles, la ligne de 
défense de l'Empire romain, jalonnée de camps et de forteresses, incessamment 
menacée par la poussée offensive des Parthes et des Perses, qui fit de la Méso- 
potamie un champ de bataille perpétuel. 

Pour ce qui concerne la description des lieux, le relevé et l'identification des 

1. Comme je le montrerai ailleurs, il faut lire avec A. Kugener {Journal asiat,, 
1901*, p. 509-524 et Rivista degii studi orientali, I, p. 582-586) : ^xTi(j[a]v 

àp*/iT(éxxov£;). ÔÇ (= «ixi^v). 



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440 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

ruines, M. Gbapot a eu l'avantage et le mérite peu commun d'avoir» au cours 
de deux voyages d'exploration, parcouru une bonne partie des régions dont il 
parle et de pouvoir faire appel à son carnet de notes. Sur un sol foulé par tant 
d'invasions, les déprédations des hommes, plus encore que le temps, n'ont laissé 
subsister que peu de vestiges du passé, et les inscriptions y sont plus que 
rares. La t&cbe de l'explorateur était ici particulièrement difficile. M. Chapot 
s'en est acquitté avec une patience consciencieuse, réunissant autour de chaque 
nom de lieu tous les témoignages, anciens et modernes, y relatifs et nous don- 
nant ainsi, pas à pas, une série de petites monographies historiques, géogra- 
phiques et archéologiques. 

La partie centrale de l'ouvrage (pp. 63-234), qui en indique le sens et le but, 
est consacrée à l'armée et aux institutions militaires romano-byzantines. C'est 
une étude extrêmement fouillée, qui pénètre dans tous les détails de l'organi- 
sation des divers corps de troupes répartis sur la frontière, de l'armement, qui 
se transforme au cours des guerres persiques, de la tactique en campagne et 
des exercices en temps de paix, de la castramétation et de la poliorcétique, des 
approvisionnements, du service sanitaire, etc. Une place est môme faite au 
tempérament moyen de cette armée bariolée, à propos de la discipline des 
troupes et de leurs rapports avec la population civile (pp. 151-162). 

Partout, la documentation, à la fois abondante et précise, offre peu ou point 
de lacunes. Ce sont des qualités dont M. Chapot a déjà fait preuve dans des 
études sur La Flotte de Misène (1896), sur La province proconsulaire (VAsie 
(1904), et dans une monographie concernant Séleucie de Piérie (1907, Mé/n. 
des Antiq, de France*). Que le présent ouvrage garde « l'apparence décousue 
d'un recueil de quaestiones selectae », l'auteur s'en est excusé d'avance en 
disant que « mieux vaut une statue mutilée authentique qu'une œuvre restau- 
rée avec des pièces rapportées arbitrairement » {întrod., p. xiv). Il a voulu 
préparer, pour le travail historique proprement dit, des matériaux vérifiés avec 
un scrupule méticuleux, et il a esquissé, dans une substantielle Conclusion 
(pp. 375-387), la t&che qu'il s*est interdit d'entreprendre, en exposant les motifs, 
tirés de la configuration du sol et du caractère des races en contact, qui ont 
dirigé la politique romaine, celle-ci toujours hésitant entre l'offensive et la 
défensive, se résignant parfois à avancer pour ne pas reculer, et ne parvenant 
pas à faire cesser un antagonisme qui finit par user, au profit du « troisième 
larron », l'Arabe, les forces des belligérants. 

A. Bouché- Lbclercq. 

1. « Diligente ed accurato lavoro » (G. Corràdi, Riviêta di Stona Anlica, 1901), 



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REVUE DES PDBLlCilTIONS ÊPIGRAPHIQDES 

RELATIVES A L'ANTIQUITÉ ROMAINE 



Juillet-Décembre . 



1" PÉRIODIQUES 

don, dans l'élahlissement thermal. 



APOLLINI 
OTACILIA 
IVg 



145) 



AnZEIGER FQR SCHWEIZKniSCHE 

Altertumskunde, IX, 1907. 

p. 490-197. 0. Schulthess. Dans 
un fortin romain, près de Co- 
blenz. 
142) 

SALVI5 d d d n n n 
VALENTîniano 
VALENTE • E/ g r a t i a n 

PER TR SENPe?» au 9 g 9 ' 

SVMMA RAPIDA 

F2CIT S VB CVRa 

CONSVL • D . N • GRATIANî H et probi 

Date : 371 ap. L-C. — L. 4 : 
per{petuis) tr[iumfatoribus), 

Id., X, 1908. 

P. 31-34. W. Wavre. A Yver- 

146) 

IMP • CAES . L . SEPTIMIVS • SEVERVS 

PERTINAX • AVG • P*P • PONTIF • MAX 
TRIB • POT • II • IMP • III • COS • II • PROCOS 
NOMIKA • MILITVM • aVI • MILITAVER • IN 
COHORTIB • VRBANIS • Q.VATTVOR 
X • XI • XII • XIIII • SVBIECI • aVIBVS • FOR 
TITER • ET • PIE • MILITIA • FVNCTIS • IVS • TRI 
BVI • CONVBI • DVMTAXAT • CVM • SINGVLIS 



143j 



144) APOLLINI ET MAR 
TI ADVENTIVS 

TOCCA 
V S L M 

MARTI CATVRICI 
ET APOLLINI 
C • IVL • BELATVLLVS 
DeiSeî>DJ&D 

Archeografo Triestino, 
1908. 

p. 289-294. Sticoiti. Diplôme 
militaire d*Umago (Istrie). 



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442 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



ET • PRIMIS • VXORIB • VT ■ ETIAM • SI • PERE 
GRINI • IVRIS • FEMINAS • MATRIMO 
NIO • SVO • IVNXERINT • PROINDE • LIEE 
ROS • TOLLANT • AC • SI • EX • DVOBVS • CIVIB 
ROMANIS • NATOS • A • D • KAL • FEBR • IMF 
CAES • L • SEPTIMIO • SEVERO • PERTINAX • II 
D • CLODIO • SEPTIMIO • ALBINO * CAES • II • COS 

COH . X . VRB 
L . VESPENNIO . L . FIL . POL - PROCVLO • FAVENTIa 
desCKlVT ' ET • RECOGNIT • EX • tabula • aerea 

QVE • FIXA • EST • ROME • IN • Muro • pOSt 
t e m p l u m . divi • au g • ad • min et^vam 



Date : 194 ap. J.-C. 
Archiv fur lateinische Lexiko- 

GRAPHIE UND GrAMMATIK, XV, 
1906-1907. 

P. Î197-351. G. Konjetzny. Par- 
ticularités de syntaxe des inscrip- 
tions latines de Rome, d'après le 
C, L L., VI. 

ÂTTI DELLA R. ACCADEMIA DËLLE 
SCIENZE DE TORINO , I9O7 - 
1908. 

P. 695-613. 0. Nazari. O